Archives de catégorie : phylactères

Le Patient de Timothé Le Boucher

J’ai moins aimé que sa BD précédente (Ces Jours qui Disparaissent, que je pensais avoir chroniqué ici mais visiblement non). Le seul rescapé du massacre d’une famille sort de 5 ans de coma. Une psychologue le suit, veut comprendre ce qui s’est passé la nuit du meurtre et si sa sœur, la coupable toute désignée, était bien responsable. Le garçon parle d’une présence qui cherche à l’étrangler les nuits dans sa chambre d’hôpital. Mais le rescapé semble aussi moins innocent qu’il ne le laisse paraître au début.

C’est joliment dessiné mais le propos est un peu confus : je trouve ça étrange de faire un thriller avec des mystères et de finalement ne rien résoudre. Il y a plein de lignes narratives qui montre différentes facettes du héros mais ça ne converge pas. Bref, un peu déçu, je recommande par contre Ces Jours qui Disparaissent).

Les Couloirs aériens, d’Etienne Davodeau et Christophe Hermenier

Une BD sur la crise de la cinquantaine d’un français moyen qui se retrouve au chômage et perd ses parents. J’ai pas été très convaincu. Il y a de jolis pages montrant un village du Jura enneigé, mais à part ça, les doutes et interrogations métaphysiques du héros m’ont laissé froid. Dans le genre réflexion sur la vie, l’héritage et le temps qui passe, j’ai largement préféré Portugal, de Pedrosa.

À l’ancienne, de Monier et Vieillard

Bande dessinée française. On suit dans un futur proche les aventures de trois bandits septuagénaires à travers un Paris au bord de l’insurrection. La narration suit l’un d’eux avec des troubles de la mémoire, du coup on à l’histoire à l’envers, à la Memento. L’idée est sympa, mais j’ai trouvé que ça donnait une bédé assez anecdotique au final. La couverture est sympa par contre, le côté duel de western rend bien.

Chronosquad, de Grégory Panaccione et Giorgio Albertini

Une série en 4 tomes + un cinquième indépendant.

Dans l’univers de l’œuvre, le voyage temporel a été découvert. Il ne permet pas de retourner dans le passé de son monde mais d’aller dans des univers parallèles ou le temps s’écoule plus lentement, pour voir leur présent, qui correspond à notre passé. Et la première chose à laquelle on pense quand on a découvert ça… C’est le tourisme !!!!

On a donc un tourisme de masse transtemporel, et une force de police composé d’historien.ne.s, les chronosquads, en charge d’aller récupérer les touristes qui sortent des sentiers balisés. On suit une équipe de ces chronosquads, récemment intégrée par un médiéviste trop enthousiaste d’aller faire du terrain, mais qui se voit envoyer partout sauf au Moyen-Âge. Là dessus, on découvre à la faveur de la disparition de deux touristes dont la fille d’un ministre l’existence d’un front révolutionnaire transtemporel, et de multinationales très motivées par l’idée de privatiser le voyage dans le temps. Oh, y’a aussi une prison installée au Dévonien, Léonard de Vinci et de mystérieuses créatures anthropomorphes blanches comme de l’albâtre avec des têtes énormes.

Ça à l’air de partir dans tous les sens mais l’histoire réussit à rester lisible et cohérente. C’est sympa à lire, mêmes thèmes explorés que Last Year, de Robert Charles Wilson, avec une approche plus humoristique. Pas la BD de la décade non plus, mais prenante.

Une Année sans Cthulhu, de Thierry Smolderen et Alexandre Clérisse

Grosse recommandation, commençons par là.

L’histoire se déroule dans le Lot dans les années 80s. Des adolescents jouent à un jeu de rôle Lovecraftien, le café du village vient d’acquérir une borne d’arcade, une famille de franco-indiens reviennent au village après deux années d’absence, une nouvelle élève prénommée Mélusine intègre le lycée… Plein d’ingrédients pour faire une ambiance très réussie avec du fantastique et une adolescence à la française. Les rôles des personnages sont originaux, l’intrigue est prenante, elle part dans plein de directions mais reste lisible. Et le tout est servi par des dessins magnifiques, avec des couleurs aux reflets violets très rétros.

Les Vieux Fourneaux, de Lupano et Cauuet

Série de bande-dessinée sur trois septuagénaires « anti-système » : un anarchiste, un syndicaliste et un marin au long court, ainsi que sur la petite-fille vingtenaire de l’un d’entre eux.

5 tomes parus pour le moment, qui raconte chacun une histoire relativement indépendante des autres, avec un focus sur un des personnages à chaque tome. C’est très sympa, avec des personnages nuancés : les héros sont sympathiques mais ils peuvent se montrer sacrément obtus voire mauvais par moment. Leurs trois parcours de vie différents font qu’ils sont souvent en désaccord entre eux, la présence de Sophie permet aussi d’avoir un élément extérieur au groupe (et à leur tranche d’âge) avec un point de vue fort différent. Ca mériterait un peu plus de personnages féminins au premier plan d’ailleurs au delà de Sophie, mais il y en a de fort bons dans les seconds rôles (globalement les personnages secondaires sont assez réussis).

Je recommande

L’Âge d’Or, de Roxanne Moreil et Cyril Pedrosa

Premier tome d’une bande dessinée médiévale. A la mort du roi, la princesse Tilda, qui doit hériter du trône, est exilée par le régent qui compte mettre son frère plus jeune et manipulable sur le trône. Soutenue par deux nobles en disgrâce à la cour, elle réussi à échapper à son bannissement, et se met en quête d’un mystérieux trésor que son père a évoqué sur son lit de mort. Quête classique, me direz-vous. Sauf qu’en parallèle, une révolte paysanne gronde à travers le royaume écrasé sous les taxes des nobles. Les paysans se réclament de l’Âge d’Or mythique, où la société n’était pas divisée en classe. Tilda et ses compagnons vont aussi tomber sur une communauté de femmes vivant en autarcie dans la forêt en suivant les principes de l’Âge d’Or. Ses compagnons commencent à avoir des doutes sur l’idée de soutenir un monarque contre un autre. Et quelles sont ces visions que Tilda a de plus en plus fréquemment, qui lui font voir une guerre à venir, qui semble l’épuiser et la rendre cruelle ?

C’est très dense. Ce premier tome pose largement plus de questions qu’il n’en résout, mais l’univers semble passionnant. Le dessin de Cyril Pedrosa est magnifique, grosse recommandation.

Les Indes Fourbes, de Juanjo Guarnido et Alain Ayroles

Bande dessinée associant le scénariste de De Capes et de Crocs et le dessinateur de Black Sad. Le récit reprend là où un roman picaresque de 1626, El Buscon, s’arrête. L’anti-héros s’embarque pour les Amériques. La bande dessinée va raconter la seconde partie du destin du personnage, qui va connaitre de nombreuses aventures. La narration est à la première personne, et sur plusieurs niveaux le narrateur n’est pas fiable : les textes ne correspondent pas toujours au dessin, et plus largement le narrateur avoue aux deux tiers de la BDs que toute une partie a été entièrement remaniée pour le faire paraître plus à son avantage. Ca vaut le coup de la lire sans en savoir plus, et je recommande