Archives de catégorie : Séries

Silencio, d’Eduardo Casanova

Série espagnole vampirique parue en 2025, en 3 épisodes de 20 minutes. Au 14e siècle, 4 sœurs vampires discutent de ce qu’elles doivent faire en ces temps de peste noire : les vampires ne sont pas affectés par la maladie, mais il devient de plus en plus difficile de trouver du sang non contaminé pour se nourrir. De plus, une d’entre elles est amoureuse d’un humain, ça sœur ainé lui interdit de lui révéler qu’elle est une vampire en lui expliquant que quoi qu’il dise actuellement il a la désistera une fois qu’il saura la vérité sur elle. Dans les années 80, la fille de la vampire amoureuse explique à sa mère désabusée et alité quelle est elle même amoureuse d’une humaine. Enfin dans les années 2020, une virologue et une vampire discutent du fait qu’il est désormais possible de vivre avec le VIH.

C’est assez inclassable. On a à la fois une esthétique très kitsch avec des vampires faits pour être repoussants, des costumes du XIVe siècle tout en rubans et fanfreluches, des années 80 en napperons et permanentes, un discours sur le mythe du vampire, un discours sur le VIH (le réalisateur est séropositif, Act up est mis en scene dans la série). Le mélange du tout fonctionne surprennament bien.

Recommandé.

Etty, de Hagai Levi

Série française-germano-néerlandaise de 2026. Adaptation de la vie et du journal d’Etty Hellisum, intellectuelle juive qui a vécu aux Pays-Bas sous l’occupation nazie avant d’être déportée. La série met en scène la vie d’Etty Hellisum mais dans un Amsterdam contemporain : les personnages n’utilisent pas la technologie moderne, mais leurs vêtements, les bâtiments, les modèles de véhicules sont modernes. On voit les conditions de vie des Juif/ves se dégrader de plus en plus avec l’interdiction d’accès aux magasins, puis aux transports en commun, puis l’interdiction de posséder un vélo… Etty fait des choix assez radicaux, demandant à être envoyée dans un camp de transit pour y tenir un dispensaire. La série s’arrête avant l’entrée dans le camp, pour se concentrer sur sa vie à Amsterdam, ses interactions avec sa famille, ses ami.es, son psy qui deviendra son amant… et sur l’évolution de sa réflexion philosophique.

Recommandé, mais sujet un peu dur même si la violence reste principalement en arrière-plan.

Empathie, de Florence Longpré

Série québécoise parue en 2025. Suzanne Bien-Aimé est une psychiatre qui sort d’une longue dépression. Elle commence un nouveau travail à l’hôpital psychiatrique du Mont-Royal. Au contact de l’équipe soignante, elle va se reconstruire une sociabilité. On va découvrir en parallèle sa vie familiale, les histoires d’une partie des soignants et des patients.

Très réussi. La série traite sur un mode léger des sujets tous sauf évident, et pose un regard nuancé sur la folie et les processus de soin. La représentation de la dépression par les ballerines était bien trouvée. Par contre pas très convaincu par l’installation de la romance entre Suzanne et Mortimer, qui me semble ne pas apporter grand chose à la série, garder une relation amicale aurait été plus intéressant.

Recommandé.

The Bear, de Christopher Storer

Série télévisée dont la première saison est parue en 2022, 5 saisons en tout, les deux premières très très bonnes, la troisième simplement bonne. Sans trop en révéler, on suit les vies des personnes travaillant dans le restaurant The Original Beef of Chicagoland. C’est de la restauration rapide, mais le propriétaire-gérant a changé récemment, et vient du monde de la gastronomie, ce qui ne va pas aller sans un certain clash des cultures.

J’ai pendant longtemps fait l’impasse sur cette série, parce que je pensais que c’était une série qui parlait de bouffe, que ça m’évoquait essentiellement de la téléréalité comme Top Chef, et que c’est vraiment pas quelque chose qui m’intéresse (j’aime beaucoup la nourriture, mais ma relation à la nourriture implique de la manger, pas de la regarder à travers un écran). Laissez-moi donc dissiper ce malentendu si vous êtes dans le même cas de figure : ce n’est pas une série qui parle de bouffe. C’est une série qui parle de relations familiales, professionnelles et familialo-professionnelles. C’est une série qui parle de trauma, de vouloir exceller à quelque chose et des sacrifices que ça peut amener à faire. Ça parle de travailler dans un restaurant (duh), avec tout ce que ça implique de tâches qui ne sont pas juste de préparer de la nourriture, de la difficulté d’avoir un restaurant qui tient la route financièrement. Voilà pour les thèmes.

Pour la forme, c’est une série qui prend le temps de caractériser ses personnages et leurs relations. C’est aussi une série qui filme les personnages de très près (passion grain de la peau) et qui montre des personnages épuisés. C’est aussi une lettre d’amour à Chicago, avec une quantité de plans de coupe sur la ville incroyable (et comme tout se passe à Chicago, c’est pas pour situer l’action, c’est juste pour crier « Chicago »). C’est aussi une série avec une super bande-son (à forte composante rock des années 90), très très bien employée pour souligner la tension.

Si certains points de l’intrigue m’ont semblé un peu forcés/trop rapides (le plot-twist de la fin de la saison 1, le changement de posture de Richie après l’épisode Forks), globalement c’est quand même très bien écrit, avec des saisons 1 et 2 qui savent totalement où elles vont en termes d’arcs narratifs. Les épisodes Review et The Bear notamment sont très très réussis et la façon dont ils se répondent, ce qui a évolué ou non entre les deux est très bien exposé. En épisodes davantage one-shot, Fishes (qui sort du cadre du restaurant pour faire un flash-back sur un repas de Noël) et Forks (sur le passage de Richie dans un restaurant gastronomique) sont très réussis aussi. Le fait d’avoir toute une saison où le restaurant est en travaux est aussi assez magistral. La saison 3 perd la compacité d’écriture des deux premières, mais elle prend le temps de creuser les personnages.

Les persos sont tous très bien écrits, avec évidemment le trio de tête Carmy/Sidney/Richie et l’ambiguïté qu’ils ont tous les trois en tant que persos qu’on peut à la fois adorer ou détester – un peu moins Sidney qui est moins flawed que les deux autres, mais aussi les persos secondaires : Marcus, Tina, Ibraheim sont des personnages crédibles, même avec peu de temps d’écran, et dans la famille étendue Berzatto, tous les personnages sont très réussis, que ce soit les tragiques comme Donna ou Mikey ou les comiques comme la famille Fak ou l’oncle Jimmy.

EDIT 2025 : 4e saison

C’est chouette de retrouver ces personnages, mais la série n’a plus trop l’air de savoir où elle va. On a du lore en plus sur le passé de certains perso, c’est cool de voir Carmy évoluer un peu émotionnellement, mais globalement il ne se passe pas grand chose. Le subplot avec Ibraheim est je pense le plus intéressant en termes de développement de l’histoire, mais il est à peine esquissé dans cette saison. Pas très convaincu par le côté huis clos de l’épisode final, je trouve que ça ne marche pas comme façon d’exposer et résoudre le problème. Bref, un peu déçu, je pense qu’il faut une conclusion propre à cette série.

EDIT 2026 : 5e (et dernière) saison

Eh bien justement, dernière saison impeccable. Elle est découpée en 7+1 épisodes, les 7 premiers se déroulent sur une seule journée – du début de la journée à la fin du service, qui suit immédiatement le final de la saison précédente. Le dernier épisode est un coda. Pas de nouveaux personnages introduits (sauf un, relativement mineur et dont on ne saura pas grand chose, Cheese). On voit comment les relations entre les personnages connus ont évolué, là où ils en sont désormais. Toute l’exposition a été faite dans les saisons précédentes (notablement, beaucoup moins de plans de coupe sur Chicago pour laisser de la place à l’histoire), il ne reste plus qu’à dérouler les interactions entre les personnages. On voit la place qu’a pris Syd, l’héroïne secrète de la série depuis le début, ce que Carmy a réussi à lui transmettre et surtout ce qu’elle a réussi à construire en opposition au fonctionnement de Carmy. Comme toujours les épisodes qui se concentrent sur le coup de feu sont particulièrement réussi, ici Foccacia et Caramel. L’habillage musical de la série évolue aussi, pas de rock des années 90’s, on est sur une bande son instrumentale composée pour la saison. L’évolution des relations est notamment marquée par l’absence de New Noise comme chanson qui accompagne le coup de feu.

On est triste de laisser derrière soi les personnages, mais le final est réussi, on a vu leur évolution, l’arrêt de la série se fait à un moment logique (elle couvre toute la durée où Carm aura travaillé au restaurant). Grosse, grosse recommandation, vraiment une de mes séries préférées.

The Lowdown, de Sterlin Harjo

There’s only one plot : things are not as they seem. — Jim Thompson

Série étatsunienne parue en 2025. Lee Raybon est un journaliste local qui vit en Oklahoma. Il a récemment publié le portrait à charge d’une famille de propriétaires terriens locaux, dont un des membres se présente pour devenir gouverneur de l’État, et le frère de l’aspirant-gouverneur s’est suicidé juste après. Pour Lee ce n’est pas un suicide, ça cache quelque chose.

Il va donc recommencer à enquêter autour de la famille endeuillée, et rapidement croiser des skinheads, des droits de propriété peu clairs, des secrets de famille et des lettres cachées dans des polars, tout en faisant de son mieux pour détruire sa propre vie de famille au passage, en étant un père désastreux pour sa fille unique.

C’est une bonne série. J’avais beaucoup accroché à Reservation Dogs de Sterlin Harjo (et Taiki Waititi) aussi, on retrouve certains éléments ici dans l’humour absurde, mais avec un côté polar des États-Unis sudiste. Lee est à la fois attachant dans sa quête de la vérité et défense des opprimés, et absolument insupportable humainement, à la fois dans son côté white trash, son refus de prendre ses responsabilités, et son côté un peu fouille-merde/je suis le centre du monde. Visiblement le personnage est basé sur une personne réelle, elle a pas dû être facile à fréquenter. C’est intéressant de voir un portrait des USA qui s’éloigne des côtes, et qui montre une Amérique qui sans être 100% rurale (une grosse partie se passe à Tulsa) est quand même largement moins favorisée, avec des écarts de richesse gigantesques et des mondes qui se fréquentent pourtant, c’est pas juste « on se croise dans la rue et on s’ignore.

For All Mankind, de Ronald D. Moore et Ben Nedivi

Série télé uchronique. En 1969, l’URSS réussit le premier alunissage de l’Humanité, avant de surenchérir avec l’alunissage d’*une* cosmonaute. En réaction et sous pression de la Présidence, la NASA accélère fortement son programme spatial, décide de l’ouvrir aux astronautes femmes, et lance la construction d’une base permanente sur la Lune.

Saison 1 :

J’ai beaucoup aimé. On commence avec des astronautes (et leur entourage) qui sont des stéréotypes en carton-pâte, et la série les déconstruit progressivement pour en faire de vraies personnes avec des vies compliquées. Il y a une palanquée de problèmes techniques dans l’espace qui tiennent les spectateurices en haleine, et ce d’autant plus qu’en bonne série post-GoT, les scénaristes n’hésitent pas à tuer des personnages principaux (en terme de tension qui te tient rivé à ton siège, mention spéciale à l’épisode 9).

C’est fortement dans la même veine que The Calculating Stars, même si l’uchronie et la période temporelle sont un peu différentes, et c’est très cool de voir ce genre d’histoire sous la forme d’une série avec un bon budget pour les décors.

Saison 2 : (spoilers below)

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Rooster, de Bill Lawrence et Matt Tarses

Série étatsunienne parue en 2026. Greg Russo est un écrivain de pulp à succès. Il vient présenter son dernier livre dans l’université où travaille sa fille, et décide de rester en tant qu’écrivain en résidence le temps d’un semestre, pour veiller sur sa fille dont le couple vient d’exploser. On va voir comment il s’intègre progressivement dans la vie du campus, en enchainant pas mal de gaffes.

J’ai bien aimé ! Steve Carrell (qui joue le personnage principal) est très bon, les relations entre les perso sont réussies (notamment tout le côté père hélicoptère de Greg vis à vis de sa fille trentenaire), et les personnages secondaires aussi (notamment Sunny, sous-côtée avec son côté ultra-intense). Il y a le côté « petit monde de l’université » qui fait penser à The Chair, mais avec un humour absurde.

Recommandé pour une série détente.

The Boys, d’Eric Kripke

Adaptation en série du comics éponyme. J’avais un peu peur de ce qu’une adaptation donnerait, mais j’ai trouvé ça très réussi. Ils ont gardé l’univers tout en s’éloignant des lignes narratives exactes du comics, et ça rend plutôt bien.
Pour décrire succinctement l’univers, les super-héros existent, en Amérique. Ils sont tous gérés par une entreprise, Vought American, qui s’occupe de leur image, de les placer en tant que protecteurs de tel ou tel endroit, et de gérer tout le merchandising et les lucratifs produits dérivés autour d’elleux. Derrière l’image resplendissante, les super-héros sont très majoritairement immoraux, et Vought est prête à tout pour augmenter sa part de profit, notamment en persuadant le gouvernement d’intégrer des super-héros dans le dispositif militaire des États-Unis.

Le personnage d’Homelander (un équivalent amoral et surpatriotique de Superman) est particulièrement bien écrit.

Saison 2 :

La série continue à être fort bonne. La relation entre Ryan et Homelander est intéressante, l’évolution du personnage de Kimiko aussi. L’humanisation de Butcher est réussie, et j’aime beaucoup la force tranquille du personnage de MM. L’arc de l’instrumentalisation du coming out de Maeve par Vought est très réussi je trouve.

Sentiment mitigé sur le personnage de Stormfront : j’ai beaucoup aimé son début, mais la révélation de sa backstory est finalement un peu décevante : il aurait mieux valu selon moi qu’elle soit une version intégralement moderne de l’idéologie qu’elle porte, plutôt que d’avoir la facilité de dire « oh bah regardez avec qui elle fricotait, voilà une raison bien pratique de la considérer comme méchante ». De la même façon, je trouve Homelander plus intéressant quand il est une version non explicite des idéaux fascistes que quand il commence à littéralement sortir avec une fasciste qui reprend les discours de Goebbels. Le personnage de Stan Edgar par contre est parfait, ainsi que les trips de Hugh sur Billy Joel.

Et je suis perplexe sur la révélation finale : ça ne fait aucun sens que ce soit ce personnage qui ait ce pouvoir, l’utilisation du pouvoir qu’on voit durant toute la saison va totalement à l’encontre de son agenda affiché (ou alors, agent double placé par Vought ? Mais c’est un peu tiré par les cheveux comme histoire).

Saison 3 :

Un début un peu lent et du gore un peu gratuit, mais je suis content de ce qu’ils ont fait de la saison globalement. L’arc de Butcher et Hugh sous Temp-V est intéressant en terme de « tout pouvoir corrompt ». Le retour au status quo interne de l’équipe à la fin est un forcé, les évolutions radicale du côté de Vought sont plus intéressantes. L’arc du personnage de Kimiko est intéressant, Frenchie de moins en moins par contre. La trumpisation d’Homelander est réussie, l’agenda parallèle de l’agent dormant de Vought au gouvernement donne des pistes intéressantes pour une saison 4.

Saison finale (5) :

La fascisation super-héroïque des US est achevée. Les opposants sont emprisonnés dans des freedom camps l’exécutif est totalement inféodé à Homelander, dont la folie est de plus en plus visible, avec un récit messianique totalement assumé. Pour donner du poids aux enjeux de cette dernière saison, un McGuffin fait son apparition : une version du sérum V qui permettrait de rendre immortel Homelander. Les Boys et les sbires d’Homelander vont se précipiter pour essayer de retrouver les dernières fioles de ce sérum.
Narrativement c’était un peu confus, avec des enjeux qui apparaissent/disparaissent, une intensité de ces enjeux qui varie d’un épisode à l’autre. Pour autant le discours sur le fascisme et le messianisme reste pertinent même si parfois un peu noyé dans les différents fils narratifs. Le personnage d’Homelander reste le plus réussi de la série, celui de Butcher (et de tous les Boys tbh) tourne en rond. Le final est globalement exactement ce à quoi on s’attendait, pas de prise de risque.

En conclusion, série globalement réussie, avec un vrai fond politique, qui a quelques longueurs, mais probablement la série de super héros la plus intéressante.

Los Años Nuevos, de Rodrigo Sorogoyen

Série espagnole parue en 2024. On suit Oscar et Ana, deux madrilènes qui se rencontrent lors du premier épisode et réalisent qu’iels sont né.es à un jour d’intervalle : elle le 31/12 et lui le 01/01. On va suivre pendant 10 ans une de ces deux journées, leurs interactions, et l’évolution de leur relation.

J’ai bien aimé. Je ne suis pas trop rentré dans le pilote, mais dès l’épisode 2, j’étais accroché. L’évolution de la relation entre les deux personnages est assez crédible – en même temps on parle de trentenaires européens dans les années 2015-2025, je suis assez clairement dans le cœur de cible – le fait de ne pas avoir exclusivement leur relation à tous les deux mes devoirs aussi les liens qu’ils ont avec leur famille ou leurs amis est intéressant. Le dispositif qui se concentre sur la journée du Nouvel An permet aussi de voir une forme de temps suspendu en dehors du boulot – pas complètement vrai pour Oscar vu qu’en tant que médecin il a des gardes. Et aussi des moments où les gens font le bilan, ou se retrouvent entre proches et discutent. J’ai par contre été un peu déçu par le final de la série, que j’ai trouvé plus conventionnelle que les autres épisodes. En même temps, c’est difficile de conclure de façon originale une histoire romantique.

Recommandé.