Archives de catégorie : Screens, thousands of them.

Midsommar, d’Ari Aster

Un groupe d’amis américains part en Suède assister à la fête du solstice d’une communauté isolée. La communauté s’avère moins sympathique que ce que l’office du tourisme suédois laisse croire. Ça ressemble à un film d’horreur classique, mais les relations entre les personnages du groupe sont largement plus développées qu’habituellement : l’héroïne du film ne devait pas participer au voyage, mais son copain, pour se donner bonne conscience, lui a proposé à la dernière minute de venir en espérant qu’elle décline, sauf que non. Leur relation sacrément dysfonctionnelle (on apprend au début du film qu’il veut rompre depuis longtemps, mais une tragédie dans sa famille à elle fait qu’il n’ose pas) est donc au coeur du film, avec leur incapacité à discuter de leurs problèmes (les torts sont partagés même s’il est clairement le plus fautif dans l’histoire). Ce point empêche toute solidarité dans le groupe d’américain.e.s et facilite la tâche des villageois.e.s qui, à l’inverse, présentent l’image d’une société unie et familiale, travaillant de concert et dans l’harmonie (à zigouiller des touristes). C’est assez beau visuellement, avec un grand ciel bleu perpétuel, solstice suédois oblige, et avec toutes les tenues et bâtiments traditionnels de la cérémonie païenne.

Mudbound, de Dee Rees

Film historique américain de 2017. On suit en parallèle la vie de deux familles dans le Mississippi, une famille blanche qui possède une ferme, et une famille noire dont les membres sont ouvrier.e.s agricoles sur la ferme des précédents. L’histoire se passe durant et juste après la seconde guerre mondiale. Un membre de chaque famille a fait la guerre et ils vont devenir amis malgré le violent racisme du Mississippi.
La photographie est très belle, le contexte pauvre, la boue et la pluie permanente sont bien rendues, on n’a pas du tout envie d’être à la place des personnages. Mais on sait pas trop où le scénario va, on a l’impression que le film veut montrer trop de choses à la foi. Je soupçonne que c’est parce que c’est l’adaptation d’un livre et qu’elle est faite un peu trop scolairement. Il y a trop de points de vue différents, trop de voix off, ça fonctionne pas super bien sous forme de film, il aurait fallu resserrer un peu l’histoire.

Thelma et Louise, de Ridley Scott

Film de 1991. Thelma et Louise sont deux amies, respectivement femme au foyer et serveuse dans un bar. Elles partent en weekend ensemble, mais Louise tue un homme qui tente de violer Thelma. Une cavale en voiture commence, où les deux femmes tentent de rouler jusqu’à la frontière mexicaine alors que la police tente de les arrêter.
J’ai beaucoup aimé, les deux personnages principaux sont très réussis – et en avance sur leur temps – et les personnages secondaires sont cools aussi. Pas trop de surprise pour un film culte, mais je recommande.

Yves, de Benoît Forgeard

Film français de 2019. Un wannabe rappeur pas très malin qui vit amorphe dans la maison de feue sa grand-mère est sélectionné pour un programme de test d’un frigo intelligent. Le frigo améliore radicalement sa vie en l’aidant a écrire ses chansons et à séduire la représentante de la compagnie de frigos intelligent qui suit le test. Et par aider je veux dire que le frigo fait tout le boulot.

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Years and Years, de Russell T. Davies

Mini-série anglaise (6 épisodes) qui raconte la vie d’une fratrie de Manchester à travers la décennie à venir, alors que l’Occident s’enfonce dans l’instabilité politique et économique. On suit en parallèle les vies des différents membres de la famille et l’actualité politique du Royaume-Uni, notamment l’ascension politique de Vivienne Rook, sorte de Boris Johnson mieux coiffée.

J’ai tout vu en deux jours, la série est très bien et super efficace, mention spéciale au thème musical de l’inexorable passage du temps, qui accompagne les time-lapse où l’on saute quelques années sur fond de feu d’artifice du Nouvel An, anniversaire des membres de la famille et snippets de l’actualité politique. Sans surprise c’est de Murray Gold, le compositeur qui fait aussi une bonne partie des OST de Doctor Who, et ça renforce l’impression de voir un épisode de Noël de Docteur Who de 6 heures, centré sur la vie des gens ordinaires.

Les personnages sont aussi très réussis en ce qu’ils sont crédibles, il y a peut-être Edith qui a un côté super-héroïne (ce serait la Docteur de la série, en quelque sorte), mais en même temps ses absences prolongées lui sont reprochées par les autres. Vivienne Rook est super bien jouée par Emma Thompson (sans surprise), une bonne partie des personnages sont non-blancs ou non-hétéros. Mention spéciale aussi au personnage de la matriarche, Muriel, qui est super réussi dans son côté à la fois gentille grand-mère et vieille un peu réac malgré ses bonnes intentions.

For All Mankind, de Ronald D. Moore et Ben Nedivi

Série télé uchronique. En 1969, l’URSS réussit le premier alunissage de l’Humanité, avant de surenchérir avec l’alunissage d’*une* cosmonaute. En réaction, la NASA accélèrent leur programme spatial, y incluent des astronautes femmes, et décident de construire une base permanente sur la Lune.

J’ai beaucoup aimé. On commence avec des astronautes et leur entourage qui sont des stéréotypes en carton-pâte, et la série les déconstruit progressivement pour en faire des vraies personnes avec des vies compliquées. y’a plein de problèmes techniques dans l’espace qui te tiennent haletant dessus, surtout qu’en bonne série post-GoT ils n’hésitent pas à tuer des personnages principaux (en terme de tension qui te tient rivé à ton siège, mention spéciale à l’épisode 9).

C’est fortement dans la même veine que The Calculating Stars, même si l’uchronie et la période temporelle sont un peu différentes, et c’est très cool de voir ce genre d’histoire sous la forme d’une série avec un bon budget pour les décors.

Watchmen, la série télé, de Damon Lindelof

Série télé de 2019, située dans l’univers du comic éponyme. On est en 2019, Robert Redford est président des États-Unis depuis une vingtaine d’années, l’Oklahoma a un gros problème de suprémacistes blancs, qui a forcé les policiers à dissimuler leur visage et leur identité pour éviter les représailles (what could possibly go wrong?). Au centre de l’histoire, Angela Abar, policière noire qui vient de Tulsa mais a grandi dans le 51e État des USA, le Vietnam. Plusieurs lignes narratives s’entrecroisent, des personnages centraux du comics resurgissent, et les enjeux prennent une importance planétaire.
C’est joliment réalisé, beaux décors notamment, mais j’ai trouvé le tout assez brouillon. Beaucoup d’éléments, une envie de parler de suprémacisme blanc et de racisme mais en ne questionnant pas du tout le rôle de la police. Des personnages qui sont en attente de pouvoir soudain jouer leur rôle, beaucoup de lenteur, des trucs qu’on voit venir à trois kilomètres. De bons éléments aussi cependant : tout l’épisode flashback était très bien et fait un bon complément stand-alone au comics. J’ai bien aimé le trop court passage des aventures de Laurie Blake à Washington, DC, et les flash-back sur Ozymandias (mais pas sa ligne narrative générale).

Il revient quand, Bertrand ?, d’Hélène Lombard et Julien Sibony.

Mini-série d’Arte, en 10 épisodes de 10 minutes. Bertrand (Bertrand Usclat), trentenaire amorphe, se voit imposer un break par sa copine et se fait jeter de son appartement. Se retrouvant par un concours de circonstances chez son voisin du 5e étage, il découvre que celui ci espionne tout l’immeuble via les webcams des ordinateurs. Au lieu d’être horrifié comme une personne normale, Bertrand fait ami-ami avec le voisin et décide d’espionner sa copine pour tenter de revenir dans sa vie, tel un bon psychopathe. Il va aussi profiter des « conseils » dudit voisin, ancien militaire quelque peu rigide. Pour jouer le mec détaché, Bertrand fait semblant d’être parti en tour du monde via des photoshoppages qu’il poste sur les réseaux sociaux, d’où le titre.
C’est plutôt bien joué et assez rigolo par moment, après c’est une histoire ultra cliché de mec un peu looser qui se comporte comme un gros creep «  » » »par amour » » » ». Sympa si vous aimez bien Bertrand Usclat, mais assez anecdotique.

L’effondrement, du collectif Les Parasites

Courte (8x20minutes) série télé française qui traite sous la forme d’une anthologie un effondrement rapide des structures institutionnels et des chaines d’approvisionnement en France.

Du point de vue de l’effondrement lui-même on est pas sur quelque chose de très réaliste : tout se délite en quelques jours, ça permet d’avoir une série avec de la tension, des files d’attentes aux stations services, des urgences à traiter dans tous les sens.
La série elle-même est cependant sympa à regarder, à chaque épisode on suit un groupe de personnages différents (même si on a quelques liens entre certains épisodes) a un stade différent de l’effondrement, et qui se retrouve tous avec des choix merdiques à faire. La série n’est pas très optimiste, ça tourne souvent mal.