Archives par mot-clé : film US

Nomadland, de Chloé Zhao

Film états-unien sorti en 2020, adopté du livre éponyme. On suit Fern, une femme qui vit dans un van aux États-Unis, suite à la désertification de la ville où elle vivait, dépendante d’une entreprise unique qui a fermé. Fern enchaine les petits boulots, pour Amazon, pour des coopératives de fermiers, en tant que gardienne d’un camping, vendeuse… Elle rencontre d’autres néo-nomades qui vivent sur les routes, servant de force d’appoint au capitalisme états-unien lors des périodes de rush, d’âge varié, incluant beaucoup de retraités sans pension.

Le film est beau mais – sans surprise au vu du sujet – un peu déprimant. Fern et les autres nomades sont fiers de leur style de vie et arrivent à trouver du bonheur dans le contact qu’ils ont avec la nature, leur style de vie particulier, leur éthique du travail, mais la vérité, et que Zhao met bien en avant, c’est qu’ils sont les dindons de la farce du néolibéralisme. Le film met en avant à la fois les paysages immense des États-Unis, que ce soit un parc national ou des routes qui s’étendent sans fin, mais aussi les entrepôts d’Amazon, les trailer parks, les sorties d’autoroute mal aménagées.

Je recommande, dans le genre « l’envers du rêve américain ».

Girlfriends, de Claudia Weill

Film étatsunien de 1978. On suit la vie de Susan Weinblatt, une photographe indépendante newyorkaise. Le film s’ouvre par le départ de sa colocataire, qui – alors qu’elles devaient aménager ensemble dans un nouvel appart – se marie et déménage en dehors de New York. Susan galère à trouver sa place dans la vie, entre un sentiment de solitude dans sa vie perso (elle flirte avec un mec un peu idiot à une soirée, elle a un début d’aventure avec un rabbin marié qu’elle fréquente pour son boulot), et des difficultés dans sa vie pro (elle tente de percer comme photographe en vendant des photos à des revues d’art, mais elle vit surtout de commandes alimentaires en photographiant des bar-mitzvah).

J’ai bien aimé. C’est un film « tranche de vie » assez réussi. On voit la vie de Susan, ses relations avec ses amies, la tension avec le style de vie plus installé de son ancienne coloc qui n’est pas très heureuse de ses choix non plus. Je recommande.

Everything Everywhere All at Once , de Daniel Scheinert et Daniel Kwan

Film états-unien de 2022. Une femme chinoise qui tient une laverie aux États-Unis découvre qu’elle est la seule personne à pouvoir affronter une menace qui met en péril l’ensemble du multivers. Elle se retrouve à devoir malgré elle affronter ce danger en plein milieu d’un audit de l’IRS, d’une procédure de divorce initié par son mari et de la visite de son père en Amérique.

C’était sympa à regarder. Le changement de regard sur la figure de l’anti-héros, qui n’est pas pour une fois un mec de 25 ans cynique était bienvenu. Le côté « mis en scène avec des bouts de cartons du multivers était sympa aussi, bel hommage aux films de genre ». Le mécanisme de devoir faire des actions improbables pour déclencher la connexion aux autres versions de soi-même et pouvoir utiliser leurs compétences était une belle trouvaille aussi.

J’ai trouvé la fin un peu faible néanmoins. Si le message sur l’importance de l’empathie et de la gentillesse me convient, j’ai quand même l’impression que la toute fin part en mode « soit content de ce que tu as même si c’est un peu merdique » : on retombe sur le trope du héros qui retourne à son quotidien après avoir sauvé un royaume magique, c’est un peu dommage.

Recommandé si vous voulez un film sans prétention mais qui change un peu la vision classique de l’élu qui sauve le multivers.

Wendy, de Benh Zeitlin

Adaptation de Peter Pan sorti en 2021. Wendy est la fille d’une famille pauvre du Sud des États Unis. Petite, elle voit un enfant sauter sur un train où une figure mystérieuse l’accueille, et disparaître. Elle devient fasciné par les trains qui passent sous les fenêtres de sa chambre et des années plus tard, elle embarque avec ses deux frères sur un train. Elle y rencontre Peter, un enfant qui refuse de grandir qui va l’amener sur une île où il vit libre avec une tribu d’enfants qui ne vieillissent jamais… Bon, l’histoire de Peter Pan quoi. Mais l’adaptation de Zeitlin est fort réussie. Le contexte est modernisé, certains éléments sont supprimés : les fées, le crocodile. On voit la genèse du capitaine Crochet concomitante au séjour de Wendy sur l’île et comment il devient un adversaire de Peter, d’abord réel puis narratif. Les fées et les sirènes (et le rôle de Wendy dans l’histoire originelle) sont mixées en une seule créature, la Mère, une baleine magique qui protègerait les enfants de l’île. Le fait de faire des pirates des enfants perdus qui n’ont pas réussi à ne pas vieillir est intéressante et explique leur opposition à Peter, là où c’était un donné dans l’histoire originelle.

Après il y a tout ce qui est propre à l’univers de Zeitlin, avec des acteurs jeunes qui sont lâchés dans la nature, ce qui rend très bien avec l’histoire de Peter Pan (prochaine adaptation, Sa Majesté des Mouches ?), et le côté communauté pauvre, que l’on retrouve à la fois dans la famille de Wendy et chez les pirates.

Globalement j’ai bien aimé.

Dirty Dancing d’Emile Ardolino

Film américain de 1987. Dans les années 60, une famille bourgeoise passe trois semaines dans un village-vacances. La pension est soigneusement organisée pour permettre une endogamie de classe : tous les pensionnaires sont bourgeois, et les serveurs sont recrutés en tant que job d’été parmi les étudiants qui vont aller dans les colleges prestigieux. Les deux filles de la famille sont d’ailleurs immédiatement entreprises par un étudiant en médecine et le fils du propriétaire de la pension. Mais la plus jeune, que tout le monde surnomme Bébé, n’est pas du tout attirée par ce mode de vie. Elle se rapproche des autres employés de la pension, qui viennent d’un milieu bien plus prolétaire et travaillent en tant que saisonniers. Parmi eux, elle est surtout séduite par Johnny Castle, le professeur de danse de la pension.

C’était très bien. Le film épouse le point de vue de Bébé, on voit son désir à elle pour Johnny, c’est son corps à lui qui est objectifié et mis en scène. Excellente scène d’ouverture qui pose les enjeux à travers une exposition en voiceover par Bébé (« That was the summer of 1963, when everybody called me « Baby » and it didn’t occur to me to mind. »). Le film pose dès sa première phrase qu’il va nous parler d’agency, what’s not to like?
Et effectivement le film parle des choix de Bébé : le choix de s’éloigner des rituels de sa classe sociale et des tentatives de la jeter dans les bras d’un héritier insipide, le choix de passer du temps avec les prolétaires et leur façon de danser comme à peu près tout le monde danse actuellement, ie collé serré et sans le formalisme des danses de salon. Le choix surtout de s’accrocher à son idéalisme et de vouloir changer le monde y compris et essayant de résoudre les problèmes des gens qui ne sont pas ses pairs sociaux. Et évidemment le choix d’assumer son désir puis son amour pour Johnny, même si sa famille et sa classe sont contre. Les enjeux sociaux du film sont de façon générale très réussis : les prolos ont tort par défaut, Johnny peut être accusé de vol avec zéro preuve et viré, aucun souci. De façon générale iels sont considérés comme des gigolos et des filles faciles par les bourgeois, qui peuvent aller prendre du bon temps avec eux tant que c’est en toute discrétion : c’est très clairement explicité dans le cas de Johnny. Par contre Bébé devrait évidemment en tant que fille de bonne famille rester vierge et pure, et Johnny est vu comme un prédateur et un irresponsable. Mais le film n’est pas non plus manichéen sur ce point : le père de Bébé est montré comme une personne droite, qui est capable de dépasser ses a prioris de classe. Plus intéressant, on voit surtout le complexe de Johnny, frustré de ne pas avoir pu aider Penny, qui se compare aux compétences de médecin du père de Bébé. (Mention spéciale aussi au personnage de la mère qui est largement insignifiante tout au long du film mais se révèle en deux répliques lors de la scène finale).

Le film parle aussi – logiquement – de danse. Mais de la danse comme un travail : on voit les scènes où Johnny et Penny danse sans efforts, mais on voit surtout les efforts de Bébé pour apprendre à reproduire la chorégraphie du mambo, comment ça lui demande des efforts pour apprendre des techniques et des gestes précis.

Film social où les enjeux de la lutte des classes et du désir féminin sont révélés par la suspension des conventions permise par le cadre d’un village vacances, Dirty Dancing porte un discours sans concession sur le rapport bourgeois au corps et sur les mécanismes de l’endogamie de classe, le tout porté par une bande-son magnifique. Je recommande.

Godzilla: King of the Monsters, de Michael Dougherty

Film d’action américain de 2019. C’était assez mauvais. J’étais attiré par le côté « il y a une organisation gouvernementale qui étudie les kaijū pour les comprendre », mais en fait ça prend 5 minutes du film. Pour le reste, le scénario n’a aucun sens (y’a la Terre Creuse ! y’a de la fausse science ! y’a des gens qui se téléportent pour les besoins du scénario !), les personnages sont très peu crédibles, et malgré les gros moyens dans les effets spéciaux, si les deux monstres principaux (Godzilla et Gidorah) sont cools, le design des autres est assez raté. Regardez plutôt Pacific Rim pour un film de kaijū sympa.

Le poster est joli cependant.

Punishment Park, de Peter Watkins

Film états-unien de 1971. Sous la présidence de Nixon, les États-Unis passent sous État d’urgence et se lancent dans des tribunaux d’exception pour juger les éléments séditieux (comprendre : n’importe qui vaguement de gauche). Le film alterne entre une session d’un de ces tribunaux et l’exécution de la peine proposée comme alternative à l’emprisonnement pour 10 ans et plus : tenter d’atteindre un drapeau dans le Punishment Park, une zone désertique qui sert d’entraînement aux différentes forces armées des US. Évidemment les dés sont pipés, et les trois jours de marche dans un désert sans eau ni nourriture sont infaisables…

Le film est présenté comme un documentaire tourné par des journalistes européens sur les dérives des US. Il met très bien en scène l’arbitraire policier et judiciaire, le jury du tribunal joue d’ailleurs très bien les gens de droite qui ne comprennent pas pourquoi tout ces agités de gauchistes cassent des vitres au lieu de se présenter à leur bureau de conscription, alors même que le pays traverse une grave crise. Bref, c’est bien mis en scène et assez badant, le fascisme dans toute sa mesquinerie ordinaire.

Minari, de Lee Isaac Chung

Film américain de 2020. Dans les années 80s, une famille originaire de Corée déménage de la Californie à l’Arkansas. Les deux parents travaillent comme sexeurs de poussins, mais le père a l’ambition d’investir pour monter une ferme de légumes coréens pour fournir la diaspora et se sortir du salariat. La mère ne partage pas sa vision et a peur qu’ils y perdent leurs économies, alors que leur fils a un souffle au cœur qui pourrait nécessiter une opération coûteuse. Ils sont bientôt rejoints par la grand-mère maternelle qui émigre de Corée pour les rejoindre, et clashe avec son petit-fils qui trouve qu’elle ne correspond pas du tout au stéréotype d’une grand-mère américaine.

C’est assez lent mais c’était très bien. Le film montre la vie d’une famille de cols-bleus dans l’Amérique rural et la tension que provoque le rêve de réussite du père, qui prend des risques et fait passer sa famille au second plan pour réaliser ses ambitions. Les personnages s’expriment moitié en anglais moitié en coréen selon les situations, et le film prend le temps d’installer les enjeux, les points de vue des différents personnages, de montrer les paysages et les interactions avec les personnages secondaires. Le personnage de la grand-mère est super, très réussi.