Archives de catégorie : phylactères

Le Grand Vide, de Léa Murawiec

Bande dessinée française parue en 2021. L’histoire se déroule dans un monde où les gens vivent si quelqu’un pense à elleux et à leur nom en permanence. Les plus grandes stars peuvent ainsi devenir éternelles, a contrario les personnes les moins sociables ne peuvent compter que sur leur famille proche. Dans ce monde, la protagoniste, Manel Naher, a un problème de taille : elle a une homonyme qui est une star de la chanson, ce qui redirige toute l’attention que pourrait avoir son nom écrit sur cette homonyme. Elle doit trouver un moyen d’exister médiatiquement pour ne pas disparaitre, ajournant sans cesse son projet d’explorer le Grand Vide, le monde mystérieux autour de la Cité où il n’y a personne pour penser à vous…

J’ai bien aimé. L’univers est sympa sans que l’histoire soit très profonde, mais par contre le dessin est très beau.

Ernestine (tomes 1 et 2), de Salomé Lahoche

« Le chaos, les crises, c’est ce que je connais qui s’apparente le plus à de la joie »

Bande dessinée française sur une enfant qui est en CM1 et qui fume des clopes. Ernestine est la petite dernière d’une famille dysfonctionnelle, avec un grand frère idiot, un père artiste en manque d’inspiration éternelle et une mère qui fait tourner toute la maison (j’en entends déjà qui vont hurler, mais on peut dresser un parallèle avec Rick et Morty, avec une Ernestine qui occuperait les 2 rôles titres à la fois). On peut aussi rapprocher Ernestine d’une Matilda mais en plus blasée et en plus malveillante, même si sous sa carapace pointent parfois (les séquences de rêves, sa psychanalyse avec un arbre…) quelques failles et un besoin qu’on s’occupe d’elle (mais sous ses propres termes, et si vous suggérez qu’elle a peut-être juste besoin d’un câlin –which she most definitely does – elle vous plantera, parce que oui elle a aussi un opinel). Toujours dans les rapprochements avec d’autres personnages d’enfants dysfonctionnels, ça fait penser en termes de setup à Mortelle Adèle – sauf qu’Ernestine c’est réussi alors que Mortelle Adèle c’est un peu nul – disons que c’est à Mortelle Adèle ce que Calvin et Hobbes est à Boule et Bill (comme quoi, moi aussi je peux faire de la littérature comparée finalement).
Y’a aussi des thématiques féministes avec l’incompétence totale des deux hommes à faire une quelconque tâche dans la maison, la façon dont la mère se sent coincée dans la vie qu’elle s’est construite, et 15 000 références dans les livres qu’on voit Ernestine lire où dans les posters sur les murs de sa chambre (qui est d’ailleurs une cabane dans un arbre à l’intérieur de la maison familiale).

Grosse reco.

Adieu triste amour, de Mirion Malle

Bande dessinée québecoise parue en 2022. Cléo est dessinatrice. Elle est depuis 3 ans en relation avec Charles. Lors d’une convention en France, elle croise Farah, qui était en école avec Charles. Elle va apprendre de la bouche de Farah les comportements que Charles a eu en école et va décider de se séparer de lui.

J’ai beaucoup aimé. J’ai aussi lu C’est comme ça que je disparais, de la même autrice, qui est sur une dépression et donc pas très joyeuse. Là même si ça parle de la fin d’une relation c’est quand même plus sympa comme ambiance, y’a beaucoup de sororité, le personnage principal a beaucoup d’agentivité. Totalement anecdotique mais y’a un perso secondaire qui fait une référence random à Taylor Swift à la consternation de son groupe d’amies, I feel seen.

Recommandé !

Dans mon cerveau comme à la maison, de cht.am

Bande dessinée française parue en 2024. L’auteur.e parle de son rapport à sa propre psyché, en comparant différents éléments (l’égo, l’imagination, le rapport aux autres, les émotions) aux pièces d’une maison. Iel parle de sa dépression (je l’ai rangée dans ma bibliothèque à côté de C’est comme ça que je disparais, de Mirion Malle), du rapport à son corps et à ses TCA. C’est pas des sujets légers mais la bande dessinée est très bien, dessinée avec seulement 3 couleurs primaires et du noir et blanc. Pas de cases, tout est à chaque fois en pleine page.

Recommandé pour quand ça va mentalement.

Le Marche-Lune, de Simon Spruyt

Bande dessinée française parue en 2026. Dans la Mésopotamie antique, une extraterrestre émissaire d’une civilisation galactique s’incarne sous la forme d’une prêtresse d’Ishtar pour observer les humain.es, et surtout pour retrouver son prédécesseur qui a rompu la clause de non-intervention, frustré par l’absence de développement de la civilisation humaine. Elle va interagir avec les humain.es de l’époque et l’IA qui la conseille.

J’ai bien aimé ! Dessin très beau, traitement réussi, histoire de SF « historique » qui fonctionne, avec une vibe « toute technologie suffisamment avancée… » qui sert surtout à montrer l’Antiquité (les observateurs n’étant pas censés interférer dans le développement des civilisations qu’iels croisent, il n’y a qu’un tout petit peu de SF qui apparait, en dehors du dialogue interne avec l’IA)

Recommandé !

Les Navigateurs, de Serge Lehman et Stéphane De Caneva

Bande dessinée parue en 2024. Trois amis d’enfance retrouvent brièvement la 4e comparse de leurs aventures, revenue dans leur ville d’enfance avant qu’elle ne disparaisse dans des circonstances mystérieuses. Leurs tentatives de la retrouver vont mener à la découverte de mystérieuses découvertes dans l’histoire et la géographie du bassin parisien, liées à la mer qui recouvrait les lieux dans la Préhistoire, quand le niveau de l’eau était 60 m plus haut, et à une mystérieuse société qui garde ce secret.

J’ai pas mal aimé, mais de façon générale j’aime bien les marottes de Lehman à base de puissance cachée des lieux et de mondes oniriques. Le dessin de Caneva fonctionne bien avec. Un bémol sur le fait que les personnages féminins sont assez inexistants et servent juste à faire avancer l’histoire des mecs.

Touchées, de Quentin Zuttion

Bande dessinée française parue en 2019. On suit 3 des 6 participantes à un atelier d’escrime thérapeutique, un dispositif de guérison des traumatismes liés à des violences sexuelles par la pratique d’un sport de combat. On voit donc le cheminement de Lucie, Tamara, et Nicole, trois femmes avec des parcours très différents, qui vont se rapprocher et se soutenir les unes les autres.

Sujet pas très joyeux, mais BD réussie, des parcours de convalescence qui vont très vite mais dans le cadre d’une fiction ça passe. Un joli dessin à l’aquarelle (juste un peu perplexe sur le fait de mettre une meuf sans pantalon en couverture d’une BD sur les violences sexuelles, mais bon).

The Doom that came to Gotham, de Christopher Berkeley et Sam Liu

Film d’animation paru en 2023 et basé sur le comics éponyme de 2001 de Mike Mignola. Dans les années 30, Bruce Wayne investigue des événements inexpliqués aux quatre coins de la planète. Rationnel, il ne croit pas au surnaturel, mais l’ensemble des événements auxquels il assiste pointent vers un phénomène occulte, centré sur sa ville natale, Gotham City, et qui annonce la résurgence d’un ancien dieu maléfique. L’histoire va réimaginer les méchants de Batman sous la forme d’horreurs eldritchiennes, jusqu’à ce que Bruce Wayne affronte – sous la forme d’une chauve-souris géante – Yog Sothoth, un des Anciens Dieux majeurs dans le mythe de Cthulhu.

J’avais bien aimé les comics, j’ai moins été convaincu par cette version animée. Ça aurait valu le coup de faire une animation plus dans le style de dessins de Mignola, là c’est un peu trop lisse (on est dans le style de Batman : the animated series). Et il y a un peu trop de raccourcis pour pouvoir faire tenir le tout dans 1h30, donc des éléments sont un peu rushés. Du coup je recommande plutôt la lecture des comics.

Je n’ai pas de projet professionnel, de David Snug

BD parue en 2017. L’auteur raconte sa vie dans le milieu de la musique amateur, pourquoi il ne veut pas se professionnaliser, ce qu’il trouve débile dans le circuit de la professionnalisation en France, et ce qu’il trouve encore plus débile dans les revendications d’autogestion de certains courants musicaux qui se retrouvent à fétichiser le merch des groupes (et quelques grands groupes ultracapitalistes qui ont droit de cité inexplicablement dans un univers qui trashe tout ce qui est capitaliste par ailleurs) et les « vente à prix libre » où il faut toujours donner 5€ pour n’avoir l’air ni radin ni bourgeois. C’est très drôle et ça donne une petite fenêtre sur un univers que je connaissais pas du tout.

Très bonne surprise, évidemment recommandé. Un lien vers le site de l’éditeur, une fois n’est pas coutume : lien.

Bea Wolf, de Zach Weinersmith et Boulet

Bande-dessinée qui reprend (la première partie de) l’histoire de Beowulf en remplaçant les guerriers par des enfants. On découvre comment une bande d’enfants dans une banlieue nord-américaine indéterminée à construit une cabane gigantesque dans un arbre et accumulé un trésor gigantesque en jeux et bonbons. Mais furieux de leur bruit incessant, le monstreux M. Grindle va envahir leur sanctuaire, adultifier les adultes et nettoyer la cabane. Douze nuit durant les enfants seront terrorisés, jusqu’à ce que de la banlieue voisine, Bea Wolf, envoyée de la reine Heidi, vienne vaincre le monstre et restaurer la paix-d’après-l’heure-du-coucher.

C’était très chouette. C’est superbement illustré, les allitérations et le kenning rendent bien le sentiment d’une épopée, on est vraiment impliqué dans cette histoire d’enfants qui se battent pour préserver leur royaume de sodas et de nerf guns.

Grosse recommandation.