Les Immortelles, de Caroline Deruas Peano

Film français paru en 2026. Charlotte et Liza sont deux lycéennes qui vivent dans une ville de la côte d’Azur dans les années 80. Meilleures amies inséparables, elles prévoient de monter à Paris pour se faire connaître en tant que musiciennes. Lisa a un crush sur le prof de sport (Aymeric Lompret), Charlotte cache son homosexualité. Deux adolescences ordinaires, jusqu’à la mort soudaine de Lisa d’un caillot sanguin. Charlotte va devoir réussir à faire son deuil.

Pas très convaincu. Il y avait de bonnes idées comme les séquences de rêve tournées avec une autre caméra et sur pellicule plutôt qu’en numérique. Des personnages des parents sont plutôt réussis, ainsi que la reconstitution des années 80. Mais l’arc du deuil de Charlotte ne marche pas très bien, et c’est aussi l’histoire de la mort d’une femme noire pour faire avancer l’histoire d’une femme blanche. J’ai aussi peu accroché à la musique, surtout la chanson de fin ce qui est dommage vu qu’elle est censé retranscrire les émotions que Charlotte ressent à propos de Lisa.

La Végétarienne, de Han Kang

Roman coréen paru en 2007. Suite à un rêve, Yŏnghye devient végétarienne du jour au lendemain. Son refus de consommer et de cuisiner de la viande va provoquer un bouleversement de l’ordre social dans son entourage, puisqu’elle quitte soudainement la figure de la femme et de la fille soumise et dévouée à son mari et ses parents. Pour autant Yŏnghye n’est pas une figure d’indépendance : l’absolutisme de son refus de la viande finit par apparaître lié à un trouble psychique, puisqu’elle se laisse peu a peu mourir de faim…

Je n’ai pas énormément accroché. Le premier chapitre est raconté du point de vue du mari de Yŏnghye, qui a l’air parfaitement atroce, une incarnation chimiquement pure du patriarcat. Partant de là, on pourrait s’attendre à ce que la suite du roman soit le récit de l’émancipation de son héroïne, mais au contraire on la voit se refermer de plus en plus sur elle-même. On n’a jamais son point de vue à elle, mais celui de son mari, de son beau-frère puis de sa sœur.

Signalis, du studio rose-engine

Jeu vidéo d’horreur de 2022, sorti par un petit studio allemand de 2 personnes. On incarne Elster, une androïde qui se réveille dans un vaisseau crashé sur une planète glacée. L’équipage était composé d’elle, en charge de la maintenance, et d’une pilote, qu’on va tenter de retrouver. En explorant le vaisseau puis la surface de la planète on va rapidement arriver à une anomalie qui nous fait passer sur une autre planète – ou dans un autre temps ? – où l’on va explorer un complexe minier rempli d’autres androïdes qui dysfonctionne visiblement contaminé par quelque chose tout au fond du complexe. Au fur et à mesure de notre quête on va découvrir des éléments sur l’histoire de l’univers dans lequel on joue, sur notre passé, celui de la pilote et celui de la personne dont la conscience a été copiée pour nous créer.

J’ai beaucoup aimé. On est dans un univers assez froid avec des très beaux graphiques en quasi pixel art, dans un monde aux vibes clairement fascistes, pris dans une guerre éternelle avec un empire dont il s’est séparé. Le jeu n’hésite pas à être assez expérimental – tableaux qui flashent a l’écran ou texte en japonais et allemand non traduit – variations brusques de ton, flashbacks soudains, ajouts de musique classique par moment – super bande son par ailleurs – tout en restant très jouable. Tout un côté gestion d’un inventaire très resserré puisqu’on ne peut porter que 6 objets à la fois, munitions et armes incluses, combats pas trop compliqué et possibilité de privilégier l’infiltration par moment, niveaux assez réussis avec un côté backtracing une fois qu’on a trouvé des clés, et ouvertures de raccourci plutôt bien gérées. Le jeu à un thème horreur cosmique – on trouve un exemplaire du Roi en jaune assez rapidement au début de l’histoire – mais qui se traduit surtout par la perte de contrôle des autres Replika (le nom in universe des androïdes) et l’appel incessant que certains disent ressentir ainsi que les séquences de rêve/changement de lieu soudain et bien sûr la partie organisme vivant gigantesque au fond de la mine.

Recommandé si vous aimez les dystopies horrifiques avec des cyborgs.

Panorama, de Lilia Hassaine

Roman d’anticipation français paru en 2025. Dans les années 2050, la France est passée sous l’ère de la Transparence. La vie privée est bannie, les gens habitent dans des maisons aux murs de verre, les données publiques comme privées sont toutes accessibles. Malgré toutes ces mesures, une famille disparaît dans sa maison transparente d’un des quartiers les plus huppés de la ville. On va suivre l’enquête menée par une policière pour essayer de comprendre ce qui s’est passé.

Je n’ai pas été très convaincu. Il y a un aspect fable philosophique, mais la dénonciation de la transparence tombe un peu à plat, ça fait très « ouin-ouin les réseaux sociaux pourquoi les gens mettent tout en ligne », sans creuser vraiment les enjeux derrière, comme si c’était un comportement qui émergeait spontanément des gens et sans s’attaquer à la question des structures. Par ailleurs l’histoire ne fait pas une très bonne enquête policière, et les états d’âme de la narratrice sont assez artificiels.

Bof bof, donc.

Albion, de Anna Hope

Roman anglais publié en 2025. Philip Brooke est le patriarche excentrique d’une riche famille bourgeoise anglaise. Il possède une propriété de 1000 acres au cœur du Sussex. Depuis 10 ans maintenant la propriété est le lieu d’une expérience de réensauvagement, le projet Albion, menée par Philip et sa fille Franny. Mais Philip vient de mourir. La question de l’héritage que laisse Philip, sous toutes ses formes, va être au cœur du roman, qui va nous donner à voir le point de vue des différents membres de la famille de Philip, et des personnes qui ont vécu sur le domaine. On s’aperçoit rapidement que Philip était une personne exécrable qui sous couvert d’être un esprit libre a blessé absolument toutes les personnes autour de lui, et que globalement toute la famille lui doit une flopée de dysfonctionnement psychologiques.

Il y a un côté « on vous montre toutes les façons différentes dont des personnes riches peuvent mal aller », avec des archétypes classiques comme Milo, avatar de techbro qui micro dose des drogues pour libérer son côté créatif, mais aussi des portraits plus inattendus comme Fanny et sa passion pour la Nature aux dépens de toutes considérations sociales. Globalement c’est assez réussi dans le côté fresque familiale dysfonctionnelle, avec la figure de Philip et de son héritage qui plane sur chaque personne, et la façon dont la vie sur le domaine semble un monde à part où les règles du monde extérieur semblent suspendues.

Recommandé.

Los Años Nuevos, de Rodrigo Sorogoyen

Série espagnole parue en 2024. On suit Oscar et Ana, deux madrilènes qui se rencontrent lors du premier épisode et réalisent qu’iels sont né.es à un jour d’intervalle : elle le 31/12 et lui le 01/01. On va suivre pendant 10 ans une de ces deux journées, leurs interactions, et l’évolution de leur relation.

J’ai bien aimé. Je ne suis pas trop rentré dans le pilote, mais dès l’épisode 2, j’étais accroché. L’évolution de la relation entre les deux personnages est assez crédible – en même temps on parle de trentenaires européens dans les années 2015-2025, je suis assez clairement dans le cœur de cible – le fait de ne pas avoir exclusivement leur relation à tous les deux mes devoirs aussi les liens qu’ils ont avec leur famille ou leurs amis est intéressant. Le dispositif qui se concentre sur la journée du Nouvel An permet aussi de voir une forme de temps suspendu en dehors du boulot – pas complètement vrai pour Oscar vu qu’en tant que médecin il a des gardes. Et aussi des moments où les gens font le bilan, ou se retrouvent entre proches et discutent. J’ai par contre été un peu déçu par le final de la série, que j’ai trouvé plus conventionnelle que les autres épisodes. En même temps, c’est difficile de conclure de façon originale une histoire romantique.

Recommandé.

Randonnées dans l’Hérault et l’Aude

3 jours de weekend en Occitanie, à aller chasser le soleil. Départ jeudi 9h de Toulouse pour rejoindre deux ami·es à Albi. On prend la voiture, direction les gorges d’Héric. Mais la météo est à la pluie. Première journée, visite d’Olargues, longue pause dans la librairie-café L’Arbre à Palabres à Colombière-sur-Orb, puis fin de journée dans une cabane forestière super bien restaurée.
Second jour, randonnée dans les gorges d’Héric puis au dessus des gorges de Colombières, puis par crainte de la pluie qui revenait sur l’Hérault, départ pour l’Aude, nuit à Laroque-de-Fa.

Troisième jour, randonnée autour du château de Termes puis retour sur Toulouse pour un concert au Metronum.

Olargues
Un escalier public dans Olargues
Hameau abandonné
Cascade proche de Termes
Après la cascade
Vue sur le château de Termes

Exit 8, de Genki Kawamura

Film d’horreur (légère) japonais paru en 2025. Un homme se perd dans les couloirs du métro et arrive dans un couloir qui se répète en boucle. Il doit repérer des anomalies dans la disposition des éléments pour soit continuer à avancer soit faire demi-tour. S’il réussit 8 fois de suite, il sera libéré de la boucle. Le film est adapté d’un jeu vidéo, et ça se voit fortement. L’ambiance « espace liminal » est bien retranscrite, mais bon le scénario reste très mince. La variation de point de vue entre les 3 personnes coincées dans la boucle est plutôt réussie, mais ça reste léger pour en faire tout un film. Le côté horrifique est franchement léger, pas du tout de montée en intensité, en fait on se rapproche plus de la boucle temporelle.

Dans la maison rêvée, de Carmen Maria Machado

Autofiction étatsunienne parue en 2019. La narratrice raconte sa relation avec « la femme de la maison rêvée », la personne avec qui elle a été en relation abusive durant les années où elle était en master. Chaque chapitre a un titre qui suit le format La Maison rêvée comme X, avec X qui varie, étant soit un autre lieu (généralement un des lieux depuis lequel la narratrice explique rédiger le texte que nous lisons), soit un trope d’écriture : un lipogramme, un roman de fantasy, un déjà vu, un prologue… Les chapitres varient donc en forme (sans que ce soit non plus full Exercices de style) et ils suivent globalement le déroulé chronologique de la relation, avec cependant des allers-retours ou des considérations depuis le moment de l’écriture. Le texte aborde la violence domestique dans les couples lesbiens – et la question de comment la traiter pour à la fois protéger et aider les victimes sans donner des armes aux homophobes qui se réjouissent du cliché de la lesbienne manipulatrice et dangereuse – ainsi que le gaslighting, le trope des maisons hantées, la dissociation.

C’est bien écrit et c’est intéressant, c’est à la limite entre l’essai et le roman. Par contre TW sur la description des violences psychologiques, très bien retranscrites.

Echo Park, de Michael Connelly

Polar étatsunien paru en 2006. On suit l’inspecteur Hieronymus « Harry » Bosch, alors que de nouveaux éléments viennent de surgir dans une affaire qu’il a traité dans les années 90 : un tueur arrêté par hasard et pour une autre affaire veut négocier une remise de peine contre des révélations sur l’emplacement du corps de Marie Gesto, la victime de ce vieux dossier. Bosch accepte de participer aux interrogatoires, mais il lui semble que quelque chose ne colle pas dans le témoignage du tueur, sans arriver à mettre le doigt sur quoi…

J’ai bien aimé. C’est un polar assez classique, mais avec un inspecteur obsédé par son métier qui se retrouve dépassé à la fois par sa propre volonté d’aller au bout du dossier quel qu’en soit le coût et par des forces extérieures qui tentent de maquiller la vérité. Les twists sont plutôt réussis et la figure de l’inspecteur, si elle répond aux codes du polar d’un héros désabusé et larger than life, possède en même temps une certaine crédibilité dans son processus d’autodestruction.