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Life of Chuck de Mike Flanagan

Film étatsunien de 2024. En trois actes présentés antéchronologiquement, on suit la vie de Charles Krantz, comptable étatsunien. L’idée est de montrer « l’extraordinaire dans une vie ordinaire », mais je n’ai pas été très convaincu par le film personnellement. La structure antéchronologique n’apporte pas grand chose à part créer de la tension artificielle dans le premier acte parce qu’on ne comprend pas ce qui se passe (mais ce sera expliqué avec forces détails ensuite, parce que le film prend beaucoup le spectateur par la main). On voit donc trois moments : sa mort, une journée où Chuck sort de sa routine et se met à danser dans la rue, et le moment de sa jeunesse où il a appris à danser. Je trouve que ça résume très mal une vie, on voit des moments qui sont par définition extra-ordinaires, et on a très peu accès à sa vie intérieure. Je trouve par ailleurs que c’est une version très lisse d’une « vie ordinaire » : pas de conflictualité, les moments que l’on voit sont baignés dans une jolie lumière, ça fait très artificiel, au point que je me suis demandé si la partie 2 était aussi une sorte d’hallucination lors du visionnage. En fait c’est une forme de survol d’une vie, on voit les choses de très très loin : on n’a aucune idée de la relation de Chuck à sa femme et à son fils, de comment il a vécu son travail ou l’annonce de sa maladie. À la limite c’est presque la version Instagrammable d’une vie : on voit les moments avec des chorégraphies des points clés facilement résumables et finalement le slide show de bilan quand reprend tous les éléments pour voir son monde intérieur.

Bon par ailleurs il y a des points que j’aime bien : voir Tom Hiddleston c’est toujours sympa, les histoires de petits gamins chétifs qui se transcendent en dansant c’est chouette aussi.

Backrooms, de Kane Parsons

Film étatsunien de 2026. Clark gère un magasin de meubles dans une banlieue indéterminée d’une ville étatsunienne, dans les années 90. Un jour, il découvre qu’il peut passer à travers un des murs du magasin et se retrouve dans une enfilade infinie de pièces éclairées aux néons, les backrooms de la réalité. Les backrooms imitent des lieux réels, mais imparfaitement. Et Clark se rend rapidement compte que quelque chose erre dans les backrooms…

J’ai bien aimé ! C’est adapté d’un creepypasta internet, la transformation en film est réussie. La mystérieuse organisation qui étudie les backrooms, la révélation de la nature du monstre qui hante le lieu, l’esthétique generale du lieu, tous les détails sont assez réussis. Il y a une petite métaphore de l’IA avec le côté « copie imparfaite de la réalité ». Le fait que la partie « dans la réalité » du film se déroule majoritairement dans un magasin de meubles, qui est déjà un espace liminaire, est très bien trouvé : le magasin est déjà une version dégénérée d’un vrai logement, le passage dans les backrooms ne fait qu’accentuer ce premier glissement.

Recommandé.

Ready or not, de Tyler Gillett et Matt Bettinelli-Olpin

Film étatsunien de 2019. La nuit de son mariage, Sam est invitée par sa belle-famille à choisir au hasard un jeu auquel jouer avec eux. Elle fait le mauvais choix : cache-cache, mais une version où les protagonistes sont armés et sa belle-famille a jusqu’à l’aube pour la trouver et la sacrifier à Satan.

Le scénario est classique : la confrontation à la belle famille qui se retrouve être un groupe soudé et hostile, la traque dans un manoir. Mais le film utilise bien ces ingrédients de base, notamment avec des personnages archétypaux dans la belle famille mais qui incarnent bien leurs différents rôles. Et évidemment la performance de l’actrice principale en final girl est très réussie, la vibe « mariée en basket » fonctionne bien, sa badassification progressive au cours du film aussi. La variabilité des armes, qu’elles soient de différentes époques ou improvisées permet aussi de renouveler les situations et interactions. Mention spéciale à l’appel en visio depuis la voiture.

Recommandé si vous aimez les thrillers humoristiques et le cache-cache.

Good One, d’India Donaldson

Film étatsunien paru en 2024. Sam, une jeune adulte part en randonnée avec son père cinquantenaire et le meilleur ami de celui-ci. Le fils de l’ami devait venir aussi mais finalement se désiste au dernier moment. Sam est donc coincée entre les deux cinquantenaires. Son père a l’habitude de faire de la rando mais l’autre pas du tout, et surtout la dynamique entre les deux mecs est principalement une dynamique d’agacement mutuel, ils ont des caractères assez différents et on ne comprend pas trop pourquoi ils sont amis à part pour pouvoir bitcher ensemble sur leurs familles respectives. Le père de Sam est compétent en rando mais c’est quand même Sam qui s’occupe de faire le repas, la vaisselle…

C’est assez lowkey et petit budget, mais c’était intéressant à regarder. De beaux paysages de randonnée (mais surtout de la forêt, ça manque de montagnes), une forme de coming of age assez douloureuse (Sam se rend compte que son père est assez nul, et son ami encore plus, sans que ce soit violent et que ça nécessite des TW, juste les deux mecs ne gèrent clairement pas leurs rôles d’adultes).

The Man who killed Hitler and then the Bigfoot, de Robert D. Krzykowski

Film étatsunien de 2019. Calvin Barr est un vétéran de l’armée étatsunienne, qui vit seul avec ses souvenirs, entre le bar, son chien et des échanges très sporadiques avec son frère. Dans ses souvenirs, Calvin se rappelle de la mission top secrète qu’il a mené durant la guerre, un assassinat ciblé visant Hitler qui lui semble bien vide de sens, puisqu’elle n’a rien changé au cours de la guerre. Le gouvernement États-Unis le recontacte pour – comme toujours – une dernière mission. Dans les forêts canadiennes, un bigfoot a été repéré et porteur d’une maladie qui pourrait se transmettre aux humains, une forme de peste ultra contagieuse. Calvin y est par chance immunisé. Les gouvernements étatsunien et canadien lui demande donc de se rendre dans le périmètre de sécurité et d’y tuer le bigfoot, faute de quoi ils largement une bombe atomique sur la zone pour ne prendre aucun risque.

Bon, je raconte un peu tout le scénario ici, mais le film ne vaut pas tant pour son scénario que pour sa mise en scène, avec de tout petits budgets, des exploits de Calvin à différentes périodes de sa vie, et l’intensité de l’acteur principal en vieil homme déçu par la vie mais avec une super moustache qui parle à son chien et traine dans les bars avant de défoncer les punks qui veulent lui voler sa voiture ou d’aller crapahuter dans les forêts canadiennes.

Obsession, de Curry Barker

Film étatsunien paru en 2026. Bear est amoureux de sa collègue et amie Nikki. Il n’ose pas lui dire, de peur qu’elle ne le rejette. Alors il décide d’utiliser un objet magique pour faire en sorte qu’elle l’aime « plus que tout au monde ». Évidemment, vu qu’on est dans un film d’horreur, le vœu va avoir des Conséquences™. La Nikki amoureuse va être bien trop intense, avec des sautes d’humeur et des activités nocturnes assez flippantes, et des indices laissent rapidement penser que ce n’est pas vraiment Nikki mais une entité qui l’habite. Sauf que Bear est un énorme creep, et qu’il préfère un amour psychotique à l’idée de redonner à Nikki la possibilité de ne pas l’aimer.

C’était une variation intéressante sur le scénario habituel du careful what you wish for, avec des acteurs (Inde Navarrette qui joue Nikki surtout) très bons dans leurs rôles. Je l’ai vu dans une qualité un peu pourrie donc difficile d’avoir une opinion éclairée (huhuhu) sur la photographie, mais j’ai pas l’impression qu’il y avait un travail particulier dessus. Donc je dirai film d’horreur correct avec quelques éléments féministes (viteuf, surtout dans la présentation du perso de Bear comme un incel sous des dehors charmants), mais rien de révolutionnaire non plus.

Freaky Tales, d’Anna Boden and Ryan Fleck

Film étatsunien paru en 2024. Dans la ville d’Oakland en 1987, on va suivre 4 histoires qui se déroulent en parallèle et dont les personnages vont se croiser. D’abord la résistance des habitué•es d’une salle de concert communautaire aux agressions répétées d’un groupe de néonazis ; puis la soirée de deux rappeuses invitées à un featuring avec Too $hort ; la journée d’un homme de main qui veut prendre sa retraite ; et enfin un cambriolage qui tourne mal chez un basketteur et la revanche qu’il va prendre sur les criminels.

C’était sympa sans être renversant. Au début j’ai trouvé que c’était assez mal joué mais ça disparaît au fur et à mesure. C’est bourré de références, fait pour avoir une vibe de film de l’époque (moins le sexisme), on voit des néonazis se faire tabasser et du kung fu, what’s not to like? Mais bon en même temps j’ai rien trouvé de particulièrement novateur.

The Surrender, de Julia Max

Film vu lors de l’édition 2026 du Grindhouse Paradise (festival de films de genre toulousain).

Film étatsunien paru en 2025. Megan est revenue dans la maison parentale pour les derniers jours de son père. Sa relation avec sa mère (Barbara) est tendue, mais elle est déterminée à être là pour elle et pour son père. Elle découvre rapidement que sa mère pense avoir un moyen de ramener son père d’entre les morts, via un homme mystérieux dont elle a eu le contact par sa professeure de yoga. Pour ne pas antagoniser encore davantage sa mère, Megan va accepter de jouer le jeu du rituel…

Le film ne sait pas trop comment conclure, mais sinon j’ai beaucoup aimé l’esthétique. Tout le côté « cristal mom » qui est parti vers du complotisme de plus en plus chelou fonctionne très bien, y’a une vibe « folk horror des banlieues américaines ». Un hommage évident à l’Exorciste (mais en inversé) dans la scène d’arrivée du résurrecteur devant la maison, qu’on voit de dos avec un grand chapeau.

L’esthétique du monde des morts est réussie aussi, mais on sent que le budget effets spéciaux est rapidement épuisé et que le film s’est un peu coincé dans un coin avec la façon dont il a construit les règles du monde des morts : il aurait fallu laisser un peu plus de place aux personnages pour l’explorer.

C’est un premier film, clairement réalisatrice à suivre.

The Wizard of Oz, de Victor Fleming

Film étatsunien de 1939. Dorothy vit dans la ferme kansasienne de son oncle et sa tante. Affolée par la menace d’une voisine acariâtre de lui confisquer son chien Toto, elle part dans les champs alors qu’une tornade approche. Emportée par la tornade, elle se retrouve dans le pays fantastique d’Oz, ou elle va rencontrer plusieurs compagnons sur sa route (de briques jaunes) vers la cité d’Émeraude où elle espère trouver le Magicien qui dirige le pays et sera capable de la renvoyer chez elle…

Bon normalement vous connaissez l’histoire, surtout que si vous lisez ce blog (félicitations pour ça déjà), j’ai déjà dû vous parlez assez extensivement de Wicked. J’avais lu The wonderful wizard of Oz mais pas vu le film (cette version, y’en a de nombreuses autres, mais celle-ci fait référence). Eh bien je suis content d’avoir réparé cet oubli, le film est culte pour de bonnes raisons. Dorothy finit par être agaçante sur toute la durée du film, mais globalement tous les autres personnages sont très réussis, la musique aussi, et les décors sont magnifiques. On comprend instantanément aussi pour quoi c’est devenu un point de ralliement de la culture queer, c’est particulièrement camp. L’avoir vu m’a permis de voir d’où viennent certaines références visuelles de la version film de Wicked (la bulle de Glinda notamment), qui n’étaient pas dans la comédie musicale. Et aussi je n’avais pas compris à quel point l’album Straight outta Oz de Todrick Hall – qui est aussi assez haut dans mes références autour d’Oz – était autant un hommage direct aux chansons du film par moment.

Bref, évidemment recommandé.

Speak no evil, de James Watkins

Film étatsunien de 2024, remake plus soft d’une version danoise parue en 2022. Un couple d’américains coincés qui ont déménagé à Londres font la rencontre de deux anglais exubérant lors de vacances en Italie. Les anglais les invitent à passer un weekend dans leur maison isolée à la campagne. Sur place, le malaise se fait de plus en plus perceptible, les hôtes transgressant progressivement de plus en plus de conventions sociales.

C’est une forme de reverse-home invasion, qui fonctionne assez bien. Les acteurs sont très bons, notamment celui qui joue Alex, qui réussit très bien à poser ce personnage de mec exubérant qui dépasse les limites, qu’on peut trouver bon enfant mais qui finit par gêner, sans qu’on réussisse à dire au début s’il est juste un peu lourd, ou si vraiment il y a quelque chose qui cloche. Ça illustre bien le spectre entre des comportements juste un peu toxiques et la full-blown psychopathie. La séquence finale de chasse dans la maison est assez inventive, sur un script pourtant déjà vu de nombreuses fois. Une seule décision un peu absurde des personnages (revenir pour le doudou de la fille quand ils se sont déjà rendus compte que y’a quelque chose qui n’allait pas du tout), pour le reste c’est assez cohérent comme décisions. Les personnages des « gentils » ne sont pas particulièrement sympathique et assez lâches, mais ça en fait des personnes plus crédibles que des final girls ultra badass