Archives de catégorie : Screens, thousands of them

Man Finds Tape, de Paul Gandersman et Peter Hall

Film d’horreur étatsunien paru en 2025. Lucas et Lynn Page ont grandi dans la petite ville de Larkin, au Texas. Leurs parents s’occupaient de tous les sujets en lien avec la vidéo dans la ville, ce qui a conduit les deux jeunes adultes à avoir accès à plein de caméras et à leurs rushs et à travailler dans le domaine eux aussi. Lynn est partie de Larkin, mais Lucas y est resté, et trouve dans la maison parentale une cassette où on voit quelqu’un s’introduire dans sa chambre quand il est enfant, scène dont il n’a aucun souvenir. En creusant, il va trouver d’autres vidéos montrant des événements dont personne n’a souvenir à Larkin. Pire, la visualisation de ces vidéos le fait sombrer, lui et les autres Larkinais, dans une narcolepsie.

Il y a de bonnes idées, et ça fait un film de found footage un peu original puisqu’on a les rushs de différentes caméras montées par Lynn, avec des interviews face caméra de certains Larkinais. Mais il y a aussi des éléments assez fouillis, avec à la fois des personnages très plats et très peu d’explication sur le mystère global – aussi bien sur l’emprise du « monstre » sur la ville que sur la question de l’Étranger et de son rôle. Ça a l’air volontaire de laisser les persos comme les spectateurs dans le noir, mais ça ne marche pas totalement.

Open Sorcery, d’Abigail Corfman

Jeu vidéo textuel et court publié en 2016. On joue BEL/S, un programme informagique (un élémentaire de feu qui suit des instructions en C++) qui a été créé pour servir de pare feu à une petite communauté : une école, une maison de retraite, et les logements de ses deux créateurs. Journée après journée, on va identifier des malwares magiques et les expulser de notre système. Mais au contact des humains et des malwares, BEL/S va progressivement prendre conscience d’elle-même et dépasser sa programmation initiale.

J’ai bien aimé ! C’est de la même développeuse que 16 ways to kill a vampire at McDonald’s, que j’avais beaucoup aimé. Le style de d’Open Sorcery est un peu différent, avec quelques légères animations, et l’univers de l’histoire est complètement différent. Plusieurs fins possibles, ce qui lui donne une légère rejouabilité.

Recommandé si vous aimez le textuel, les programmes sentients et la magie.

Les Immortelles, de Caroline Deruas Peano

Film français paru en 2026. Charlotte et Liza sont deux lycéennes qui vivent dans une ville de la côte d’Azur dans les années 80. Meilleures amies inséparables, elles prévoient de monter à Paris pour se faire connaître en tant que musiciennes. Lisa a un crush sur le prof de sport (Aymeric Lompret), Charlotte cache son homosexualité. Deux adolescences ordinaires, jusqu’à la mort soudaine de Lisa d’un caillot sanguin. Charlotte va devoir réussir à faire son deuil.

Pas très convaincu. Il y avait de bonnes idées comme les séquences de rêve tournées avec une autre caméra et sur pellicule plutôt qu’en numérique. Des personnages des parents sont plutôt réussis, ainsi que la reconstitution des années 80. Mais l’arc du deuil de Charlotte ne marche pas très bien, et c’est aussi l’histoire de la mort d’une femme noire pour faire avancer l’histoire d’une femme blanche. J’ai aussi peu accroché à la musique, surtout la chanson de fin ce qui est dommage vu qu’elle est censé retranscrire les émotions que Charlotte ressent à propos de Lisa.

Signalis, du studio rose-engine

Jeu vidéo d’horreur de 2022, sorti par un petit studio allemand de 2 personnes. On incarne Elster, une androïde qui se réveille dans un vaisseau crashé sur une planète glacée. L’équipage était composé d’elle, en charge de la maintenance, et d’une pilote, qu’on va tenter de retrouver. En explorant le vaisseau puis la surface de la planète on va rapidement arriver à une anomalie qui nous fait passer sur une autre planète – ou dans un autre temps ? – où l’on va explorer un complexe minier rempli d’autres androïdes qui dysfonctionne visiblement contaminé par quelque chose tout au fond du complexe. Au fur et à mesure de notre quête on va découvrir des éléments sur l’histoire de l’univers dans lequel on joue, sur notre passé, celui de la pilote et celui de la personne dont la conscience a été copiée pour nous créer.

J’ai beaucoup aimé. On est dans un univers assez froid avec des très beaux graphiques en quasi pixel art, dans un monde aux vibes clairement fascistes, pris dans une guerre éternelle avec un empire dont il s’est séparé. Le jeu n’hésite pas à être assez expérimental – tableaux qui flashent a l’écran ou texte en japonais et allemand non traduit – variations brusques de ton, flashbacks soudains, ajouts de musique classique par moment – super bande son par ailleurs – tout en restant très jouable. Tout un côté gestion d’un inventaire très resserré puisqu’on ne peut porter que 6 objets à la fois, munitions et armes incluses, combats pas trop compliqué et possibilité de privilégier l’infiltration par moment, niveaux assez réussis avec un côté backtracing une fois qu’on a trouvé des clés, et ouvertures de raccourci plutôt bien gérées. Le jeu à un thème horreur cosmique – on trouve un exemplaire du Roi en jaune assez rapidement au début de l’histoire – mais qui se traduit surtout par la perte de contrôle des autres Replika (le nom in universe des androïdes) et l’appel incessant que certains disent ressentir ainsi que les séquences de rêve/changement de lieu soudain et bien sûr la partie organisme vivant gigantesque au fond de la mine.

Recommandé si vous aimez les dystopies horrifiques avec des cyborgs.

Los Años Nuevos, de Rodrigo Sorogoyen

Série espagnole parue en 2024. On suit Oscar et Ana, deux madrilènes qui se rencontrent lors du premier épisode et réalisent qu’iels sont né.es à un jour d’intervalle : elle le 31/12 et lui le 01/01. On va suivre pendant 10 ans une de ces deux journées, leurs interactions, et l’évolution de leur relation.

J’ai bien aimé. Je ne suis pas trop rentré dans le pilote, mais dès l’épisode 2, j’étais accroché. L’évolution de la relation entre les deux personnages est assez crédible – en même temps on parle de trentenaires européens dans les années 2015-2025, je suis assez clairement dans le cœur de cible – le fait de ne pas avoir exclusivement leur relation à tous les deux mes devoirs aussi les liens qu’ils ont avec leur famille ou leurs amis est intéressant. Le dispositif qui se concentre sur la journée du Nouvel An permet aussi de voir une forme de temps suspendu en dehors du boulot – pas complètement vrai pour Oscar vu qu’en tant que médecin il a des gardes. Et aussi des moments où les gens font le bilan, ou se retrouvent entre proches et discutent. J’ai par contre été un peu déçu par le final de la série, que j’ai trouvé plus conventionnelle que les autres épisodes. En même temps, c’est difficile de conclure de façon originale une histoire romantique.

Recommandé.

Exit 8, de Genki Kawamura

Film d’horreur (légère) japonais paru en 2025. Un homme se perd dans les couloirs du métro et arrive dans un couloir qui se répète en boucle. Il doit repérer des anomalies dans la disposition des éléments pour soit continuer à avancer soit faire demi-tour. S’il réussit 8 fois de suite, il sera libéré de la boucle. Le film est adapté d’un jeu vidéo, et ça se voit fortement. L’ambiance « espace liminal » est bien retranscrite, mais bon le scénario reste très mince. La variation de point de vue entre les 3 personnes coincées dans la boucle est plutôt réussie, mais ça reste léger pour en faire tout un film. Le côté horrifique est franchement léger, pas du tout de montée en intensité, en fait on se rapproche plus de la boucle temporelle.

In die Sonne schauen, de Mascha Schilinski

Film allemand de 2025. On suit quatre générations d’habitants d’une grande ferme allemande, entre les années 1900 et 2020. Le film nous balance au milieu de l’histoire sans contexte et c’est au spectateur de recoller les bouts. Les époques sont bien marqués par les vêtements, les coiffures, les objets, mais il faut comprendre seul les liens entre les personnages et les (quelques) liens entre les époques. On suit surtout les points de vue de différentes femmes, dont pas mal ont des destins tragiques, qui se font écho, avec des motifs qui reviennent : les photographies floues, la rivière, la porte de la grange, la chute, l’impression de vivre « pour rien ».

J’ai beaucoup aimé. Le film prend son temps pour poser les histoires des différents personnages, le film est tourné en format 1:1, avec une caméra à focale très courte, ce qui fait qu’il y a souvent pas mal de flou sur les images, avec un plan focal très resserré (voir parfois rien dans le plan focal donc tout de flou), ça fait des images assez particulières et peu classique dans les films actuels. Les acteurs jouent très bien, notamment les acteurs enfants. C’est assez difficile à décrire mais ça réussit très bien à poser une vibe particulière.

Fortement recommandé.

28 Years Later, de Danny Boyle

Film britannique de zombies paru en 2025, dans l’univers de 28 Days Later. Comme le titre l’indique, on est 28 ans après le démarrage de l’épidémie du virus de la Rage en Grande-Bretagne. Spike, un garçon de 12 ans qui vit sur une île au large de la côte, est emmené par son père pour la première fois sur l’île principale dans une sorte de rite d’initiation. Il va découvrir sur place les différents types de zombies – variations qui font très jeu vidéo – mais aussi ce que veulent dire des paysages où la Nature est redevenue sauvage et où on ne voit pas la mer. Il va revenir ensuite avec sa mère, à la recherche d’un hypothétique docteur qui pourrait soigner le mal mystérieux dont elle est affligée.

C’est la première partie d’une trilogie qui se passe sur les îles anglo-normandes 28 ans après l’apparition du virus. J’ai bien aimé certains points, par exemple l’apparence des zombies qui au bout de 28 ans ont un peu des têtes d’hommes des cavernes (hirsutes, habits qui se sont désagrégés, …). Le fait que l’épidémie de zombies ne soit arrivée qu’en Angleterre et qu’il y ait un périmètre d’exclusion tout autour des îles anglo-normandes mis en place par l’OTAN me semble toujours aussi drôle, vraiment le gros point qui me vend ces films. Les paysages sont jolis mais le côté « on ne voit que la campagne » fait un peu solution de facilité pour éviter de tourner des scènes en ville en reconstituant des décors de villes en ruine. Je ne suis par ailleurs pas très fan du montage de Danny Boyle, qui fait un peu épileptique par moments. Par contre très bel usage du poème de Kipling. Je n’ai pas été non plus très convaincu par l’histoire globale, avec cette quête du docteur qui s’avère être en train de monter des petites tours en os mais reste fort affable et sait poser des diagnostics, ni du côté memento mori.

Midnight Mass, de Mike Flanagan

Mini-série d’horreur étatsunienne parue en 2021 sur Netflix. Un nouveau prêtre arrive sur la petite île de Crockett Island. Communauté principalement catholique et isolée sur son île reliée au continent par 2 ferrys par jour, Crockett vit en quasi-autarcie, mais dans un déclin permanent depuis des dizaines d’années. L’arrivée du nouveau prêtre va coïncider avec l’apparition de miracles qui vont bouleverser la communauté et son rapport à la foi, mais semble cacher une réalité plus sombre…

La série a été évoquée par une amie au Nouvel An, je l’ai gavisionné sur les premiers jours de janvier. Le concept de base est assez chouette : si on prend littéralement certains points de la Bible et du sacerdoce chrétien, ça donne des trucs assez dark (consommer le sang du Christ, vraiment ?). Du coup confronté à des phénomènes surnaturels inquiétants il est possible de les interpréter comme conformes aux Écritures et que toute une communauté croyante (avec l’aide d’un prêtre un peu charismatique) se dise qu’il n’y a pas de souci avec tout cela. Le côté « communauté en vase clos » aide à cette montée en épingle du truc, sans voix extérieure pour alerter sur le fait que c’est n’imp. Ça m’a fait penser à King Tide, qui a un setup un peu similaire (mais moins le côté « on se raccroche à un mythe existant »).

Les trois perso de « méchants » (le prêtre, Bev et la créature) sont assez réussis, par contre les persos principaux sont des robinets d’eau tiède, vraiment des clichés de perso de série étatsunienne torturés. Y’a quelques trous dans le scénario qu’il ne faut pas regarder de trop près, mais l’ambiance est plutôt réussie.