Archives par mot-clé : film français

Notre Salut, d’Emmanuel Marre

Film français paru en 2026. Emmanuel Marre met en scène l’histoire de son arrière-grand-père Henri Marre, qui a été un fonctionnaire pétainiste convaincu, en charge de la section de Limoges du Commissariat à la Lutte contre le Chômage de l’État Français. On le voit grenouiller à Vichy pour réussir à se faire attribuer un poste, puis mettre en œuvre la politique de mise au travail dans la région qui lui est attribuée, notamment via la mise en place de camps rassemblant les étrangers qui sont envoyés au travail de façon obligatoire. On le voit aussi contribuer aux rafles des juifs et se justifier à lui-même que c’était compliqué de ne pas accepter de mettre le matériel de son commissariat à contribution, puis en fin de guerre, rejoindre Paris et des cercles patronaux et de miliciens continuant à adopter la rhétorique la plus fasciste possible à base « de purification du corps national ». Bref, c’est très clair que c’est un type absolument infâme, et on le voit aussi être une espèce de loser qui parle un langage managérial tristement actuel. C’est presque de la comédie de bureau par moment, mais on ne perd jamais de vue que le personnage est horrible, même si Swann Arlaud lui prête un charme indéniable.

C’était un film très réussi sur la Collaboration, sur les compromissions que certains n’ont pas hésité à faire pour s’assurer une place dans le nouvel ordre qu’était l’État Français. On voit dans les politiques mises en place par l’État Français des liens très clairs avec des politiques actuelles (obligation d’accepter la 3e offre d’emploi pour les chômeurs…) ou promues par des partis d’extrême-droite (préférence nationale pour les emplois…). Les choix de caméras et d’éclairage (certaines scènes ont l’air d’être tournées au smartphone avec flash allumé, même quand elles sont supposées se passer dans des soirées mondaines a priori bien éclairées) donnent un aspect documentaire (on retrouve le lien à la comédie de bureau). D’autres scènes sont saturées de grain, Henri Marre est souvent filmé en train de faire ses trucs à l’arrière-plan de scènes où des gens avec plus de pouvoir parlent ou agissent au premier plan, illustrant la petitesse du personnage.

Recommandé si vous aimez la banalité du mal et le sourire de Swann Arlaud.

120 battements par minute, de Robin Campillo

Film français paru en 2017, qui parle des actions et des membres d’Act Up-Paris dans les années 90. On suit Nathan, qui rejoint l’organisation et fait la connaissance de Sean. Les deux hommes vont nouer une histoire d’amour rythmée par les actions d’Act Up (die-in, distributions de moyens de prévention dans les lycées, intrusion dans les locaux de laboratoires pharmaceutiques, discussions animées dans les réunions hebdomadaires d’organisation, …) et la dégradation de l’état de santé de Sean, séropositif.

Le film est très beau, il réussit bien à montrer la lutte, dans ses côtés durs comme ses côtés festifs, les discussions (et les tensions) internes à Act Up sur le niveau de radicalité, les échanges qu’il faut avoir ou non avec les autorités, les laboratoires… L’histoire d’amour entre Sean et Nathan est aussi mise en scène de manière crédible – et les morts de Sean, et de Jérémy, un autre militant, sont particulièrement marquantes. On voit quelques scènes de vies de Nathan et Sean en dehors d’Act Up, qui développent un peu leur relation, mais l’essentiel du film est centré sur leur présence dans l’organisation – et on voit aussi le point de vue de quelques autres militants.

Recommandé.

Juste une illusion, d’Olivier Nakache et Éric Toledano

Film français paru en 2026. En 1985, Vincent a 13 ans. Il prépare sa barmitsva, traîne avec ses copains dans un vidéoclub, et tombe amoureux de sa camarade de classe avec qui il doit préparer un exposé. En parallèle, son père cache à ses enfants qu’il a perdu son emploi, sa mère passe une certification à l’utilisation de l’informatique et son frère revend des bootlegs de concerts de new wave.

C’était assez réussi. Il y a évidemment tout le côté « on replonge dans la France des années 80 » qui est assez réussi (mais qui devient la tarte à la crème de pas mal d’œuvres ces temps-ci), avec un léger point sur le fait qu’on est sur une famille (inspirée de celle des réalisateurs) de juifs séfarades qui viennent du Maroc et de l’Algérie (mais bon ça reste un peu en arrière plan, c’est pas un film ni sur la judéité ni sur l’immigration, tout le monde a un white passing). Les personnages sont tous bien réussis : le père notamment qui est à la fois touchant dans ses angoisses du chômage et son rapport à ses enfants et qui est un sacré idiot sexiste qui n’en fout pas une à la maison, le grand frère qui d’abord est en opposition frontale avec le héros avant de prendre plus une posture de mentor, le love interest qui veut faire chier les parents. Film très masculin par contre, vu que les deux seules femmes sont la mère et le love interest (en même temps, film sur un gamin de 13 ans dans les années 80, pas surprenant).

Très bonne bande son avec pas mal de morceaux « marqueurs de l’époques », complémentés de morceaux au piano de Gogo Penguin qui eux sont des années 2020.

Recommandé.

Les Garçons sauvages, de Bertrand Mandico

TW violences sexuelles

Film français paru en 2017, libre adaptation d’un roman de Burroughs. Sur l’île Bourbon, 5 jeunes hommes de bonnes famille se livrent à toutes les frasques et notamment causent la mort de leur professeur de lettres. Leurs parents font alors appel au Capitaine, un marin qui professe avoir une méthode infaillible pour rendre plus dociles les garçons. Embarqués sur le bateau du Capitaine, les garçons vont voguer vers l’île aux Plaisirs…

J’ai bien aimé. C’était assez onirique, avec des passages en noir et blanc et des passages en couleur, et une photographie très spécifique, avec une La sexualité est omniprésente. Les garçons ont la vibe des droogies dans Orange mécanique. Leurs personnages réussissent à être bien caractérisés à la fois individuellement et en tant que groupe avec une dynamique spécifique. La scène de « l’orgie » sur la plage notamment est très bien rendue.

Recommandé, en gardant en tête les thématiques et le TW.

Les Immortelles, de Caroline Deruas Peano

Film français paru en 2026. Charlotte et Liza sont deux lycéennes qui vivent dans une ville de la côte d’Azur dans les années 80. Meilleures amies inséparables, elles prévoient de monter à Paris pour se faire connaître en tant que musiciennes. Lisa a un crush sur le prof de sport (Aymeric Lompret), Charlotte cache son homosexualité. Deux adolescences ordinaires, jusqu’à la mort soudaine de Lisa d’un caillot sanguin. Charlotte va devoir réussir à faire son deuil.

Pas très convaincu. Il y avait de bonnes idées comme les séquences de rêve tournées avec une autre caméra et sur pellicule plutôt qu’en numérique. Des personnages des parents sont plutôt réussis, ainsi que la reconstitution des années 80. Mais l’arc du deuil de Charlotte ne marche pas très bien, et c’est aussi l’histoire de la mort d’une femme noire pour faire avancer l’histoire d’une femme blanche. J’ai aussi peu accroché à la musique, surtout la chanson de fin ce qui est dommage vu qu’elle est censé retranscrire les émotions que Charlotte ressent à propos de Lisa.

Le Royaume, de Julien Colonna

Film français de 2024. Dans les années 90, Lesia est une adolescente corse qui profite de son été dans le village de sa tante, jusqu’à ce qu’un messager vienne la chercher pour l’amener auprès de son père : celui-ci vit en cavale, en tant que figure du banditisme corse. Lesia décide de rester avec lui alors qu’une guerre des gangs en standby depuis un certain temps se remet à faire des morts.

j’ai bien aimé. Le film met longtemps à démarrer, mais on se prend à la relation entre Lesia et son père, avec notamment une scène assez forte où il parle durant un seul long plan de ce qu’a été sa vie depuis la mort de son père et la vendetta qu’il a exercé jusqu’à la naissance de sa fille. Globalement, le film parle du cycle de la violence et de comment le briser ou non. On voit au passage des jolis paysages corses, et la vie des bandits en cavale avec fusillade le matin et baignade dans des jolies petites criques l’après-midi. On voit aussi la bascule de Livia qui au début veut retrouver la vie avec sa tante et les flirts avec son petit ami au village, puis finit par au contraire vouloir rester tout le temps avec son père, et s’implique dans les activités criminelles : ça lui donne le sentiment de faire partie des grands et de fait ce mode de vie qui ressemble à des vacances à l’air assez attractif à hauteur d’enfant.

Recommandé.

Revenge, de Coralie Fargeat

Film franco-étatsunien de rape and revenge paru en 2017. Partie pour le weekend avec son amant dans sa garçonnière isolée en plein désert, Jane voit débarquer les deux business partners de ce dernier, arrivés avec deux jours d’avance sur le planning prévu. Violée par l’un d’entre eux puis laissée pour morte après avoir été poussée d’une falaise, Jen va prendre sa revanche sur les trois hommes lors d’une traque dans le désert.

le film a été qualifié de féministe, je ne vois pas trop pourquoi, si ce n’est qu’il est réalisé par une femme. Mais il y a masse de male gaze avec une héroïne le plus souvent dénudé et des plans qui s’attardent sur son corps, le balayant ou le découpant. De ce point de vue là, pas ouf, et puis on est sur un rape and revenge, clairement une histoire assez basique et relativement peu féministe – même si ici le viol est laissé relativement hors champ et pas filmé de façon complaisante contrairement à d’autres films du genre.

Par contre, le film fonctionne bien dans sa mise en scène des corps et du monde matériel, avec un côté gore/grand guignol, que ce soit dans les gros plans sur les bouches en train de mastiquer des oursons en guimauve, les dérapages dans les flaques de sang, ou encore les chirurgies improvisées pour extraire des branches ou des bouts de verre des corps des protagonistes.

Il y a des éléments prometteurs. Ça donne envie de voir les films suivants de la réalisatrice, ie pour le moment The Substance.

Jules et Jim, de François Truffaut

Film français paru en 1962. Jules et Jim sont deux amis. L’un est autrichien, l’autre français. Ils vivent à Paris avant la Grande Guerre. Ils rencontrent Catherine, qui part vivre avec Jules en Autriche. Lors de la guerre, les deux amis sont mobilisés chacun d’un côté du conflit. Après la guerre ils reprennent leurs échanges, et un triangle amoureux se met en place, de façon consensuelle. Mais Catherine n’est en définitive satisfaite de sa relation ni à Jules, ni à Jim.

J’ai bien aimé, le rythme du film est assez particulier, avec une voix off qui lit des extraits du roman dont il est adapté pour donner des informations supplémentaires, le ressenti des personnages. De jolis plans, notamment la séquence où iels vont se balader autour d’un lac dans la brume. Bon par contre l’histoire est un peu d’époque, même si ça représente une relation libre ça représente aussi une meuf assez névrotique.

La Commune, de Peter Watkins

Film franco-étatsunien de 1999. J’ai vu la version courte (3h30 quand même) en salle dans le cadre du Fifigrot 2025.

On suit sous la forme d’un docufiction la commune de Paris, de quelques jours avant le soulèvement du 18 mars jusqu’à la fin de la Semaine Sanglante. Le film réunit 200 comédiens amateurs, filmés alors qu’ils jouent les personnages après un travail de documentation initial, mais aussi dans des débats où ils font le parallèle avec la situation politique et économique au moment du tournage. Le film interroge aussi le rôle des médias en 1871 et en 1999, en insérant dans le contexte de la Commune deux chaînes de télé, la Télévision Nationale Versaillaise et la Télévision Communale, qui informent sur les événements depuis deux points de vue situés.

Le film et son atypicité par rapport aux films plus classiques sont assez marquants. La scène du reportage sur les barricades et les interviews des soldats versaillais à la fin du film sont particulièrement intenses.

Grosse reco.

Sirāt, d’Oliver Laxe

Mad Max x Le Salaire de la Peur

Film franco-espagnol de 2025. Une rave dans le désert marocain. Un père et son fils distribuent des flyers : ils cherchent leur fille et sœur, qui fréquente les free-parties et dont ils sont sans nouvelle depuis 5 mois. L’armée vient rapidement interrompre la rave. Sans être correctement préparés, les 2 protagonistes décident de suivre un petit groupe de teufeureuses qui veut rejoindre une autre fête tout au sud du pays, à la frontière avec la Mauritanie, où leur adelphe pourrait être. Pour cela, il va falloir traverser le désert, alors qu’à la radio l’annonce des débuts d’une potentielle guerre mondiale laisse entendre que le monde entier bascule dans des temps incertains. Le convoi de trois véhicules va rouler dans un désert magnifique mais où toutes les erreurs sont potentiellement mortelles…

Sirāt commence avec un objectif clair pour les personnages, mais rapidement cet objectif disparaît : les personnages roulent, ne semble plus croire eux-même à leur objectif, une hypothétique fête qui sonne comme la promesse du paradis de l’autre côté du purgatoire qu’est le désert. Le film est beau mais assez violent, et d’une violence qui prend les spectateurs par surprise : il n’y a pas une montée de la tension qui permet de voir arriver la violence, elle surgit juste d’un seul coup. Des gens qui roulent en voiture dans le désert alors que le monde sombre dans le chaos, impossible de ne pas penser à Mad Max, mais version quête existentielle propre au cinéma européen, où l’adversaire n’est pas des gangs de bikers mais les éléments et les raisons qu’on peut se trouver de vivre.

Recommandé avec un TW mort gratuite.