Archives pour la catégorie phylactères

Le Sommet des Dieux, de Jiro Taniguchi

Manga en 5 tomes qui met en parallèle trois histoires, celles de trois ascension de l’Everest : celle de Mallory et Irvine, ascension réelle, première qui a peut-être atteint le sommet (mais on ne sait pas, les deux alpinistes sont morts avant de revenir à leur camp, avant ou après avoir atteint le sommet ?), et deux ascensions imaginaires, celle d’Habu, alpiniste japonais hors pair qui vit par et pour la montagne, et celle de Fukamachi, photographe qui commence par enquêter sur l’appareil photo de Mallory, croise le chemin d’Habu, décide d’en savoir plus sur lui et finalement se retrouve possédé par l’alpinisme aussi. Le manga raconte les vies d’Habu et Fukamachi, leurs différentes ascensions à travers le monde et leur relation, ainsi que celle d’Habu à Hase, un autre alpiniste japonais.

L’histoire est assez simple (« c’est l’histoire de mecs qui veulent atteindre le plus haut point du monde ») mais prenante, la narration bien pensée, et surtout le dessin (des montagnes, surtout) très beau, plongeant bien le.a lecteurice dans l’histoire. Les femmes servent d’intérêt amoureux uniquement par contre, c’est une histoire à la Hemingway pour ça, très sympa dans le côté « Man vs Wild » mais des côtés machos pas géniaux.

Le Combat ordinaire, de Manu Larcenet

Bande-dessinée en 4 tomes de Manu Larcenet.
Un photoreporter qui a un blocage créatif décide d’arrêter de partir aux quatre coins du monde. Il s’installe pas loin de Paris et vit sa vie dans son coin de campagne. Il rencontre une vétérinaire avec laquelle il commence à avoir une relation, il va voir son frère à Paris, il retourne voir ses parents, son père se remettant d’un AVC, il va voir les travailleurs du chantier naval où son père à bossé toute sa vie…
Bref, il vit sa vie de mec issu des classes populaires mais qui en est sorti, confortable en couple mais ayant peur de s’engager plus, dégoûté par la politique mais ne sachant pas forcément quoi faire…
Et c’est vachement bien. J’aime vraiment tout ce que fait Larcenet que j’ai lui de lui pour le moment. Il faut que je lise Le Retour à la Terre encore et j’aurai fait le tour de ses séries les plus connues, je pourrais ensuite attaquer les trucs plus obscurs et les one-shot.

L’Origine du Monde, de Liv Strömquist

Bande dessinée féministe de Liv Strömquist, aussi autrice des Sentiments du Prince Charles.
L’oeuvre parle des organes génitaux et de la sexualité féminin.e.s, de la représentation qu’on en avait à travers les âges (identiques à ceux masculins, opposés à ceux masculins, complémentaires à ceux masculins, mais en tous cas toujours considérés par rapport aux masculins), au peu d’études scientifiques dessus par rapport à leurs pendants masculins…
C’est fort intéressant, et je lis en parallèle le premier tome du Deuxième Sexe, de De Beauvoir, qui parle des mêmes sujets avec une approche historique aussi, mais qui réussit beaucoup moins bien le fait de faire passer les choses de façon didactique (et qui souffre aussi de certaines conceptions datés de l’anthropologie, je pense).

Je recommande.

Blast, de Manu Larcenet

Bande dessinée principalement en noir et blanc avec quelques passages en couleurs. En quatre tomes, imposante, sombre, prenante. Une belle oeuvre, la narration par un personnage aux deux policiers qui l’interroge de sa vie et de sa cavale, de son rapport au monde et sa découverte du Blast, un état de conscience modifié.

C’est la seconde oeuvre de Larcenet que je lis après Le Rapport de Brodeck (j’ai lu des bouts du combat ordinaire mais pas la BD entière), il aime les thèmes pesants visiblement, mais il les traite très bien. 

Je recommande (quand vous êtes en forme mentalement).

Article invité : Raining Knives, par Mothtrap

Cher Machin, la combinaison d’avoir mille choses à faire et d’avoir découvert récemment un webcomic tout à fait intéressant m’a encouragé à procrastiner les premières pour parler du second. Voici donc, si cela t’intéresse, un article incrusté pour ton blog (c’est comme un article invité, mais sans invitation). J’aurais bien aimé en parler plus longuement, mais la série à la fois est loin d’être finie et avance rapidement (deux à six planches par mois), donc ça ne s’y prête pas vraiment.

— Maxime

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Raining Knives est l’histoire de deux frères jumeaux adolescents aux caractères bien différents. Jeremy est un peu crâneur, pas très malin, fainéant, bagarreur, et donc populaire, sa famille lui pardonne tout. Dylan est plus réservé, plus effacé, solitaire, gentil mais il vit dans l’ombre de son frère, par manque non d’intelligence mais plutôt de personnalité. Malgré leurs différences et leurs ressentiments, ils vont apprendre à se rapprocher et à se comprendre, le lien fraternel étant plus fort que bien des différences.

Hahahahaha, non, pas du tout. Enfin, au sens strict, cette description est correcte mais elle passe à côté de l’intérêt narratif majeur de Raining Knives : Jeremy est mort. Tué. Assassiné, même. Assassiné par son frère Dylan. (It is not a spoiler if it happens on page four.)

On aurait tort de croire que ce genre de menu contretemps met en péril le rapprochement fraternel. Il n’en est rien. Le fantôme de Jeremy apparaît quelques jours après le meurtre. Avec deux caractéristiques centrales qui permettent à toute l’histoire de se développer : il a oublié ce qui lui est arrivé le soir de sa mort, et seul Dylan est capable de le voir et de l’entendre. Et c’est ainsi que le lien fraternel s’épanouit.

Partant de là, les deux frères vont enquêter ensemble sur le meurtre de Jeremy. Enfin, Jeremy enquête sur son meurtre et Dylan enquête sur son frère en lui faisant croire qu’il enquête sur son meurtre. Car opportunément, le meurtre est arrivé après une soirée « un peu arrosée » où, bien entendu, « il s’est passé des choses » : mourir ne suffit pas pour devenir un saint et Jeremy a su, de son vivant, s’attirer des ennemis et briser des amitiés qu’on croyait éternelles. Dylan va tenter de reconstituer cette soirée (à laquelle il n’était pas : les deux frères n’ont aucun ami en commun), entre les non-dits, les brumes de l’alcool et les regrets des différents témoins.

L’histoire est toujours en cours (une intro et quatre chapitres pour l’instant, début en août 2016, au moins quatre autres chapitres semblent prévus) donc inutile de se lancer dans de longues analyses de la narration. D’ailleurs, je risquerais le ridicule en tentant d’élucider dès maintenant certains mystères encore bien épais de la série : après tout, de « innocent » à « tueur en série », en passant par « psychopathe » et « schizophrène neurasthénique », les portes sont encore bien ouvertes pour Dylan. On peut en revanche tout de suite relever quelques atouts majeurs de l’œuvre.

Il y a d’abord la densité des personages. Surtout de Dylan évidemment, froid et calme, mais fou et sensé, distant avec tout le monde mais affectueux avec son frère depuis qu’il l’a tué. La naïveté touchante de Jeremy lui donne encore plus de relief — et elle contraste utilement avec la personnalité du Jeremy vivant, qu’on aperçoit lors de quelques flashbacks : s’il n’était déjà mort, il nous agacerait. Par ailleurs, je n’ai pas menti plus haut, un lien fraternel indéniable se développe, un lien forcé par les circonstances mais d’autant plus important pour les deux frères que Jeremy ne peut parler à personne d’autre et qu’il est pour Dylan le dernier rempart contre la folie pure (et je vous laisse imaginer ce que l’histoire réserve à Dylan pour que le fantôme de son frère par lui assassiné puisse le préserver de la folie). Les autres personnages ont évidemment reçu moins d’attention jusqu’à présent, mais il y a déjà de la matière autour de Corey, jadis meilleur ami de Jeremy, et du mystère prometteur autour de Rob, coupable trop idéal pour le meurtre de Jeremy, et d’Anonymous girl, employée de pompes funèbres. (En revanche, les autres membres de la famille de Dylan et Jeremy comptent, pour l’instant, uniquement pour leur absence.)

Il y a aussi une maîtrise narrative des points de vue. On s’attache très vite et avec tendresse à Dylan, oubliant un peu vite son geste froid qui ouvre la série, finissant par lui accorder du crédit et par vouloir adhérer à sa version « accidentelle » des faits (c’est terrible, ces accidents malencontreux qui arrivent quand on a un parpaing entre les mains). N’est-il pas victime de sa folie ? Mais était-il fou avant d’être meurtrier ? Le fait que Jeremy ne puisse se faire entendre que de son frère donne lieu à des polyphonies intéressantes. Et, fait crucial pour ce genre d’histoire-enquête sur le passé des personnages, les flash-back sont bien amenés et l’équilibre entre informations, fausses pistes, solutions et nouveaux mystères est, pour l’instant, très réussi.

Quant au graphisme, de style réaliste à ligne claire avec des couleurs nettes et ombragées, il peut paraître quelconque à première vue. On se rend vite compte qu’il colle parfaitement avec l’ambiance du récit et qu’il n’est pas anodin. Ni les couleurs, variées, ni les détails, nombreux, ne semblent laissés au hasard et on prend plaisir à relire plusieurs fois certaines planches, voire l’intégralité du récit (tant mieux d’ailleurs, car la complexité de l’histoire y encourage).

Si vous ne craignez pas les spoilers, vous pouvez admirer le sens de la composition sur certaines planches très réussies comme 116 (double symétrie selon l’axe verticale et selon le reflet dans le plan d’eau), 108 (une perspective (dont j’apprends qu’elle s’appelle curvilinéaire ou fisheye), coupées de quelques petits cadres, reflétant à merveille la perplexité de Dylan à ce moment de l’histoire), ou encore 99 (une narration circulaire).

En fait, à peu près tous les cadres entrent en résonance avec l’histoire, un fait qui apparaît dès les premières planches : les trois premières sont faites de cadres nets et rectangulaires pour un esprit encore net (perturbé par un unique trapèze pour une tache de sang), la fin des angles droits arrive sur la quatrième planche, qui révèle l’assassinat — et l’arme du crime, un parpaing bien rectangulaire. Les révélations fracassantes se font sur des cadres rappelant le bris de verre ; un cadre dépasse de la page quand Dylan peine à remettre ses esprits en ordre ; quand la raison n’arrive plus à englober les faits, un cadre n’arrive plus à retenir l’image dans ses limites ; et il y a carrément un personnage qui prend la situation en même temps que le cadre en mains. Les couleurs ne sont pas en reste, du crescendo chromatique des planches cinq à dix à l’enfance orangée des souvenirs du collège. Et je ne relève pas les dizaines de symétries évidemment facilitées par la présence de jumeaux.

Il y a certes de temps en temps quelques petits défauts : certains mouvements peu naturels, certaines expressions faciales mal maîtrisées, quelques transitions abruptes ou quelques bulles bizarrement placées. Mais c’est rare et le tout respire plutôt la qualité. (L’auteurice a complètement redessiné et réécrit son histoire ; la première version ne datait que de 2014–2016 mais les progrès techniques sont assez incroyables, comme on peut le voir avec l’ancienne version de la planche dont je louais justement plus haut la double symétrie.).

Bref, Raining Knives est une histoire excellente, dont j’espère qu’elle continuera sur sa lancée. Lisez-la. Puis relisez-la pour en admirer le sens du détail.

Histoires de Batman, de Scott Snyder

Un ami m’a prêté 6 tomes en hard cover de Batman, les histoires scénarisées par Scott Snyder, c’est-à-dire The Court of Owls, The City of Owls, Death of the Family, Zero Year: Secret City, Zero Year: Dark City et Past, Present, Future. J’avais déjà lu les deux premiers il y a longtemps et j’avais aimé, du coup j’étais content de me replonger dedans et d’avoir une bonne dose d’oeuvre à lire.

J’ai beaucoup aimé les dessins (le gros de l’œuvre est dessiné par Greg Capullo mais il y a pas mal d’autres dessinateurices aussi). J’ai bien aimé l’arc des Hiboux (même si bon, y’a quand même une société secrète centenaire prête à se révéler à chaque coin de rue dans l’univers DC). Pas été fan de Death of the Family, que j’ai trouvé comme un The Killing Joke (si vous aimez l’univers de Batman et que vous n’avez pas lu The Killing Joke, faites-le) en moins réussi, plus dilué/verbeux. Le design du Joker est très réussi cependant. Zero Year et Past Present Future sont cools, mais les parties « Les voyages de Bruce Wayne » ne servent pas à grand chose. La prise de contrôle de Gotham par le grand méchant n’a comme souvent aucune crédibilité, mais les vues d’un Gotham en ruine et le Batman en mode survival que ça permet de mettre en scène sont superbes, donc on pardonne l’implausibilité. Il me reste 2 ou 3 tomes à emprunter, on verra ce que ça donne.

Il me restait donc 3 tomes à emprunter : pour commencer, Mascarade, ie le re-re-re-retour du Joker. Un peu dubitatif parce que comme toujours c’est à géométrie très variable : parfois le méchant a juste le gaz incapacitant qui permet de neutraliser Batman, parfois Batman a 18 coups d’avance.

Enfin, Batman la relève, tome 1 et 2. Suite aux événements de Mascarade, Batman est porté disparu. Un petit partenariat public privé entre le GCPD et Powers Industries va lancer le programme « Agent Batman », où le nec plus ultra de la technologie futuriste des comics va permettre d’avoir un exosquelette Batman employé par les forces de police de Gotham. Et forcément, en réaction à ce nouveau Batman, un nouveau superméchant surgit. Des trucs intéressants explorés dans cet arc, mais la structure globale de l’arc et le méchant n’ont pas grande originalité. La relation du Batman de substitution à la fois à l’institution policière, à l’héritage de Batman et à la mégacorporation qui le sponsorise est intéressante. Esthétiquement j’étais content qu’on nous montre plein de variations du costume de Batman et des Batexosquelettes, ça me fait toujours tripper.

GLobalement j’étais content de lire cette grosse masse de Batman, bons dessins, bon univers et c’est un superhéros que j’aime bien, mais les scénarios et le Batverse en général ont un peu tendance à réinventer la poudre à chaque reboot de l’univers plutôt que de faire des trucs novateurs (déjà perso je serai responsable chez DC de comment l’univers se développe, je tuerai Bruce Wayne une bonne fois pour toute. Pas temporairement pour n publications, définitivement définitivement. Ca serait un peu plus en ligne avec l’idée que Batman est plus grand qu’un seul homme, et ça permettrai d’explorer d’autres trucs intéressant que de nous rebooter sa première année en tant que Batman tous les 36 du mois. Mais bon.6)

Article invité : recommandations webcomics Mc

Suite à mon article sur Wilde Life, Mc a remarqué que c’était un webcomics qu’il connaissait et suivait de longue date, et qu’il aurait pu me le recommander. Du coup, il a accepté de faire une liste de recommandations de webcomics, que je publie ici avec son aimable autorisation (J’adore dire que j’ai des aimables autorisations, je trouve ça hyper-classe)

==Pas d’histoire, tous ultra-connus==
Saturday Morning Breakfast Cereal => geek must-read (update /jour)
Cyanide & happiness => humour noir, souvent nsfw (update souvent)
xkcd => geek must-read (update 3/semaine)
Commit Strip => la vie quotidienne dans une SS2I, nécessite souvent une certaine culture informatique (en français, update souvent)
PhD comics => la vie académique, nécessite souvent une certaine culture académique (updates irrégulières)
Dilbert => l’absurde de la vie en entreprise (NB: l’auteur est un crackpot trumpiste avec un blog chelou) (quotidien)
Existential Comics => philosophique, ultra intéressant (hebdomadaire, suivre @existentialcoms sur twitter est un bonus cool)

==Histoire==
The Order of the Stick => une histoire de jeu de rôle type D&D, très recherchée, 1111 épisodes (updates rares)
Boy who fell => style manga, sur un enfant enlevé dans les enfers (vus comme une sorte de monde parallèle). Histoire très captivante, univers assez développé (iirc aidé par pas mal de trucs parallèles sur tumblr mais je ne les suis pas) (update 2/semaine)
Wilde Life => déjà présenté (ici)
Metacarpolis => « an adventure/sci-fi/fantasy/comedy/whatever comic », histoire très absurde et souvent comique (le alt-text aide, comme dans wildelife) (update 2/semaine)
Ctrl+Alt+Del => thème jeux vidéos, originellement une longue histoire (finie), maintenant alternant entre un reboot de celle-ci et des strips indépendants (updates 3/semaine)
Always Human => histoire d’amour dans un contexte SciFi, histoire terminée, art sublime, musique composée pour aller avec l’histoire, personnages cool auxquels on s’identifie facilement, probablement une des seules histoires qui aura autant réussi à me faire sourire et pleurer.

Au niveau de ceux que je recommande particulièrement (et où ya de quoi dire des trucs en reviewant), ya OOTS mais qui demande un certain investissement et frustre quand on arrive à la dernière update (enfin ça prend qq jours quand même); wilde life; TBWF et always human. Metacarpolis vient après, et CAD aussi (c’est un peu dur de se mettre dedans sans un certain investissement, mais ça existe depuis 2002, et l’histoire longue de base [finie bien que rebootée] est cool^^)

Les Sentiments du Prince Charles, de Liv Strömquist

Bande dessinée sur les rapports et les différents positionnement hommes/femmes dans une relation hétéro dans la société hétéropatriarcale actuelle.

C’est très intéressant, en tant que mec hétéro moi-même j’y ai très vite reconnu pour partie mes propres comportements. Et ça met bien en évidence que se dire et se vouloir féministe, même en s’étant documenté, même en faisant preuve de bonne volonté, ne permet pas d’effacer tout le conditionnement social que la société vous a inculqué. La lutte est intérieure et de tous les instants.

Après j’ai pas été convaincu pareil par toutes les parties de la BD : je suis tout à fait d’accord avec ce qu’elle raconte mais parfois t’as l’impression que c’est assené juste en mode « c’est comme ça et voilà » et tu restes un peu sur ta faim sur les mécanismes, mais après toutes les références sont précisées donc c’est possible de creuser.

Wilde Life, par Pascalle Lepas

Un webcomic assez cool et fort bien dessiné. Recommandé par un ami suite à ma recommandation de Long Exposure. Ca parle de phénomènes fantastiques dans une petite ville, et d’amitiés improbables. L’univers est assez intéressant, faisant du neuf avec des tropes vieux comme le monde (sorcières, fantômes, loups-garous…).

Ça vaut le coup de lire les alt-texts des pages, où l’autrice commente les idioties de ses personnages et est hilarante en qq mots.