Tous les articles par Machin

L’Anomalie, d’Hervé Le Tellier

Roman français de 2021. 4 mois après son atterrissage, la copie parfaite d’un avion de ligne réapparaît dans les airs. Les passagers sont mis au secret par le gouvernement des États Unis qui constate qu’ils existent en deux versions, une quatre mois plus jeune que l’autre.

C’était agréable à lire mais assez anecdotique, un peu de la sf pour personnes qui n’ont pas l’habitude d’en lire. Les deux points clefs c’est l’acceptation par les gouvernements et le monde que l’événement est réel et ce que ça implique sur la nature de notre monde, l’autre c’est la présentation des vies des passagers et l’impact que le fait de se rencontrer eux même avec quatre mois de décalage à sur leurs diverses trajectoires de vie. Et il y a un enrobage politique contemporain à base de Trump et Macron qui n’a aucun intérêt.

Mais bon voilà, les personnages sont attachants sans être bouleversants pour autant, il n’y a pas particulièrement un style d’écriture, le côté sf ne va pas très loin. Ça passe le temps mais ça remporterait jamais un Hugo, je sais pas trop pourquoi il a eu le Goncourt.

La Nuée, de Just Philippot

Virginie est une agricultrice qui s’est reconvertie dans l’élevage de sauterelles à la mort de son mari. Mais son exploitation périclite, les insectes ne se reproduisant pas assez, jusqu’au jour où elle découvre que le sang de mammifères est un formidable booster de croissance des orthoptères. Elle va alors cran hir de nombreuses limites éthiques l’une après l’autre pour assurer la survie de sa ferme et de sa famille.

J’ai beaucoup aimé le début du film, qui installe très bien l’ambiance, à la fois les éléments qui permettent une trame horrifique et un côté plus social de l’agriculture qui galère, du soutien et de la méfiance entre voisins, surtout envers cette activité non traditionnelle, et du rejet des enfants à l’école à cause de cette activité. J’ai aussi trouvé que la photographie était très belle, des plan superbes (notamment un où Virginie fumé une cigarette à contre-jour sur un crépuscule bleuté, avec la tache orange de la braise de sa clope). L’ambiance musicale est très réussie aussi, avec le crissement des sauterelles qui va s’intensifiant. Mais la deuxième partie du film – à partir du moment où tout est installé et que des sauterelles s’échappent de l’élevage – tombe dans un faux rythme. La tension s’élève puis retombe, les séquences se répètent, la menace que représente les sauterelles varie d’un moment à l’autre. C’est dommage parce qu’il y avait un très gros potentiel, les acteurs jouent très juste, mais le scénario ne sait pas gérer la partie horrifique/tension. Mais c’est prometteur pour les films suivants du réalisateur.

Bénie soit Sixtine, de Maylis Adhémar

Roman français de 2014. Sixtine est une femme élevée dans une secte catholique intégriste. Mariée à 24 ans à Pierre-Marie Sue de la Garde qui va faire le coup de poing avec ses collègues de la Milice contre les gauchistes et les promoteurs du mariage pour tous, elle est supposée se réaliser dans son rôle de mère de famille et dans les sessions de prière. Mais via des amies issues de mouvements catholiques moins intégristes, elle a eu un aperçu d’une autre vie possible et n’arrive pas à se faire au rôle qu’on lui assigne.

J’ai bien aimé. Le livre décrit bien le fonctionnement en vase clos de la secte et les doutes de Sixtine. Warning, On a une focalisation de la narration sur son point de vue donc on a son opinion d’extrême droite sur pas mal de sujet, même si le livre remet pas mal ça en question de façon plus large, on peut ne pas avoir envie de lire ça.

La façon dont Sixtine quitté l’emprise de la secte et de sa famille est intéressante, le point de bascule qui est un mélange de refus des préceptes d’éducation des enfants de sa belle mère et la contradiction flagrante entre les préceptes habituels et la façon dont on lui dit que va s’appliquer à son cas qui lui montre que y’a quand même quelque chose qui ne va clairement pas. Le livre montre bien ses doutes sur le fait d’avoir fait le bon choix, le fait qu’elle quitte la secte mais garde en grande partie leur cadre de pensée, mais aussi qu’en se retrouvant dans un environnement différent elle voit bien comment beaucoup d’éléments ne tiennent pas, que les gens qu’on lui a présenté comme des monstres n’en sont pas.

L’ancrage géographique de la seconde moitié du livre dans le Tarn et l’Ariège était un bonus sympa, c’est marrant de connaître les noms de lieux et d’avoir des images réalistes de l’environnement de l’action en tête. Il y a peut être un peu d’idealisme dans la façon dont Sixtine s’intègre facilement à sa nouvelle communauté et dont les conflits s’apaisent, mais j’ai bien aimé néanmoins.

Ça se lit vite et c’est intéressant, sans être le roman de l’année c’est une bonne lecture d’été.

Techno-féodalisme, de Cédric Durand

Essai de 2020 sur les évolutions du capitalisme à l’ère des firmes qui gèrent l’économie des données.

Durand détaille l’idéologie qui soutient les startups: plus que la mise en marché de tout, c’est l’application de la destruction créatrice (renommée disruption) à tout qui est au cœur du phénomène. Sur le papier, ça veut dire tout faire pour favoriser l’entrée de nouveaux petits acteurs sur les marchés qui vont pouvoir challenger les grosses firmes en place fossilisées dans leurs process, et donc ça justifie la flexibilisation du marché du travail, la dérégulation pour ne pas favoriser des méthodes spécifiques, etc…

Dans les faits, s’il y a eu une vague de nouveaux entrants sur les marchés numériques dans les années 90’s, les gagnants de cette période d’instabilité qui ont tiré leur épingle du jeu sont devenus les nouveaux monopoles et font tout pour ne plus être délogeables et rachètent les startups prometteuses depuis leur position de force. La concurrence exacerbée n’était pas un nouveau paradigme mais le moment d’un cycle des marchés.

En parallèle, l’intrusion du numérique dans le monde du travail a conduit à plus de contrôle des exécutants : les cadres sont nomades et autonomes (mais joignables partout et tout le temps), pour tous les autres il y a des scripts détaillés d’actions à faire et des indicateurs mesurés en permanence.

Enfin, la démocratie est érodée par la capture de la conversation publique par les médias de masse concentré entre les mains de quelques firmes et milliardaires. Ces médias personnifient les enjeux politiques, faisant qu’on ne se positionne pas sur des programmes mais sur des personnes (les médias ne sont pas les seuls responsables, les politiques s’engouffrent aussi à fond dans ce système, mais les médias l’accentuent au lieu de le contrer). Avec l’avénement des réseaux sociaux, le phénomène s’est encore accentué : même les déclinaisons entre petits groupes de personnes de la conversation publique sont médiées par des plateforme privées qui revendiquent d’utiliser leur position pour influencer le débat, expérimenter sur les gens, mettre en place du nudge et récolter des données. De plus il est difficile de quitter ces plateformes une fois qu’on y a investit du temps, construit son réseau de relations sociales, personnalisé leur fonctionnement et transféré nos données. On se trouve littéralement inféodé à ces plateformes, travaillant pour elles à créer des données qu’elles peuvent monétiser et avec de forts coûts sociaux rendant difficile de les quitter.

Durand effectue une comparaison entre les modes de production que sont esclavagisme, capitalisme et féodalisme : dans le féodalisme, les producteurs sont libres d’organiser leur production comme ils le souhaitent (les paysans gèrent leurs parcelles et leur temps comme ils l’entendent, contrairement aux salariés d’une entreprise), mais pas de changer de seigneur (saufs coûts prohibitifs dissuasifs, avec la nécessité de reprendre à zéro la culture d’une terre et de laisser tous les gens que l’on connaît derrière soi). L’économie de plateforme des GAFAM s’apparente, sur le point de la création/monétisation des données à ce système.

Titane, de Julia Ducournau

Film français de 2021, lauréat de la palme d’or. Alexia est une trentenaire qui a toujours été attirée par les voitures. Un soir, elle tue un homme qui la harcèle et fait l’amour avec une voiture. Commence pour elle une cavale où elle va devoir dissimuler son identité et se faire passer pour un garçon alors qu’une grossesse étrange modifie son corps…

C’est difficile à résumer, parce qu’il se passe beaucoup de choses dans le film. Je l’ai même trouvé un peu fouillis, avec plusieurs séquences qui auraient chacune pu être un film entier. C’est clairement un film qui parle du rapport au corps, de body horror et de transformation (Ducournau cite Cronenberg comme une de ses inspirations et ça se voit). La protagoniste passe son temps à faire ou voir son corps changer (le personnage de Vincent Lindon aussi a un rapport torturé à son corps, qui présente un contrepoint intéressant). Le scénario aussi subit des changements brusques, avec des virages brusques que l’on n’attend pas et qui laissent un peu frustré d’une conclusion de la partie précédente. Visuellement ça en met plein la vue, avec des séquences très réussies (la fête dans la caserne de pompiers notamment, en terme de couleur, d’éclairage, de renversement de l’ambiance ; les séquences de feu aussi). Gros travail sur l’ambiance sonore aussi, avec une très belle bande son.

Je pense que j’avais préféré Grave en terme de cohérence thématique et d’ambiance générale, mais il y a beaucoup d’éléments intéressant dans Titane. Je recommande si vous êtes à l’aise avec le body horror et les séquences de violence graphique.

Les enfants sont rois, de Delphine de Vigan

Roman français de 2021. On suit l’histoire de la disparition de Kimmy, enfant-star d’une chaîne Youtube familiale, où la mise en scène de Kimmy et de son frère dans des vidéos d’unboxing et de Buy everything challenge assure un revenu confortable à l’ensemble de la famille. L’enquête sur la disparition permet à l’auteure de détailler le fonctionnement de cette économie des chaînes youTube mettant en scène des enfants pour un public lui aussi composé d’enfants.

Je n’ai pas été convaincu par le roman. Le sujet est intéressant, mais la mise en scène dans cette forme fictionnelle, et encore plus la conclusion dix ans dans le futur ne m’ont pas du tout embarqué. Le passage sur le passé de la mère de famille était intéressant, celui de la policière par contre était totalement anecdotique. Je pense que de façon générale, un texte purement documentaire sur le sujet aurait été plus intéressant.

Albi – Castres

Histoire de ne pas perdre le rythme après les quatre jours de randonnée, j’ai profité du dimanche pour faire un petit aller retour à Castres en vélo, sur une voie verte qui suit le tracé de l’ancienne voie ferrée. 47,5 km aller quand même, on les a sentis à la fin de la journée. Castres en soi n’est pas très très jolie, quelques beau hôtels particuliers et un canal un peu mignon, mais rassemblé dans un tout petit périmètre. C’est un peu trop minéral pour moi. Par contre la voie verte était sympa, une belle variabilité des paysages traversés.

Canal de Castres, « la Venise du Tarn ».
Seuil
Théâtre mvnicipal
Lombers, petit village sur la route
Pin et puits

Randonnée dans la vallée d’Orlu : Jour 4/4

Dernier jour, enfin du soleil ! Nous plions le camp sous une lumière qui joue entre les nuages, avant d’attaquer la montée de la couillade d’en Beys. Nous replongeons dans les nuages, mais nous les laissons pour de bon derrière nous une fois arrivés à la crête. A partir de là, ce ne sera que de la descente, d’abord jusqu’à l’étang de Naguille, que nous longeons sur le tracé d’une ancienne voie ferrée, où nous faisons notre pause déjeuner. Puis depuis le barrage qui ferme l’étang, nous plongeons dans l’étage forestier, pour redescendre lentement jusqu’à Orlu et la voiture, à laquelle nous arrivons bien rincés.

Sommet qui joue à cache cache
Enfin de la visibilité
Sommet dans la brume
Etang des Peyrisses depuis la Couillade
Cairn imposant
Vestiges industriels
Ancien bâtiment
L’étang dans la longueur
L’étang de Naguille depuis la voie ferrée
L’étang depuis le barrage

Un peuple et son roi, de Pierre Schoeller

Film français de 2018. On suit une partie de la Révolution française, de la prise de la Bastille à la mort de Louis XVI. Le film suit à la fois les débats de l’Assemblée (nationale puis constituante) et le point de vue de parisien.nes du peuple : une lavandière, un souffleur de verre et un ancien paysan qui les rejoint en montant à Paris lors du retour du roi depuis Varennes. On suit notamment l’évolution des sentiments envers le roi, de « il faut lui faire quitter Versailles pour qu’il comprenne la réalité du pays, il est mal conseillé » à « il doit mourir pour que la révolution vive ». On voit les débats de l’Assemblée sur ce sujet, le vote solennel, les différents points de vue politiques, les moments de violence.

J’ai beaucoup aimé, c’était bien filmé et très intéressant. C’est difficile d’un point de vue de néophyte de juger de la réalité historique, mais ça avait l’air réaliste en tous cas, et ça recoupait d’autres récits qui je connaissais (mes souvenirs de cours, la bande dessinée Révolution, la série Netflix…)

Randonnée dans la vallée d’Orlu : Jour 3/4

Du point de bivouac, une grande montée vers la portella des Lanós. Pas trop violente à part la toute fin, nous doublons les groupes qui avaient dormi au refuge et été plus matinaux que nous. Nous laissons les sacs à la portella pour un aller retour sur la crête vers le puig Pedros, où le soleil apparaît enfin. De retour à la portella, les indications de notre itinéraire sont cryptiques. Nous n’arriverons jamais à trouver le raccourci qu’il voulait nous faire prendre et suivons à la place le GRP, dans un paysage assez minéral et vers la coume d’Aniel. Ça nous rajoute une belle boucle en montée puis crête avant de resdescendre vers l’étang de Lanoset où nous mangeons. Puis re-montée vers la portella d’Orlu, qui nous permet de basculer sur l’autre versant de la montagne, dans une vallée très étroite au dénivelé impressionnant. Le brouillard décide malheureusement de faire son grand retour, et la descente entame bien nos forces. Nous campons proche de l’étang de la Couillade. Stram pousse jusqu’au refuge d’En Beys pour refaire de l’eau pendant que je monte le bivouac dans un creux entre deux collines qui nous abrite du vent.

La montée matinale
Vue depuis la crête
Petit plan d’eau
Névé et perspective depuis la coume d’Aniel