Archives de catégorie : Screens, thousands of them.

Counterpart, de Justin Marks

Série en 2 saisons. Howard Silk bosse pour une mystérieuse agence de l’ONU qui a ses bureaux à Berlin. Il découvre que cette agence gère dans le plus grand secret les relations avec un monde miroir du notre dont l’Histoire diverge lentement depuis 1987. Howard rencontre notamment son double de l’Autre Côté, monté bien plus haut dans la hiérarchie de l’Agence et qui travaille dans leurs services d’espionnage.

J’ai beaucoup aimé la première saison, la seconde fonctionne malheureusement beaucoup moins bien. Le côté espionnage feutré de la série marche bien, avec cet univers très bureaucratique et formalisé qui gère un énorme secret en compartimentant tout. Les interrogations des deux Howard sur ce que leur reflet dit d’eux même sont plutôt bien menées, et la performance de JK Simmons dans les deux rôles est très bonne.

La seconde saison par contre veux expliquer trop de choses, rajouter trop d’éléments et de lignes narratives, faire plus dans le spectaculaire, la cohérence interne de l’univers et l’intérêt des intrigues s’effondre un peu. La saison 1 se suffit à elle-même, je recommande de ne regarder que ça.

J’ai perdu mon corps, de Jérémy Clapin

Film d’animation français de 2019. On suit en parallèle les tribulations d’une main coupée décidée à retrouver le corps dont elle a été détachée, et celle de Naoufel, ancien livreur de pizza devenu menuisier et tentant de draguer une fille pour qui il a eu un coup de foudre. J’ai beaucoup aimé la ligne narrative de la main, beaucoup moins celle de Naoufel, qui est sacrément creepy dans sa façon de s’infiltrer dans la vie de son crush. Il se fait envoyer bouler par la fille quand elle réalise ce qu’il en est, mais néanmoins le film pose un regard assez complaisant sur lui.

Très beaux plans par contre, avec des cadrages peu classiques dans (ce que je connais de) l’animation. Très bonne bande son aussi.

Le Daim, de Quentin Dupieux

Georges quitte tout pour acheter un blouson à franges en daim, et s’installe dans le village du vendeur. Là il décide de concert avec le blouson de réaliser son rêve d’être la seule personne au monde à porter un blouson. Payant au début les gens pour qu’ils jurent devant caméra de ne plus jamais porter de blouson, il se rend finalement compte qu’il y a une façon bien plus simple d’arriver à son but. En parallèle, George commence à tourner un film amateur, et s’y retrouve poussé par une monteuse qui est serveuse comme job alimentaire…

Beaucoup plus direct que les films habituels de Dupieux, on a même un scénario qui va d’un point A à un point B ici ! Le film parle d’obsession et de cinéma, Dujardin et Haenel sont très bons dans leur rôles.
Je recommande, sans que ce soit un film ultra marquant pour autant.

Bird Box, de Susanne Bier

Film d’horreur/post-apo sorti en 2018. Des créatures invisibles au spectateur poussent ceux qui les voient à se suicider. Les humain.e.s qui ont survécu à l’impact initial vivent dans des maisons aux fenêtres masquées par des rideaux, et ne sortent qu’équipé .e. s d’un bandeau. Dans ce monde, on suit la vie de Malorie, juste après l’impact initial alors qu’elle est enceinte, et 5 ans plus tard alors qu’elle descend une rivière accompagnée de deux enfants nommés Boy et Girl pour atteindre un potentiel sanctuaire.

J’ai plutôt bien aimé. Il y a quelques points qui ne vont pas (genre leur description de la folie), mais le personnage de Malorie est bien caractérisé, pas cliché. Le coup de la privation visuelle est bien exploité, ils n’ont pas fait la même erreur que dans A Quiet Place, où c’est totalement central au film et super mal exploité, là ça reste anecdotique, avec plusieurs astuces utilisées par les personnages.

Léon Morin, prêtre, de Jean-Pierre Melville

Film de 1961. Durant la seconde guerre mondiale et à la Libération, une militante communiste, Barny, a une conversation suivie avec un prêtre. Commencée avec l’optique de lui montrer que l’Eglise est dévoyée, elle se laisse peu à peu convaincre par ses arguments en faveur de la foi, trouvant en lui un prêtre jeune, moderne, et inspiré par la théologie de la libération le catholicisme social (cf commentaire) plus que par le dogme (et particulièrement beau – il est joué par Belmondo, et sa beauté est un des points abordés plusieurs fois par le film). En parallèle, on voit ses activités de militante communiste et de travailleuse à l’école dans le cadre de la guerre et de la Libération.

Sur le papier c’est intéressant, mais même si l’héroïne est indépendante et active, dans sa relation avec Léon Morin, elle ne réussit jamais à avoir le dessus intellectuellement, et si elle est attirée par lui physiquement, et que c’est intéressant d’avoir un film qui parle de beauté masculine, on a quand même l’impression que ça la handicape et la place en position de faiblesse dans leur relation intellectuelle.

Batman: Hush, de Justin Copeland

Dessin animé Batman un peu raté. Il reprend globalement la trame de l’arc Hush en le transposant dans un univers Batman plus récent (présence de Damian comme Robin notamment).

L’animation est classique, les dialogues sont étrangement cadencés – il y a des pauses entre les répliques des personnages, et le film est un peu réac dans sa présentation des personnages, avec des femmes fortement sexualisées, une insistance sur la romance Batman/Catwoman (je pense que personne ne lit/regarde Batman pour avoir de la romance). Bref, pas convaincu.

Les Sauvages, de Sabri Louatah et Rebecca Zlotowski

Assez déçu. La série commençait bien, j’ai beaucoup aimé le premier épisode, mais ça se perd totalement en route. Le rôle de Marina Foïs est complètement inutile (c’est quand même assez triste de réussir à gâcher Marina Foïs), la série balance très vite toute cohérence par la fenêtre. Ça commence comme une série politique (le premier épisode, donc), ça embraye sur le drame familial, et ces deux possibilités m’allaient, mais ensuite ça part en enquête solo sur la radicalisation par un ancien acteur (dont la célébrité n’est absolument jamais abordée), avec en parallèle… on sait pas trop quoi, le suivi de la directrice de campagne et fille du président, mais dont je serai bien en peine de dire ce qu’elle fait à part constater les événements autour d’elle.
D’ailleurs globalement tous les rôles féminins sont ratés, alors qu’ils avaient installé des trucs intéressants dans le premier épisode, mais à part Marion (Marina Foïs, qui est donc raté pour la raison de servir strictement à rien dans le scénario), toutes les femmes se positionnent par rapport à des hommes en tant que fille mère ou copine/compagne de, sans agenda propre.

Déception donc, mais j’en retiens quelques beaux passages : le premier épisode, donc, l’audition de Krim, le face à face entre Idder Chaouch et Lambofili. Globalement, les scènes de tension, où la série décide de mettre le spectateur mal à l’aise. Mais ça ne suffit pas, elles sont trop délayées. Le personnage d’Idder Chaouch était intéressant aussi, mais en définitive on sort de la série en ne sachant rien de lui. Bonne bande-son par contre, le thème principal (Les Sauvages, une partie des Indes Galantes de Rameau) reste bien dans la tête, et les différentes variations autour pour illustrer les différentes ambiances sont plutôt réussies.

La Zona, d’Alberto Sanchez-Cabezudo et Jorge Sanchez-Cabezudo

La série imagine un accident type Tchernobyl dans une centrale nucléaire au Nord de l’Espagne. Des populations ont été déplacées, une zone d’exclusion créée, le gouvernement a géré plutôt mal la situation. 3 ans après l’accident, un inspecteur doit enquêter sur un meurtre qui a eu lieu dans la zone d’exclusion…

J’ai beaucoup aimé. La série prend le temps de poser son ambiance, de montrer comment les gens ont tous été affectés par cette catastrophe mais qu’en même temps la vie continue : le but de la série n’est pas de revenir sur l’accident, de découvrir une vérité cachée sur ce qui s’est passé (mais elle met en scène des complotistes qui pense qu’il n’y a pas eu d’accident, c’est assez brillant), et ce n’est pas non plus de nous détailler sa gestion. Non, tout tourne autour de l’après : comment les gens ont fait leur deuil, comment la décontamination de la zone d’exclusion crée des emplois légaux et illégaux et de nombreuses opportunités de trafics, et comment il faut gérer tout ça.

Globalement c’est un polar social réussi, ou le meurtre du début va être le déclencheur d’une enquête qui va rapidement devenir bien plus large. Du point de vue narratif, ils arrivent bien à raccrocher tous les fils, les personnages secondaires sont intéressants, il n’y a pas de manichéisme. Forte recommandation.

Port Authority, de Danielle Lessovitz

Film de 2019. Paul, un jeune homme blanc un peu paumé débarque à New York. Il se lie d’amitié avec un autre mec blanc un peu louche qui lui fournit une place dans un centre d’accueil pour SDF et le recrute dans son équipe de « déménageurs », en fait des mecs qui expulsent les familles pauvres avec des loyers impayés. En parallèle, Paul tombe amoureux de Wye, une fille noire et trans qui fréquente la scène ball. Les deux aspects ne sont pas exactement compatibles et vont finir par s’entrechoquer.

Je trouve que le film passe beaucoup de chose au personnage principal. Il se comporte pas mal comme un connard, mais comme c’est le héros les gens en tolèrent beaucoup plus de lui que ce qu’ils ne devraient. De plus c’est assez clairement le personnage le moins intéressant du film. C’est dommage parce que par ailleurs c’était intéressant d’avoir un film qui montre la scène ball (perso c’est le genre de truc que je connais absolument pas), mais pourquoi cet insert assez forcé d’un perso blanc ? D’ailleurs au début du film un perso lui dit « t’es pas le bienvenu ici, t’as tout le reste de la ville à dispo, ici c’est un safe space pour les personnes queers racisées, barre-toi », ce qui paraissait fort bien, mais ensuite tout le reste du film le montre qui se réincruste sans être called out de nouveau, juste parce qu’une meuf crushe sur lui.

Globalement, avis mitigé.