Tous les articles par Machin

Everything Everywhere All at Once , de Daniel Scheinert et Daniel Kwan

Film états-unien de 2022. Une femme chinoise qui tient une laverie aux États-Unis découvre qu’elle est la seule personne à pouvoir affronter une menace qui met en péril l’ensemble du multivers. Elle se retrouve à devoir malgré elle affronter ce danger en plein milieu d’un audit de l’IRS, d’une procédure de divorce initié par son mari et de la visite de son père en Amérique.

C’était sympa à regarder. Le changement de regard sur la figure de l’anti-héros, qui n’est pas pour une fois un mec de 25 ans cynique était bienvenu. Le côté « mis en scène avec des bouts de cartons du multivers était sympa aussi, bel hommage aux films de genre ». Le mécanisme de devoir faire des actions improbables pour déclencher la connexion aux autres versions de soi-même et pouvoir utiliser leurs compétences était une belle trouvaille aussi.

J’ai trouvé la fin un peu faible néanmoins. Si le message sur l’importance de l’empathie et de la gentillesse me convient, j’ai quand même l’impression que la toute fin part en mode « soit content de ce que tu as même si c’est un peu merdique » : on retombe sur le trope du héros qui retourne à son quotidien après avoir sauvé un royaume magique, c’est un peu dommage.

Recommandé si vous voulez un film sans prétention mais qui change un peu la vision classique de l’élu qui sauve le multivers.

Randonnée le long de la Valserine

Petit road trip depuis Grenoble pour rejoindre Bellegarde-sur-Valserine, où habite une amie d’OC. On a randonné sur la journée sur le sentier des pertes de la Valserine – tout juste rouvert. C’était un super beau site, un peu encaissé et au frais. Beaucoup de vestiges des installations hydroélectriques et hydromécaniques qui exploitaient historiquement l’énergie de la rivière, j’étais aux anges.

Canyon creusé par l’érosion

Sea of Tranquility, d’Emily St. John Mandel

Roman de science-fiction de 2022. On retrouve les éléments présents dans les deux précédents romans de l’autrice : la mention de pandémies, une crise financière avec une pyramide de Ponzi en son cœur. Certains des personnages de The Glass Hotel réapparaissent.

Ici, on suit des personnages à quatre époques : un rejeton de la noblesse anglaise poussé à l’exile au Canada en 1912 ; une femme qui a tourné une vidéo où apparait un phénomène surnaturel dans les années 90 : une autrice en tournée dans les années 2200 et un mec pas très malin mais plein de bonne volonté qui va travailler pour une agence paragouvernementale effectuant des voyages temporels dans les années 2400 (et va faire le lien entre les différentes époques).

Même s’il y avait des éléments intéressants, je l’ai trouvé largement moins bon que les deux précédents. La faute au voyage dans le temps je suppose, toujours une façon efficace de rater une histoire. Le voyage dans le temps a lieu parce que des scientifiques veulent observer un phénomène qui tendrait à prouver qu’ils vivent dans une simulation d’univers. Ce point est largement plus intéressant (et fait penser à du Robert Charles Wilson) et aurait dû être davantage développé à la place du voyage dans le temps.

J’ai bien aimé par contre les éléments de méta liés au fil narratif d’Olive – l’histoire d’une romancière qui a écrit un roman sur une pandémie quelques années avant que la première pandémie de son époque ne se déclenche, et qui est devenue célèbre d’un coup. On sent que Saint John Mandel est travaillée par la question (et par la question des retours des lecteurs puisqu’Olive se demande aussi si elle n’a pas « rendu la mort du Prophète trop anticlimatique » suite à une rencontre avec une lectrice.

Globalement, le plus faible des romans d’Emily Saint John Mandel que j’ai lu. Ca fait plaisir de retrouver son univers et son style d’écriture, mais allez plutôt lire Station Eleven ou The Glass Hotel si ce n’est pas déjà fait.

La Familia Grande, de Camille Kouchner

Autofiction française de 2021. Camille Kouchner retrace le fonctionnement de sa famille, et notamment des vacances à Sanary-sur-mer organisées par son beau-père Olivier Duhamel, fonctionnant comme une sorte de cour, rassemblant autour de lui des personnes in de la gauche française dans une atmosphère très libérée et exigeante intellectuellement. Sauf que ce milieu permissif sert notamment à tolérer un certain nombre d’agressions sexuelles, au premier lieu desquelles l’inceste commis par Olivier Duhamel sur son beau-fils.

Je comprends évidemment l’intérêt de dénoncer ce qui s’est passé et le fonctionnement plus général qui a permis que ça arrive et que le secret (partagé) soit gardé pendant aussi longtemps, mais je suis perplexe sur l’intérêt de faire ça sous la forme d’un livre. L’intérêt littéraire de l’objet me semble assez inexistant, avec des personnages qui sont tous des représentants d’une gauche caviar assez insupportables.

Children of ruin, d’Adrian Tchaikovski

« We’re going on an adventure!« 

Roman de science-fiction britannique publié en 2019. Il s’agit de la suite directe de Children of Time (habituellement je le chroniquerai à la suite dans le même article mais comme j’ai déjà été long dans l’article sur CoT je préfère en faire un nouveau).

Le roman reprend la même structure que Children of Time, avec une alternance entre deux périodes, mais toutes les deux beaucoup plus brèves que celles présentées dans le premier tome. On suit donc en parallèle l’arrivée d’une équipe de terraformation de l’Ancien Empire Terrien dans un système solaire incluant les planètes Nod et Damascus, à la même époque que celle où prend place le prologue de CoT, puis l’arrivée des centaines de milliers d’années plus tard dans ce même système d’un vaisseau piloté par l’alliance Portides-Humain.es qui s’est créée à la fin du tome précédent. Ils vont rencontrer une nouvelle espèce intelligente avec laquelle il va s’agir de réussir à communiquer pour mettre en place une alliance interspécifique et interstellaire.

Il y a à nouveau plein de très bonnes idées de science-fiction dans le roman, mais j’ai trouvé l’exécution un peu plus faible que celle du premier tome (mais comme il était excellent, ça laisse de la marge). Je pense que mon gros reproche c’est que dans ce tome, on retombe un peu dans l’héroïsme des actions individuelles duquel le premier tome réussissait très bien à se détacher. Par ailleurs, là où les Portides étaient des créatures avec un monde différent sensoriel et une organisation sociale différente de celle des humain.es mais auxquels on pouvait se rattacher, le fonctionnement inventé par l’auteur pour les Céphalopodes est très original et brillant, mais rend difficile de s’y attacher (c’est un très bon concept mais ça rend difficile de raconter une histoire dessus).

Néanmoins c’est un très bon roman : on a de nouveau plein d’idées très inventives, un petit twist horrifique assez réussi avec le fonctionnement de l’intelligence sur Nod, pas mal de points sur les difficultés de communication et de traduction entre deux espèces radicalement différentes. Ca donne à la fois l’impression d’être une suite et une version alternative du premier tome : si on prend les mêmes prémices, mais qu’on modifie l’espèce élevée et quelques autres paramètres, comment les choses peuvent-elles partir dans une direction totalement différente ? (Petit bémol d’ailleurs sur le personnage de Disra Senkovi, qui est sympa à lire mais pour lequel on a l’impression de lire un Kern-bis dans le côté génie incompris). Le fait d’avoir des questions de terraformation, de premier contact, de transhumanisme et d’interface vivant-machine, de catastrophe écologique, en fait un roman très complet.

Le fait de l’avoir lu juste après le dernier tome des Wayfarers par contre met en évidence qu’on est sur une écriture beaucoup plus « masculine » : même si l’auteur décrit les émotions des personnages par moment, on est beaucoup moins dans le ressenti et beaucoup plus dans l’épique. On a pas de discussions posées autour d’une table où les protagonistes coutent des spécialités des différentes espèces, par exemple. La conclusion du roman ouvre cependant la porte à un univers hopepunk du même style que les Wayfarers, c’est intéressant de voir le shift (et je me prend à rêver d’une très improbable collaboration entre les deux auteurices).

Série Wayfarers, de Becky Chambers

Tome 1 : The long way to a small angry planet

Le lointain futur. L’Humanité est partie dans l’Espace en deux grandes vagues, et a adhéré à l’ONU intergalactique. On suit l’équipage du Wayfarer, un vaisseau-tunnelier qui creuse des trous de ver pour améliorer le système de transport galactique. Cinq humains, un Sianat, une Aandrisk, un Grum, une IA, l’équipage est fortement multiculturel. Pour un job particulièrement lucratif, le Wayfarer accepte de faire un voyage d’une quasiment une année, où l’équipage va devoir cohabiter…

Y’a des vibes de Star Trek et du cycle de l’Élévation de David Brin : on a un équipage multispéciste qui doit surmonter ses différences. On a aussi une structure d’histoire assez originale : peu de conflit, c’est fortement du worldbuilding et des relations interpersonnelles. Ça a un petit aspect fanfic par ce côté là. Certains peuvent trouver ça un peu plat du coup, mais perso j’ai bien aimé l’univers que déroule Becky Chambers, et je trouve que les relations humaines sont globalement bien écrites (globalement, parce que certaines sont quand même un peu trop didactique et bons sentiments). Y’a de forts thèmes antiracistes et LGBT, pour certains intéressants, mais je suis un peu déçu que pour tout ce qu’il y a d’imaginatif sur les sociétés et espèces variées, on reste sur des sexes et genres qui sont assez ancrés dans une binarité : certaines espèces ont plus que deux genres ou en changent durant leur vie, mais ça tombe très largement sur du mâle/femelle/neutre, alors qu’il y avait de quoi être beaucoup plus imaginatif, comme c’est fait pour les organisations de sociétés et les questions d’éducation des enfants (ça j’ai trouvé ça très cool dans les différents modèles proposés).

Tome 2 : A closed and common orbit

Ce tome suit deux lignes narratives ; une qui se passe juste après les événements du 1 mais suit des personnages secondaires, et une qui commence vingt ans auparavant avant de converger, là aussi sur des personnages secondaires du 1. Là aussi, le roman se détache de la structure habituelle : il y a des conflits, mais ils sont plus intérieurs ou contre un environnement hostile. J’ai beaucoup aimé toute la storyline de Sidra, tout l’aspect quête de l’identité (qui est un des thèmes majeurs récurrents dans toutes les lignes narratives, mais qui est particulièrement réussi dans le cas de Sidra eût égard à l’originalité de sa position).

Tome 3 : Record of a spaceborn few

Chambers poursuit l’exploration et la description de son univers, cette fois en s’intéressant à la vie des Exodiens, la fraction de l’Humanité qui vit sur des vaisseaux générationnels. La vie des Exodiens est structuré autour d’une économie la plus circulaire possible et d’une forme de communisme. Au moment où se déroule l’histoire, les Exodiens doivent affronter une version spatiale de l’exode rural, les jeunes générations quittant les Vaisseaux pour aller s’installer sur des planètes, où l’économie galactique classique et capitaliste semble plus chatoyante. Toute cette description de la culture exodienne et de sa relation au reste de la galaxie était très cool et a une petite vibe Les Dépossédés, dans la mise en scène d’une utopie post-scarcity. De façon plus générale, je trouve que l’inventivité et la cohérence de l’univers de Wayfarers donne un sense of wonder très réussi, et qui est encore amplifiée par sa capacité d’écriture des personnages et de leurs relations : le fait de montrer le montrer la routine quotidienne de personnages et leurs préoccupations au jour le jour plutôt que de se lancer dans une quête épique permet de mettre encore plus en avant un univers qui est beaucoup plus riche qu’une simple toile de fond pour les aventures d’un héros bigger than life.
Concernant les fils narratifs présentés, on a des histoires familiales et de coming of age assez classiques. Sans que ce soit mon fil préféré parmi tous ceux présentés dans la série, j’ai trouvé intéressant d’avoir celui de Sawyer, qui forme un contrepoint à celui de Rosemary dans le premier tome : avec un point de départ assez similaire il part dans une direction totalement différente sans que le protagoniste y puisse grand chose, juste parce que les personnages qu’il rencontre n’ont pas le même caractère. J’ai beaucoup aimé aussi les détails qui arrivent juste à la fin sur le rapport des Exodiens à la Culture et à l’Histoire tels qu’ils découlent de leur situation matérielle.

Tome 4 (et dernier ?) : The Galaxy, and the Ground within

Je me suis dit « allez, juste le premier chapitre pour voir », et je l’ai lu en une nuit. On est sur une forme de huis-clos : suite à un dysfonctionnement massif d’un réseau satellitaire, cinq personnes se retrouvent à devoir passer plusieurs jours ensemble dans un motel. Ils vont échanger des points de vue, des histoires, des services. C’est l’occasion pour Chambers, d’approfondir le portrait d’un personnage secondaire des tomes précédents – Pei, et de détailler certains points sur des espèces extraterrestres déjà rencontrées : les Laru et les Quenlin. Et elle introduit une nouvelle espèce, les Akarak. C’est très didactique dans les explications de l’Histoire des différentes espèces, mais ça marche toujours aussi bien. Il y a peut être une facilité un peu trop grande des personnages à bien s’entendre et à partager des trucs les uns avec les autres après seulement quelques jours, mais c’est en ligne avec le reste de l’univers que décrit Chambers.

Globalement je recommande fortement la série, c’est de la SF paisible avec beaucoup de worldbuiding, dans une veine résolument optimiste (voire hopepunk).

Gris, de Nomada Studio

Jeu-vidéo de 2018. Il s’agit d’un jeu de plateforme casuel. On joue une femme qui se déplace dans un environnement fait d’une architecture assez onirique. L’héroïne débloque des pouvoirs (double saut, nage, …) et des couleurs qui viennent se rajouter à l’environnement et le transformer. C’est très beau et poétique. Le jeu se finit vite, 6 heures pour moi, mais il est assez marquant par son univers et sa direction artistique. Je le recommande.

The Invisible Man, de Leigh Whannell

Film étatsunien de 2020. Elisabeth Moss (la Servante Écarlate) incarne Cecilia Kass, prisonnière d’un mariage avec Adrian Griffin, un ingénieur en optique génial mais manipulateur et sadique. Elle réussit à s’échapper et apprend avec soulagement le suicide de son ex-mari. Mais des événements inquiétants dans sa nouvelle vie vont lui faire réaliser qu’Adrian a mis en scène sa mort et a trouvé un moyen de devenir invisible. Elle va devoir se battre contre l’action de son ex-mari alors que son entourage pense qu’elle est en train de perdre la raison.

Je l’ai regardé essentiellement pour voir une fois de plus Elisabeth Moss porter toute la misère du monde sur ses épaules. C’est bien filmé et le twist patriarcal sur l’histoire originale de Wells est intéressant, mais c’est pas le film du siècle pour autant. L’usage de l’invisibilité comme technique au service du gaslighting est prometteuse et aurait valu le coup d’être plus développée : à la fois montrer d’autres formes de gaslighting, et entretenir plus l’ambiguïté sur si Cecilia hallucinait ou non et était elle-même la personne dangereuse. Là le spectateur sait trop vite que non (bon en même temps vu le titre du film l’effet de surprise était ruiné dans tous les cas), et la fin du film part un peu trop dans un trip « le mec est un psychopathe complet qui n’hésite pas à tuer dans tous les sens » et « woo, combat avec un gun contre un homme à demi-invisible ». Alors qu’il y avait quelque chose de plus intéressant à faire avec la tension psychologique induite par le côté « tu peux jamais savoir s’il est là où non vu qu’il est invisible. »

A regarder si vous aimez beaucoup Elisabeth Moss, dispensable sinon.