Archives par mot-clé : fantastique

A Ghost story, de David Lowery

Film de 2017. Suite a un accident de voiture, un homme meurt. Il devient un fantôme qui reste dans la maison dans laquelle il vivait, et voit s’écouler l’histoire du lieu.

J’ai bien aimé. Le fantôme est représenté par un acteur recouvert d’un immense drap blanc avec deux trous noirs pour les yeux, c’est tout simple mais ça marche très bien. On le voit percevoir le temps différemment des humains, assistant à des scènes de la vie des différents occupants de la maison, se manifestant occasionnellement, discutant avec un autre fantôme. Le rythme du film retranscrit bien ça, avec des scènes qui s’étirent (pas mal de longs plans fixes), d’autres où les moments s’enchainent, le décor change, des ellipses temporelles surviennent. Le personnage avant sa mort n’est pas particulièrement sympathique, c’est intéressant de voir sa version fantôme devenir un personnage plus intéressant.

Je recommande.

Numérique (Brevis est) de Marina et Sergey Dyachenko

Second livre dans la série de romans fantastiques de ces deux auteurs russes. Un univers différents mais beaucoup de thèmes et de structures communes avec Vita Nostra. On a l’introduction d’un adolescent solitaire dans une réalité cachée, des mentors ultra-exigeants aux pouvoirs incommensurables, la suggestion que notre monde n’est que la projection sur une toile d’un ensemble plus vaste…

Je pense que Vita Nostra réussissait cependant plus son coup : l’univers était plus original, et il y avait plus de personnages intéressants : là le héros est très très seul. L’édition que j’avais avait aussi des retours à la ligne en pleine phrase occasionnellement, et j’ai trouvé la traduction pas incroyable : quelques anglicismes, et des répétitions de passages/phrases qui sortent un peu de l’univers, ce qui est toujours dommage.

Cochrane vs. Chtulhu, de Gilberto Villarroel

Roman chilien. En 1815, le capitaine Eonet est chargé de la défense de Fort Boyard, pièce clef du dispositif imaginé par Napoléon pour protéger la rade des Basques des incursions anglaises. Mais il a aussi une mission confidentielle, accueillir les frères Champollion dans le fort pour qu’ils puissent examiner de mystérieuses inscriptions trouvées lors de la construction, qui parlent d’anciens dieux et de cité engloutie. Les événements vont brusquement s’accélérer avec la capture d’un capitaine écossais renommé, Lord Cochrane, et la manifestation soudaine de phénomènes paranormaux qui semblent annoncer le réveil prochain d’un dieu endormi…

J’ai été assez déçu. Le pitch était alléchant, guerres napoléoniennes + Chtulhu j’étais motivé. Mais la réalisation laisse cruellement a désirer. Beaucoup de répétitions et de didactisme dans l’écriture (notamment sur les éléments lovecraftiens alors que bon si on récupère ce livre c’est a priori qu’on a quelques idées de qui est Chtulhu), et des personnages assez caricaturaux (de valeureux militaires, des savants anémiques, un fourbe commissaire politique !), notamment Lord Cochrane lui même qui est le parfait Gary Stu. Bref, too bad so sad.

La Révolution des Damnés, de Melody Cisinski

Premier tome d’une bande dessinée sur une révolution russe incluant des éléments fantastiques. On suit Yuri, un membre des brigades anarchistes, qui infiltre le train blindé ou les russes blancs abritent la dernière héritière des Romanov dans l’espoir d’une restauration. En parallèle on voit le passé de Yuri, son adolescence dans son village, et le triangle amoureux qu’il formait avec Elena et Nikita, son camarade qui a obtenu un poste de commandement dans l’armée bolchevique et est en train de réveiller des puissances occultes.

Il y a des points intéressants dans l’histoire, mais on reste un peu sur sa faim avec juste ce premier tome ; typiquement le Kotchei réveillé par Nikita n’apparaît que relativement tard, on voudrait en avoir plus (surtout que c’est quand même lui qui fait la couverture). Mais je suis totalement motivé par une histoire qui mêle gros robots, révolution russe et légendes slaves.

Dans le fond comme dans la forme, il y a deux ruptures de ton qui m’ont un peu perturbées :

  • Sur la forme, le design des personnages est très toonesque, avec par contre des couleurs très sombre, une bonne partie de la BD est en nuance de gris avec seulement quelques éclats de couleur.
  • Sur le fond, on alterne des moments adultes ou sombres, avec des charniers, du sexe, et des moments plus légers ou le héros blague avec son cheval ou joue avec l’héritière Romanov.

Ça donne un peu l’impression que la BD oscille en fond comme en forme entre deux styles ; j’attends de voir ce que l’autrice veut en faire dans les tomes suivants, surtout que maintenant que tous les enjeux sont posés, le kotchei entré en scène et l’action lancée, on devrait arriver aux passages les plus intéressants.

The Wicked + The Divine, de Kieron Gillen et Jamie McKelvie

Série de comics. Tous les 90 ans, 12 dieux se réincarnent pour deux ans dans des adolescents, qui se retrouvent soudain munis de capacité à générer des miracles et parler le langage des dieux. On suit le destin des 12 membres de la résurgence de 2013, qui deviennent des stars adulées mondialement dans le Londres moderne, et qui tentent de comprendre les tenants et aboutissants de leur espérance de vie raccourcie à deux ans, l’origine de cette Résurgence, et pourquoi quelqu’un semble tenter de tuer certain.e.s d’entre elleux.

J’ai été un peu déçu par rapport à mes attentes. La série commence très bien, propose un univers riche et original, mais la résolution des mystères et la conclusion de l’histoire laissent un peu à désirer, j’ai trouvé. Le dessin est beau mais assez lisse, le design des personnages est très réussi par contre.

Vita Nostra, de Marina et Sergey Dyachenko

Roman fantastique ukrainien. Une adolescente est admise dans une école de magie. Trope usé jusqu’à la corde ? Dans la fantaisie anglo-saxonne peut-être, mais là on en est loin. L’héroïne ne veut pas du tout aller dans cette école, on l’oblige à s’y inscrire et à être assidue en cours sous peine de voir sa famille être gravement blessée. L’enseignement est fastidieux, l’internat hors d’âge, tous les élèves terrifiés. Et pourtant Sacha va peu à peu aimer l’enseignement qu’on lui prodigue, trouver sa place et tout faire pour dissimuler la vérité à sa famille.

J’ai bien aimé. C’est assez perché, une description détaillée d’études ésotériques mais austères, consistant essentiellement à apprendre par cœur des textes incompréhensibles sous menace permanente. Les élèves sont tous traumatisés à des degrés divers par leur enseignement, personne n’est épanoui ou heureux, mais ça reste étrangement plaisant à lire et prenant.

The Starless Sea, d’Erin Morgenstern

Si par une nuit d’hiver un voyageur X The End X Neverwhere X …

Zachary est un étudiant en train de rédiger son mémoire de master sur la narration dans les jeux vidéos. Il profite de la période avant la reprise des cours en janvier pour emprunter à la chaîne des romans dans la bibliothèque universitaire. C’est comme ça qu’il tombe sur un roman sans mention d’un auteur, qui semble une collection de nouvelles à tonalité fantastique, dont une qui décrit avec des détails précis une expérience qu’il a eu enfant. Il se met en quête de plus d’informations sur le livre, et découvre rapidement une société secrète et un univers parallèle constitué d’une mer souterraine et d’un havre qui la borde, qui contient une quantité gigantesque de récits archivés sous d’innombrables formes, mais désormais quasi désert.

C’était assez cool. Au début j’étais un peu sceptique sur le fond. Autant il y a vraiment toutes les références pour me séduire, autant l’histoire commence de façon très classique avec des personnages assez archétypaux de ce genre de récits, dont on pénètre assez peu la psychologie. Mais on est sur une histoire à propos d’histoires et avec des protagonistes genre-savvy, du coup après un certain temps ça devient plus méta. Plusieurs récits enchâssés se rejoignent, plein d’éléments sont volontairement laissés obscurs et peuvent s’interpréter de plusieurs façons, le rôle des personnages se brouille.

C’est très dense en idées et en symboles, ça fait ~600 pages que j’ai lu quelques jours, ce qui montre le potentiel d’accroche. Après le côté psychologie et motivation profonde des personnages reste léger, mais c’est du worldbuilding perpétuel avec une bonne couche de méta.

Ring Shout, de P. Djèlí Clark

Court roman fantastique. En 1922 aux États-Unis, une organisation clandestine mène la lutte contre un Ku Klux Klan qui s’est allié à des monstres surnaturels. On suit une cellule de combattantes, Maryse, Chef et Sadie, alors qu’elles tentent d’empêcher une projection de Birth of a Nation au sommet d’une montagne avec des propriétés magiques…

C’était très bien. C’est une bonne histoire d’horreur cosmique, on trouve des thèmes lovecraftiens, mais traités du point de vue de l’antiracisme plutôt qu’avec la vision xénophobe de Lovecraft lui-même. Y’a une cohérence stylistique qui était ce qui m’avait manqué dans Lovecraft Country. La description des monstres, axée sur le body horror, est très réussie, surtout celle de la Grande Cyclope. Quelques répétitions dans les passages qui décrivent les moment où Maryse invoque son épée, mais c’est un défaut assez mineur.

Death Becomes Her, de Robert Zemeckis

Film américain de 1992. Une actrice obsédée par l’apparence de la jeunesse boit une potion magique lui garantissant la jeunesse éternelle. Tuée par son mari peu après, elle devient une zombie, qui doit recourir à des produits industriels pour maintenir son apparence. Elle tente de manipuler son mari croque-mort pour qu’il s’en charge, mais elle finit par ne pouvoir s’appuyer que sur sa meilleure ennemie, dans la même situation qu’elle…

C’était inégal. Meryl Streep joue le rôle principal et le joue très bien. Le film part un peu dans toutes les directions, on est sur une dénonciation des injonctions permanentes à la beauté que subissent les femmes, mais pas toujours de façon très adroite. Y’a une séquence grossophobe complètement gratuite au début du film – et quand je dis complètement gratuite c’est qu’on peut juste la virer et le film reste totalement compréhensible.

Y’a une influence Rocky Horror Picture Show dans le manoir de la dispenseuse de la potion d’éternelle jeunesse avec ses serviteurs bodybuildés, un côté meurtre pasionnel à Mulholland Drive dans un bout du film – en fait on à pas mal l’impression de voir un patchwork de films, mais c’est peut-être volontaire de la part de Zemeckis.

Tooth Fairy, de Michael Lembeck

Film américain de 2010. Dwayne Johnson incarne un joueur de hockey de seconde zone, utilisé par son équipe pour blesser les joueurs adverses. Sa brutalité sur le terrain lui vaut une célébrité locale, et il est plutôt content de sa vie. Suite à son affirmation devant une enfant que la Fée des dents (la petite souris aux USA) n’existe pas, il est considéré coupable par le monde féerique de « dispersion of disbelief » et condamné à devenir une des Fées des dents pour 2 semaines, une obligation qui va interférer avec le reste de sa vie.

J’ai été fort agréablement surpris. L’intrigue est relativement classique pour ce genre de film, mais le personnage principal est nuancé – il a un bon fond mais il sait se montrer mesquin, et il est désabusé, et les seconds rôles sont tous réussis. Point bonus pour avoir filé au personnage principal un love interest qui a son âge et pas 20 ans de moins.

Le personnage n’est pas spécialement attaché aux enfants, il s’entend bien avec la gamine de sa compagne mais a plus de mal avec le fils, et il n’a pas spécialement d’affection pour tous les autres enfants qu’il rencontre. De façon générale son approche désanchantée de son job temporaire de fée est très réussie. Les gags sur les différents gadgets sont attendus mais bien exécutés. Julie Andrews en Fairy godmother est géniale (et excellente scène durant le générique de fin).