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Quinzinzinzili, de Régis Messac

Nouvelle de post-apo française de 1935. Régis Messac imagine en 1935 une seconde guerre mondiale qui éclate l’année même, opposant Allemagne, Japon et Angleterre à la France, l’URSS et les USA. Peu importent les détails du conflit, l’usage d’une arme secrète vient bientôt éradiquer les deux camps entièrement, en répandant du gaz hilarant en quantité mortelle sur tous le globe.

Le narrateur survit parce qu’il était en train de faire de la spéléo dans une grotte en tant que moniteur d’une sortie d’un sanatorium pour enfants. De ce qu’il en sait, l’Humanité se réduit désormais à lui et une demi-douzaine d’enfants, qui régresse à un stade d’intelligence inférieur, s’inventent une espèce de patois pour communiquer et s’encombrent de toute une superstition qui prend de plus en plus de place.

C’est un texte assez misanthrope, avec un narrateur sévèrement déprimé qui méprise totalement les gamins qui constituent les derniers représentants de l’Humanité. La nouvelle décrit leur vie dans ce monde bouleversé, et les relations violentes entre les membres de la communauté, jusqu’à la mort du narrateur. C’était intéressant comme exemple d’une SF post apocalyptique d’époque, mais c’était pas un texte incroyable en soi.

Pendant qu’il te regarde, tu es la Vierge Marie, de Gudrùn Eva Minervudòttir

Recueil de nouvelles islandais. Je l’avais trouvé dans une boîte à livres, j’étais curieux, mais cen n’était pas très intéressant. Les nouvelles sont très courtes, tournent autour de relations sentimentales hétéros la plupart du temps, le style d’écriture est assez plat. Mon amour, je ne trouve pas la sortie était rigolote, les autres dispensables.

Last exit to Brooklyn, de Hubert Selby Jr.

Collection de nouvelles publiées en 1967. L’ouvrage suit des personnages des classes populaires voire des marginales et marginaux de Brooklyn : des ouvriers, des chômeurs, une prostituée, des travestis. Le livre se focalise sur des relations humaines assez basiques, la consommation d’alcool, de drogue, la sexualité et les désirs de ses personnages, avec une écriture supposée reproduire l’oralité des échanges. J’ai trouvé les nouvelles assez inégales. La première est bien en tant qu’ouverture, elle plante bien le décor, la répétition du même, les relations interpersonnelles tendues. et la dernière avec son aspect choral dans un HLM est fort réussie. Celle sur la grève contient des éléments intéressants notamment parce qu’elle prend le temps de développer la psychologie de son personnage principal. Mais bon, pour le reste, c’est vraiment faire tout tourner autour de la sexualité et de la recherche du plaisir, et ça présente pas mal des pauvres affreux sales et méchants.

Divergences 001, anthologie dirigée par Alain Grousset

Anthologie de nouvelles uchroniques écrites par des auteurs français (+ une republication d’une nouvelle d’un auteur britannique) pour une publication a destination d’un public jeunesse en 2008. C’est comme souvent pour les recueils de nouvelles inégal. Pas mal d’anthologie n’échappent pas à l’écueil de la surexposition ; les premières du recueil ont des points de divergence trop anciens pour être vraiment intéressant à mes yeux. Le petit coup d’épée de Maurevert (Michel Pagel) était la meilleure pour moi, avec une narration dynamique et une divergence originale. Reich Zone (Xavier Mauméjean) réussit à être originale en partant de la divergence la plus classique possible, et rappelle un peu Ruled Britannia de Turtledove dans son idée. De la part de Staline (Roland C. Wagner) est sympa pour la divergence mais très anecdotique dans la narration. La divergence dieselpunk de L’affaire Marie Curie est sympa, la narration est dynamique, mais la nouvelle devient de moins en moins vraisemblable, hélas.

Globalement le recueil se lit vite et permet de balayer largement une variété d’uchronies, en montrant des réussites et les défauts classiques du genre ; ça en fait une excellent introduction.

Article invité : Récits de l’exil, de Nina Berberova

Recueil de 5 nouvelles / petits romans écrit(e)s par une autrice russe émigrée en France dans les années 20 puis aux États-Unis dans les années 50. Toutes les histoires mettent en scène des personnages russes vivant en France, et montrent différentes « facettes » de l’exil (plus ou moins forcé) sans que ce thème soit pour autant central en tant que tel ; des personnages se rapprochent, attirés par des souvenirs et des expériences communes, ou au contraire semblent irrémédiablement séparés par la manière radicalement différente dont iels ont vécu la Révolution russe et les débuts de la société soviétique. La situation sociale et politique en Russie est présente en arrière-plan, sans forcément être un sujet explicite.

Ça m’a vraiment plu. J’ai eu de grosses vibes Tchekhov (relations dysfonctionnelles, aristocratie déclinante, personnages médiocres, fatalisme de l’échec, rythme particulier) mais, connaissant peu la littérature russe, je ne m’aventurerai pas à faire trop de rapprochements ou généralisations. En même temps, ce sont des récits qui évoquent des situations de violence parfois difficilement soutenables (viol, féminicide, misogynie en tout genre, suicide).

Les résumés des 5 nouvelles (plus pour ma mémoire personnelle que pour une analyse très poussée ; ça divulgache un petit peu) :

L’Accompagnatrice : Sonia, une jeune fille pauvre qui joue du piano, devient l’accompagnatrice d’une cantatrice. Elle découvre une vie de luxe à laquelle elle continue à rester étrangère. La relation entre les deux femmes, ou plutôt la vision que Sonetchka a de Maria Trevina, qui la fascine et la répugne en même temps, est vraiment intéressante. En lisant, j’avais des réminiscences très vagues du film La tourneuse de pages, où se joue une dynamique similaire d’une jeune femme musicienne et précaire cherchant à se venger de la femme plus âgée, musicienne et bourgeoise, qui l’a humiliée. Mais là où (de mémoire), le désir de vengeance était motivé par un événement précis dans le film, dans le roman c’est l’existence même de Maria Trevina qui humilie Sonia, la violence de classe qu’elle suppose.

Roquenval : le narrateur raconte, des années après, un été passé dans le château familial d’un de ses camarades de classe ; le domaine doit être vendu, malgré les protestations de l’aïeule russe à l’histoire romanesque. Boris a l’impression d’y retrouver une sorte de paradis russe perdu, un monde aristocratique en train de disparaître (coucou La Cerisaie de Tchekhov).

Le Laquais et la putain : une femme rêvant d’une vie opulente et confortable, voit ses ambitions progressivement mises à mal ; elle noue une relation avec le serveur d’un restaurant ; cette relation médiocre ne la satisfait pas mais elle est coincée… tout cela finira mal. J’ai beaucoup aimé l’écriture de cette nouvelle, avec un rythme et des images très marquants.

Astachev à Paris : un sombre connard vend des assurances vie à de riches russes à Paris sans se soucier aucunement de la vie des femmes autour de lui.

La Résurrection de Mozart : les dernières heures, entre poursuite du quotidien et inquiétudes croissantes, vécues par un petit groupe d’amis russes vivant dans un village de campagne français avant le début de l’exode pour fuir l’invasion allemande.

Au Bal des Actifs, anthologie

Anthologie de nouvelles de science-fiction sur le thème du travail, publié par La Volte.
Le niveau des nouvelles était assez inégal. La première, par Catherine Dufour, était très bien. Celle de Kloetzer aussi, qui s’inscrit bien dans son univers habituel et présente une vision un peu différentes des autres nouvelles, en parlant de lutte syndicale et d’allégeances contradictoires. Les autres je les ai trouvées moins intéressantes, moins originales dans les univers qu’elles présentent.

Three Moments of an Explosion, de China Miéville

Recueil de nouvelles de China Miéville. Toutes sont plaisantes à lire, mais elles ne sont pas toutes aussi percutantes (y’en a dans lesquelles il ne se passe pas grand chose). J’ai beaucoup aimé The Dowager of bees (les possibilités de fanfictions sont infinies !), Design et Polynia, ainsi que plusieurs autres dont je n’ai pas retenu le titre. Globalement j’aime toujours autant les œuvres de Miéville.

Steampunk World, édité par Sarah Hans

Recueil de nouvelles steampunk. Une introduction au début du recueil explique la démarche : il s’agit de faire sortir le steampunk du monde occidental (et de la période de la révolution industrielle) pour voir comment les éléments constitutifs s’adaptent à d’autres contextes historiques.
Et ça marche ma foi assez bien. Toutes les nouvelles ne sont pas du même niveau, mais il y en a de très cools dont on voudrait bien voir les univers étendus, notamment celle qui raconte le mélange du steamkraft inventé en Prusse avec les traditions de l’empire Ottoman, celle au Siam, celle avec l’enquêtrice néo-zélandaise du Bureau des Phénomènes Inhabituels de la Couronne Britannique. 

Johan Heliot vous présente ses hommages, de Johan Heliot

Recueil de nouvelles uchroniques ou science-fictives. J’ai été un peu déçu. J’ai bien aimé la plupart des romans écrit par Johan Heliot, mais là j’ai trouvé que ça faisait un peu trop gimmickesque (surtout qu’il traite très souvent les mêmes thèmes/utilise les mêmes personnages, donc au bout de 15 nouvelles c’est assez répétitif).
J’ai trouvé que la nouvelle Le Grand Duc sortait un peu du lot.

Denise Jones, agente super-héroïque et deux autres nouvelles de John Scalzi.

Trois très courts textes de John Scalzi, offerts par une libraire fort affable. Trois nouvelles de science-fiction humoristique. Une agente qui place des super-héros, une culture de levures pour yaourt qui devient maître du monde, et des interviews sur des animaux extraterrestres. Joue avec les tropes, sympa, mais reste assez anecdotique, notamment parce que se lit très vite, du coup pas le temps de développer grand chose.