Archives de catégorie : Screens, thousands of them

Laurent dans le vent, d’Anton Balekdjian, Léo Couture et Mattéo Eustachon

Film français paru en 2025. Laurent débarque hors saison dans une station de ski pour squatter l’appartement d’une connaissance. Peu à peu il va rencontrer des gens et se trouver des routines.

Il ne se passe pas beaucoup plus de choses dans le film, et il met un peu longtemps à démarrer à mon sens, mais j’ai bien aimé. On voit Laurent qui erre pas mal dans la vie mais qui se trouve des relations, assez variables. On le voit chercher des hébergements, se trouver quelques relations romantico-sexuelles, échanger au téléphone avec sa sœur, pendant que les paysages de la station changent autour de lui au gré des saisons. On s’attache au personnage et à ses errances, et aux seconds rôles qui ont tous l’air un peu paumés aussi. C’est filmé tout en décors naturels (je suppose), dans un style très naturaliste/tranche de vie.

Recommandé si vous aimez les films lents et les personnages principaux qui s’appellent Laurent.

The Last Viking, d’Anders Thomas Jensen

Film danois paru en 2025. Suite à un braquage, Anker demande à son frère Manfred de cacher le butin pour lui avant qu’il ne parte en prison. Quand il sort, X années plus tard, il revient voir sa sœur et son frère et demande à ce dernier de le mener à la cachette du butin. Mais Manfred a un trouble psychique et se prend pour John Lennon. Les deux frères vont partir vers l’ancienne maison de famille, depuis devenue un AirB’n’B, pour tenter de retrouver le butin. En chemin ils vont être rattrapé par leur sœur, un ancien complice d’Anker assez patibulaire, un psychiatre et d’autres personnes avec des troubles de la personnalités, ainsi que les deux propriétaires de l’AirB’n’B, pas totalement équilibré-es non plus.

C’était très danois. C’est une comédie assez noire (les révélations progressives sur l’enfance d’Anker et Manfred notamment, oof) mais qui réussit à rester drôle, avec un regard assez peu validiste sur la folie, ce qui n’est jamais facile.

En Boucle, de Junta Yamaguchi

Film japonais paru en 2023. Les employés et clients d’une auberge japonaise se rendent compte qu’ils sont pris dans une boucle temporelle de 2 minutes. Les employés vont tenter de continuer à assurer un service correct pour les clients malgré le désagrément de réapparaitre à leurs positions de début de boucle toutes les 2 minutes. Puis petit à petit ils prennent du temps pour faire d’autres choses, notamment tenter de comprendre l’origine de la boucle, mais aussi discuter de leurs sentiments. On suit principalement Mikoto, amoureuse d’un des cuisiniers de l’auberge et qui a fait une prière au dieu de la rivière pour que le cuisinier ne parte pas en France étudier la cuisine comme il en avait le projet…

C’est le deuxième film du même réal qui parle de paradoxes temporels (après Deux minutes plus tard), j’ai bien aimé celui-ci aussi. Le côté boucle très courte est original, ça donne un rayon d’action très limité aux personnages, le film fait un peu tourné à l’arrache avec des caméras à l’épaule, mais ça lui donne un certain charme. Les micro-escapades de Mikoto et du cuisinier sont bien mises en scène, le côté « soulagement de la deadline » ou « profiter de la bouffe infinie » mais qui tournent très vite à l’ennui aussi.

Life of Chuck de Mike Flanagan

Film étatsunien de 2024. En trois actes présentés antéchronologiquement, on suit la vie de Charles Krantz, comptable étatsunien. L’idée est de montrer « l’extraordinaire dans une vie ordinaire », mais je n’ai pas été très convaincu par le film personnellement. La structure antéchronologique n’apporte pas grand chose à part créer de la tension artificielle dans le premier acte parce qu’on ne comprend pas ce qui se passe (mais ce sera expliqué avec forces détails ensuite, parce que le film prend beaucoup le spectateur par la main). On voit donc trois moments : sa mort, une journée où Chuck sort de sa routine et se met à danser dans la rue, et le moment de sa jeunesse où il a appris à danser. Je trouve que ça résume très mal une vie, on voit des moments qui sont par définition extra-ordinaires, et on a très peu accès à sa vie intérieure. Je trouve par ailleurs que c’est une version très lisse d’une « vie ordinaire » : pas de conflictualité, les moments que l’on voit sont baignés dans une jolie lumière, ça fait très artificiel, au point que je me suis demandé si la partie 2 était aussi une sorte d’hallucination lors du visionnage. En fait c’est une forme de survol d’une vie, on voit les choses de très très loin : on n’a aucune idée de la relation de Chuck à sa femme et à son fils, de comment il a vécu son travail ou l’annonce de sa maladie. À la limite c’est presque la version Instagrammable d’une vie : on voit les moments avec des chorégraphies des points clés facilement résumables et finalement le slide show de bilan quand reprend tous les éléments pour voir son monde intérieur.

Bon par ailleurs il y a des points que j’aime bien : voir Tom Hiddleston c’est toujours sympa, les histoires de petits gamins chétifs qui se transcendent en dansant c’est chouette aussi.

Backrooms, de Kane Parsons

Film étatsunien de 2026. Clark gère un magasin de meubles dans une banlieue indéterminée d’une ville étatsunienne, dans les années 90. Un jour, il découvre qu’il peut passer à travers un des murs du magasin et se retrouve dans une enfilade infinie de pièces éclairées aux néons, les backrooms de la réalité. Les backrooms imitent des lieux réels, mais imparfaitement. Et Clark se rend rapidement compte que quelque chose erre dans les backrooms…

J’ai bien aimé ! C’est adapté d’un creepypasta internet, la transformation en film est réussie. La mystérieuse organisation qui étudie les backrooms, la révélation de la nature du monstre qui hante le lieu, l’esthétique generale du lieu, tous les détails sont assez réussis. Il y a une petite métaphore de l’IA avec le côté « copie imparfaite de la réalité ». Le fait que la partie « dans la réalité » du film se déroule majoritairement dans un magasin de meubles, qui est déjà un espace liminaire, est très bien trouvé : le magasin est déjà une version dégénérée d’un vrai logement, le passage dans les backrooms ne fait qu’accentuer ce premier glissement.

Recommandé.

Empathie, de Florence Longpré

Série québécoise parue en 2025. Suzanne Bien-Aimé est une psychiatre qui sort d’une longue dépression. Elle commence un nouveau travail à l’hôpital psychiatrique du Mont-Royal. Au contact de l’équipe soignante, elle va se reconstruire une sociabilité. On va découvrir en parallèle sa vie familiale, les histoires d’une partie des soignants et des patients.

Très réussi. La série traite sur un mode léger des sujets tous sauf évident, et pose un regard nuancé sur la folie et les processus de soin. La représentation de la dépression par les ballerines était bien trouvée. Par contre pas très convaincu par l’installation de la romance entre Suzanne et Mortimer, qui me semble ne pas apporter grand chose à la série, garder une relation amicale aurait été plus intéressant.

Recommandé.

リング (Ring), de Hideo Nakata

Film d’horreur japonais paru en 1998. Quatre lycéens regardent une cassette qu’ils ont trouvé dans leur chambre d’hôtel et meurent une semaine plus tard. La tante de l’une des lycéennes décide d’enquêter sur la rumeur de cette vidéo maudite. Elle la regarde et commence une course contre la montre pour réussir à briser la malédiction avant que sa semaine ne soit écoulée.

Je n’ai pas été très accroché. Je pense que le film souffre du syndrome du précurseur : on a trop revu les mêmes choses reprises, détournées, pastichées. La scène de Sadako qui sort du puits puis de la télé fonctionne bien, mais pour le reste le film n’a pas beaucoup de tension à mon sens, l’enquête des personnages pour comprendre d’où vient la malédiction se faire sur un rythme plutôt chill et avec assez peu de contretemps.

Amour Apocalyse, d’Anne Émond

Film québécois paru en 2025. Au milieu de la catastrophe climatique, Adam essaie de garder une vie normale malgré son écoanxiété galopante. Il gère un chenil, se fait draguer par son employée de 20 ans de moins que lui. Puis un jour il achète une lampe de luminothérapie. La lampe elle même ne va pas beaucoup l’aider, mais il tombe sur Tina, une femme qui vit en Ontario en appelant le SAV. Quand une tempête touche les bureaux du SAV, il décide d’aller la chercher. Les deux vont commencer une espèce de pas de deux, pas vraiment une romance, pas totalement une amitié non plus.

C’était sympa, les personnages sont attachants – particulièrement Adam à l’écoanxiété duquel on s’identifie facilement. La relation entre les deux personnages principaux, même si elle se met en place très vite, semble crédible.

Ready or not, de Tyler Gillett et Matt Bettinelli-Olpin

Film étatsunien de 2019. La nuit de son mariage, Sam est invitée par sa belle-famille à choisir au hasard un jeu auquel jouer avec eux. Elle fait le mauvais choix : cache-cache, mais une version où les protagonistes sont armés et sa belle-famille a jusqu’à l’aube pour la trouver et la sacrifier à Satan.

Le scénario est classique : la confrontation à la belle famille qui se retrouve être un groupe soudé et hostile, la traque dans un manoir. Mais le film utilise bien ces ingrédients de base, notamment avec des personnages archétypaux dans la belle famille mais qui incarnent bien leurs différents rôles. Et évidemment la performance de l’actrice principale en final girl est très réussie, la vibe « mariée en basket » fonctionne bien, sa badassification progressive au cours du film aussi. La variabilité des armes, qu’elles soient de différentes époques ou improvisées permet aussi de renouveler les situations et interactions. Mention spéciale à l’appel en visio depuis la voiture.

Recommandé si vous aimez les thrillers humoristiques et le cache-cache.

Good One, d’India Donaldson

Film étatsunien paru en 2024. Sam, une jeune adulte part en randonnée avec son père cinquantenaire et le meilleur ami de celui-ci. Le fils de l’ami devait venir aussi mais finalement se désiste au dernier moment. Sam est donc coincée entre les deux cinquantenaires. Son père a l’habitude de faire de la rando mais l’autre pas du tout, et surtout la dynamique entre les deux mecs est principalement une dynamique d’agacement mutuel, ils ont des caractères assez différents et on ne comprend pas trop pourquoi ils sont amis à part pour pouvoir bitcher ensemble sur leurs familles respectives. Le père de Sam est compétent en rando mais c’est quand même Sam qui s’occupe de faire le repas, la vaisselle…

C’est assez lowkey et petit budget, mais c’était intéressant à regarder. De beaux paysages de randonnée (mais surtout de la forêt, ça manque de montagnes), une forme de coming of age assez douloureuse (Sam se rend compte que son père est assez nul, et son ami encore plus, sans que ce soit violent et que ça nécessite des TW, juste les deux mecs ne gèrent clairement pas leurs rôles d’adultes).