A Short Hike, d’adamgryu

Jeu vidéo indépendant. On joue une fille en vacances sur une île/réserve naturelle avec sa tante. Le seul endroit qui a de la réception sur l’île est le sommet de la montagne, et c’est une randonnée familiale traditionnelle, on décide donc de la faire. Le jeu se présente comme un monde ouvert et sans conflit. Le but est d’arriver au sommet de la montagne, plusieurs chemins permettent d’y arriver mais dans tous les cas il est nécessaire de récolter des plumes d’or, un item qui permet d’augmenter son endurance en escalade. Les plumes sont trouvables dans la nature ou achetable à différents personnages ; globalement on peut interagir avec plein de NPC qui proposent des microquêtes ou des infos sur les mécaniques du jeu.

C’est court mais dense, et c’est très joli. J’ai beaucoup apprécié. On dirait un peu une version cartoon, condensée et apaisée de Breath of the Wild.

Le jour où Kennedy n’est pas mort, de R. J. Ellory

Uchronie sans grand intérêt.

Kennedy ne meurt pas à Dallas. À la veille de la convention démocrate à Atlantic City en 64, un ancien journaliste reprend l’enquête que menait son amour d’enfance, morte d’une overdose, sur le truquage de l’élection de 1960. Sauf qu’il n’y a aucune analyse ou même indication de ce que change la poursuite de la présidence Kennedy pour les US. On sait juste que Kennedy est pas mal décrédibilisé par ses frasques aux yeux de son équipe, pas grand chose de plus. Le monologue intérieur du héros éploré de la mort de la femme de sa vie est sans grand intérêt et assez réac, l’enquête qu’il mène n’est pas passionnante, et le style du livre (lu en VF) assez pauvre. Je ne recommande pas.

Les Métropoles Barbares, de Guillaume Faburel

Livre d’écologie politique sur la transformation des grandes villes en métropoles. Ce que l’auteur entend par ce phénomène, c’est à la fois une extension spatiale, mais surtout l’acquisition de marqueurs spécifiques (quartiers d’affaires, stade multisport et accueil d’une compétition sportive reconnue, branding de la ville, centre historique rénové…) qui sont supposé être attractifs, et rendre la ville à la fois possédant les marqueurs génériques permettant de prétendre être dans les villes qui comptent, et démarquée des autres à l’échelle européenne ou internationale (en elle même et pas en temps que ville générique de tel ou tel pays). Les métropoles se conçoivent comme des « firmes territoriales » qui doivent faire connaître leur produit et gagner des parts de marchés (sur le marché des fameuses « classes créatives » notamment). Les villes seraient alors les territoires créateurs de (et concentrant là) richesse qui ruisselleraient sur les campagnes environnantes.

Pour l’auteur, la partie « concentration de la richesse » est bien plus pertinente que celle de création : les métropoles sont les seuls endroits restants où les taux de croissance permettent de dire que la course à la croissance du néolib à un sens, mais ça se fait à coup de subventions et de mise sous le tapis (ou de délocalisation) des externalités. Les métropoles pour maintenir cette croissance doivent forcément croître elles-mêmes et mettre en avant la vitesse de déplacement et les réseaux de transport (la « valeur mobilité »). On pousse à l’accélération des rythmes, à l’exploitation de tous les moments : wifi dans les transports, développement de l’offre de divertissements nocturnes type clubbing, poussé par des politiques d’extension des horaires de transport et un assouplissement des normes sur le tapage nocturne, les horaires d’ouverture…

Le branding des villes va mettre en avant des spécificités territoriales, des monuments emblématiques, en les repackageant pour les rendre facilement consommable, en mode « pop histoire » ou street art subventionné et pas trop contestataire et relativement propre sur lui. Gros accent aussi sur les infrastructures et compétitions sportives, les valeurs sportives étant fortement solubles dans le discours néolibéral (« se dépasser », tout ça). Les actions de métropolisation des villes se font le plus souvent via des PPP, avec des services publics sous-traités ou gérés selon le New Public Management. Gros décifit démocratique aussi dans les millefeuilles administratifs des regroupement de commune qui est intrinsèque à la métropolisation à la française. Avec en plus un vernis de consultation publique sur les projets, qui est très souvent du crowdwashing bien plus que des vraies consultations.

Les réaménagements des villes mettent souvent aussi en avant des valeurs écologiques (densification du bâti, toitures végétalisées, pistes cyclables et al), mais servent sortout à faire de la revalorisation immobilière permettant de dégager une plus-value, et de gentrifier. Les classes populaires repoussées en périphéries qui doivent venir travailler en ville prennent + de transport, ce qui ne va pas vraiment dans le sens d’un bilan écologique favorable. Les villes en décroissance et les villes moyennes sont pour l’auteur largement plus écologiques que les métropoles se densifiant et affichant un discours vert.

Au delà de ce discours sur le municipalisme et l’attraction des pôles métropolitains portés par les pouvoirs publics et les cabinets d’architectes, les Français.e.s sondé.e.s manifestent au contraire une attraction pour la vie de village ou périurbaine. Le bout de jardin, un rapport à une nature restant un peu sauvage (vs les parcs urbains) et la vie sociale de village sont des éléments particulièrement attirants. Le discours sur les métropoles comme les lieux par excellence de mélange des cultures et de l’allégement du contrôle social de tous par tous (par opposition au « petit village où tout le monde se connaît ») est aussi selon l’auteur surtout un discours portés par celleux qui ont intérêt à promouvoir les métropoles, et principalement incantatoire.

Cette première partie sur les métropoles elles-même m’a pas mal convaincu. Vient ensuite une partie sur les alternatives et les choix de vie en dehors des métropoles (écolieux et autres), que j’ai trouvé moins solide et plus jargonnante.
Le point de l’auteur est que dans les villes, le pouvoir est trop figé dans des grosses structures captés par les professionnels de la politiques et par le lobbying, ainsi que figés dans des normes ne permettant pas d’avoir de vraies alternatives : les tiers-lieux urbains servent bien souvent, avec les conventions d’occupation temporaire, à permettre aux autorités diverses de garder la main sur un lieu bien mieux que s’il était squatté, et de faire leur projet à leur sauce à la fin. Les contestation type Nuit Debout n’arrivent pas non plus à construire quelque chose de pérenne, faute de pouvoir littéralement construire qq chose et en absence d’une capacité à s’insérer dans les formes légales de fabrication de la loi (l’auteur reprend la formule du Comité Invisible sur Nuit Debout, qui serait « un Parlement Imaginaire dépourvu d’exécutif »). Les vraies alternatives ne pourraient alors ne se développer qu’à la campagne (avec évidemment l’exemple des ZADs, où il est possible de mettre en place un habitat low-tech, auto-construit, et des formes de sociabilité autogérées. A considérer par rapport au bâti urbain et a fortiori métropolitain, très normé et évoluant surtout par coup d’éclat architecturaux commandités et financés par les autorités).

The Glass Hotel, d’Emily Saint John Mandel

Idea for a ghost story.

Second roman d’Emily Saint John Mandel. Pas de pandémie cette fois-ci, mais quelques éléments qui laissent penser qu’on est dans le même univers (Miranda revient dans celui-ci, mais en tant que personnage secondaire d’un des fils narratifs), ou plutôt dans une version différente du même univers (un chapitre prend place dans un 2029 clairement non-postapocalyptique, et le livre revient plusieurs fois sur des questions d’univers parallèles ou d’uchronies, évoquant notamment une uchronie pandémique).

On retrouve le thème du commerce maritime et des conséquences sur celui-ci de la crise de 2008. Plus généralement, le livre se concentre sur une arnaque de Ponzi et ses conséquences sur plusieurs personnes. Il parle aussi du fait de voir les fantômes des gens qu’on a connu, un point qui prend progressivement de plus en plus de place dans l’histoire.

Globalement, j’ai beaucoup aimé, je l’ai lu en moins de 24 heures. La narration passe facilement d’un personnage et d’une époque à l’autre, reconnectant peu à peu tous les fils disparates du début. J’ai aussi aimé les diverses réflexions ou évocations sur des uchronies personnelles (« The Counterlife« ) ou des pays se recouvrant les uns les autres (« the kingdom of money« , « the shadow country« ). Ça évoque un peu du China Miéville, mais ici ce ne sont que des évocations des personnages, pas des mécaniques narratives de l’œuvre (mais on sent que ça travaille l’autrice, je ne serai pas surpris qu’elle écrive un roman de weird fiction avec ces thèmes, dans le futur). Une partie du livre parle aussi des gens qui vivent dans des véhicules aux US, ça m’a fait penser à Nomadland (et je ne serai pas étonné qu’ESJM l’ait lu).

Parlement, de Noé Debré

Série humoristique sur le fonctionnement du Parlement Européen. C’est multilingual et plutôt bien filmé. La première partie est bien, elle réussit à être pédagogique sur l’UE sans être trop didactique et en restant drôle. La série n’hésite pas à taper sur les différents gouvernements et pays-membres de l’UE. Par contre la deuxième partie s’enlise dans les tentatives de séduction du héros sur une de ses collègues, ce qui ne fait une histoire ni très intéressante ni très originale, c’est dommage. Les épisodes 9 et 10 relèvent un peu le niveau, mais la série gâche trop de temps sur cette romance de façon globale.

Mention spéciale au personnage d’Eamon, le fonctionnaire impassible fan de Sénèque, et à celui d’Ingeborg, l’opposante politique impitoyable.

Plaine de la Queyrie (3/3)

Troisième et dernier article sur cette randonnée. Petit déjeuner, démontage du bivouac, promenade dans la plaine (avec beaucoup de marmottes peu farouches), puis redescente vers la voiture par le Pas de la Selle (et rencontre de bouquetins), avant d’aller pique-niquer au lac du Monteynard.

Art contemporain et démontage de tente
La plaine en elle-même
Coléoptère en sa fleur
Marmotte galopant vers son terrier
Bouquetins sur la crête
Bouquetins encore
Rochers