Archives par mot-clé : film français

J’ai toujours rêvé d’être un gangster, de Samuel Benchetrit

Film français de 2008. J’ai beaucoup aimé. Le film est tourné en noir et blanc avec de vieilles caméras qui donnent un grain à l’image, avec des plans fixes ou des travelings et zoom légers. L’histoire se passe en 2008, mais tous les lieux où elle prend place sont vieillots, ce qui fait que ça pourrait être la France des années 70s. On suit plusieurs séquences qui tourne autour des mêmes lieux ou de personnages qui s’entrecroisent et qui parlent toutes de criminalité, une criminalité idéalisée par ses protagonistes, qui sont essentiellement incompétents en tant que criminel (et du coup assez attachant) et qui zonent dans ces lieux un peu hors du temps en convoquant l’image des gangsters des 30 Glorieuses.

Le film met bien en scène les paysages routiers de l’Île de France, que ce soit la cafétéria ou prend place une grande part de l’action, les énormes lignes électriques à travers champs qui alimentent la capitale, les immeubles défraîchis des années 70 (totalement ma came en terme d’esthétique des zones urbaines un peu en déshérence). Les acteurs sont globalement très bons, surtout ceux qui jouent les cinq anciens vrais gangsters, ainsi que Mouglalis.

Alice et le maire, de Nicolas Pariser

Film français de 2019. Une jeune femme lettreuse est engagée dans le cabinet du maire de Lyon pour faire de la prospective. Le maire est socialiste à l’ancienne, pris dans les jeux de courant du Parti, et surtout déprimé. Alice va rapidement le remotiver en lui parlant un peu de fond, mais elle se rend compte que son poste a été envisagé comme un poste un peu bouche trou, elle est supposée distraire le maire mais ne pas aller trop loin dans la réflexion, et remplir des missions random pour la directrice de cabinet en parallèle. Mais son influence sur le maire fait qu’elle est rapidement débarrassé des côtés annexes, et en même temps vue comme une éminence grise qui a le maire sous son emprise. Sauf que de son côté elle est déprimée par l’univers de la politique, le maire lui annonce des trucs en privé avant de prendre le contre-pied en public, et elle sait pas trop ce qu’elle fait.

Je sais pas trop ce que j’en ai pensé. Le début est bien, ça parle beaucoup mais c’est le concept du film, de grandes réflexions sur la politique. Mais la dépression d’Alice arrive d’un seul coup puis disparaît aussitôt, les volte-faces du maire n’ont aucun impact sur sa relation avec Alice… le scénario n’est pas très réaliste de ce point de vue là, on sent qu’après avoir installé des trucs ils ne savent pas trop comment finir. J’ai aussi été un peu dérangé par la façon dont le scénario élude totalement les enjeux de relation asymétrique. On a un maire qui est un homme politique blanc et âgé, qui sait se montrer cassant avec certains subordonnés, il convoque la jeune héroïne dans son bureau à 22h et elle elle est tranquille, tout se passe bien tout le monde est sympathique ? Pour un film sorti en 2019 c’est ne pas se poser beaucoup de questions.

Bref, début sympa puis pas de conclusion.

Le Chant du Loup, d’Antonin Baudry

Film de guerre français sorti en 2019. On suit un analyste en guerre acoustique, ie un soldat capable de reconnaître à l’oreille une multitude de navires, embarqué à bord d’un sous-marin français. Alors que les tensions entre la Russie et l’UE s’intensifient, les sous-marins français qui sont un élément clef de la dissuasion nucléaire deviennent un enjeu clef, et l’analyste découvre un mystérieux sous-marin inconnu croisant dans les mêmes eaux que le sien.

J’ai bien aimé. C’est un film de guerre qui ne glorifie clairement pas la guerre et qui pose des questions sur le super concept de dissuasion nucléaire avec ordres de lancement irrévocables, un thème qu’on retrouve aussi dans Docteur Folamour. Le fait d’avoir un personnage principal qui n’est clairement pas dans le moule de l’armée permet de mettre plus facilement en scène ces côtés là.

Il y a quelques facilités de scénario et sa hiérarchie militaire passe beaucoup de chose au héros, les militaires sont quand même présentés comme sacrément sympa dans le film, et c’est un film assez viril (il y a une seule femme nommée, et c’est l’intérêt amoureux du héros), mais il met bien en scène son sujet, il fait très bien monter la tension, et les scènes en espace confiné dans les sous-marins sont très bien filmées.

Antoinette dans les Cévennes, de Caroline Vignal

Film français de 2020. Antoinette, maîtresse d’école, est l’amante du père d’un de ses élèves. Quand il lui annonce qu’au lieu de passer la semaine avec elle comme prévu, il part en vacances avec sa femme dans les Cévennes pour faire une randonnée avec un âne, elle décide de faire de même, dans l’espoir de le retrouver sur place et de profiter de sa présence. On se retrouve donc avec le setup d’une meuf pas préparée pour une rando, isolée, fragile psychologiquement, qui se balade sur les chemins cévenols. Ça aurait pu faire une bonne situation de thriller, mais en terme de comédie c’est assez gênant je trouve, la meuf est vraiment dans une situation de merde, même s’il y a quelques personnages bienveillants (les gardien.ne.s de gîte), elle est quand même livréee à elle-même, tout le monde sur le chemin à entendu parler d’elle et une opinion sur elle, y’a plusieurs mecs qui sont assez craignos (dont au premier plan le mec dont elle est amoureuse), bref, j’ai pas aimé. Les paysages sont jolis cependant.

Grave, de Julia Ducournau

Film de genre français de 2016. Justine, 16 ans, intègre l’École vétérinaire, comme sa sœur et ses parents avant elle. Végétarienne depuis toute petite, la cérémonie d’intégration la force à goûter à de la viande pour la première fois. L’événement va réveiller une faim incontrôlable en elle.

J’ai beaucoup aimé. C’est un film d’horreur superbement filmé, original dans le traitement, avec des personnages réussis. L’ambiance de l’intégration des vétos est très réussie, de façon générale le film prend le temps d’installer son ambiance, toutes les contraintes qui pèsent sur la protagoniste (soit bonne en classe, soit cool en soirée, rend fière ta famille, respecte les promos supérieures, contrôle ta faim….). Les deux actrices principales jouent très bien, Adrien fait un personnage secondaire intéressant, bref, grosse recommandation si le genre horrifique vous botte.

Les 400 Coups, de François Truffaut

Film français de 1959. Antoine Doinel, un enfant de 12 ans, se sent mal dans le cadre de sa famille (où sa mère est très lointaine) et de son école (où l’éducation est à l’ancienne – enfin, à l’actuel de l’époque, mais à l’ancienne de notre point de vue de spectateurs de 2021). Il enchaîne les journées d’école buissonnière et les hébergements en secret chez des camarades de classe, jusqu’à ce que ses parents l’envoient en maison de correction, dont il finira par s’échapper pour aller voir la mer.

C’était intéressant. Assez descriptif, on voit Antoine mener sa vie, dans un univers pas très joyeux (ses parents ont l’air relativement pauvre, ils vivent dans un appartement tout petit, son école est carcérale, il se fait arrêter et est traité comme un adulte au commissariat…) Les moments où il sort de ces institutions ouvrent des parenthèses de liberté, où il se promène dans la ville avec un camarade, teste des attractions foraines, squatte à droite à gauche. Une très belle scène où on voit plein d’enfants regarder un spectacle de guignol, avec des plans sur la foule d’enfants. Une autre belle scène où Antoine sort du cadre, mais on voit son ombre se retourner avant que le personnage ne revienne sur ses pas pour voler une bouteille de lait qui lui fera son repas de la journée.

Les dialogues de façon générale sont incroyables, les enfants se parlent comme des adultes, semble avoir énormément d’autonomie (et avec les expressions de l’époque, donc plein de « ben mon vieux c’est épatant ».

Comme une image, d’Agnès Jaoui

Film très français de 2004. On suit la vie de Lolita, chanteuse lyrique et fille d’un écrivain à succès imblairable. Autour d’elle tourne son père, avec sa compagne et leur fille, sa prof de chant et son mari écrivain qui commence à avoir du succès, et ses deux crushs. On est dans le milieu des français friqués assez antipathiques, avec des égos surdimensionnés et incapables de communiquer.

Le film est bien réalisé, mais franchement j’ai eu du mal avec les personnages, bien joués mais allant de mesquin à toxique en passant par lâche.

Le Sens de la Fête, d’Olivier Nakache et Éric Toledano

Film français de 2017. Bacri joue Max, le patron d’une petite société d’événementiel spécialisée en planification de mariage. On le suit, lui et son équipe, sur toute la mise en place et le déroulé du mariage d’un client particulièrement relou dans un château magnifique. C’était très réussi. Tout les personnages sont bien : Max bien sûr, mais Jean-Paul Rouve en photographe jemenfoutiste, le DJ qui chante du yaourt avec aplomb, le serveur embauché au dernier moment qui ne connaît rien au milieu et enchaîne les catastrophes, le marié totalement infect (mention spéciale pour lui, le personnage est très très très réussi). Le film est bien rythmé, avec les différentes péripéties de l’organisation de la soirée, le tout sur une bande-son d’Avishai Cohen très réussie.

Grosse recommandation pour un fil good movie.

On connaît la chanson, d’Alain Resnais

Film français sorti en 1997. On suit les aventures à Paris de deux sœurs, Camille et Odile, et de leurs connaissances, alors qu’Odile achète un appartement et Camille finit sa thèse. Le film est connu pour son procédé qui consiste à faire faire du lipdub de chansons françaises à ses acteurices à plein de moments, lipdub qui s’insère dans les dialogues ou représente l’état d’esprit ou les émotions des personnages.

Les personnages sont attachants (sauf celui de Lambert Wilson, qui joue le connard de service, un horrible agent immobilier), même s’ils sont parfois un peu idiots. Mention spécial au fil narratif d’Odile qui culpabilise d’avoir renvoyé au dernier moment un demandeur d’emploi, à celui de Camille qui finit sa thèse « Les chevaliers-paysans de l’an mil au lac de Paladru », et à Bacri hypocondriaque qui consulte médecin sur médecin en chantant J’ai la rate qui se dilate.

Un Air de Famille, de Cédric Klapisch

Film français adapté d’une pièce de théâtre du duo Jaoui/Bacri, dans lesquels ils jouent tous les deux. Vendredi soir, petite ville indéterminée du Sud de la France. Comme chaque vendredi Henri accueille son frère, sa sœur et sa mère dans son bar avant qu’ils aillent au restaurant tous ensemble. Aujourd’hui, c’est l’anniversaire de Yolande, la femme de son frère Philippe, le frère en question est passé à la télé, sa sœur à dit ses 4 vérités à son patron insupportable, et la femme d’Henri a décidé de prendre une semaine « pour réfléchir ».

Ça crie beaucoup. Le film met en scène une famille dysfonctionnelle et ça s’entend. Henri a repris le bar que son père tenait, sa mère voit ça comme un échec, et ne se prive pas de lui faire savoir. Bacri campe un personnage de râleur (surprise) un peu réac mais qui devient attachant quand on voit ses faiblesses : son attachement à son chien paralysé, son désarroi devant le départ de sa femme, sa relation tout en coup de gueule mais néanmoins attaché à son employé (Denis, joué par Darroussin). Le film est un presque huis-clos, logique vu qu’il est adapté d’une pièce de théâtre. Quelques longueurs mais de belles scènes : Bacri qui tente de voir sa femme partie chez une amie, avec tout les gamins qui zonent en bas de l’immeuble qui l’encouragent ; Darroussin et Frot qui dansent ensemble. D’ailleurs le personnage de Catherine Frot est très réussi et très bien joué, j’ai l’impression qu’elle est toujours un peu castée dans le même rôle, mais là elle y ajoute une certaine subtilité – en comparaison avec Cuisine et Dépendances, son personnage de bourgeoise un peu cruche est quand même mieux réussi que celui de Zabou.

Je recommande, si vous n’avez rien contre les gens qui s’engueulent en criant.