Archives de catégorie : Screens, thousands of them

The Man who killed Hitler and then the Bigfoot, de Robert D. Krzykowski

Film étatsunien de 2019. Calvin Barr est un vétéran de l’armée étatsunienne, qui vit seul avec ses souvenirs, entre le bar, son chien et des échanges très sporadiques avec son frère. Dans ses souvenirs, Calvin se rappelle de la mission top secrète qu’il a mené durant la guerre, un assassinat ciblé visant Hitler qui lui semble bien vide de sens, puisqu’elle n’a rien changé au cours de la guerre. Le gouvernement États-Unis le recontacte pour – comme toujours – une dernière mission. Dans les forêts canadiennes, un bigfoot a été repéré et porteur d’une maladie qui pourrait se transmettre aux humains, une forme de peste ultra contagieuse. Calvin y est par chance immunisé. Les gouvernements étatsunien et canadien lui demande donc de se rendre dans le périmètre de sécurité et d’y tuer le bigfoot, faute de quoi ils largement une bombe atomique sur la zone pour ne prendre aucun risque.

Bon, je raconte un peu tout le scénario ici, mais le film ne vaut pas tant pour son scénario que pour sa mise en scène, avec de tout petits budgets, des exploits de Calvin à différentes périodes de sa vie, et l’intensité de l’acteur principal en vieil homme déçu par la vie mais avec une super moustache qui parle à son chien et traine dans les bars avant de défoncer les punks qui veulent lui voler sa voiture ou d’aller crapahuter dans les forêts canadiennes.

TR-49, du studio Inkle

jeu vidéo paru en 2026, par le même studio qu’Expelled! et Heaven’s Vault. Tout le jeu se passe en face d’une machine dérivée d’Enigma. Créée pour trouver des corrélations, ses créateurs l’ont nourrie de dizaines de textes, entré littéralement en détruisant des livres pour introduire page après page dans la machine. Chaque texte est muni d’un code de référence, la machine fonctionnant comme une archive (of its creators’ own). Il va falloir naviguer a l’aide de ces codes de référence, le seul input qu’on peut donner a la machine, en comprenant leurs conventions de création, pour réussir à dénicher de plus en plus de documents. Mais on ne voit jamais les documents eux même : juste le paratexte saisi lors de leur entrée dans la machine, ou ajouté a posteriori par les différents utilisateurs de la machine. Le principe est tout bête et fait très Immortality (mais avec des textes a la place des rushs), mais fonctionne très bien. Il y a par contre une espèce de concept métaphysique rajouté au milieu de l’histoire pour rajouter de l’enjeu, que je trouve assez peu convaincant et mal amené. Je pense qu’avec ce qui était posé comme idée sur la machine, il y avait moyen de faire quelque chose de plus trippant, à base de faussaire de livres (puisque la machine peut visiblement inférer des œuvres si on lui donne suffisamment de contexte), de plagiat par anticipation et d’enquête pour recréer les œuvres perdues de Judith Shakespeare.

Recommandé si vous aimez farfouiller dans des archives.

Honey Bunch, de Madeleine Sims-Fewer et Dusty Mancinelli

Film canadien de 2025. Après un coma dû à un accident, Diana est amenée par son compagnon Homer dans une clinique isolée qui affirme avoir des méthodes révolutionnaires en termes de rééducation physique (pour sa jambe) et mentale (pour retrouver tous ses souvenirs). Mais sur place, Diana a rapidement l’impression qu’il se passe des choses étranges, elle a des flashs de mémoire d’elle dans la clinique, elle rencontre une jeune femme muette qui est son portrait craché…

Le film met un peu de temps à démarrer. L’intensité de la dernière partie est cool, mais ça arrive trop tard dans le film à mon sens, qui passe trop de temps à nous faire nous demander ce qui se passe. En plus c’est cette dernière partie qui rend vraiment plus intéressant le personnage d’Homer qui a moins l’air d’un gros creep (même si sa démarche reste ultra chelou), donc c’est dommage qu’on n’ait pas cet aspect plus tôt dans le film.

L’ambiance « années 70 » sans que la période temporelle ne soit jamais vraiment explicitée rend bien.

Obsession, de Curry Barker

Film étatsunien paru en 2026. Bear est amoureux de sa collègue et amie Nikki. Il n’ose pas lui dire, de peur qu’elle ne le rejette. Alors il décide d’utiliser un objet magique pour faire en sorte qu’elle l’aime « plus que tout au monde ». Évidemment, vu qu’on est dans un film d’horreur, le vœu va avoir des Conséquences™. La Nikki amoureuse va être bien trop intense, avec des sautes d’humeur et des activités nocturnes assez flippantes, et des indices laissent rapidement penser que ce n’est pas vraiment Nikki mais une entité qui l’habite. Sauf que Bear est un énorme creep, et qu’il préfère un amour psychotique à l’idée de redonner à Nikki la possibilité de ne pas l’aimer.

C’était une variation intéressante sur le scénario habituel du careful what you wish for, avec des acteurs (Inde Navarrette qui joue Nikki surtout) très bons dans leurs rôles. Je l’ai vu dans une qualité un peu pourrie donc difficile d’avoir une opinion éclairée (huhuhu) sur la photographie, mais j’ai pas l’impression qu’il y avait un travail particulier dessus. Donc je dirai film d’horreur correct avec quelques éléments féministes (viteuf, surtout dans la présentation du perso de Bear comme un incel sous des dehors charmants), mais rien de révolutionnaire non plus.

The Lowdown, de Sterlin Harjo

There’s only one plot : things are not as they seem. — Jim Thompson

Série étatsunienne parue en 2025. Lee Raybon est un journaliste local qui vit en Oklahoma. Il a récemment publié le portrait à charge d’une famille de propriétaires terriens locaux, dont un des membres se présente pour devenir gouverneur de l’État, et le frère de l’aspirant-gouverneur s’est suicidé juste après. Pour Lee ce n’est pas un suicide, ça cache quelque chose.

Il va donc recommencer à enquêter autour de la famille endeuillée, et rapidement croiser des skinheads, des droits de propriété peu clairs, des secrets de famille et des lettres cachées dans des polars, tout en faisant de son mieux pour détruire sa propre vie de famille au passage, en étant un père désastreux pour sa fille unique.

C’est une bonne série. J’avais beaucoup accroché à Reservation Dogs de Sterlin Harjo (et Taiki Waititi) aussi, on retrouve certains éléments ici dans l’humour absurde, mais avec un côté polar des États-Unis sudiste. Lee est à la fois attachant dans sa quête de la vérité et défense des opprimés, et absolument insupportable humainement, à la fois dans son côté white trash, son refus de prendre ses responsabilités, et son côté un peu fouille-merde/je suis le centre du monde. Visiblement le personnage est basé sur une personne réelle, elle a pas dû être facile à fréquenter. C’est intéressant de voir un portrait des USA qui s’éloigne des côtes, et qui montre une Amérique qui sans être 100% rurale (une grosse partie se passe à Tulsa) est quand même largement moins favorisée, avec des écarts de richesse gigantesques et des mondes qui se fréquentent pourtant, c’est pas juste « on se croise dans la rue et on s’ignore.

For All Mankind, de Ronald D. Moore et Ben Nedivi

Série télé uchronique. En 1969, l’URSS réussit le premier alunissage de l’Humanité, avant de surenchérir avec l’alunissage d’*une* cosmonaute. En réaction et sous pression de la Présidence, la NASA accélère fortement son programme spatial, décide de l’ouvrir aux astronautes femmes, et lance la construction d’une base permanente sur la Lune.

Saison 1 :

J’ai beaucoup aimé. On commence avec des astronautes (et leur entourage) qui sont des stéréotypes en carton-pâte, et la série les déconstruit progressivement pour en faire de vraies personnes avec des vies compliquées. Il y a une palanquée de problèmes techniques dans l’espace qui tiennent les spectateurices en haleine, et ce d’autant plus qu’en bonne série post-GoT, les scénaristes n’hésitent pas à tuer des personnages principaux (en terme de tension qui te tient rivé à ton siège, mention spéciale à l’épisode 9).

C’est fortement dans la même veine que The Calculating Stars, même si l’uchronie et la période temporelle sont un peu différentes, et c’est très cool de voir ce genre d’histoire sous la forme d’une série avec un bon budget pour les décors.

Saison 2 : (spoilers below)

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Rooster, de Bill Lawrence et Matt Tarses

Série étatsunienne parue en 2026. Greg Russo est un écrivain de pulp à succès. Il vient présenter son dernier livre dans l’université où travaille sa fille, et décide de rester en tant qu’écrivain en résidence le temps d’un semestre, pour veiller sur sa fille dont le couple vient d’exploser. On va voir comment il s’intègre progressivement dans la vie du campus, en enchainant pas mal de gaffes.

J’ai bien aimé ! Steve Carrell (qui joue le personnage principal) est très bon, les relations entre les perso sont réussies (notamment tout le côté père hélicoptère de Greg vis à vis de sa fille trentenaire), et les personnages secondaires aussi (notamment Sunny, sous-côtée avec son côté ultra-intense). Il y a le côté « petit monde de l’université » qui fait penser à The Chair, mais avec un humour absurde.

Recommandé pour une série détente.

The Boys, d’Eric Kripke

Adaptation en série du comics éponyme. J’avais un peu peur de ce qu’une adaptation donnerait, mais j’ai trouvé ça très réussi. Ils ont gardé l’univers tout en s’éloignant des lignes narratives exactes du comics, et ça rend plutôt bien.
Pour décrire succinctement l’univers, les super-héros existent, en Amérique. Ils sont tous gérés par une entreprise, Vought American, qui s’occupe de leur image, de les placer en tant que protecteurs de tel ou tel endroit, et de gérer tout le merchandising et les lucratifs produits dérivés autour d’elleux. Derrière l’image resplendissante, les super-héros sont très majoritairement immoraux, et Vought est prête à tout pour augmenter sa part de profit, notamment en persuadant le gouvernement d’intégrer des super-héros dans le dispositif militaire des États-Unis.

Le personnage d’Homelander (un équivalent amoral et surpatriotique de Superman) est particulièrement bien écrit.

Saison 2 :

La série continue à être fort bonne. La relation entre Ryan et Homelander est intéressante, l’évolution du personnage de Kimiko aussi. L’humanisation de Butcher est réussie, et j’aime beaucoup la force tranquille du personnage de MM. L’arc de l’instrumentalisation du coming out de Maeve par Vought est très réussi je trouve.

Sentiment mitigé sur le personnage de Stormfront : j’ai beaucoup aimé son début, mais la révélation de sa backstory est finalement un peu décevante : il aurait mieux valu selon moi qu’elle soit une version intégralement moderne de l’idéologie qu’elle porte, plutôt que d’avoir la facilité de dire « oh bah regardez avec qui elle fricotait, voilà une raison bien pratique de la considérer comme méchante ». De la même façon, je trouve Homelander plus intéressant quand il est une version non explicite des idéaux fascistes que quand il commence à littéralement sortir avec une fasciste qui reprend les discours de Goebbels. Le personnage de Stan Edgar par contre est parfait, ainsi que les trips de Hugh sur Billy Joel.

Et je suis perplexe sur la révélation finale : ça ne fait aucun sens que ce soit ce personnage qui ait ce pouvoir, l’utilisation du pouvoir qu’on voit durant toute la saison va totalement à l’encontre de son agenda affiché (ou alors, agent double placé par Vought ? Mais c’est un peu tiré par les cheveux comme histoire).

Saison 3 :

Un début un peu lent et du gore un peu gratuit, mais je suis content de ce qu’ils ont fait de la saison globalement. L’arc de Butcher et Hugh sous Temp-V est intéressant en terme de « tout pouvoir corrompt ». Le retour au status quo interne de l’équipe à la fin est un forcé, les évolutions radicale du côté de Vought sont plus intéressantes. L’arc du personnage de Kimiko est intéressant, Frenchie de moins en moins par contre. La trumpisation d’Homelander est réussie, l’agenda parallèle de l’agent dormant de Vought au gouvernement donne des pistes intéressantes pour une saison 4.

Saison finale (5) :

La fascisation super-héroïque des US est achevée. Les opposants sont emprisonnés dans des freedom camps l’exécutif est totalement inféodé à Homelander, dont la folie est de plus en plus visible, avec un récit messianique totalement assumé. Pour donner du poids aux enjeux de cette dernière saison, un McGuffin fait son apparition : une version du sérum V qui permettrait de rendre immortel Homelander. Les Boys et les sbires d’Homelander vont se précipiter pour essayer de retrouver les dernières fioles de ce sérum.
Narrativement c’était un peu confus, avec des enjeux qui apparaissent/disparaissent, une intensité de ces enjeux qui varie d’un épisode à l’autre. Pour autant le discours sur le fascisme et le messianisme reste pertinent même si parfois un peu noyé dans les différents fils narratifs. Le personnage d’Homelander reste le plus réussi de la série, celui de Butcher (et de tous les Boys tbh) tourne en rond. Le final est globalement exactement ce à quoi on s’attendait, pas de prise de risque.

En conclusion, série globalement réussie, avec un vrai fond politique, qui a quelques longueurs, mais probablement la série de super héros la plus intéressante.

Freaky Tales, d’Anna Boden and Ryan Fleck

Film étatsunien paru en 2024. Dans la ville d’Oakland en 1987, on va suivre 4 histoires qui se déroulent en parallèle et dont les personnages vont se croiser. D’abord la résistance des habitué•es d’une salle de concert communautaire aux agressions répétées d’un groupe de néonazis ; puis la soirée de deux rappeuses invitées à un featuring avec Too $hort ; la journée d’un homme de main qui veut prendre sa retraite ; et enfin un cambriolage qui tourne mal chez un basketteur et la revanche qu’il va prendre sur les criminels.

C’était sympa sans être renversant. Au début j’ai trouvé que c’était assez mal joué mais ça disparaît au fur et à mesure. C’est bourré de références, fait pour avoir une vibe de film de l’époque (moins le sexisme), on voit des néonazis se faire tabasser et du kung fu, what’s not to like? Mais bon en même temps j’ai rien trouvé de particulièrement novateur.

La città proibita, de Gabriele Mainetti

Film italien de 2025. Rome, de nos jours. Mei débarque dans la cité éternelle à la recherche de sa sœur, qui a récemment arrêter de donner des nouvelles. Sa sœur lui avait parlé d’un italien dont elle était tombée amoureuse, en creusant cette piste elle tombe sur Marcello, cuisinier dans un restaurant familial, dont le père a récemment disparu. Et elle va aussi surtout tomber sur la mafia chinoise, bien implanté à Rome et dans la traite d’êtres humains.

c’est un film fusion, qui mélange les fils de kung-fu classique et un cinéma italien plus naturaliste. La greffe ne prend malheureusement pas très bien : les scènes de kung-fu sont réussies, ainsi que le portrait de l’histoire de famille de Marcello, mais on a du mal à croire aux liens qui se nouent entre les deux protagonistes (et notamment leur relation romantique); qui sont d’ailleurs assez peu égaux, Marcello étant totalement useless dans cette histoire de vengeance familiale. Mais bon ça reste rigolo à regarder, mention spéciale pour le second rôle d’oncle de la famille un peu mafieux qu’est le personnage d’Hannibale.

Du même auteur j’avais vu Lo Chiamavano Jeeg robot, sur un super-héros italien, c’était assez perché aussi mais j’avais trouvé qu’il avait une meilleure cohérence thématique.