Archives par mot-clé : nouvelles

Article invité : Histoires de moine et de robot, de Becky Chambers

Une recension par Mc

Nouvelle en deux parties (ou deux nouvelles qui se suivent) de Science-Fiction, paru en 2022-2023, que j’ai lu en VF. Le détail a son importance : Le personnage principal, Frœur Dex, est non-binaire, donc le texte en VF utilise « iel » de la deuxième à la dernière page, et ce n’est même pas un sujet.

Le livre est un « buddy movie » de voyage qui suit, donc, les aventures de Frœur Dex, moine-psychologue, dans une utopie futuriste, longtemps après la sécession des robots et la transition de l’humanité à un mode de vie écolo autogéré (qui sert de toile de fond à l’intrigue). Iel traverse une crise existentielle à se demander à quoi rime sa vie, qui s’arrange en rencontrant le premier robot à vouloir croiser des humains depuis des siècles (nommé Omphale), qui a pour sa part une quête : celle de demander aux humains de quoi iels ont besoin et prendre des nouvelles.

Ça se lit très bien et plutôt vite, et j’ai bien aimé, à plusieurs titres : d’une part pour le duo Dex-Omphale qui marche plutôt bien et permet d’explorer de manière intéressante les quêtes de l’un et de l’autre; et d’autre part pour la présentation d’une utopie fonctionnelle qui, bien que située pas mal dans le futur, se base pour l’essentiel sur de l’existant, du moins techniquement (c’est le côté société, rapports humains et priorités des gens qui est alien à notre présent, pas la technologie (exception : les robots, mais qui ne sont pas vraiment dans le monde des humains)), avec un bémol sur le côté semi-religieux d’une partie de la société, que je trouve un peu étrange.

Recommandé si vous aimez les moines en crise existentielle, et les robots curieux.

La recension par Machin est disponible ici.

Buried Deep, de Naomi Novik

Recueil de nouvelles paru en 2024. Globalement bonne qualité, mais je suis assez fan de Novik de façon générale. J’ai particulièrement aimé Seven et The long way Around, que je trouve particulièrement évocatrices dans l’écriture. Il y a un petit côté Les Villes invisibles dans les deux. Seven years from home a un côté Le Guinesque. Les fanfics et histoires s’insèrent dans ses univers plus larges sont sympas mais pas au niveau des standalones

Recommandé sauf si vous êtes une personne sans cœur qui n’a pas aimé la Scholomance.

J’ignore comment tout cela va finir, de Barry Graham

Recueil de nouvelles paru en 2023 (en France, mais il n’a pas d’équivalent en VO). Des Écosssais, adultes ou enfants, ont des histoires de vie. J’ai beaucoup aimé les nouvelles Elle ressemblait à Tom Hanks et Une chanson d’amour, peut-être, toutes les deux sur une relation amoureuse. Les autres m’ont un peu moins parlé mais globalement j’aime bien le sentiment qui se dégage du recueil.

Protectorats, de Ray Nayler

Recueil de nouvelles, paru en 2023 au Bélial (les nouvelles ont originellement été publiées dans des magazines en anglais, mais il n’existe pas de recueil équivalent en anglais). Certaines des nouvelles partagent un univers uchronique commun, où les États-Unis ont exploité la technologie d’une soucoupe volante tombée sur leur territoire en 38 pour gagner une énorme avance technologique et à la fin de la seconde guerre mondiale, repousser les communistes jusqu’en Russie, gardant toute l’Europe et une partie de l’Asie Mineure sous la forme de « protectorats », d’où le titre du recueil.

J’ai bien aimé l’écriture, l’auteur installe ses univers uchroniques ou science-fictif avec efficacité. Les uchronies sont l’occasion d’une SF « à la papa » avec des voitures volantes, des espions russes et des robots qui jouent au baseball, qui fonctionne très bien (surtout qu’il y a quand même un élément plus moderne dans le fait que les US ne sont pas vraiment pour autant présentés comme l’empire du Bien (que fait notre administration avec toute cette puissance ?), et que les personnages sont hantés par des PTSD liés à ce qu’ils ont fait pendant la guerre. Les nouvelles plus futuristes parlent pas mal de ce qu’est la conscience, surtout si elle devient transférable dans d’autres corps, identiques ou différents, de ce qu’est la frontière de l’Humanité avec des androïdes qui luttent pour leur droits et des IA qui élèvent des enfants.

Je recommande pour de la SF classique et efficace.

La Fabrique des lendemains, de Rich Larson

Recueil de nouvelles de science-fiction d’un auteur canadien, paru en 2020. Les longueurs des nouvelles sont variables. Globalement le recueil est intéressant, les nouvelles installent toutes rapidement des univers bien caractérisés (ce qui est un challenge à faire dans un format nouvelles). Les nouvelles ne proposent pas des styles ou des traitements super originaux – il y a pas mal de cyberpunk/biopunk assez classique notamment, mais c’est bien écrit et prenant. Une nouvelle était au dessus du lot par son originalité, pour moi : En cas de désastre sur la lune. J’ai aussi bien aimé L’Homme Vert s’en vient, plus classique, mais qui est assez longue et a donc la place de raconter son histoire.

The Ladies of Grace Adieu, de Susanna Clarke

Recueil de nouvelles publié en 2006, et situé dans le même univers que Jonathan Strange & Mr Norrell, ie une Angleterre du XIXe siècle où la magie et les fées existent mais sont bien moins présentes que par le passé. Les nouvelles étaient assez inégales. J’ai bien aimé la nouvelle éponyme, ainsi que Mrs Mabb et Mr Simmonnelli, moins les autres.

C’est un bonus sympa à Jonathan Strange & Mr Norrell, mais ça ne tient pas debout tout seul.

Le Silence de la Mer, de Vercors

Recueil de nouvelles publiées clandestinement par les éditions de Minuit durant l’Occupation, et qui parlent de la vie sous l’Occupation, des relations à l’occupant, du comportement des français entre résistants et collaborateurs. La nouvelle éponyme, la plus connue est intéressante, par contre il y en a beaucoup d’autres qui exaltent la Grandeur et l’Exception de la France qui ont assez mal vieilli je trouve. J’ai bien aimé Le Silence de la Mer et L’Imprimerie de Verdun, les autres, moins.

I Sexually Identify as an Attack Helicopter, d’Isabell Fall

Nouvelle étatsunienne publiée en 2020. « I Sexually Identify as an Attack Helicopter » est à la base une ««« blague »»» transphobe (enfin, *la* ««« blague »»» transphobe, parce que visiblement ils ont jamais été capables d’en inventer une deuxième). Parce que lolilol, si des gens peuvent ne pas se reconnaître dans le genre et le sexe qui leur ont été assignés à la naissance et en revendiquer un autre, alors n’importe qui peut revendiquer n’importe quoi comme genre, hein hein ? [insert cringe laughter emoji].

Partant de cette take désastreuse, Isabell Fall décide de la considérer sérieusement. Elle imagine un monde où l’armée US militarise le genre : puisque performer le genre est un ensemble de comportements réflexes que des gens mobilisent pour gérer des interactions, ne serait-il pas pratique d’avoir des pilotes pour lesquels faire fonctionner un hélicoptère serait aussi instinctif que manspreader pour votre mec blanc moyen ? Ça fait une nouvelle très réussie, qui se passe quelques années dans le futur, avec une guerre civile américaine menée aux noms d’algorithmes d’optimisation divergents. Court à lire, dispo ici et très prenant, je recommande.

Canoës, de Maylis de Kerangal

Recueil de nouvelles français paru en 2021. Une nouvelle en quelques chapitres, puis des fragments en quelques pages. Deux éléments qui les relient : le sujet de la voix qui revient dans toutes les nouvelles, central dans les fragments, évoqué dans la nouvelle centrale ; le mot canoë, présent dans chaque nouvelle, parfois de façon assez artificielle avec l’évocation d’un pendentif canoë ou du rappel d’un souvenir qui n’a pas grand chose avec l’action principale mais qui contient un canoë.

Je n’ai pas été convaincu. La forme fragmentaire, je trouve que c’est toujours casse-gueule, et pour des nouvelles qui n’ont pas de twist ça me semble toujours inachevé. De plus, la forme nouvelles + le thème de la voix, ça m’a évoqué Calls, qui ne m’avait pas convaincu non plus.

Exhalation, de Ted Chiang

Recueil de nouvelles de science-fiction, écrites entre 2005 et 2019, de longueurs assez variables. J’aime bien l’écriture de Ted Chiang, je trouve qu’il fait des trucs très réussis et originaux sur des thèmes pourtant très classiques de la SF. Les formes les plus courtes (What’s Expected of us, Dacey’s Patent…, The Great Silence) étaient sympathiques mais manquait un peu de place pour poser des idées vraiment intéressantes. A l’inverse la plus longue, The Lifecycle of Software Objects était un peu trop longue par rapport à son fond j’ai trouvé, mais c’était raccord avec le projet de raconter l’évolution d’une relation sur 20 ans. J’ai beaucoup aimé Omphalos et Anxiety is the Dizziness of Freedom, qui traitent de thème très différents l’une de l’autre, mais ont la même démarche de creuser loin les implications sur divers plans d’une découverte/invention, un genre de hard SF que j’aime beaucoup.

Je recommande le recueil.