Archives de catégorie : Culture/Procrastination

The Testaments, de Margaret Atwood

La suite de The Handmaid’s Tale, publiée quelques 35 ans plus tard, suite au retour de hype du livre.

J’ai été déçu. C’est sympa à lire, mais ça souffre du même syndrome que Harry Potter and the Cursed Child : on dirait plus une fanfic de l’oeuvre originale qu’une suite. Il y a aussi en commun le côté « regardons ce qui arrive aux enfants de l’héroïne (resp. du héros) de l’oeuvre originale » qui fait qu’il faut qu’il arrive des aventures spécifiquement à ces personnages alors que c’est complètement artificiel. En plus spécifiquement dans le cas de The Handmaid’s Tale, en faire une saga familiale, c’est un peu le malaise.

En plus des deux arcs des filles de June, le troisième arc narratif est celui d’Aunt Lydia. Et il est franchement pas crédible. Les plans secrets sur 20 ans, perso je laisse ça aux archimages maléfiques dans la fantasy pas très bonne. Le livre met aussi vachement l’accent sur l’action individuelle là où The Handmaid’s Tale parlait du poids du système. Ici, quelques individus en position de pouvoir peuvent tout faire basculer et ont visiblement des moyens infinis à disposition.

Bref, on perd beaucoup de la charge et du style de l’oeuvre originale.

Cora dans la Spirale, de Vincent Message

Roman français de 2019 qui parle d’aliénation au travail. Il suit l’histoire de Cora Salme, qui travaille au service marketing d’une entreprise d’assurances françaises et qui avec les ajustements structurels progressifs de l’entreprise et quelques problèmes de sa vie personnelle, va se retrouver de plus en plus mise sous pression.

C’était pas très joyeux mais c’est intéressant d’avoir des fictions qui parle de ce genre de contexte. L’histoire est intéressante et l’auteur entremêle bien les différents fils narratifs, le point de vue de la narration est intéressant aussi, mais je n’ai pas toujours été enthousiasmé par le style par contre.

Civilizations, de Laurent Binet

Uchronie publiée en 2019 sur la découverte de l’Europe par les Incas vers 1530.

Assez déçu (alors que j’avais beaucoup aimé ses deux précédents romans, notamment HHhH), l’auteur sombre dans le problème d’être tellement content de son univers qu’il le décrit aux dépens de raconter une histoire intéressante. C’est un peu atténué par le fait qu’il décrit essentiellement son point de divergence donc il y a de l’action, mais bon ça reste fortement dans le descriptif. Ça fait très brouillon de roman, en fait.

De plus comme le soulignent plusieurs critiques, c’est très européocentré. Le roman commence en Amérique mais dès qu’on met un pied en Europe on n’en sort plus.

Mémoire de Fille, d’Annie Ernaux

Court roman autobiographique d’Annie Ernaux, ou elle revient sur sa vie et son état d’esprit entre 1958 et 1962, c’est-à-dire les années où elle devient sexuellement active durant une colonie de vacances où elle est monitrice, avant de rejeter totalement cette part d’elle-même.

C’était intéressant mais j’ai largement préféré Les Années et La Femme gelée comme roman de l’autrice. Le style de l’écriture, ici, avec une réflexion sur le temps de l’écriture et sa difficulté à se confronter à cet épisode, ne m’a pas enthousiasmé.

La Zona, d’Alberto Sanchez-Cabezudo et Jorge Sanchez-Cabezudo

La série imagine un accident type Tchernobyl dans une centrale nucléaire au Nord de l’Espagne. Des populations ont été déplacées, une zone d’exclusion créée, le gouvernement a géré plutôt mal la situation. 3 ans après l’accident, un inspecteur doit enquêter sur un meurtre qui a eu lieu dans la zone d’exclusion…

J’ai beaucoup aimé. La série prend le temps de poser son ambiance, de montrer comment les gens ont tous été affectés par cette catastrophe mais qu’en même temps la vie continue : le but de la série n’est pas de revenir sur l’accident, de découvrir une vérité cachée sur ce qui s’est passé (mais elle met en scène des complotistes qui pense qu’il n’y a pas eu d’accident, c’est assez brillant), et ce n’est pas non plus de nous détailler sa gestion. Non, tout tourne autour de l’après : comment les gens ont fait leur deuil, comment la décontamination de la zone d’exclusion crée des emplois légaux et illégaux et de nombreuses opportunités de trafics, et comment il faut gérer tout ça.

Globalement c’est un polar social réussi, ou le meurtre du début va être le déclencheur d’une enquête qui va rapidement devenir bien plus large. Du point de vue narratif, ils arrivent bien à raccrocher tous les fils, les personnages secondaires sont intéressants, il n’y a pas de manichéisme. Forte recommandation.

Port Authority, de Danielle Lessovitz

Film de 2019. Paul, un jeune homme blanc un peu paumé débarque à New York. Il se lie d’amitié avec un autre mec blanc un peu louche qui lui fournit une place dans un centre d’accueil pour SDF et le recrute dans son équipe de « déménageurs », en fait des mecs qui expulsent les familles pauvres avec des loyers impayés. En parallèle, Paul tombe amoureux de Wye, une fille noire et trans qui fréquente la scène ball. Les deux aspects ne sont pas exactement compatibles et vont finir par s’entrechoquer.

Je trouve que le film passe beaucoup de chosse au personnage principal. Il se comporte pas mal comme un connard, mais comme c’est le héros les gens en tolèrent beaucoup plus de lui que ce qu’ils ne devraient. De plus c’est assez clairement le personnage le moins intéressant du film. C’est dommage parce que par ailleurs c’était intéressant d’avoir un film qui montre la scène ball (perso c’est le genre de truc que je connais absolument pas), mais pourquoi cet insert assez forcé d’un perso blanc ? D’ailleurs au début du film un perso lui dit « t’es pas le bienvenu ici, t’as tout le reste de la ville à dispo, ici c’est un safe space pour les personnes queers racisées, barre-toi », ce qui paraissait fort bien, mais ensuite tout le reste du film le montre qui se réincruste sans être called out de nouveau, juste parce qu’une meuf crushe sur lui.

Globalement, avis mitigé.

The Terror, de David Kajganich

Saison 1 :

Série fantastique produite par David Kajganich, Ridley Scott et Dan Simmons, entre autres. Adaptation d’un roman éponyme de Dan Simmons, la série raconte ce qu’il est advenu de l’expédition (réellement) envoyée par le Discovery Service de la marine anglaise pour trouver un passage navigable dans les glaces du Pôle Nord. Les deux navires, pris dans les glaces, sont contraint d’hiverner en totale isolation. Les conditions extrêmes, l’isolation et d’autres éléments plus fantastiques vont conduire à la disparition des équipages.

J’ai beaucoup aimé, notamment le côté costumes d’époque et série « maritime » (y’a des bateaux mais passé le premier épisode y’a plus des masses de navigation). C’est bien filmé, bien mis en scène. Il va visiblement y avoir une saison 2, mais qui n’aura rien à voir avec la première, en mode anthologie.

Saison 2 :
Déception. Le cadre choisi était super intéressant : les camps d’internements américains pour les citoyens américains avec des origines japonaises, durant la WWII. Mais l’histoire ne prend absolument pas, il ne se passe rien, et t’as des plot-twists pourris. J’ai arrêté en cours de saison.

Marianne, de Samuel Bodin

Emma, romancière horrifique, retourne à Elden, le village breton de sa jeunesse, juste après avoir tué les personnages principaux de sa série best-seller. Elle se retrouve confronté à la sorcière de ses œuvres, qu’elle avait tiré de ses cauchemars enfantins.

Ce n’est pas incroyable. Il y a de jolis plans, mais l’horreur est ultra convenue : un seul type de jumpscare, un personnage méchant tout puissant, des héros qui savent perdre tout bon sens juste quand le scénario le demande. C’est dommage parce qu’il y avait le potentiel de faire bien mieux. L’alcoolisme de l’héroïne principale aurait été intéressant à traiter, le décalage entre sa vie parisienne et la vie de ses potes qui sont restés au village, les croyances catholiques et païennes…

Ca fait très série netflix traitée par dessus la jambe pour être bankable. Le personnage du policier est quand même à sauver, ainsi que celui de CamCam. L’actrice qui joue la sorcière est très bonne dans son rôle aussi.

Portrait de la jeune fille en feu, de Céline Sciamma

Film historique sortie en 2019. En 1770, une peintre, Marianne, se rend sur une île pour faire le portrait d’une jeune femme, Héloïse. Ce portrait sera présenté au potentiel futur mari d’Héloïse pour qu’il accepte ou non le mariage, et Héloïse refuse d’être peinte.

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Le Deuxième Sexe, de Simone de Beauvoir

Tome 1 (recension du 27 août 2018)
Un peu déçu. On m’avait prévenu que le tome 1 était moins intéressant que le 2 donc je lirai le 2, mais effectivement le 1 est pas génial. Divisé en 3 parties Destin, Histoire et Mythes, le livre présente différents points de vues et données sur les femmes. De Beauvoir passe d’abord en revue les connaissances issues de la biologie et de la psychanalyse, et bon, tu sens que c’est daté dans les deux cas. Elle parle ensuite de la place des femmes dans les sociétés à travers l’Histoire, et pareil, c’est une vision très péremptoire et très de son époque de l’anthropologie. Enfin, la partie Mythes montre les différentes significations et symboliques attachées aux femmes d’un point de vue masculin. C’est un peu long mais j’ai trouvé que c’était la partie la plus pertinente, qui peut se résumer en : « l’Homme se considère comme le centre du monde, les femmes lui présentent une image d’une Altérité et d’un reflet à la fois : en tant qu’altérité on va lui coller toutes les altérités dessus (la Nature en premier lieu, d’où plein de métaphore de la Nature comme une femme et des femmes comme forces naturelles un peu mystiques »), et le signifiant de plein de couples de valeur (jour/nuit, bien/mal…), où l’Homme récupère l’autre et généralement le mélioratif. Comme Reflet, il va être attendu des femmes qu’elles valident les Hommes, les confortant dans leurs choix : l’Homme va les vouloir indépendantes mais concédant quand même à l’Homme qu’il a raison à la fin, dures à séduire mais cédant aux avances… (en gros, une imitation de personne indépendante, mais qui finit toujours par valider les choix et envies de l’Homme).
Bref, j’ai trouvé ça un peu long pour ce que ça disait. Après c’est peut-être que c’était fondateur et que ça a été beaucoup repris par d’autres ouvrages et autrices féministes depuis. Ou alors c’est que c’est un point de vue philosophique et que ce n’est pas ce que je recherche dans un essai féministe.

Tome 2 (recension du 17 septembre 2019)
Excellent début, qui détaille comment l’éducation des enfants selon leur genre va modeler les individus selon des stéréotypes de genre. Ça pour le coup c’est toujours très pertinent et très bien décrit, ça explique comment les comportements présentés comme innés sont au contraire inculqués avec force répétition et les réactions que ça crée.
Au delà de ce début vraiment très bien, je n’ai pas été transporté par le reste du tome. Y’a plein d’éléments pertinents mais que j’ai déjà vu ailleurs, et surtout il y a une approche très généralisante. De Beauvoir parle surtout de la femme blanche et des catégories supérieures de la population (même s’il y a des passages sur les ouvrières), et de façon assez péremptoire, comme dans le premier tome. En plus elle parle de la condition féminine blanche et bourgeoise des années 40, du coup y’a un certain nombre de choses dans la structure de la société qui ont évolué depuis.