Archives par mot-clé : polar

Entre fauves, de Colin Niel

Roman français de 2020. Martin est agent du parc national des Pyrénées, obsédé par la Nature et farouchement anti-chasse. Apolline est chasseuse à l’arc, fille d’un notable palois, et en partance pour la Namibie pour y chasser un lion classé animal problématique. Komuti est un éleveur himba, dont le troupeau a été décimé par le lion en question. Leurs trois vies vont se croiser dans une narration qui fait des allers retours temporels pour raconter en parallèle la chasse du lion par Komuti et Apolline, et l’identification d’Apolline par Martin à partir d’une photo de sa chasse postée sur les réseaux sociaux.

J’ai bien aimé. J’avais peur que ce soit assez cliché au début, mais la narration propose plusieurs fausses pistes, donne en parallèle le point de vue des trois personnages (et ce qu’ils s’imaginent les uns sur les autres) et les fait évoluer. L’empathie qu’on peut avoir pour le personnage de Martin au début s’évapore au fur et à mesure du roman. C’est écrit un peu comme une murder (et comme une tragédie, pour un sous-plot qu’on voit venir de loin mais qui marche bien dans le style He who fights monsters…).

Rapa, de Pepe Coira et Fran Araújo

Série galicienne de 2021. Lors d’une promenade sur la lande, Tomas, prof de lettres au lycée de Cereida, découvre la maire du village en train d’agoniser. Ennuyé par son boulot, il va décider d’enquêter en parallèle de la police, mais en échangeant avec la commissaire en charge de l’enquête.

J’ai bien aimé. C’est une série courte en 6 épisodes, avec une ellipse temporelle à la moitié. Le spectateur sait rapidement l’identité du/de la meurtrièr.e, mais l’enjeu est sa découverte par les enquêteurs, et surtout le fait de réussir à rassembler des preuves solides pour pouvoir obtenir une mise en examen. Parce que pas mal de personnes ont intérêt à ce que des éléments lié au crime et au mobile ne ressortent pas. On voit en parallèle les tractations politiques à la mairie, la mort de la maire étant survenue alors qu’un projet de mine de métaux rares sur le territoire de la commune devait être débattu.

Sans être la série de l’année, j’ai passé un bon moment devant, c’est une série policière efficace (si vous ne cherchez pas des plot-twists tordus sur l’identité du coupable), avec de beaux paysages et des acteurs qui jouent très bien.

Shining Girls, de Silka Luisa

Série télévisée états-unienne de 2022. Elisabeth Moss joue la survivante d’une tentative de meurtre dans les années 90. Depuis la tentative de meurtre, son environnement change parfois autour d’elle, de petits détails ou des pans entiers de son passé. Quand un meurtre au modus operandi similaire au sien a lieu, elle fait équipe avec le journaliste couvrant le sujet, pour tenter de démasquer le tueur et de trouver un sens à ce qui lui arrive.

J’ai bien aimé. En huit épisodes, ça forme un polar efficace, ancré dans les années 90s, avec des personnages principaux réussis. Le côté journaliste alcoolique qui enquête sur les meurtres que la police classe trop hâtivement fonctionne bien. Les éléments métaphysiques sont bien amenés, le fait de ne pas tenter de les expliquer est réussi aussi. Elizabeth joue bien un perso à la Elizabeth Moss. Le meurtrier avec ses pouvoirs surhumains et son comportement ultracreepy avec les femmes m’a rappelé Kilgrave dans Jessica Jones.

Je recommande si vous voulez un polar sans prétentions.

La Nuit du 12, de Dominik Moll

Polar français tourné dans les Alpes et sorti en 2022. On suit une équipe de la PJ de Grenoble qui enquête sur le meurtre d’une femme à Saint-Jean-de-Maurienne. Les pistes sont multiples mais aucune n’aboutit (un carton au début du film annonce qu’il s’agit d’une enquête non-résolue), les confrontations avec les différents suspects et la violence du meurtre hantent les enquêteurs.

J’ai bien aimé. C’est logiquement pas très joyeux vu que le cœur du propos est un féminicide, mais c’est bien filmé, les personnages des flics de la PJ sont intéressants, les suspects sont antipathiques juste comme il faut et les paysages de montagnes sont très beaux. La relation entre Yohann et Marceau est réussie, le côté amitié bourru et mecs qui se confient l’un à l’autre mais ne se comprennent pas trop est bien mise en scène.

Je recommande si vous aimez les polars et la montagne.

The Batman, de Matt Reeves

Film policier de 2022. Batman, année 2. Le super-héros masqué a commencé à rentrer dans une routine dans sa lutte contre le crime à Gotham. Il collabore avec le commissaire Gordon, peut se rendre sur des scènes de crime, est toléré par la police même si sa relation avec eux reste compliquée. Une série de meurtres vient bouleverser la ville. Un meurtrier qui se fait appeler le Riddler tue plusieurs figures publiques de Gotham, en commençant par le maire. Simultanément aux meurtres, le Riddler publie des révélations sur la corruption de ses victimes et leur compromission avec des figures mafieuses…

Commençons par le gros point négatif : c’était trop long. 2h56, c’était 56 minutes de trop. Ou alors fallait faire une mini-série, mais là franchement ça faisait quelque chose de trop dense. Certaines scènes n’étaient pas très jolies ou pas très lisible, avec notamment une lumière pas très réussie (notamment les scènes à l’aube). Enfin, je n’ai pas été très convaincu par le personnage de Catwoman, qui sert de romance sans grand intérêt.

Ces éléments mis de côté, il y avait des choses qui valaient le détour : par rapport aux Batman précédents (ceux réalisés par Nolan), l’esthétique est plus intéressante, moins « gros buildings et militarisation » (moins Nolan, quoi). Le portrait de Bruce Wayne/Batman proposé est intéressant. Il est beaucoup plus humain qu’habituellement dans les films, il doute, il rate des trucs, il y a une vraie épaisseur du personnage plutôt que d’en faire un archétype (et même s’il est pas en train de prôner la justice sociale et le community building, il est aussi moins fasciste que dans les Nolan). Le fait d’être sur une enquête sur un serial killer plutôt que sur un gros film d’action (même s’il y a des courses poursuites et autres passages obligés du film d’action) est un changement d’angle bienvenu aussi, on a des adversaires avec une épaisseur, plus dans le côté « politique un peu poisseuse » et « liens avec la mafia » que « super-méchants qui empoisonnent les réserves d’eau » (même si on revient un peu là dessus lors du final, d’une façon qui jure un peu avec le reste du film). La mise en exergue du fait que la figure de Batman inspire d’autres personnes (le Riddler puis ses adeptes) à se masquer et à prétendre incarner leur propre forme de justice (et le fait que Batman lui-même le réalise et se dise que c’est pas top) était assez réussi et un point que l’on voit habituellement trop peu.

Globalement, un film intéressant pour le renouvellement de certains aspects de la figure de Batman, mais trop long (et mal éclairé).

Les Disparus de Bas-Vourlans, de Romain Weber

Fiction radiophonique diffusée sur France Culture. A la suite d’une sécheresse historique dans le Jura, le lac de Clairlieu est totalement asséché. Au fond, le village de Vourlans est accessible pour la première fois en 45 ans. Et dans une des maisons, deux squelettes sont retrouvés, enchaînés au mur…

Le concept initial est intéressant, mais je n’ai pas été fan de la réalisation. On voit venir la révélation finale de loin, je trouve, et pour le reste, ça manque un peu de dynamisme. Globalement tous les habitants du village sauf les plus jeunes connaissent l’histoire de ce qui s’est passé il y a 45 ans. Il n’y a pas vraiment d’action, on suit juste la découverte progressive des événements (et quelques conséquences modernes de la découverte des corps) par trois protagonistes. Il aurait été plus intéressant d’avoir un village plus divisé où la découverte des corps ferait plus remonter les anciennes fractures à la surface.

Après, je râle mais j’ai écouté tous les épisodes, c’est quand même intéressant, sans être au niveau de 57, rue de Varenne. Mention spéciale pour le personnage de Breuillard, l’élément perturbateur avec un petit accent chantant.

Dans l’ombre du brasier, d’Hervé le Corre

Polar historique français. Paris, mai 1871. La Commune vit ses derniers jours, l’armée versaillaise pousse de tous les côtés et envahit progressivement la ville. Au milieu du chaos, un homme enlève des femmes. Un inspecteur de la Commune, ancien relieur, va tenter de les retrouver alors que tout se délite autour.

C’était un polar assez atypique. Le résumé que j’en fait et la quatrième de couverture donne l’impression qu’à part le contexte de guerre civile l’enquête va être assez classique, mais ce n’est pas le cas : l’enquêteur n’arrivera jamais à retrouver les femmes, un des complices du ravisseur va avoir des remords et aider à l’enquête, la dernière victime va se sauver seule (mais devoir affronter les soldats versaillais), la plupart des personnages meurent tués dans les combats ou les bombardements, on suit l’amoureux de la dernière victime dans sa participation aux combats et aux retraites des lignes communardes devant l’avancée de Versailles. C’est plus un roman historique qui a pris les habits d’un polar qu’un polar qui aurait pris les habits d’un roman historique. Le Corre met en scène la fin d’un monde, l’espoir que la Commune a suscité chez bon nombre de Parisien.nes (et le dégoût total qu’elle inspirait aux bourgeoi.ses.x), les discussions sans fin, l’espoir que « ca n’ait pas été en vain, que ça ait montré que c’était possible, et nos échecs serviront de leçons aux suivants ». Alors que tout s’effondre, on voit l’espoir et l’enthousiasme pour la Commune même alors qu’elle se meurt. Le roman met du temps à démarrer mais une fois qu’on est dedans c’est prenant.

Places in the darkness, de Chris Brookmyre

En orbite autour de la Terre, Ciudad del Cielo, une gigantesque station spatiale gérée par un consortium de multinationales, est officiellement la première ville sans crime de l’histoire de l’Humanité. Dans les faits, le néolibéralisme exacerbé du projet fait qu’en dehors des classes dirigeantes tout le monde a un boulot au noir en plus de son travail officiel, et que les trafics en tous genres pullulent. La nouvelle et idéaliste officier de liaison des ~Nations Unis auprès de la force de sécurité privée de CdC va cependant rapidement se voir confronter à un meurtre indéniable, et va tenter de travailler avec Nikki Fixx, une ancienne détective du LAPD et flic ripou de CdC pour comprendre ce qui s’est passé.

L’univers est cool et bien rendu. On croit à la station spatiale néolibérale, à son fonctionnement quotidien, beaucoup de détails bien imaginés. L’intrigue principale de polar était assez décevante par contre. Si le personnage de Nikki est plutôt réussi au début, il s’étiole au fur et à mesure, quand on découvre que la flic ripoue a en fait un petit coeur battant plein de sentiments sous sa carapace. Le personnage d’Alice était assez peu crédible dès le début, et ça ne va pas en s’arrangeant. Beaucoup de révélation ou même de setup qu’on voit venir à des kilomètres, j’ai fini le roman assez blasé. Dommage au vu de l’univers mis en place.

Ceux qui brûlent, de Nicolas Dehghani

Bande dessinée française sortie en 2021. Dans une ville industrielle sur le déclin, une flic qui sort juste de convalescence après un accident se voit obligée de faire équipe avec le boulet du commissariat, un flic tout pataud. Lancés sur la piste d’un tueur qui brûle ses victimes à l’acide, le duo va devoir affronter ses démons intérieurs : l’image du flic viril qu’il voudrait être pour Pouilloux, ses crises de vertige métaphysique pour Alex.

J’ai beaucoup aimé le dessin, les couleurs désaturées qui rendent très bien l’état de déclin de l’environnement urbain dans lequel prend place l’histoire. L’histoire est une enquête policière assez classique mais réussie dans sa mise en scène.

Titanshade, de Dan Stout

J’étais tombé sur le bouquin via sa recension sur Le Culte d’Apophis, un blog mentionné par aaz et qui recense pas mal de bouquin de SF et de fantasy publiés en français ou en anglais. Autant je n’avais pas été convaincu par leur chronique enthousiaste de Promise of Blood, autant pour Titanshade j’ai beaucoup aimé l’ambiance.

Au delà de comment je suis tombé sur le livre, quid ? Titanshade est un polar qui se passe dans la ville éponyme, une cité perdue au nord du cercle polaire, rendue habitable grâce au microclimat du volcan sur les pentes duquel elle est perchée. On suit les aventures de Carter, un détective du TPD, qui coche toutes les cases du cliché du flic de film noir à qui il n’arrive que des emmerdes, à la fois couvert et détesté par sa hiérarchie, tentant d’œuvrer pour le bien public dans un environnement aux institutions corrompues. L’univers est très inventif : Titanshade fait partie d’une coalition de Cité-États, dans un monde couvert d’un continent unique, où cohabitent huit races intelligentes (mais toutes très anthropomorphes, ça pour le coup c’est le seul point un peu dommage), et où la magie existe, mais est en déclin depuis l’extinction pour cause de surpêche des baleines, desquelles était extraite le manna, une huile qui était à la fois une réserve de magie et d’énergie. Depuis, l’industrie mondiale a pivoté vers the next best thing, le pétrole. Ce qui explique l’importance de Titanshade, qui était situé sur d’immenses champs pétrolifères, mais qui arrivent eux aussi sur leur fin de vie… L’univers est dense, donc et l’époque mise en scène ressemble aux années 80 : il y a des pagers, des cabines téléphoniques et du disco à la radio. Entre le personnage principal flic et cet environnement, il y avait de grosses vibes Disco Elysium. L’histoire suit une enquête de Carter avec des enjeux politiques importants, on a vraiment tous les codes du polar avec une couche d’infodump en plus pour détailler l’univers, assez réussie puisqu’elle ne gène pas la progression de l’intrigue.

Je recommande, si vous n’avez pas peur des clichés du polar.