Roman québecois paru en 2022. On suit la chute de Céline Wachowski, architecte québecoise internationalement connue qui suite à une série d’article dans le New Yorker et la contestation de l’installation à Montréal du siège social d’une multinationale dont elle a dessiné le bâtiment se voit érigée en figure de proue de la gentrification de la ville et des dérives du capitalisme.
On suit depuis le point de vue de Céline l’impact que ces événements ont sur sa vie : elle est destitué de son rôle dans l’entreprise qu’elle a créé, sa maison est envahie par des manifestants, elle perd des contrats et des personnes refusent d’être associée à elle en public… L’impact est réel, et la fureur de Céline persuadée que ça lui arrive à elle parce qu’elle est une femme et qu’il y a des relents misogynes derrière ce ciblage sont crédibles, sauf que Céline est aussi une ultra-riche dont les méfaits dénoncés sont réels. Ève Lambert arrive bien à créer une caractérisation interne où on comprend les motivations de Céline sans pour autant adhérer à son point de vue. On voit à la fois les sujets sur lesquels sa force de travail est indéniable et le fait que ça n’excuse pas l’impact qu’elle a sur la vie des gens (et qu’elle refuse de voir, se considérant comme de gauche et solidaire des manifestants malgré sa pratique de l’évasion fiscale)
C’est bien écrit, j’ai préféré à Querelle de la même autrice (mais son roman que je préfère reste Les Sentiers de Neige), les passages sur Céline qui compare sa situation à ce qu’elle lit dans La Recherche du temps perdu sont intéressants pour la mise en abyme littéraire, les points de vue de l’entourage de Céline sont bien rendu.