Au large des vîles, de Lucie Pierrat Pajot

Roman de science-fiction français paru en 2024. C’est de la littérature jeunesse au sens où les héro·ïne·s sont jeunes, mais sinon ça se lit à tout âge. Au XXIIe siècle, la Terre est dans un sale état, les continents ravagés par les impacts du changement climatique et des épidémies libérées par le dégel du permafrost. Deux échappatoires : pour les plus riches, les vîles, des villes flottantes qui offrent à leurs citoyens des enclaves tranquilles loin du tumulte du monde. Pour les autres, la Dentelle, une réalité virtuelle, où la Lemnistic Artefacts offre même aux plus doués de vivre à temps plein. On va suivre les tribulations de Prime, né du bon côté de la lutte des classes mais qui déteste le monde réel et voudrait vivre dans la Dentelle, et Bunny, qui vit sur un îlot-décharge, où elle trie les plastiques de l’Ancien Monde pour permettre la fabrication du lemnistique, une matière miraculeuse et recyclable à l’infinie. Évidemment leurs chemins vont se croiser…

Je n’ai lu que le tome 1 pour le moment, mais j’ai bien aimé (comme la série précédente de Lucie Pierrat-Pajot, Les Mystères de Larispem, d’ailleurs). L’univers maritime du XXIIe siècle est bien rendu, les révélations arrivent progressivement et les personnages ont une vraie profondeur (surtout Bunny).

Recommandé !

Article invité : To the Lighthouse, de Virginia Woolf

Ce qu’il y a de bien, avec les livres de Woolf, c’est que l’expérience de lecture se mêle au texte, parfois malgré soi. J’ai mis plus de 2 mois à lire To the Lighthouse, comme un miroir des dix ans écoulés entre le début et la fin du roman. Je l’ai un peu sous-estimé : il me semblait plus « normal », avec une narration toujours typique de Woolf mais un récit plus classique. L’ennui, c’est qu’il était du coup un peu moins poétique et ‘out of this world’ que ne l’était The Waves, par exemple… mais, en relisant les citations que j’ai notées, les pages qui m’ont marquées, pas de doute : c’est toujours Virginia Woolf, avec ses fulgurances de compréhension humaine, sa créativité dans l’usage de la langue, et la justesse des émotions qu’elle décrit.

And all the lives we ever lived and all the lives to be are full of trees and changing leaves.

To the Lighthouse, donc, est un récit où il ne se passe rien de très extraordinaire, du moins pour l’habituée de fantasy rebondissante que je suis. On y explore notre rapport à l’autre ; l’éternelle solitude intérieure ; le deuil (j’aurais dû m’y attendre chez Woolf, mais ça m’a prise par surprise) ; le sens de la vie ; le sens de créer, d’écrire, de peindre ; la force d’un lieu et du temps passé ensemble, aussi. Mais avec ces personnages qui n’ont rien d’extraordinaire – une famille, entourée de leurs amis pendant leurs vacances annuelles sur l’île de Skye –, qui vivent des choses qui n’ont rien d’extraordinaire – une journée, une promenade sur la plage, un dîner, une demande en mariage –, Woolf dépeint des instants, well… extraordinaires. Des instants anodins qui restent avec soi. Dans le flot de conscience des personnages qu’on partage en tant que lectrice, on vit avec elles (surtout elles) les ralentissements intérieurs où tant d’émotions et de questionnements émergent.

It partook, she felt […], of eternity; […] Of such moments, she thought, the thing is made that remains for ever after. This would remain.


La première partie du roman décrit une journée et un dîner, un été sur l’île de Skye (le point décevant du roman c’est que Skye est douloureusement sous-utilisée : c’est pourtant le lieu parfait pour mêler mélancolie et émerveillement !). J’en retiens le dialogue silencieux entre Mrs Ramsay et Mr Ramsay pendant le dîner, alors qu’on ne sait plus bien si on partage uniquement sa conscience à elle, et ce qu’elle imagine des réactions de son mari, ou bien si la narration oscille avec fluidité de l’un à l’autre ; la longueur du dîner, les envie de solitude ou l’ennui des uns et des autres, qui a fait écho à mon ennui et décrit parfaitement cette difficulté à être réellement dans le moment présent, ces repas où la conversation nous passe un peu au-dessus. Pourtant, le dîner est pour elleux un moment qui définit, un moment qui restera, qui représente ce temps passé ensemble dans cette maison, année après année, et les liens qui se sont tissés entre ces personnes dont on ne sait pas si elles se côtoient le reste du temps. Entre autres introspections, la conversation nous mène aussi sur un terrain désormais familier chez Virginia Woolf : la question de l’art, des great men, de ce que l’artiste laisse au monde. Le sujet est présent dans tout le roman, avec en creux la question du genre (Charles Tansley explique à Lily qu’une femme ne pourrait ni écrire, ni peindre). Les hommes sont publiés, reconnus, mais cela ne leur suffit pas, tandis que Lily peint avec acharnement, ce jour là puis dix ans plus tard, et résume ainsi son tableau : There it was – her picture. Yes, with all its green and blues, its lines running up and across, its attempt at something. Et c’est cette vision de l’art que je préfère : elle valorise le temps passé, l’acte d’essayer, de… créer [insérer ici une évidence sur l’enfer qu’est l’IA générative].

Parmi les moments qui m’ont ralentie intérieurement, moi aussi, il y a les questionnements de Lily – qui semble tantôt froide, tantôt débordante de sentiments intenses et contradictoires – sur le fait d’aimer, ou même simplement d’apprécier quelqu’un. La superposition d’admiration, d’agacement, de respect, d’affection dont il faudrait faire une somme pour comprendre ce que l’on ressent pour autrui lui semble vertigineuse. Elle décrit aussi cette envie voire ce besoin de partage absolu de conscience avec l’autre, qui fait écho chez moi à un refus d’accepter la solitude qui vient inéluctablement avec l’existence (oui, Woolf, c’est intense.).

Could loving, as people called it, make her and Mrs Ramsay one? for it was not knowledge but unity that she desired, not inscriptions on tablets, nothing that could be written in any language known to men, but intimacy itself […].

De manière générale, la vision complexe du rapport à l’autre que Woolf présente me semble à la fois juste et caricaturale, en tout cas haute en couleurs (notamment dans le lien parent-enfant) : les émotions intenses – positives comme négatives – côtoient une certaine indifférence parfois. Mr Ramsay est un personnage intéressant à cet égard car nous ne partageons jamais, je crois, son intériorité ; on le voit à travers Mrs Ramsay, à travers leurs enfants, à travers les amis de la famille. Pourtant, il cristallise ces nombreuses émotions contradictoires. Le roman traite aussi des questions mêlés de l’amour, du mariage, des choix de vie, avec un regard juste et intéressant sur la société de son époque je pense. Mais ce n’est pas très satisfaisant aujourd’hui, car Woolf présente surtout deux options : se consacrer au mariage et à sa famille, qui peuvent être sources de richesse ou de drame, d’une part ; se consacrer à soi, son art, d’autre part. Woolf ne met pas en avant une option plutôt que l’autre, et on peut d’ailleurs lire entre les lignes sa critique de ce choix réduit (particulièrement) pour les femmes, mais j’ai tout de même préféré The Waves à cet égard, où l’amitié prenait une place plus importante.

Le rapport à soi et au temps qui passe est un autre point clé exploré par le roman : la bagarre contre la vie, l’estime de soi, le sens de l’existence… et je vous laisse avec deux citations qui disent bien plus que ce que je pourrais écrire :

There it was before her – life. Life: she thought but she did not finish her thought. She took a look at life, for she had a clear sense of it there, something real, something private, which she shared neither with her children nor with her husband. A sort of transaction went on between them, in which she was on one side, and life was on another, and she was always trying to get the better of it, as it was of her; and sometimes they parleyed (when she sat alone); there were, she remembered, great reconciliation scenes; but for the most part, oddly enough, she must admit that she felt this thing that she called life terrible, hostile, and quick to pounce on you if you gave it a chance.

What is the meaning of life? That was all- a simple question; one that tended to close in on one with years, the great revelation had never come. The great revelation perhaps never did come. Instead, there were little daily miracles, illuminations, matches struck unexpectedly in the dark; here was one.

Je retiens aussi la justesse de cette description de fin de journée, quand tout change une fois la nuit tombée, qu’on peine à croire que quelques heures auparavant on était dehors, au soleil, et qu’une espèce d’inquiétude monte avec le mouvement des arbres dans le vent et l’obscurité. Enfin seul·e, un sentiment aussi soulageant que porteur d’angoisse (mais là, je projette), le lendemain à quelques instants de conscience près.

With her foot on the threshold she waited a moment longer in a scene which was vanishing even as she looked, and then, as she moved and took Minta’s arm and left the room, it changed, it shaped itself differently; it had become, she knew, giving one last look at it over her shoulder, already the past.


La nuit, justement, nous emmène dix ans plus tard. C’est le passage le plus étrange du texte, où la narration devient omnisciente sans qu’on comprenne vraiment ce qu’il se passe. On observe la maison tomber en décrépitude, oubliée, et on apprend ce qu’il advient de nos personnages (je n’en dit pas plus car spoilers). La description est sombre, effrayante, angoissante, et de mon côté j’ai cru qu’il s’agissait plutôt d’un flot de possibles que porterait la nuit.

Turning back among the many leaves which the past had folded in him, peering into the heart of that forest where light and shade so chequer against each other that all shape is distorted, and one blunders, now with the sun in one’s eyes, now with a dark shadow, he sought an image to cool and detach and round off his feeling in a concrete shape.

Au réveil, donc, on retrouve nos personnages, que ce retour dans la maison sur Skye plonge dans le passé et l’introspection. Il se passe encore moins de choses qu’en première partie, et le flot m’a paru plus fluide – car plus besoin de comprendre qui a dit quoi à qui au milieu d’une narration fuyante. On arrive à une certaine forme de conclusion, de relâchement : les émotions s’expriment plus librement, et apaisent. De mon côté, je clos ce roman avec le mélange désormais familier d’émerveillement et de mélancolie que Woolf soulève en moi. On ne peut pas dire que ce soit une lecture légère ; elle réveille des angoisses et tristesses, et les apaise en même temps. Bon, et puis tout simplement, c’est beau. Une sorte de poème de 234 pages.

Here sitting on the world, she thought, for she could not shake herself free from the sense that everything this morning was happening for the first time, perhaps for the last time, as a traveller, even though he is half asleep, knows, looking out the train window, that he must look now, for he will never see that town, or that mulecart, or that woman at work in the fields, again.

La Valle dei Sorrisi, de Paolo Strippoli

King Tide x Midnight Mass

Film vu lors de l’édition 2026 du Grindhouse Paradise (festival de films de genre toulousain).

Film d’horreur italien paru en 2025. Sergio est un ancien champion de judo reconverti en prof d’EPS. Il arrive dans le petit village de Remis, perdu dans les Alpes italiennes, où les habitant·es anesthésient leurs traumas en touchant Matteo, un adolescent qui semble doté d’un pouvoir mystérieux. Sergio va se lier d’amitié avec Matteo, en voyant l’humain derrière le sauveur attitré du village. Mais il s’avère que gérer des pouvoirs surnaturels quand on est en crise d’adolescence et recherche d’identité, c’est assez compliqué…

J’ai beaucoup aimé. L’ambiance est super bien rendue, le côté surnaturel + religion catholique fonctionne bien, ainsi que le côté isolé en montagne. Les personnages sont très réussis, notamment celui de Matteo, très bien écrit comme perso moralement ambigu qui se sert de ses pouvoirs pour le bien comme pour des raisons totalement égoïstes.

Recommandé, mon préféré passé par le festival cette année je pense.

Forte, de Kimbo Kim

Film vu lors de l’édition 2026 du Grindhouse Paradise (festival de films de genre toulousain).

Film d’horreur coréen paru en 2025. Yeonji, une jeune compositrice, décroche un poste au sein du studio Forte, qui signe des musiques de films. Le studio est perdu au sein de la montagne, les employés habitent sur place, et une rumeur dit qu’ils et elles deviennent tous fous un par un.

C’est un film d’horreur qui fonctionne à la vibe. Pas d’explications, mais des trucs qui se passent, des images comme celle d’un piano abandonné dans la forêt, et à nous d’interpréter. On comprend qu’il y a une forme de pacte entre la directrice du studio et une présence maléfique, et que le lien passe par la musique, mais le reste n’est pas très clair.

Le décor du studio, cube de béton perdu dans la forêt embrumé, est assez réussi. De façon générale la photographie est très nette et très belle, avec beaucoup d’images diurnes, ça change de la direction artistique de la majorité des films d’horreur.

Saccharine, de Natalie Erika James

Film vu lors de l’édition 2026 du Grindhouse Paradise (festival de films de genre toulousain).

It follows x Grave

Film australien paru en 2026. Hana et une étudiante en médecine qui a un problème d’image corporelle : elle voudrait être plus mince qu’elle ne l’est mais n’arrive pas à tenir les régimes auxquels elle s’astreint. Une camarade de promo lui recommande un traitement révolutionnaire point après avoir analysé une des capsules, Anna détermine qu’il s’agit de cendres humaine. Elle décide alors de fabriquer elle-même des capsules à partir d’un des corps qui a été donné à la faculté de médecine pour les études. Évidemment le plan backfire : si le traitement s’avère efficace, Hana se retrouve hantée par le fantôme de la personne qu’elle a ingérée. Celle-ci la pousse à manger encore et encore, mais la perte de poids d’Hana s’accélère plus elle mange…

J’ai bien aimé ! Le côté « approche scientifique de la possession » avec Hana qui essaye de comprendre les conditions d’apparition du fantôme est assez réussi. La façon dont les TAC d’Hana sont liés à son histoire familiale (et à celle de la réalisatrice visiblement) rajoute un point intéressant. Je pense que le film aurait gagné à être coupé 2 minutes plus tôt pour laisser une ambiguïté sur ce qui se passe entre Hana et son crush, mais sinon esthétique d’horreur moderne sympa, la scène d’ « exorcisme » est assez réussie.

The Damned, de Thordur Palsson

Film vu lors de l’édition 2026 du Grindhouse Paradise (festival de films de genre toulousain).

Film d’horreur anglo-islandais paru en 2025. On est au XIXe, sur la côte islandaise. Un petit port de pêche avec quelques bâtiments, un bateau et une dizaine d’hommes. Le port est dirigé par Eva, depuis la mort de son mari. La pêche est mauvaise, et les pêcheurs voient un gros bateau faire naufrage de l’autre côté de la baie. Dans l’incapacité de nourrir les naufragés, ils décident de ne pas les secourir.

C’était très beau. Les paysages islandais sont vraiment bien mis en valeur, et j’ai toujours un petit faible pour aller film d’horreur qui mettent en scène des paysages maritimes. Là on est principalement sur la côte même s’il y a quelques scènes en mer sur le bateau de pêche, mais on voit beaucoup l’océan et les montagnes glacées. Le fantôme d’un des marins abandonnés revient bien évidemment hanter les pêcheurs, les faisant mourir l’un après l’autre de maladie, de froid, d’une chute, et surtout en les montant les uns contre les autres. Y’a un petit côté And then they were none (ou n’importe quel film avec une final girl, certes), mais en même temps il ne se passe pas grand chose. C’est bien filmé mais au delà du départ j’aurai bien voulu un peu plus d’intensité (et peut-être de rapport à la mer) – mais il y a des jumpscares/montées de tension qui ont très bien marché sur moi.

Je ne suis pas convaincu par le twist final non plus, le film aurait été mieux sans à mon sens, mais globalement ça vaut le coup de le voir juste pour la photographie.

New Group, de Yûta Shimotsu

Pluribus x Junji Itō x les mondiaux de gymnastique

Film vu lors de l’édition 2026 du Grindhouse Paradise (festival de films de genre toulousain).

Film d’horreur japonais paru en 2025. Suite à l’arrivée d’un signal extraterrestre sur Terre, des élèves d’un lycée japonais se mettent à faire une pyramide humaine. Puis petit à petit de plus en plus de personnes de par le monde se mettent à faire des figures de gymnastique. Dit comme ça ça semble rigolo, mais un discours accompagne ces figures : il est crucial d’en faire partie, ceux qui ne participent pas seront laissés pour compte, car ces figures démontrent l’esprit de cohésion qui doit animer le corps social, et c’est en exaltant le corps physique qu’on retrouvera une société pure… Ça vous rappelle quelque chose ?

C’est un peu brouillon par moment, mais j’ai beaucoup aimé : le film est ultra intense dès sa première minute, c’est assez inventif, le fascisme de la gymnastique est très bien rendu avec le rythme angoissant du sifflet du prof de sport du lycée qui rythme les activités des élèves (et d’ailleurs on voit que la contamination fasciste s’appuie sur des dynamiques préexistantes : les exercices militaires des élèves sont d’abord fait dans le cadre du cursus scolaire, avant que l’influence extraterrestre ne se fasse sentir). Le message de fin n’est pas très clair, avec un éloge de l’anticonformisme mais en avertissant qu’il ne faut pas que ça devienne un nouveau conformisme ? Mais bon on est plus là pour la vibe que pour la conclusion.

Recommandé si vous aimez l’intensité et que vous êtes persuadé que la gymnastique c’est maléfique.

The Surrender, de Julia Max

Film vu lors de l’édition 2026 du Grindhouse Paradise (festival de films de genre toulousain).

Film étatsunien paru en 2025. Megan est revenue dans la maison parentale pour les derniers jours de son père. Sa relation avec sa mère (Barbara) est tendue, mais elle est déterminée à être là pour elle et pour son père. Elle découvre rapidement que sa mère pense avoir un moyen de ramener son père d’entre les morts, via un homme mystérieux dont elle a eu le contact par sa professeure de yoga. Pour ne pas antagoniser encore davantage sa mère, Megan va accepter de jouer le jeu du rituel…

Le film ne sait pas trop comment conclure, mais sinon j’ai beaucoup aimé l’esthétique. Tout le côté « cristal mom » qui est parti vers du complotisme de plus en plus chelou fonctionne très bien, y’a une vibe « folk horror des banlieues américaines ». Un hommage évident à l’Exorciste (mais en inversé) dans la scène d’arrivée du résurrecteur devant la maison, qu’on voit de dos avec un grand chapeau.

L’esthétique du monde des morts est réussie aussi, mais on sent que le budget effets spéciaux est rapidement épuisé et que le film s’est un peu coincé dans un coin avec la façon dont il a construit les règles du monde des morts : il aurait fallu laisser un peu plus de place aux personnages pour l’explorer.

C’est un premier film, clairement réalisatrice à suivre.

Mārama, de Taratoa Stoppard

Film vu lors de l’édition 2026 du Grindhouse Paradise (festival de films de genre toulousain).

Film néo-zélandais paru en 2026. Au 19e siècle, ayant reçu un courrier lui promettant de lui révéler l’histoire de sa famille, une jeune maori arrive en Angleterre. Là elle est accueillie par Nathaniel Cole, un riche armateur de baleiniers, qui lui dit que son ami qui a écrit le courrier est mort mais qu’il cherche une gouvernante pour sa fille et qu’elle fera l’affaire. Coincée dans le manoir de Cole, Mārama est assaillie par des visions, qui lui font penser que Cole en sait plus qu’il lui dit sur sa famille.

Le côté « film en costumes » fonctionne bien, ainsi que le fait de renverser l’exoticisation : c’est Mārama qui est coincée dans une Angleterre dont elle ne comprend pas les codes sociaux, et où les éléments familiers de la culture maorie sont des trophées ramenés par Cole, qui se pose comme un grand admirateur du peuple mais procède surtout par fétichisation et où donc les objets n’ont pas le bon usage et sont juste exposés ou détournés. Pour Mārama comme pour la/le spectateurice, le manoir victorien est un endroit lugubre et étranger, la fête des notables du coin sonne comme une parodie grotesque de sa culture.

Pour autant le film est assez lent, j’aurai bien aimé une montée en intensité plus rapide. Malgré les visions de Mārama on est presque plus sur un thriller que de l’horreur : les visions font partie de sa façon de percevoir le monde mais ne sont pas inhérentes à la partie horrifique du film qui est mundane.

Pas parfait, mais prometteur pour un premier film, et distribué en salle en France, donc vous pouvez allez le voir ! (C’est qui est rarement le cas pour les films du Grindhouse)

The Wizard of Oz, de Victor Fleming

Film étatsunien de 1939. Dorothy vit dans la ferme kansasienne de son oncle et sa tante. Affolée par la menace d’une voisine acariâtre de lui confisquer son chien Toto, elle part dans les champs alors qu’une tornade approche. Emportée par la tornade, elle se retrouve dans le pays fantastique d’Oz, ou elle va rencontrer plusieurs compagnons sur sa route (de briques jaunes) vers la cité d’Émeraude où elle espère trouver le Magicien qui dirige le pays et sera capable de la renvoyer chez elle…

Bon normalement vous connaissez l’histoire, surtout que si vous lisez ce blog (félicitations pour ça déjà), j’ai déjà dû vous parlez assez extensivement de Wicked. J’avais lu The wonderful wizard of Oz mais pas vu le film (cette version, y’en a de nombreuses autres, mais celle-ci fait référence). Eh bien je suis content d’avoir réparé cet oubli, le film est culte pour de bonnes raisons. Dorothy finit par être agaçante sur toute la durée du film, mais globalement tous les autres personnages sont très réussis, la musique aussi, et les décors sont magnifiques. On comprend instantanément aussi pour quoi c’est devenu un point de ralliement de la culture queer, c’est particulièrement camp. L’avoir vu m’a permis de voir d’où viennent certaines références visuelles de la version film de Wicked (la bulle de Glinda notamment), qui n’étaient pas dans la comédie musicale. Et aussi je n’avais pas compris à quel point l’album Straight outta Oz de Todrick Hall – qui est aussi assez haut dans mes références autour d’Oz – était autant un hommage direct aux chansons du film par moment.

Bref, évidemment recommandé.