Archives de catégorie : Screens, thousands of them

For All Mankind, de Ronald D. Moore et Ben Nedivi

Série télé uchronique. En 1969, l’URSS réussit le premier alunissage de l’Humanité, avant de surenchérir avec l’alunissage d’*une* cosmonaute. En réaction et sous pression de la Présidence, la NASA accélère fortement son programme spatial, décide de l’ouvrir aux astronautes femmes, et lance la construction d’une base permanente sur la Lune.

Saison 1 :

J’ai beaucoup aimé. On commence avec des astronautes (et leur entourage) qui sont des stéréotypes en carton-pâte, et la série les déconstruit progressivement pour en faire de vraies personnes avec des vies compliquées. Il y a une palanquée de problèmes techniques dans l’espace qui tiennent les spectateurices en haleine, et ce d’autant plus qu’en bonne série post-GoT, les scénaristes n’hésitent pas à tuer des personnages principaux (en terme de tension qui te tient rivé à ton siège, mention spéciale à l’épisode 9).

C’est fortement dans la même veine que The Calculating Stars, même si l’uchronie et la période temporelle sont un peu différentes, et c’est très cool de voir ce genre d’histoire sous la forme d’une série avec un bon budget pour les décors.

Saison 2 : (spoilers below)

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Rooster, de Bill Lawrence et Matt Tarses

Série étatsunienne parue en 2026. Greg Russo est un écrivain de pulp à succès. Il vient présenter son dernier livre dans l’université où travaille sa fille, et décide de rester en tant qu’écrivain en résidence le temps d’un semestre, pour veiller sur sa fille dont le couple vient d’exploser. On va voir comment il s’intègre progressivement dans la vie du campus, en enchainant pas mal de gaffes.

J’ai bien aimé ! Steve Carrell (qui joue le personnage principal) est très bon, les relations entre les perso sont réussies (notamment tout le côté père hélicoptère de Greg vis à vis de sa fille trentenaire), et les personnages secondaires aussi (notamment Sunny, sous-côtée avec son côté ultra-intense). Il y a le côté « petit monde de l’université » qui fait penser à The Chair, mais avec un humour absurde.

Recommandé pour une série détente.

The Boys, d’Eric Kripke

Adaptation en série du comics éponyme. J’avais un peu peur de ce qu’une adaptation donnerait, mais j’ai trouvé ça très réussi. Ils ont gardé l’univers tout en s’éloignant des lignes narratives exactes du comics, et ça rend plutôt bien.
Pour décrire succinctement l’univers, les super-héros existent, en Amérique. Ils sont tous gérés par une entreprise, Vought American, qui s’occupe de leur image, de les placer en tant que protecteurs de tel ou tel endroit, et de gérer tout le merchandising et les lucratifs produits dérivés autour d’elleux. Derrière l’image resplendissante, les super-héros sont très majoritairement immoraux, et Vought est prête à tout pour augmenter sa part de profit, notamment en persuadant le gouvernement d’intégrer des super-héros dans le dispositif militaire des États-Unis.

Le personnage d’Homelander (un équivalent amoral et surpatriotique de Superman) est particulièrement bien écrit.

Saison 2 :

La série continue à être fort bonne. La relation entre Ryan et Homelander est intéressante, l’évolution du personnage de Kimiko aussi. L’humanisation de Butcher est réussie, et j’aime beaucoup la force tranquille du personnage de MM. L’arc de l’instrumentalisation du coming out de Maeve par Vought est très réussi je trouve.

Sentiment mitigé sur le personnage de Stormfront : j’ai beaucoup aimé son début, mais la révélation de sa backstory est finalement un peu décevante : il aurait mieux valu selon moi qu’elle soit une version intégralement moderne de l’idéologie qu’elle porte, plutôt que d’avoir la facilité de dire « oh bah regardez avec qui elle fricotait, voilà une raison bien pratique de la considérer comme méchante ». De la même façon, je trouve Homelander plus intéressant quand il est une version non explicite des idéaux fascistes que quand il commence à littéralement sortir avec une fasciste qui reprend les discours de Goebbels. Le personnage de Stan Edgar par contre est parfait, ainsi que les trips de Hugh sur Billy Joel.

Et je suis perplexe sur la révélation finale : ça ne fait aucun sens que ce soit ce personnage qui ait ce pouvoir, l’utilisation du pouvoir qu’on voit durant toute la saison va totalement à l’encontre de son agenda affiché (ou alors, agent double placé par Vought ? Mais c’est un peu tiré par les cheveux comme histoire).

Saison 3 :

Un début un peu lent et du gore un peu gratuit, mais je suis content de ce qu’ils ont fait de la saison globalement. L’arc de Butcher et Hugh sous Temp-V est intéressant en terme de « tout pouvoir corrompt ». Le retour au status quo interne de l’équipe à la fin est un forcé, les évolutions radicale du côté de Vought sont plus intéressantes. L’arc du personnage de Kimiko est intéressant, Frenchie de moins en moins par contre. La trumpisation d’Homelander est réussie, l’agenda parallèle de l’agent dormant de Vought au gouvernement donne des pistes intéressantes pour une saison 4.

Saison finale (5) :

La fascisation super-héroïque des US est achevée. Les opposants sont emprisonnés dans des freedom camps l’exécutif est totalement inféodé à Homelander, dont la folie est de plus en plus visible, avec un récit messianique totalement assumé. Pour donner du poids aux enjeux de cette dernière saison, un McGuffin fait son apparition : une version du sérum V qui permettrait de rendre immortel Homelander. Les Boys et les sbires d’Homelander vont se précipiter pour essayer de retrouver les dernières fioles de ce sérum.
Narrativement c’était un peu confus, avec des enjeux qui apparaissent/disparaissent, une intensité de ces enjeux qui varie d’un épisode à l’autre. Pour autant le discours sur le fascisme et le messianisme reste pertinent même si parfois un peu noyé dans les différents fils narratifs. Le personnage d’Homelander reste le plus réussi de la série, celui de Butcher (et de tous les Boys tbh) tourne en rond. Le final est globalement exactement ce à quoi on s’attendait, pas de prise de risque.

En conclusion, série globalement réussie, avec un vrai fond politique, qui a quelques longueurs, mais probablement la série de super héros la plus intéressante.

Freaky Tales, d’Anna Boden and Ryan Fleck

Film étatsunien paru en 2024. Dans la ville d’Oakland en 1987, on va suivre 4 histoires qui se déroulent en parallèle et dont les personnages vont se croiser. D’abord la résistance des habitué•es d’une salle de concert communautaire aux agressions répétées d’un groupe de néonazis ; puis la soirée de deux rappeuses invitées à un featuring avec Too $hort ; la journée d’un homme de main qui veut prendre sa retraite ; et enfin un cambriolage qui tourne mal chez un basketteur et la revanche qu’il va prendre sur les criminels.

C’était sympa sans être renversant. Au début j’ai trouvé que c’était assez mal joué mais ça disparaît au fur et à mesure. C’est bourré de références, fait pour avoir une vibe de film de l’époque (moins le sexisme), on voit des néonazis se faire tabasser et du kung fu, what’s not to like? Mais bon en même temps j’ai rien trouvé de particulièrement novateur.

La città proibita, de Gabriele Mainetti

Film italien de 2025. Rome, de nos jours. Mei débarque dans la cité éternelle à la recherche de sa sœur, qui a récemment arrêter de donner des nouvelles. Sa sœur lui avait parlé d’un italien dont elle était tombée amoureuse, en creusant cette piste elle tombe sur Marcello, cuisinier dans un restaurant familial, dont le père a récemment disparu. Et elle va aussi surtout tomber sur la mafia chinoise, bien implanté à Rome et dans la traite d’êtres humains.

c’est un film fusion, qui mélange les fils de kung-fu classique et un cinéma italien plus naturaliste. La greffe ne prend malheureusement pas très bien : les scènes de kung-fu sont réussies, ainsi que le portrait de l’histoire de famille de Marcello, mais on a du mal à croire aux liens qui se nouent entre les deux protagonistes (et notamment leur relation romantique); qui sont d’ailleurs assez peu égaux, Marcello étant totalement useless dans cette histoire de vengeance familiale. Mais bon ça reste rigolo à regarder, mention spéciale pour le second rôle d’oncle de la famille un peu mafieux qu’est le personnage d’Hannibale.

Du même auteur j’avais vu Lo Chiamavano Jeeg robot, sur un super-héros italien, c’était assez perché aussi mais j’avais trouvé qu’il avait une meilleure cohérence thématique.

Les Garçons sauvages, de Bertrand Mandico

TW violences sexuelles

Film français paru en 2017, libre adaptation d’un roman de Burroughs. Sur l’île Bourbon, 5 jeunes hommes de bonnes famille se livrent à toutes les frasques et notamment causent la mort de leur professeur de lettres. Leurs parents font alors appel au Capitaine, un marin qui professe avoir une méthode infaillible pour rendre plus dociles les garçons. Embarqués sur le bateau du Capitaine, les garçons vont voguer vers l’île aux Plaisirs…

J’ai bien aimé. C’était assez onirique, avec des passages en noir et blanc et des passages en couleur, et une photographie très spécifique, avec une La sexualité est omniprésente. Les garçons ont la vibe des droogies dans Orange mécanique. Leurs personnages réussissent à être bien caractérisés à la fois individuellement et en tant que groupe avec une dynamique spécifique. La scène de « l’orgie » sur la plage notamment est très bien rendue.

Recommandé, en gardant en tête les thématiques et le TW.

La Valle dei Sorrisi, de Paolo Strippoli

King Tide x Midnight Mass

Film vu lors de l’édition 2026 du Grindhouse Paradise (festival de films de genre toulousain).

Film d’horreur italien paru en 2025. Sergio est un ancien champion de judo reconverti en prof d’EPS. Il arrive dans le petit village de Remis, perdu dans les Alpes italiennes, où les habitant·es anesthésient leurs traumas en touchant Matteo, un adolescent qui semble doté d’un pouvoir mystérieux. Sergio va se lier d’amitié avec Matteo, en voyant l’humain derrière le sauveur attitré du village. Mais il s’avère que gérer des pouvoirs surnaturels quand on est en crise d’adolescence et recherche d’identité, c’est assez compliqué…

J’ai beaucoup aimé. L’ambiance est super bien rendue, le côté surnaturel + religion catholique fonctionne bien, ainsi que le côté isolé en montagne. Les personnages sont très réussis, notamment celui de Matteo, très bien écrit comme perso moralement ambigu qui se sert de ses pouvoirs pour le bien comme pour des raisons totalement égoïstes.

Recommandé, mon préféré passé par le festival cette année je pense.

Forte, de Kimbo Kim

Film vu lors de l’édition 2026 du Grindhouse Paradise (festival de films de genre toulousain).

Film d’horreur coréen paru en 2025. Yeonji, une jeune compositrice, décroche un poste au sein du studio Forte, qui signe des musiques de films. Le studio est perdu au sein de la montagne, les employés habitent sur place, et une rumeur dit qu’ils et elles deviennent tous fous un par un.

C’est un film d’horreur qui fonctionne à la vibe. Pas d’explications, mais des trucs qui se passent, des images comme celle d’un piano abandonné dans la forêt, et à nous d’interpréter. On comprend qu’il y a une forme de pacte entre la directrice du studio et une présence maléfique, et que le lien passe par la musique, mais le reste n’est pas très clair.

Le décor du studio, cube de béton perdu dans la forêt embrumé, est assez réussi. De façon générale la photographie est très nette et très belle, avec beaucoup d’images diurnes, ça change de la direction artistique de la majorité des films d’horreur.

Saccharine, de Natalie Erika James

Film vu lors de l’édition 2026 du Grindhouse Paradise (festival de films de genre toulousain).

It follows x Grave

Film australien paru en 2026. Hana et une étudiante en médecine qui a un problème d’image corporelle : elle voudrait être plus mince qu’elle ne l’est mais n’arrive pas à tenir les régimes auxquels elle s’astreint. Une camarade de promo lui recommande un traitement révolutionnaire point après avoir analysé une des capsules, Anna détermine qu’il s’agit de cendres humaine. Elle décide alors de fabriquer elle-même des capsules à partir d’un des corps qui a été donné à la faculté de médecine pour les études. Évidemment le plan backfire : si le traitement s’avère efficace, Hana se retrouve hantée par le fantôme de la personne qu’elle a ingérée. Celle-ci la pousse à manger encore et encore, mais la perte de poids d’Hana s’accélère plus elle mange…

J’ai bien aimé ! Le côté « approche scientifique de la possession » avec Hana qui essaye de comprendre les conditions d’apparition du fantôme est assez réussi. La façon dont les TAC d’Hana sont liés à son histoire familiale (et à celle de la réalisatrice visiblement) rajoute un point intéressant. Je pense que le film aurait gagné à être coupé 2 minutes plus tôt pour laisser une ambiguïté sur ce qui se passe entre Hana et son crush, mais sinon esthétique d’horreur moderne sympa, la scène d’ « exorcisme » est assez réussie.

The Damned, de Thordur Palsson

Film vu lors de l’édition 2026 du Grindhouse Paradise (festival de films de genre toulousain).

Film d’horreur anglo-islandais paru en 2025. On est au XIXe, sur la côte islandaise. Un petit port de pêche avec quelques bâtiments, un bateau et une dizaine d’hommes. Le port est dirigé par Eva, depuis la mort de son mari. La pêche est mauvaise, et les pêcheurs voient un gros bateau faire naufrage de l’autre côté de la baie. Dans l’incapacité de nourrir les naufragés, ils décident de ne pas les secourir.

C’était très beau. Les paysages islandais sont vraiment bien mis en valeur, et j’ai toujours un petit faible pour aller film d’horreur qui mettent en scène des paysages maritimes. Là on est principalement sur la côte même s’il y a quelques scènes en mer sur le bateau de pêche, mais on voit beaucoup l’océan et les montagnes glacées. Le fantôme d’un des marins abandonnés revient bien évidemment hanter les pêcheurs, les faisant mourir l’un après l’autre de maladie, de froid, d’une chute, et surtout en les montant les uns contre les autres. Y’a un petit côté And then they were none (ou n’importe quel film avec une final girl, certes), mais en même temps il ne se passe pas grand chose. C’est bien filmé mais au delà du départ j’aurai bien voulu un peu plus d’intensité (et peut-être de rapport à la mer) – mais il y a des jumpscares/montées de tension qui ont très bien marché sur moi.

Je ne suis pas convaincu par le twist final non plus, le film aurait été mieux sans à mon sens, mais globalement ça vaut le coup de le voir juste pour la photographie.