Archives de catégorie : phylactères

Dans mon cerveau comme à la maison, de cht.am

Bande dessinée française parue en 2024. L’auteur.e parle de son rapport à sa propre psyché, en comparant différents éléments (l’égo, l’imagination, le rapport aux autres, les émotions) aux pièces d’une maison. Iel parle de sa dépression (je l’ai rangée dans ma bibliothèque à côté de C’est comme ça que je disparais, de Mirion Malle), du rapport à son corps et à ses TCA. C’est pas des sujets légers mais la bande dessinée est très bien, dessinée avec seulement 3 couleurs primaires et du noir et blanc. Pas de cases, tout est à chaque fois en pleine page.

Recommandé pour quand ça va mentalement.

Le Marche-Lune, de Simon Spruyt

Bande dessinée française parue en 2026. Dans la Mésopotamie antique, une extraterrestre émissaire d’une civilisation galactique s’incarne sous la forme d’une prêtresse d’Ishtar pour observer les humain.es, et surtout pour retrouver son prédécesseur qui a rompu la clause de non-intervention, frustré par l’absence de développement de la civilisation humaine. Elle va interagir avec les humain.es de l’époque et l’IA qui la conseille.

J’ai bien aimé ! Dessin très beau, traitement réussi, histoire de SF « historique » qui fonctionne, avec une vibe « toute technologie suffisamment avancée… » qui sert surtout à montrer l’Antiquité (les observateurs n’étant pas censés interférer dans le développement des civilisations qu’iels croisent, il n’y a qu’un tout petit peu de SF qui apparait, en dehors du dialogue interne avec l’IA)

Recommandé !

Les Navigateurs, de Serge Lehman et Stéphane De Caneva

Bande dessinée parue en 2024. Trois amis d’enfance retrouvent brièvement la 4e comparse de leurs aventures, revenue dans leur ville d’enfance avant qu’elle ne disparaisse dans des circonstances mystérieuses. Leurs tentatives de la retrouver vont mener à la découverte de mystérieuses découvertes dans l’histoire et la géographie du bassin parisien, liées à la mer qui recouvrait les lieux dans la Préhistoire, quand le niveau de l’eau était 60 m plus haut, et à une mystérieuse société qui garde ce secret.

J’ai pas mal aimé, mais de façon générale j’aime bien les marottes de Lehman à base de puissance cachée des lieux et de mondes oniriques. Le dessin de Caneva fonctionne bien avec. Un bémol sur le fait que les personnages féminins sont assez inexistants et servent juste à faire avancer l’histoire des mecs.

Touchées, de Quentin Zuttion

Bande dessinée française parue en 2019. On suit 3 des 6 participantes à un atelier d’escrime thérapeutique, un dispositif de guérison des traumatismes liés à des violences sexuelles par la pratique d’un sport de combat. On voit donc le cheminement de Lucie, Tamara, et Nicole, trois femmes avec des parcours très différents, qui vont se rapprocher et se soutenir les unes les autres.

Sujet pas très joyeux, mais BD réussie, des parcours de convalescence qui vont très vite mais dans le cadre d’une fiction ça passe. Un joli dessin à l’aquarelle (juste un peu perplexe sur le fait de mettre une meuf sans pantalon en couverture d’une BD sur les violences sexuelles, mais bon).

The Doom that came to Gotham, de Christopher Berkeley et Sam Liu

Film d’animation paru en 2023 et basé sur le comics éponyme de 2001 de Mike Mignola. Dans les années 30, Bruce Wayne investigue des événements inexpliqués aux quatre coins de la planète. Rationnel, il ne croit pas au surnaturel, mais l’ensemble des événements auxquels il assiste pointent vers un phénomène occulte, centré sur sa ville natale, Gotham City, et qui annonce la résurgence d’un ancien dieu maléfique. L’histoire va réimaginer les méchants de Batman sous la forme d’horreurs eldritchiennes, jusqu’à ce que Bruce Wayne affronte – sous la forme d’une chauve-souris géante – Yog Sothoth, un des Anciens Dieux majeurs dans le mythe de Cthulhu.

J’avais bien aimé les comics, j’ai moins été convaincu par cette version animée. Ça aurait valu le coup de faire une animation plus dans le style de dessins de Mignola, là c’est un peu trop lisse (on est dans le style de Batman : the animated series). Et il y a un peu trop de raccourcis pour pouvoir faire tenir le tout dans 1h30, donc des éléments sont un peu rushés. Du coup je recommande plutôt la lecture des comics.

Je n’ai pas de projet professionnel, de David Snug

BD parue en 2017. L’auteur raconte sa vie dans le milieu de la musique amateur, pourquoi il ne veut pas se professionnaliser, ce qu’il trouve débile dans le circuit de la professionnalisation en France, et ce qu’il trouve encore plus débile dans les revendications d’autogestion de certains courants musicaux qui se retrouvent à fétichiser le merch des groupes (et quelques grands groupes ultracapitalistes qui ont droit de cité inexplicablement dans un univers qui trashe tout ce qui est capitaliste par ailleurs) et les « vente à prix libre » où il faut toujours donner 5€ pour n’avoir l’air ni radin ni bourgeois. C’est très drôle et ça donne une petite fenêtre sur un univers que je connaissais pas du tout.

Très bonne surprise, évidemment recommandé. Un lien vers le site de l’éditeur, une fois n’est pas coutume : lien.

Bea Wolf, de Zach Weinersmith et Boulet

Bande-dessinée qui reprend (la première partie de) l’histoire de Beowulf en remplaçant les guerriers par des enfants. On découvre comment une bande d’enfants dans une banlieue nord-américaine indéterminée à construit une cabane gigantesque dans un arbre et accumulé un trésor gigantesque en jeux et bonbons. Mais furieux de leur bruit incessant, le monstreux M. Grindle va envahir leur sanctuaire, adultifier les adultes et nettoyer la cabane. Douze nuit durant les enfants seront terrorisés, jusqu’à ce que de la banlieue voisine, Bea Wolf, envoyée de la reine Heidi, vienne vaincre le monstre et restaurer la paix-d’après-l’heure-du-coucher.

C’était très chouette. C’est superbement illustré, les allitérations et le kenning rendent bien le sentiment d’une épopée, on est vraiment impliqué dans cette histoire d’enfants qui se battent pour préserver leur royaume de sodas et de nerf guns.

Grosse recommandation.

L’Homme gribouillé de Frederik Peeters et Serge Lehman

Bande dessinée parue en 2018. Betty Couvreur est une quarantenaire qui travaille pour la maison d’édition qui publie sa mère. Lorsque celle-ci fait un AVC alors qu’un mystérieux inconnu se présente à son domicile et terrorise sa petite-fille (la fille de Betty, donc), ces deux dernières (Betty et sa fille, qu’est-ce que vous trouvez de compliqué à suivre là-dedans ?) se mettent à enquêter sur le passé de leur mère et grand-mère respective. Rapidement leur enquête prend un tour fantastique, entre réseau de la Résistance, groupe de psychogéographie occulte, golem sous légende et village détruit par un tremblement de terre…

J’ai bien aimé, on est dans les thèmes ultraclassiques de Peeters et Lehman, qui tombent pile dans mes marottes. Le dessin en noir et blanc est beau, vu l’histoire un peu style polar je me serai attendu à quelque chose de plus sec et anguleux mais ça marche très bien comme ça.

Médée, de Blandine Le Callet et Nancy Peña

Bande dessinée en 4 tomes. L’autrice et la dessinatrice reprennent le mythe de Médée, mais en le racontant de son point de vue. Fille du cruel roi de Colchide, elle aide Jason à s’emparer de la toison d’or, le joyau du trésor de son père. Elle n’hésitera pas à recourir au meurtre plusieurs fois pour faire avancer sa cause et celle de Jason (jusqu’à ce qu’il l’abandonne pour un meilleur parti), avant de tuer ses propres enfants.

Le dessin est beau et illustre bien les différents royaumes de la Méditerranée antique. La réécriture du mythe est intéressante et fait fortement penser au travail de Madeline Miller. On a une figure féminine forte, mais ce n’est pas une réécriture à la Disney en mode « en fait les méchants n’étaient pas vraiment méchants » (looking at you, Maleficent) : si certains des crimes attribués à Médée lui ont été dans cette version collés sur le dos par les Grecs trop content de pouvoir accuser une barbare, elle est responsable de d’autres, et notamment de son infanticide.

Je recommande.

Spirou ou l’Espoir malgré tout, d’Émile Bravo

Série en quatre tomes (cinq si on compte Le Journal d’un Ingénu, publié 10 ans plus tôt mais auquel L’espoir malgré tout est une suite directe) qui raconte la vie de Spirou et Fantasio dans la Belgique de la Seconde Guerre Mondiale. On y découvre à la fois les origines de Spirou (pupille de l’État placé dans un orphelinat catholique), l’origine de son surnom (qui deviendra son nom de guerre), et on voit à travers ses yeux la Belgique de l’époque, et son apprentissaged de la vie.

J’ai beaucoup aimé. Le dessin d’Émile bravo est beau et fonctionne bien pour les personnages, la dynamique Spirou/Fantasio est bien rendue, le côté gamin qui découvre la vie de Spirou marche bien (plus que le côté « aventurier intrépide » d’autres albums à mes yeux), le thème (la chronique de quatre ans de guerre, et comment résister sans prendre les armes) est intéressant et bien rendu.

Grosse recommandation