Article invité : The Years, de Virginia Woolf

This one has been a long time coming! The Years m’a donné du fil à retordre, interrompu par la fatigue de la fin d’année, l’été, l’envie de lire des romans un peu plus simples… Finalement, comme les précédents, toute la difficulté s’envole dans les derniers chapitres que j’ai lus d’un coup, emportée par les tourbillons de l’écriture de Woolf.

‘A deep murmur sang in her ears—the land itself, singing to itself, a chorus, alone. She lay there listening. She was happy, completely. Time had ceased.’

C’est le dernier roman paru du vivant de Woolf, intrinsèquement lié à l’essai Three Guineas ; l’idée initiale était d’écrire un essai-fiction, une œuvre qui croiserait les genres en illustrant par la fiction les propos de l’essai. Finalement Woolf sépare ses deux idées, et publie en 1937 cette fresque familiale qui raconte l’histoire des Pargiters entre 1880 et 1937. Chaque chapitre se situe dans une nouvelle année, avec des ellipses plus ou moins étendues, et on suit toute une fratrie et leurs cousins. Le roman explore des instants de vie, des petits moments dont certains auront des résonances tout au long de la vie des protagonistes, plutôt que les moments extraordinaires : on ne voit rien du mariage de Kitty, de l’expérience de North à la guerre ou de Martin en Inde, rien non plus des voyages d’Eleanor. En revanche, on est témoins du mini crush de Kitty pour ce garçon auquel elle repensera toute sa vie, car il représente ce qu’elle aurait finalement souhaité : une vie loin des mondanités et de la ville, plus proche de la nature, où elle se sentirait plus à sa place. On ne voit pas Rose dans ses combats féministes, décrits en creux par ses frères et sœurs, ni son passage en prison, mais on assiste à l’agression dont elle est victime enfant lorsqu’un homme s’exhibe devant elle alors qu’elle s’est faufilée hors de la maison un soir. En fait, Woolf nous raconte très peu des moments les plus durs qu’ils et elles vivent, même si on peut lire certaines choses entre les lignes (je me suis demandé si Rose avait fait une tentative de suicide par exemple, sans que la réponse m’apparaisse clairement), à l’exception peut-être de la mort et de l’enterrement de leur mère, au début du roman. Mais même cette scène est vue par le prisme de Delia, une des filles, qui peine à ressentir une véritable émotion après les années de maladie de sa mère, dont elle a finalement déjà partiellement fait le deuil.

‘I wish I hadn’t quarrelled so much with my mother, she thought, overcome with a sudden sense of the passage of time and its tragedy. Then the music changed.’

The Years s’intéresse à la construction de l’être, à la vieillesse, à la place de ses personnages dans la société (notamment des femmes, et c’est là qu’on lit le lien avec Three Guineas). Après la lecture d’Orlando, de The Waves et de To the Lighthouse, il apparaît presque comme une synthèse : on retrouve Londres et ses scènes de société, la longue fresque du temps qui passe, de l’enfance à la vieillesse, et les réflexions sur ce que nos choix de vie disent de nous mais aussi sur comment ils nous contraignent. Si Woolf va moins loin sur certains thèmes (la mort et le deuil, notamment), c’est sur le thème de l’évolution vers la vieillesse que ce roman m’a marquée. Eleanor, l’aînée de la fratrie, jamais mariée, dévouée à s’occuper de son père, aurait pu vivre une vie empreinte de regret ; pourtant, si autour de 45 ans elle exprime une certaine mélancolie face à la vie familiale de son frère Morris, elle s’épanouit dans ses activités philanthropiques puis dans une frénésie de voyages et d’aventures sur toute la deuxième partie de sa vie, lorsqu’elle est libérée de ses devoirs familiaux et du poids de la société. Elle accepte sa vie et s’accepte elle-même dans une évolution intérieure touchante et, fait rare chez Woolf, empreinte d’espoir (mais pas tout à fait exempte de nostalgie pour autant).

‘There must be another life, here and now, she repeated. This is too short, too broken. We know nothing, even about ourselves.’

Côté commentaire social, Woolf distille plein de petits éléments. Lorsque Kitty va à l’opéra, richement habillée, elle songe au rôle des vêtements dans le positionnement social, sur le fait de se sentir ou non à sa place dans un cadre ou un autre (thématique déjà abordée dans Orlando). Cette scène était d’ailleurs particulièrement juste, décrivant cette longue soirée où l’esprit vagabonde, la musique nous fait replonger dans les souvenirs et l’introspection. Kitty, toujours, alors qu’elle se fait l’hôtesse d’un dîner de la haute société, se sait à sa place par la position que lui confère son mariage, mais se sent en léger décalage, consciente de son ignorance lorsqu’elle ne réalise pas que telle phrase est en fait une citation, et répond naïvement. Elle trouve les préoccupation de ses invitées futiles, mais admire néanmoins leur courage et leur talent social. Enfin, on observe un brin de la société changeante à travers le personnage de Crosby, domestique de la famille Pargiter jusqu’à la vente de la maison familiale : cette vieille femme qui exprime ses émotions avec bien plus de sincérité et de facilité que les enfants de la famille (bourgeoise, de toute évidence), fait honte à Eleanor lorsqu’elle réalise qu’elle a vécu pendant 40 ans dans ce petit sous-sol sombre.

‘We’re all afraid of each other, he thought; afraid of what? Of criticism; of laughter; of people who think differently… ‘

The Years nous fait parfois osciller entre la peur de la solitude et l’inconfort de l’interaction humaine : beaucoup de personnages peuvent sembler seuls (tels Sara, la cousine handicapée et neuroatypique, qui vit dans une certaine pauvreté, ou Martin, éternel bachelor sans grands attachements sociaux), et pourtant leurs rencontres sont teintées d’une certaine gêne et d’une difficulté à se parler. Pourtant, au fil des 55 ans que dure le roman, on comprend qu’une véritable affection les lie. Sara représente d’ailleurs une sorte de sortie de la norme, à qui il est parfois plus facile de parler car elle-même dit plus spontanément ce qu’elle a sur le cœur. Plusieurs personnages, dont North, l’un des représentants de la génération suivante, tissent avec elle une relation forte (peut-être car il a moins peur d’elle que d’autres)… Mais, comme il le réalise dans le dernier chapitre, on a tous peur des autres. Cette longue dernière scène de la fête est magistrale : tous nos personnages sont réunis, et Virginia Woolf nous entraîne dans le flot de plus en plus fluide de leur intériorité. Leur inconfort et leur grande familiarité se mêlent d’une façon qui dessine parfaitement les grandes réunions familiales : on se connaît, on se chamaille, et on se sent pourtant par moments terriblement seuls. Après une longue soirée (et nuit) de festivités, de danse et de discussions interrompues et mélangées, les sentiments sont bien plus à nu et on sent une espèce d’euphorie mêlée de mélancolie face à ce temps passé ensemble. En tout cas, c’est comme ça que je l’ai ressenti : car les émotions que Woolf fait naître sur le papier ne sont sans doute pas exactement les miennes, et pourtant j’ai si souvent l’impression de m’y reconnaître avec une justesse frappante…

‘Millions of things came back to her. Atoms danced apart and massed themselves. But how did they compose what people called a life?’

Niveau style, le roman est moins poétique et évocateur que The Waves, plus simple aussi que To the Lighthouse, mais je crois qu’il n’a rien à leur envier en terme de contenu (et, évidemment, la prose reste magnifique). Tout ceci me donne d’ailleurs envie de le relire, pour mieux y déceler tout ce que Woolf glisse entre les lignes.

Juste une illusion, d’Olivier Nakache et Éric Toledano

Film français paru en 2026. En 1985, Vincent a 13 ans. Il prépare sa barmitsva, traîne avec ses copains dans un vidéoclub, et tombe amoureux de sa camarade de classe avec qui il doit préparer un exposé. En parallèle, son père cache à ses enfants qu’il a perdu son emploi, sa mère passe une certification à l’utilisation de l’informatique et son frère revend des bootlegs de concerts de new wave.

C’était assez réussi. Il y a évidemment tout le côté « on replonge dans la France des années 80 » qui est assez réussi (mais qui devient la tarte à la crème de pas mal d’œuvres ces temps-ci), avec un léger point sur le fait qu’on est sur une famille (inspirée de celle des réalisateurs) de juifs séfarades qui viennent du Maroc et de l’Algérie (mais bon ça reste un peu en arrière plan, c’est pas un film ni sur la judéité ni sur l’immigration, tout le monde a un white passing). Les personnages sont tous bien réussis : le père notamment qui est à la fois touchant dans ses angoisses du chômage et son rapport à ses enfants et qui est un sacré idiot sexiste qui n’en fout pas une à la maison, le grand frère qui d’abord est en opposition frontale avec le héros avant de prendre plus une posture de mentor, le love interest qui veut faire chier les parents. Film très masculin par contre, vu que les deux seules femmes sont la mère et le love interest (en même temps, film sur un gamin de 13 ans dans les années 80, pas surprenant).

Très bonne bande son avec pas mal de morceaux « marqueurs de l’époques », complémentés de morceaux au piano de Gogo Penguin qui eux sont des années 2020.

Recommandé.

Decorado, de Alberto Vázquez

Film d’animation espagnol paru en 2025. Albert, une souris anthropomorphe, a l’impression que sa vie est une fiction, et que ses voisins l’observe. Refusant de prendre les pilules fabriquées par l’entreprise qui contrôle tout dans sa ville, il passe son temps à explorer les bois alentours, persuadé qu’un chemin permet d’en sortir et d’atteindre un dehors hypothétique…

C’était assez perché par certains points (random démon qui joue de la lyre dans les bois, la fée de la dépression, le suivi des déchets dans les égouts…), mais pas assez sur d’autres (largement pas assez de méta pour une œuvre sur le thème « est-ce que je vis dans le monde réel ou une mise en scène ») j’ai trouvé. Notamment une jolie DA (très belles couleurs notamment), quelques moments de glitchs, mais qui restent très éphémères plutôt que de changer vraiment le dessin qui reste tout le temps très classique. Il y a des moments où ça semble pas très bien « joué » (difficile à dire pour de l’animation), mais ça vient avec le propos « j’ai l’impression que ma vie est une fiction ». Pour aller plus à fond sur le sujet, j’irai plutôt sur des œuvres de Kaufmann (Synecdoche, New York notamment), sur Les Murailles de Samaris dans les Cités Obscures, ou sur le Truman Show.

Urbex Toulouse

Petite exploration sur un samedi, un bâtiment abandonné pas loin de Toulouse. On n’a pas trouvé de façon d’entrer dans le bâtiment lui-même, mais le parc à l’abandon était sympa et on a pu voir une dépendance. Jolie architecture de la façade, aussi.

Vue d’ensemble du bâtiment
Lampadaire dans le parc
Statue de lion
Serre
Serre
Détail dans la serre
Serre envahie de plantes
Statue dans le parc
Façade
Garonne à sec

Berceuse, de Chuck Palahniuk

Roman étatsunien paru en 2002. Au cours de la rédaction d’un article sur la mort subite du nourrisson, Carl Streator découvre un point commun entre plusieurs morts subite : les parents ont tous lu la veille la même comptine issu d’un obscur recueil de chansons. Convaincu que la chanson est un sortilège, il se met en tête de détruire les exemplaires du livre la contenant, d’une part pour éviter d’autres morts et surtout pour éviter qu’elle ne devienne une arme. Seul problème : la chanson lui est resté dans la tête, et les morts s’accumulent involontairement autour de lui…

J’ai bien aimé ! J’avais récupéré le livre au pif dans une boîte à livres et bonne surprise. L’intrigue entremêle la ligne temporelle principale et quelques passages où le narrateur raconte ce qu’il fait pendant qu’il rédige le gros de l’histoire, après sa conclusion donc. Le livre joue pas mal sur la répétition de certains passages, de certaines façon de décrire des couleurs, mais c’est resté en dessous du seuils où ça aurait été un gimmick agaçant. Les personnages d’Helen et de Carl sont bien réussis, Mona et Oyster sont trop caricaturaux par contre. Ca aurait mérité un peu plus de magie façon hedge witches avec juste un sort précieusement gardé, là il n’y a que deux occurrences de magie qui existent (les hantises et la chanson d’attrition), découvertes par un tout petit nb de personnes, ça aurait mérité quelques occurrences de plus.

Randonnée au départ de Gourette : dernier jour (5)

Départ de la Hourquette d’Arre pour une journée tout en descente. D’abord vers un promontoire qui nous donne une belle vue sur les lac d’Uzious et du Lavedan, pour qu’on voit sous le soleil ce qu’on avait raté dans la brume du premier jour. Puis on oblique vers le lac d’Anglas où l’on fait une pause repas et baignade, avant de descendre vers Gourette. On rattrape la fourche où on avait obliqué le premier jour, on sauve deux randonneureuses qu’un troupeau de vaches ne voulait pas laisser passer, on se fait aboyer dessus avec intensité par un chien de berger (mais pas un patou heureusement), puis on se retrouve finalement à Gourette et dans la civilisation. On écoute Une belle histoire à fond dans la voiture qui redescend vers la plaine, en regardant le thermomètre lentement remonter.

Les montagnes au matin
Rapace au dessus du lac d’Uzious
Lac d’Uzious depuis le promontoire
Lac d’Anglas et vue sur la vallée menant à Gourette

Randonnée au départ de Gourette : jour 4

Descente tout au fond de la vallée du Soussouéou puis remontée par la vallée de la Quèbe, pour récupérer le GR 10 qu’on suivra jusqu’à Gourette. Bonne montée dans cette vallée secondaire, une baignade dans le ruisseau en haut pour se récompenser, avant d’attaquer la grosse montée vers la Hourquette d’Arre. En se retournant dans la montée, belle vue sur le pic du Midi d’Ossau qui se dévoile peu à peu. Nuit dans la cabane de la Hourquette juste après la montée.

Le Soussouéou
Le fond de la vallée, proche des départs de télésièges
Le fond de la vallée, proche des départs de télésièges
En remontant la Quèbe
Depuis la Hourquette d’Arre

Randonnée au départ de Gourette : jour 3

Troisième jour et enfin du beau temps ! On longe le lac de Migouélou avant de monter au col d’Artouste. De là haut, belle vue sur la ligne du petit train d’Artouste de l’autre côté de la vallée, qu’on compte atteindre puis suivre. Mais d’abord, descente aux lacs de Carnau, puis encore plus bas au lac d’Artouste. Barrage impressionnant sur ce dernier, puis dernière petite descente jusqu’au départ du train. Mais là surprise : le joli tracé de GR le long de la voie ferrée sur la carte représente en fait la voie elle-même, il n’y a pas du tout de chemin qui longe. On se rabat en bougonnant sur la vallée du Soussouéou en contrebas de la ligne, ce qui s’avère être une excellente idée : pendant une journée on ne verra personne et on sera seuls dans une vallée paradisiaque avec des framboisiers, des myrtilles et des cascades. On plante la tente dans la vallée encore assez tôt pour profiter d’une longue soirée chill.

Le lac du Migouélou au lever de soleil
Le barrage au lever de soleil
Le lac au départ de la montée vers le col
Depuis le col
Marmotte au dessus du col
Lacs de Carnau et ligne du train d’Artouste depuis le col de l’Hospitalet
Vers le lac d’Artouste
La vallée du Soussouéou

Randonnée au départ de Gourette : jour 2

Jour 2, on repart toujours sous les nuages, qui ne se lèveront qu’en fin de journée. Comme c’est notre deuxième journée de grosse montée, c’est là aussi bienvenue, même si je râle un peu sur les occasions de photos manquées. On descend dans une première vallée, prend un chemin qui longe une ligne de crête au milieu de la forêt pour éviter de trop redescendre, remontons le long d’un ruisseau jusqu’à passer une épaule et débarquer sur les rives du lac de Pouey Laun. Puis montée depuis le lac jusqu’au col d’Hospitalet et redescente (toujours dans la brume) sur le Migouélou. Les nuages se lèveront le soir pour nous offrir un beau coucher de soleil. On prend notre repas du soir au refuge, le seul jour de la randonnée où on n’était pas en autonomie.

Au départ le second jour
Trappe mystérieuse dans la forêt
Salamandre
Lac de Pouey Laun
Barrage du Migouélou

Randonnée au départ de Gourette : jour 1

5 jours de randonnée à 3 fin juillet, au départ de Gourette, en passant par les lac d’Uzious, de Pouey Laun, de Miguelou, le col puis le lac d’Artouste, la vallée du Soussouéou, le ruisseau de la Quèbe et la hourquette d’Arre avant de redescendre sur Gourette.

Premier jour, arrivée à Gourette, dont l’architecture est par endroit moche même pour une station de ski. Heureusement on quitte vite la station pour commencer à monter, sous un plafond nuageux puis rapidement dans un brouillard qui nous coupe du soleil. Après les mois de canicule toulousains, c’est assez bienvenu de faire notre première journée, avec 1000m de d+, plutôt à la fraîche. C’est par contre évidemment au détriment de la visibilité sur les paysages, on repère notamment la cascade d’Uzious essentiellement à l’oreille.

Au départ de la rando
Vestiges d’occupation humaine
Gros caillou
Une trouée dans le brouillard
Vue depuis le site de bivouac

On plante la tente un peu après une redescente depuis le lac du lavedan, pas loin d’une cabane de berger. On doit éloigner un troupeau de vache trop curieuses avant de pouvoir prendre notre repas du soir.