Éropolitique : Écoféminismes, désirs et révolution, de Myriam Bahaffou

Essai féministe français paru en 2025.

Myriam Bahaffou s’intéresse à la question du désir – au-delà du seul désir sexuel, pour englober une notion plus large de plaisir et de sensations, d’expérience plaisante du monde. Le désir est à politiser. Le désir sexuel tel que mis en scène dans notre culture est largement capté par l’hétéropatriarcat qui en valorise une version très spécifique. Si on élargit le désir aux enjeux de sensualité et de sensations plaisantes, les questions de relation à la nature et au monde sensible et donc les questions d’écologie sont des questions d’érotisme. La sensualité est toujours une question matérielle la protection de ce monde matériel et de la diversité de la vie et des expériences qu’il permet de ressentir rejoindre la défense d’une forme de sensualité. Le désir n’est ni transgressif par essence ni irrémédiablement au service du néolibéralisme, mais il est compliqué d’avoir une position dialectique entre ces deux pôles, c’est ce qu’elle veut néanmoins porter dans ce livre.

Les discours politique de gauche n’évoquent plus la question du plaisir – comme ça pu être le cas par le passé – on est passé à une gauche qui veut apparaître comme sérieuse et donc gestionnaire avant tout, une écologie perçue comme punitive. Réussir à retrouver un discours du plaisir et de l’abondance (en sortant de l’abondance uniquement matérielle via la propriété individuelle, pour parler de l’abondance des expériences) permettra de faire que les luttes et les espaces de gauche procurent du plaisir, et donc de sortir d’une vision du militantisme et des objectifs à atteindre comme sacrificiels.

Partie 1 : Jouissance partout, liberté nulle part. Psychopolitique du désir-conquête

Féministes et écologistes sont accusés par la droite de ne pas aimer le plaisir. Mais le souci est que le capitalisme et le patriarcat ont déformé le plaisir : la forme de plaisir que ces deux structures mettent en avant est réservé à quelques uns aux dépens des autres, rendu dangereux pour les femmes et les minorités de genre, limité au plaisir médié par l’accumulation matérielle. Le capitalisme prétend valoriser le plaisir en en faisant la promotion via la publicité et la valorisation de ce que l’argent permettrait d’acquérir, mais en réalité il en limite largement l’accès en privatisant les moyens d’y accéder et en ignorant les externalités des formes de plaisir qu’il met à disposition : le plaisir de quelques uns dépend de sacrifices pour le plus grand nombre (organisation de la raréfaction pour créer artificiellement une valeur).

Myriam Bahaffou théorise que la forme de désir promue par l’hétéropatriarcat et le capitalisme est le désir-conquête. Ce désir-conquête fonctionne par séquences répétées de tension / satisfaction de cette tension. On veut quelque chose, on économise (ou on élabore une approche) pour l’obtenir, on l’obtient puis on s’en lasse et on se fixe sur un autre objet de désir. Le plaisir n’est pas disponible pour tous, il se mérite en échange de sacrifices, d’efforts (et réciproquement, une fois les efforts faits il devient inacceptable de ne pas avoir sa dose de plaisir en échange). La chose réelle n’est jamais aussi bien que la chose fantasmée, donc la séquence est répétée ad nauseam. Au vu de la répétition du même, il est nécessaire de chercher des versions toujours plus intenses ou plus fréquentes pour avoir la même dose de plaisir. Dans la sexualité ça se traduit par les conquêtes à répétition, ou la sexualité (ou consommation de pornographie) qui dérivent vers des variations toujours plus hards.

Le désir conquête hétéropatriarcal ne valorise qu’une seule forme de sexualité et d’érotisme, suivant un script ultra-pauvre, avec deux rôles assignés selon les genres perçus. Le premier actif, violent, conquérant, dans le sexe comme dans le reste de ses interactions avec le monde. Le second rôle passif, dans le care. Le désir y est inféodé à la violence, à réussir à outrepasser des résistances, à être le gagnant de l’interaction. Cette mentalité se retrouve aussi dans l’exploitation des ressources naturelles, des êtres vivants non-humains et des écosystèmes : il ne faut pas collaborer et être mutuellement bénéficiaire, il faut obtenir un profit, aux dépens des autres sujets participants à l’interaction. Dans la même logique, les institutions et personnes impliquées dans les projets de colonisation ont toujours reproché aux colonisé·es une sexualité trop libre et trop débridée, qu’il convenait de réguler : la colonisation est notamment un projet de discipline des désirs.
À l’extrême, le désir-conquête se retrouve dans les meurtres de travailleureuses du sexe trans par leurs clients, par l’alignement derrière un leader fasciste qui promet de retrouver un âge d’or (= un âge où les désirs des gagnants seraient satisfaits) en opprimant des minorités (= conquête).

Attention de ne pas tomber dans une essentialisation de tout désir masculin comme désir prédateur (et par rebond voir toutes les femmes qui aiment les hommes comme des femmes aliénées qu’il faut sauver de leur désirs autodestructeur) : on en vient vite à réinventer la posture réactionnaire qui professe que le sexe/désir (d’une catégorie de personnes) serait mauvais en soi.

Partie 2 : Composter l’égo, multiplier les devenir queers

Le régime hétérosexuel veut figer des identités bien définies et immuables : définitions de ce qu sont les hommes et par opposition les femmes, définition de la famille, définition de la sexualité acceptable. C’est par essence un régime conservateur. À l’opposé, la queerness revendique la fluidité, le changement dans les façon de vivre et d’interagir avec le monde.

Les féministes qui revendiquent la féminité peuvent se voir accusées d’avoir intériorisé les dominations. Mais il faut revendiquer de ne pas voir la féminité comme une essence (être une femme) mais comme une performance (adopter une présentation fem). De toute façon, un corps féminin sera toujours scruté, donc autant se présenter comme on veut et dédramatiser la performance de genre. « Squatter la féminité » et rendre visible l’artificiel de la performance en ne performant pas un genre « propre » : aller vers de l’ultra-féminité trash plutôt que la performance qui reste dans le cadre de ce qui est valorisé par le patriarcat. Surperformer son genre assigné peut être aussi dérangeant et subversif que de performer le genre opposé : il n’y a pas que les butchs et les mecs qui mettent du mascara qui contreviennent à l’ordre hétérosexuel, les femmes qui jouent à la bimbo tout en en ayant conscience aussi.

« L’idée d’un désir « humain », humaniste, civilisé, respectable, a été une manière de vider le désir de sa dimension écologique, organique, et de rendre sale tout ce qui était ramené à la terre, au sexe, à la sensualité, en opposant l’amour pur – l’agapé – comme la plus haute expression de la vie dont les animaux et les animalisé·es étaient exclu·es. »

Sortir d’un désir toujours orienté vers une féminité normée, vers la blanchité, vers un script actif/passif. Valoriser le black love, le T4T comme des pratiques des communautés marginalisées qui se réapproprient le désir envers elleux-mêmes plutôt que de souscrire à la haine de soi et l’envie de ressembler à la bonne meuf hégémonique (dans le même temps, ne pas accepter la fétichisation).

Partie 3 : l’expérience au cœur de l’éropolitique

Faire des expériences, au sens de tester des trucs, voir ce que ça déclenche chez nous, accueillir les sensations et être dans le moment présent. Vivre l’expérience pour elle-même et non pour capitaliser dessus. Tenter des trucs inconnus et prendre des risques (Yes day?). Sortir de sa zone de confort. Myriam Bahaffou s’oppose à la culture du consentement balisée point par point, qu’elle qualifie de « politique sécuritaire du trauma », une réponse de protection par rapport au désir-conquête, mais paralysante. L’autrice voit les politiques de l’intersectionnalité comme une façon de sortir des rôles dominant·e / dominé·e : une même personne peut être d’un côté ou de l’autre de ces rôles durant les différentes interactions qu’elle vit, ce qui est une grille de lecture qui aide davantage à progresser et à la réflexivité que l’assignation à un rôle figé de bourreau ou victime. Caveat sur la culture du consentement : pointer ses limites ne doit pas conduire à filer à des free pass à des connards qui agressent : si on a ce cadre en place c’est déjà un progrès par rapport au régime strictement hétéropatriarcal. Ce cadre doit être discuté mais uniquement avec des personnes de bonne foi.

L’usage de la psychologie féministe (à base « d’attachement anxieux » et de « freeze/fight/flee/fawn ») est conçu selon l’autrice par les milieux blancs et bourgeois coupés de leurs émotions, qui ont besoin de les surintellectualiser pour les reconnaître. Il est peu pertinent d’appliquer cette grille de lecture aux minorités sociales et raciales, et de leur demander de s’y conformer, de ne pas faire trop de bruit, et de se renseigner seul dans leur coin sur ces enjeux sous peine d’être excommuniés de la commu. La politique sécuritaire du trauma vise à tout sécuriser et à baliser à l’avance les interactions pour éviter de réactiver les traumas chez celles et ceux qui en ont été victimes. Ça part d’une bonne intention, mais au risque d’empêcher la survenue d’expériences au nom d’une sécurisation par anticipation et d’accepter n’importe quelle réaction de la part des personnes labellisées comme traumatisées (free pass pour faire de la merde à leur tour)

L’autrice énonce ensuite différentes expériences qu’elle a vécu et ce que ça lui inspire, j’ai pris des notes à des degrés inégaux sur les 4 : BDSM, psychédéliques, jeûne, twerk.

Pratique du BDSM : pour Myriam Bahaffou, pas d’intérêt à cette pratique si elle est totalement encadrée à l’avance, c’est une expérience qui doit pousser à dépasser des limites, à expérimenter avec un·e partenaire dans la/lequelle on a confiance, et qui sera capable d’improviser les évolutions de la séance. Accueillir la douleur comme une expérience (côté sub), ne pas juste « jouer à dominer » sans aller trop loin côté dom. Il y a un côté excitant / pervers / empouvoirant à jouer avec des rapports de pouvoir réels et de jouer avec des fantasmes pas forcément idéologiquement clean. Le BDSM qu’elle pratique n’est pas à visée thérapeutique / déconstructrice non plus, c’est une expérience qui vaut pour elle-même, sans externalité.

Consommation de psychédéliques : permet de dissoudre l’égo, de se connecter au monde d’une autre façon et de perdre le contrôle, trois actions qui semblent nécessaires à Myriam Bahaffou pour pratiquer une éropolitique. Il n’est pas possible de diriger un trip, c’est une expérience en soi. Après, faire des trips ne constitue pas une politique (et Myriam Bahaffou met en garde contre la récupération néolibérale de ce genre d’expérience, avec les retraites psy, le microdosing pour libérer sa créativité dans le cadre du taff), mais permet de requestionner ses présupposés, et de tenter de réimporter ce décentrage dans le reste de sa vie et de son action politique.

Le jeûne comme un autre état de conscience modifié : là aussi jouer avec des limites, changer son rapport à l’alimentation, à son corps, à sa productivité. Jeûner modifie le fonctionnement du métabolisme, et permet de manger en pleine conscience plutôt que mécaniquement.

En conclusion, grosse recommandation, le livre est largement discuté dans une série d’entretien avec l’autrice dans le podcast Renverser la table :

Amour Apocalyse, d’Anne Émond

Film québécois paru en 2025. Au milieu de la catastrophe climatique, Adam essaie de garder une vie normale malgré son écoanxiété galopante. Il gère un chenil, se fait draguer par son employée de 20 ans de moins que lui. Puis un jour il achète une lampe de luminothérapie. La lampe elle même ne va pas beaucoup l’aider, mais il tombe sur Tina, une femme qui vit en Ontario en appelant le SAV. Quand une tempête touche les bureaux du SAV, il décide d’aller la chercher. Les deux vont commencer une espèce de pas de deux, pas vraiment une romance, pas totalement une amitié non plus.

C’était sympa, les personnages sont attachants – particulièrement Adam à l’écoanxiété duquel on s’identifie facilement. La relation entre les deux personnages principaux, même si elle se met en place très vite, semble crédible.

Ready or not, de Tyler Gillett et Matt Bettinelli-Olpin

Film étatsunien de 2019. La nuit de son mariage, Sam est invitée par sa belle-famille à choisir au hasard un jeu auquel jouer avec eux. Elle fait le mauvais choix : cache-cache, mais une version où les protagonistes sont armés et sa belle-famille a jusqu’à l’aube pour la trouver et la sacrifier à Satan.

Le scénario est classique : la confrontation à la belle famille qui se retrouve être un groupe soudé et hostile, la traque dans un manoir. Mais le film utilise bien ces ingrédients de base, notamment avec des personnages archétypaux dans la belle famille mais qui incarnent bien leurs différents rôles. Et évidemment la performance de l’actrice principale en final girl est très réussie, la vibe « mariée en basket » fonctionne bien, sa badassification progressive au cours du film aussi. La variabilité des armes, qu’elles soient de différentes époques ou improvisées permet aussi de renouveler les situations et interactions. Mention spéciale à l’appel en visio depuis la voiture.

Recommandé si vous aimez les thrillers humoristiques et le cache-cache.

Good One, d’India Donaldson

Film étatsunien paru en 2024. Sam, une jeune adulte part en randonnée avec son père cinquantenaire et le meilleur ami de celui-ci. Le fils de l’ami devait venir aussi mais finalement se désiste au dernier moment. Sam est donc coincée entre les deux cinquantenaires. Son père a l’habitude de faire de la rando mais l’autre pas du tout, et surtout la dynamique entre les deux mecs est principalement une dynamique d’agacement mutuel, ils ont des caractères assez différents et on ne comprend pas trop pourquoi ils sont amis à part pour pouvoir bitcher ensemble sur leurs familles respectives. Le père de Sam est compétent en rando mais c’est quand même Sam qui s’occupe de faire le repas, la vaisselle…

C’est assez lowkey et petit budget, mais c’était intéressant à regarder. De beaux paysages de randonnée (mais surtout de la forêt, ça manque de montagnes), une forme de coming-of-age assez douloureuse (Sam se rend compte que son père est assez nul, et son ami encore plus, sans que ce soit violent et que ça nécessite des TW, juste les deux mecs ne gèrent clairement pas leurs rôles d’adultes).

Hi-five, de Kang Hyeong-cheol

Misfits en Corée.

Film coréen de super-héros paru en 2025. Six personnes reçoivent une greffe d’organes depuis un donneur qui s’est suicidé. Quelques jours après la greffe, des super-pouvoirs commencent à se manifester chez les greffés. Ils vont chercher à se retrouver les uns les autres, certains pour discuter de leur nouvelle condition, certains pour tenter de s’approprier tous les pouvoirs.

C’était chouette, bon film de losers super-héros, les combats sont réussis, très bonne scène de course-poursuite notamment. Le super méchant est assez réussi, le fait d’en faire un leader de secte permet d’avoir de supers décors pour le combat final.

Recommandé.

Carrion, du studio Phobia Game

Jeu vidéo paru en 2020. On incarne une créature mystérieuse et informe, emprisonnée dans un laboratoire scientifique. Au début du jeu on brise notre cage, et on va pouvoir se déplacer dans le laboratoire pour tuer tous les humains sur notre chemin et retrouver la liberté. Au passage on va trouver d’autres conteneurs contenant des parties de nous-mêmes qui vont nous permettre de débloquer de nouvelles capacités.

C’est un plateformeur assez facile puisque notre créature et largement plus puissante que ces faibles humains, même équipés d’armes à feu. La façon dont la créature est animée est très réussie, avec des tentacules et des filaments qui s’accrochent un peu partout autour de nous, nous permettant de nous mouvoir en trois dimensions. Quelques mini-boss sous la forme de méchas pilotés par des humains.

Recommandé, would play a seething and bloodthirsty mass of writhing tentacles again.

The Bear, de Christopher Storer

Série télévisée dont la première saison est parue en 2022, 5 saisons en tout, les deux premières très très bonnes, la troisième simplement bonne. Sans trop en révéler, on suit les vies des personnes travaillant dans le restaurant The Original Beef of Chicagoland. C’est de la restauration rapide, mais le propriétaire-gérant a changé récemment, et vient du monde de la gastronomie, ce qui ne va pas aller sans un certain clash des cultures.

J’ai pendant longtemps fait l’impasse sur cette série, parce que je pensais que c’était une série qui parlait de bouffe, que ça m’évoquait essentiellement de la téléréalité comme Top Chef, et que c’est vraiment pas quelque chose qui m’intéresse (j’aime beaucoup la nourriture, mais ma relation à la nourriture implique de la manger, pas de la regarder à travers un écran). Laissez-moi donc dissiper ce malentendu si vous êtes dans le même cas de figure : ce n’est pas une série qui parle de bouffe. C’est une série qui parle de relations familiales, professionnelles et familialo-professionnelles. C’est une série qui parle de trauma, de vouloir exceller à quelque chose et des sacrifices que ça peut amener à faire. Ça parle de travailler dans un restaurant (duh), avec tout ce que ça implique de tâches qui ne sont pas juste de préparer de la nourriture, de la difficulté d’avoir un restaurant qui tient la route financièrement. Voilà pour les thèmes.

Pour la forme, c’est une série qui prend le temps de caractériser ses personnages et leurs relations. C’est aussi une série qui filme les personnages de très près (passion grain de la peau) et qui montre des personnages épuisés. C’est aussi une lettre d’amour à Chicago, avec une quantité de plans de coupe sur la ville incroyable (et comme tout se passe à Chicago, c’est pas pour situer l’action, c’est juste pour crier « Chicago »). C’est aussi une série avec une super bande-son (à forte composante rock des années 90), très très bien employée pour souligner la tension.

Si certains points de l’intrigue m’ont semblé un peu forcés/trop rapides (le plot-twist de la fin de la saison 1, le changement de posture de Richie après l’épisode Forks), globalement c’est quand même très bien écrit, avec des saisons 1 et 2 qui savent totalement où elles vont en termes d’arcs narratifs. Les épisodes Review et The Bear notamment sont très très réussis et la façon dont ils se répondent, ce qui a évolué ou non entre les deux est très bien exposé. En épisodes davantage one-shot, Fishes (qui sort du cadre du restaurant pour faire un flash-back sur un repas de Noël) et Forks (sur le passage de Richie dans un restaurant gastronomique) sont très réussis aussi. Le fait d’avoir toute une saison où le restaurant est en travaux est aussi assez magistral. La saison 3 perd la compacité d’écriture des deux premières, mais elle prend le temps de creuser les personnages.

Les persos sont tous très bien écrits, avec évidemment le trio de tête Carmy/Sidney/Richie et l’ambiguïté qu’ils ont tous les trois en tant que persos qu’on peut à la fois adorer ou détester – un peu moins Sidney qui est moins flawed que les deux autres, mais aussi les persos secondaires : Marcus, Tina, Ibraheim sont des personnages crédibles, même avec peu de temps d’écran, et dans la famille étendue Berzatto, tous les personnages sont très réussis, que ce soit les tragiques comme Donna ou Mikey ou les comiques comme la famille Fak ou l’oncle Jimmy.

EDIT 2025 : 4e saison

C’est chouette de retrouver ces personnages, mais la série n’a plus trop l’air de savoir où elle va. On a du lore en plus sur le passé de certains perso, c’est cool de voir Carmy évoluer un peu émotionnellement, mais globalement il ne se passe pas grand chose. Le subplot avec Ibraheim est je pense le plus intéressant en termes de développement de l’histoire, mais il est à peine esquissé dans cette saison. Pas très convaincu par le côté huis clos de l’épisode final, je trouve que ça ne marche pas comme façon d’exposer et résoudre le problème. Bref, un peu déçu, je pense qu’il faut une conclusion propre à cette série.

EDIT 2026 : 5e (et dernière) saison

Eh bien justement, dernière saison impeccable. Elle est découpée en 7+1 épisodes, les 7 premiers se déroulent sur une seule journée – du début de la journée à la fin du service, qui suit immédiatement le final de la saison précédente. Le dernier épisode est un coda. Pas de nouveaux personnages introduits (sauf un, relativement mineur et dont on ne saura pas grand chose, Cheese). On voit comment les relations entre les personnages connus ont évolué, là où ils en sont désormais. Toute l’exposition a été faite dans les saisons précédentes (notablement, beaucoup moins de plans de coupe sur Chicago pour laisser de la place à l’histoire), il ne reste plus qu’à dérouler les interactions entre les personnages. On voit la place qu’a pris Syd, l’héroïne secrète de la série depuis le début, ce que Carmy a réussi à lui transmettre et surtout ce qu’elle a réussi à construire en opposition au fonctionnement de Carmy. Comme toujours les épisodes qui se concentrent sur le coup de feu sont particulièrement réussi, ici Foccacia et Caramel. L’habillage musical de la série évolue aussi, pas de rock des années 90’s, on est sur une bande son instrumentale composée pour la saison. L’évolution des relations est notamment marquée par l’absence de New Noise comme chanson qui accompagne le coup de feu.

On est triste de laisser derrière soi les personnages, mais le final est réussi, on a vu leur évolution, l’arrêt de la série se fait à un moment logique (elle couvre toute la durée où Carm aura travaillé au restaurant). Grosse, grosse recommandation, vraiment une de mes séries préférées.

Jim Queen, de Marco Nguyen et Nicolas Athané

Film d’animation français paru en 2026. Lucien est un twink encore dans le placard, qui se consume de désir pour Jim Parfait, un influenceur et gym queen. Il décide de braver le couvre feu de sa mère (et accessoirement ministre de la Santé) pour aller à la BoyzNight, une grosse soirée gay. Il va rencontrer son idole et découvrir les subtilités de la communauté gay et de ses différentes factions. Mais le voyage initiatique de Lucien va être percuté par le démarrage d’une épidémie qui frappe la communauté gay : l’hétérose, une maladie qui transforme lentement mais sûrement les gays en hétéros, compréhension des règles du football incluse. Jim s’avère être contaminé. Déterminer à tout faire pour ne pas perdre son corps de rêve, il embarque Lucien avec lui pour retrouver la piste d’un mystérieux médecin qui détiendrait un vaccin à l’épidémie.

Grosse recommandation ! Le film est très coloré, bourré de références – aussi bien des trucs très grand public que des trucs plus niches de la commu, aussi bien des clins d’œil rigolo que des parallèles avec l’épidémie du sida, sa non-gestion par les autorités sanitaires et la toxicité qui peut régner dans les communautés. On voit venir de loin pas mal de point du scénario qui fait dans le hero’s journey classique, mais le point du film c’est pas l’originalité de la trame mais l’application de cette trame à ce sujet.
Excellente bande de son, superbe animation, recommandé si vous aimez les comédies musicales explicites et les orgasmes prostatiques qui mènent à l’illumination.

The Man who killed Hitler and then the Bigfoot, de Robert D. Krzykowski

Film étatsunien de 2019. Calvin Barr est un vétéran de l’armée étatsunienne, qui vit seul avec ses souvenirs, entre le bar, son chien et des échanges très sporadiques avec son frère. Dans ses souvenirs, Calvin se rappelle de la mission top secrète qu’il a mené durant la guerre, un assassinat ciblé visant Hitler qui lui semble bien vide de sens, puisqu’elle n’a rien changé au cours de la guerre. Le gouvernement États-Unis le recontacte pour – comme toujours – une dernière mission. Dans les forêts canadiennes, un bigfoot a été repéré et porteur d’une maladie qui pourrait se transmettre aux humains, une forme de peste ultra contagieuse. Calvin y est par chance immunisé. Les gouvernements étatsunien et canadien lui demande donc de se rendre dans le périmètre de sécurité et d’y tuer le bigfoot, faute de quoi ils largement une bombe atomique sur la zone pour ne prendre aucun risque.

Bon, je raconte un peu tout le scénario ici, mais le film ne vaut pas tant pour son scénario que pour sa mise en scène, avec de tout petits budgets, des exploits de Calvin à différentes périodes de sa vie, et l’intensité de l’acteur principal en vieil homme déçu par la vie mais avec une super moustache qui parle à son chien et traine dans les bars avant de défoncer les punks qui veulent lui voler sa voiture ou d’aller crapahuter dans les forêts canadiennes.

TR-49, du studio Inkle

jeu vidéo paru en 2026, par le même studio qu’Expelled! et Heaven’s Vault. Tout le jeu se passe en face d’une machine dérivée d’Enigma. Créée pour trouver des corrélations, ses créateurs l’ont nourrie de dizaines de textes, entré littéralement en détruisant des livres pour introduire page après page dans la machine. Chaque texte est muni d’un code de référence, la machine fonctionnant comme une archive (of its creators’ own). Il va falloir naviguer a l’aide de ces codes de référence, le seul input qu’on peut donner a la machine, en comprenant leurs conventions de création, pour réussir à dénicher de plus en plus de documents. Mais on ne voit jamais les documents eux même : juste le paratexte saisi lors de leur entrée dans la machine, ou ajouté a posteriori par les différents utilisateurs de la machine. Le principe est tout bête et fait très Immortality (mais avec des textes a la place des rushs), mais fonctionne très bien. Il y a par contre une espèce de concept métaphysique rajouté au milieu de l’histoire pour rajouter de l’enjeu, que je trouve assez peu convaincant et mal amené. Je pense qu’avec ce qui était posé comme idée sur la machine, il y avait moyen de faire quelque chose de plus trippant, à base de faussaire de livres (puisque la machine peut visiblement inférer des œuvres si on lui donne suffisamment de contexte), de plagiat par anticipation et d’enquête pour recréer les œuvres perdues de Judith Shakespeare.

Recommandé si vous aimez farfouiller dans des archives.