Archives par mot-clé : horreur

My best friend’s exorcism, de Grady Hendrix

Roman étatsunien publié en 2016. En 1988, Gretchen est possédée par le diable après avoir pris du LSD dans une maison abandonnée dans la forêt. Sa meilleure amie Abby, dont le livre épouse le point de vue, va être la seule à comprendre ce qui s’est passé et à tenter de sauver Gretchen.

J’ai bien aimé ! Sans être le roman de la décennie, le livre joue efficacement sur les codes de la panique satanique des années 80 aux États-Unis, en en offrant une version actualisée : les adultes sont plus inquiets de la réputation de leur famille que de ce qui pourrait arriver à leur fille, l’anorexie est vue comme positive parce qu’elle fait maigrir. L’exorciste que déniche Abby participe à un show « Faith n’ Fitness »… C’est un roman réussi sur la possession et sur les amitiés adolescentes que les parents ne prennent pas au sérieux, un croisement de Heathers et de Obsession.

Recommandé pour une lecture horrifique d’été.

A Classic Horror Story, de Roberto De Feo et Paolo Strippoli

Film d’horreur italien paru en 2021. Cinq personnes qui covoiturent dans un camping car en Calabre ont un accident. Elles se réveillent loin de toute route, dans une clairière avec une maison sinistre. Elles vont progressivement être chassées et exécutées par des hommes munis de masques en bois qui agissent pour reproduire un vieux mythe à propos de « chevaliers d’honneur »…

J’ai bien aimé ! On est effectivement sur une trame très classique de film d’horreur, mais très bien exécutée. Le twist de la dernière partie est bien réussi, pas forcément indispensable mais il n’affaiblit pas le début du film et donne une nouvelle direction intéressante. Un peu de gore donc à éviter si ça vous trigger, mais ça reste principalement hors champ. Le côté folk horror marche bien, les espèces de traditions cheloues sont bien mises en scène, avec des hommages à d’autres films (The Wicker Man notamment, un soupçon de The Cabin in the woods)

Recommandé si vous aimez la folk horror un peu classique ! J’ai aussi beaucoup aimé, dans un style assez différent, le suivant de Strippoli, Holy Boy.

The Auctioneer, de Joan Samson

Roman états-unien paru en 1976. Dans un petit village rural du New Hampshire, un nouvel arrivant propose de lancer des ventes aux enchères au profit de la force de police. L’insécurité a un peu augmenté dernièrement, les granges et les greniers sont pleins de vieilleries, et les gens de la ville sont prêt à les acheter à des tarifs absurdes parce que ça évoque la campagne. Les habitants acceptent donc les ventes aux enchères, rapidement la taille de la force de police augmente. Et là, les habitants se rendent compte que la contribution vente aux enchères n’est plus vraiment optionnelle. Ils vont devoir donner chaque semaine des objets, qu’ils soient superflus ou nécessaires. Et quand ils n’ont plus d’objets à donner, ça va être les récoltes, puis les terres…

J’ai beaucoup aimé ! L’ambiance qui commence par être relativement innocente et qui présente une communauté rurale fonctionnelle mais qui dérive au fur et à mesure vers quelque chose de plus en plus inquiétant dans lequel le fascisme s’est installé insidieusement est particulièrement bien rendue. L’impuissance des personnages principaux est bien mise en scène, notamment celle de John, qui veut garder son rôle d’homme protecteur de la famille, mais qui refuse en même temps de quitter les terres sur lesquelles il a grandi, et qui donc se retrouve à globalement ne rien faire tout en insistant pour que les autres ne fassent rien non plus pour ne pas lui faire de l’ombre. Le personnage du commissaire-priseur, que l’on voit peu mais qui a une aura quasi mythologique, capable d’influencer tout le monde par son discours, sortie de nulle part, et qui disparaît tout aussi mystérieusement à la fin du roman comme s’il était le diable lui-même et aussi très réussie. Sans être formellement un roman d’horreur, il en a la vibe.

Recommandé si vous aimez la montée lente du fascisme, les communautés rurales dysfonctionnelles, et les ventes aux enchères évidemment.

Backrooms, de Kane Parsons

Film étatsunien de 2026. Clark gère un magasin de meubles dans une banlieue indéterminée d’une ville étatsunienne, dans les années 90. Un jour, il découvre qu’il peut passer à travers un des murs du magasin et se retrouve dans une enfilade infinie de pièces éclairées aux néons, les backrooms de la réalité. Les backrooms imitent des lieux réels, mais imparfaitement. Et Clark se rend rapidement compte que quelque chose erre dans les backrooms…

J’ai bien aimé ! C’est adapté d’un creepypasta internet, la transformation en film est réussie. La mystérieuse organisation qui étudie les backrooms, la révélation de la nature du monstre qui hante le lieu, l’esthétique generale du lieu, tous les détails sont assez réussis. Il y a une petite métaphore de l’IA avec le côté « copie imparfaite de la réalité ». Le fait que la partie « dans la réalité » du film se déroule majoritairement dans un magasin de meubles, qui est déjà un espace liminaire, est très bien trouvé : le magasin est déjà une version dégénérée d’un vrai logement, le passage dans les backrooms ne fait qu’accentuer ce premier glissement.

Recommandé.

リング (Ring), de Hideo Nakata

Film d’horreur japonais paru en 1998. Quatre lycéens regardent une cassette qu’ils ont trouvé dans leur chambre d’hôtel et meurent une semaine plus tard. La tante de l’une des lycéennes décide d’enquêter sur la rumeur de cette vidéo maudite. Elle la regarde et commence une course contre la montre pour réussir à briser la malédiction avant que sa semaine ne soit écoulée.

Je n’ai pas été très accroché. Je pense que le film souffre du syndrome du précurseur : on a trop revu les mêmes choses reprises, détournées, pastichées. La scène de Sadako qui sort du puits puis de la télé fonctionne bien, mais pour le reste le film n’a pas beaucoup de tension à mon sens, l’enquête des personnages pour comprendre d’où vient la malédiction se faire sur un rythme plutôt chill et avec assez peu de contretemps.

Honey Bunch, de Madeleine Sims-Fewer et Dusty Mancinelli

Film canadien de 2025. Après un coma dû à un accident, Diana est amenée par son compagnon Homer dans une clinique isolée qui affirme avoir des méthodes révolutionnaires en termes de rééducation physique (pour sa jambe) et mentale (pour retrouver tous ses souvenirs). Mais sur place, Diana a rapidement l’impression qu’il se passe des choses étranges, elle a des flashs de mémoire d’elle dans la clinique, elle rencontre une jeune femme muette qui est son portrait craché…

Le film met un peu de temps à démarrer. L’intensité de la dernière partie est cool, mais ça arrive trop tard dans le film à mon sens, qui passe trop de temps à nous faire nous demander ce qui se passe. En plus c’est cette dernière partie qui rend vraiment plus intéressant le personnage d’Homer qui a moins l’air d’un gros creep (même si sa démarche reste ultra chelou), donc c’est dommage qu’on n’ait pas cet aspect plus tôt dans le film.

L’ambiance « années 70 » sans que la période temporelle ne soit jamais vraiment explicitée rend bien.

Obsession, de Curry Barker

Film étatsunien paru en 2026. Bear est amoureux de sa collègue et amie Nikki. Il n’ose pas lui dire, de peur qu’elle ne le rejette. Alors il décide d’utiliser un objet magique pour faire en sorte qu’elle l’aime « plus que tout au monde ». Évidemment, vu qu’on est dans un film d’horreur, le vœu va avoir des Conséquences™. La Nikki amoureuse va être bien trop intense, avec des sautes d’humeur et des activités nocturnes assez flippantes, et des indices laissent rapidement penser que ce n’est pas vraiment Nikki mais une entité qui l’habite. Sauf que Bear est un énorme creep, et qu’il préfère un amour psychotique à l’idée de redonner à Nikki la possibilité de ne pas l’aimer.

C’était une variation intéressante sur le scénario habituel du careful what you wish for, avec des acteurs (Inde Navarrette qui joue Nikki surtout) très bons dans leurs rôles. Je l’ai vu dans une qualité un peu pourrie donc difficile d’avoir une opinion éclairée (huhuhu) sur la photographie, mais j’ai pas l’impression qu’il y avait un travail particulier dessus. Donc je dirai film d’horreur correct avec quelques éléments féministes (viteuf, surtout dans la présentation du perso de Bear comme un incel sous des dehors charmants), mais rien de révolutionnaire non plus.

La Valle dei Sorrisi, de Paolo Strippoli

King Tide x Midnight Mass

Film vu lors de l’édition 2026 du Grindhouse Paradise (festival de films de genre toulousain).

Film d’horreur italien paru en 2025. Sergio est un ancien champion de judo reconverti en prof d’EPS. Il arrive dans le petit village de Remis, perdu dans les Alpes italiennes, où les habitant·es anesthésient leurs traumas en touchant Matteo, un adolescent qui semble doté d’un pouvoir mystérieux. Sergio va se lier d’amitié avec Matteo, en voyant l’humain derrière le sauveur attitré du village. Mais il s’avère que gérer des pouvoirs surnaturels quand on est en crise d’adolescence et recherche d’identité, c’est assez compliqué…

J’ai beaucoup aimé. L’ambiance est super bien rendue, le côté surnaturel + religion catholique fonctionne bien, ainsi que le côté isolé en montagne. Les personnages sont très réussis, notamment celui de Matteo, très bien écrit comme perso moralement ambigu qui se sert de ses pouvoirs pour le bien comme pour des raisons totalement égoïstes.

Recommandé, mon préféré passé par le festival cette année je pense.

Forte, de Kimbo Kim

Film vu lors de l’édition 2026 du Grindhouse Paradise (festival de films de genre toulousain).

Film d’horreur coréen paru en 2025. Yeonji, une jeune compositrice, décroche un poste au sein du studio Forte, qui signe des musiques de films. Le studio est perdu au sein de la montagne, les employés habitent sur place, et une rumeur dit qu’ils et elles deviennent tous fous un par un.

C’est un film d’horreur qui fonctionne à la vibe. Pas d’explications, mais des trucs qui se passent, des images comme celle d’un piano abandonné dans la forêt, et à nous d’interpréter. On comprend qu’il y a une forme de pacte entre la directrice du studio et une présence maléfique, et que le lien passe par la musique, mais le reste n’est pas très clair.

Le décor du studio, cube de béton perdu dans la forêt embrumé, est assez réussi. De façon générale la photographie est très nette et très belle, avec beaucoup d’images diurnes, ça change de la direction artistique de la majorité des films d’horreur.

Saccharine, de Natalie Erika James

Film vu lors de l’édition 2026 du Grindhouse Paradise (festival de films de genre toulousain).

It follows x Grave

Film australien paru en 2026. Hana et une étudiante en médecine qui a un problème d’image corporelle : elle voudrait être plus mince qu’elle ne l’est mais n’arrive pas à tenir les régimes auxquels elle s’astreint. Une camarade de promo lui recommande un traitement révolutionnaire point après avoir analysé une des capsules, Anna détermine qu’il s’agit de cendres humaine. Elle décide alors de fabriquer elle-même des capsules à partir d’un des corps qui a été donné à la faculté de médecine pour les études. Évidemment le plan backfire : si le traitement s’avère efficace, Hana se retrouve hantée par le fantôme de la personne qu’elle a ingérée. Celle-ci la pousse à manger encore et encore, mais la perte de poids d’Hana s’accélère plus elle mange…

J’ai bien aimé ! Le côté « approche scientifique de la possession » avec Hana qui essaye de comprendre les conditions d’apparition du fantôme est assez réussi. La façon dont les TAC d’Hana sont liés à son histoire familiale (et à celle de la réalisatrice visiblement) rajoute un point intéressant. Je pense que le film aurait gagné à être coupé 2 minutes plus tôt pour laisser une ambiguïté sur ce qui se passe entre Hana et son crush, mais sinon esthétique d’horreur moderne sympa, la scène d’ « exorcisme » est assez réussie.