Vernon Subutex, de Virginie Despentes

Roman français choral en trois tomes. J’ai trouvé le premier un peu long à décoller et un peu déprimant (tous les personnages sont des connards d’une façon ou d’une autre, Despentes dit que c’est parce qu’elle trouvait que tout le monde était déprimé à Paris à l’époque), mais la fin te mets sur les rails des deux suivants. Le deuxième tome je l’ai lu en une journée (composée essentiellement d’un voyage en train) et j’ai enquillé le troisième à la suite.

C’est un bon livre, ça se lit bien, ça présente une fresque d’une certaine société française dans les années 2010, avec un fond politique et social réaliste. Y’a des passages assez sombres (meutre, viol, terrorisme, exclusion, et j’en passe), d’autres plus peace.
Un peu perplexe devant l’épilogue dont je ne vois pas trop ce qu’il apporte, mais globalement j’ai aimé. 

The Lost City of Z, de James Gray

Film de 2015 basée sur la vie d’un explorateur anglais du début du XXe siècle qui part cartographier la frontière entre le Brésil et la Colombie, et revient, en ayant découvert des fragments de poteries, persuadé qu’il existe une civilisation et une cité perdue qui auraient vécu dans l’Amazonie, contre toutes les croyances des Occidentaux de l’époque qui la voyait comme un désert vert. Il fera deux expéditions de plus pour retrouver cette cité qu’il a surnommé Z, sans succès, et finira par disparaître dans l’Amazonie. L’histoire est intéressante mais le film manque un peu de rythme, il hésite entre différentes structures, sans qu’on sache trop s’il veut rendre hommage aux grands films du genre (Apocalypse Now, Aguirre) ou s’il n’arrive juste pas à se décider. Et le film raconte beaucoup trop de choses aussi. Du coup y’a des choses qui se passent d’un coup et qu’on doit tenir pour acquises sans que le film n’ait pris le temps de les installer.

Pas convaincu, mais jolie photographie.

Killing Eve, de Phoebe Waller-Bridge

Série anglaise sur le jeu de chat et souris entre une tueuse à gages et une enquêtrice des services secrets anglais.
J’ai beaucoup aimé les personnages, avec des britanniques très britanniques et une tueuse originale, et la relation entre les deux personnages principaux est très intéressante, mais j’ai été moins fan du scénario : la saison ne fait que 8 épisodes et commence très bien, mais ça devient vite n’imp en terme de vraisemblance (enfin pas vraisemblance parce que l’histoire de base n’est pas très vraisemblable, plutôt en terme de cohérence interne) de ce que font les personnages. Notamment les agents anglais, dès qu’ils visitent un autre pays, leurs comportements deviennent absurdes (remarquez on peut imaginer que ça s’inscrit dans le même univers que Au Service de la France du coup).

Sentiments mitigés.

Orange is the New Black, post agrégé

Saison 3
Très bonne saison d’une très bonne série. Pas d’essoufflement en vue et c’est très très cool. Questions sociales abordées, tragédies, humour absurde, sororité, personnages complexes et nuancés… Je recommande très fortement.

Saison 4
Well. J’ai été un peu déçu par cette saison. Ça commence par des trucs intéressants, montrer les dégâts de la privatisation de la prison, montrer des gens qui pensent faire le bien et font de la merde. Mais rapidement ça sombre dans une description graphique de la violence exercée sur des gens qui n’y peuvent rien. Le garde psychopathe n’était pas nécessaire, la mort d’un des meilleurs personnages n’était pas nécessaire. Le traitement visuel qui est fait de ces événements est merdique. La violence des institutions que l’on voit s’exercer sur Sophia, Lolly et Suzanne est horrible (en plus pour Suzanne et Lolly c’est mis en parallèle dans un même épisode…) C’est pas une saison qui fait se sentir bien :/

Saison 5
Une saison qui se concentre sur quelques jours de la vie de la prison, durant la rébellion qui suit le traitement de la mort de Poussey dans la saison précédente. Sympa à regarder malgré quelques scènes violentes, c’est une saison qui se concentre sur la solidarité et le « convergence des luttes, divergences des pratiques ». Par contre la série devient de moins en moins réaliste.

Saison 6
Retour à une saison plus classique. On suit les détenues de Litchfield qui ont été transférées dans la prison de sécurité maximum et leurs nouvelles co-détenues. Les événements de la saison s’étalent de nouveaux sur une longue durée. On voit à la fois l’intérieur de la prison et l’influence des tentatives de la compagnie qui possède la prison de gérer les retombées de la rébellion de la saison précédente sur leur image publique.
L’histoire des deux sœurs cheffes de gangs rivaux était intéressante, certains nouveaux personnages cools et toujours de bonnes punchlines (même si y’a un peu trop de personnages particulièrement doués en répartie dans cette série), mais globalement ça tourne quand même toujours sur la même formule à force. Intéressant de montrer la façon dont Piper s’en sort mieux que les autres avec son privilège blanc (notamment sur la fin de la saison avec le parallèle avec les histoires de Taystee et Flores).

The Avengers: Infinity War, de Joe and Anthony Russo

Interminable. 2h30 de film, pour un truc à grand spectacle, désolé mais c’est trop. Surtout quand c’est pour caser des scènes pseudo-sentimentales et des discours grandiloquents. Y’a trop de lignes narratives, trop de trucs qui s’entrecroisent artificiellement. Les niveaux de pouvoirs varient artificiellement, les gens se téléportent à 10 minutes de leurs destinations pour avoir le temps de faire un petit discours à leurs potes lors de la phase d’approche… Le film craque aux coutures de partout.

Surtout qu’avec tout ça, c’est qu’une moitié de film, FFS. Ça finit sur un cliffhanger avec zéro résolution. Du coup faut se retaper 2h30 pour savoir ce qu’il en est ? C’est dommage en plus parce que je vois ce qu’ils ont tenté de faire, mais je trouve que ça ne marche pas : l’idée c’est que le film ne raconte pas la lutte des Avengers contre Thanos, mais le parcours de Thanos pour acquérir les Pierres d’Infinité : de ce point de vue on a une structure correcte : le héros a n items à acquérir en se battant contre des ennemis, il sacrifie qq chose qui lui est cher sur son chemin, il manque de mourir dans le combat final mais prévaut malgré tout, et on finit avec un petit plan de lui posé dans sa cabane en pleine campagne, en paix une fois sa mission accomplie. Cette structure fonctionne, mais elle est totalement parasitée par les lignes narratives des Avengers, ce qui déjà dilue l’histoire de Thanos dans un film interminable avec plein d’autres enjeux, et d’autre part fait qu’on a son histoire que par la bande, vu que les points de vue que l’on a (surtout au début, y’a plus de focus sur lui à la fin) c’est ceux des Avengers.

Bref, overinflated, do not recommand

Cloak and Dagger, de Joe Pokaski

Une série télé dans l’univers Marvel. A la Nouvelle Orléans, deux adolescents découvrent qu’ils disposent de super-pouvoirs et d’une connexion l’un à l’autre.

La série était marquetée Young Adult, j’avais un peu peur que ça donne des thèmes mièvres mais au contraire, très bonne surprise, c’est probablement une des séries Marvel les plus intéressantes, avec la S1 de Jessica Jones. La série commence avec un trope ultra cliché : la petite fille blanche propre sur elle qui fait du ballet et le jeune noir issu des quartiers défavorisés, pour immédiatement le subvertir, c’était très bienvenu. Par ailleurs plusieurs personnages féminins forts, souvent qui reprennent des tropes masculins classique : la détective alcoolique, la tueuse à gages froide… 

La série parle de violences policières, d’abus de drogues, de relations familiales complexes, de mégacorporations maléfiques (un des grands méchants de la série est la compagnie pétrolière Roxxon, qui fore dans le Golfe avec un mystérieux « rig expérimental »). Belle mise en scène, notamment des séquences oniriques/mystiques bien réussies esthétiquement, et une super bande son. 

Tout n’est pas parfait cependant : certains personnages (la mère de Thandi notamment) change beaucoup trop de caractère d’un bout à l’autre de la saison. Deux policiers adultes acceptent de laisser un random ado les aider et se mettre en danger. Ça reste mineur. Plus décevant, j’ai trouvé le season finale baclé par rapport au reste de la série. Tout se précipite d’un coup, les persos se disent « oh mais si la solution c’était ça ? » et ça l’est out of nowhere, sans lien avec tout ce qu’on a vu avant, et les effets spéciaux perdent en réussite.

Mais globalement je recommande.

The Penelopiad, de Margaret Atwood

texte de la pièce adaptée de son roman éponyme, racontant l’histoire de l’Illiade et de l’Odyssée, et plus largement la vie de Pénélope, depuis son point de vue à elle et celui de ses servantes, tuées par Ulysse lors de son retour à Ithaque. C’était court mais cool. C’était intéressant d’avoir ces points de vue alternatifs, et qu’ils ne soient pas concordants : la solidarité féminine joue, mais les servantes rappellent qu’il y a d’énormes différences entre Pénélope, fille d’une naïade et née dans une famille royale, et elles issues du peuple, présentées la plupart du temps comme une voie plurielle, même si elles sont nommées et qu’une se détache du lot.

Dans la pièce, les acteurices jouant les servantes jouent aussi tous les autres rôles autour de Pénélope, ce qui est une manière intéressante de montrer que tout tourne autour d’elle et que les autres personnages sont tous au service de son histoire.