Archives de catégorie : phylactères

et il foula la terre avec légèreté, de Mathilde Ramadier et Laurent Bonneau

Bande dessinée sur un géologue travaillant pour une grosse compagnie pétrolière française, qui part en mission de terrain en Norvège pour évaluer le potentiel d’un réservoir. Sur place il discute avec les habitants de leur rapport à la Nature, des changements récents de la société et de ceux qu’amènerait l’implantation d’une plate-forme de forage.

Le dessin est très beau, et le propos avait l’air intéressant, mais au final je l’ai trouvé un peu vide. Le mec se pose des questions, ok, fort bien, et ? On ne voit pas ce qu’il en fait dans son taf où dans son rapport personnel au monde. Les persos sont un poil caricaturaux aussi.

Rex Mundi, d’Arvid Nelson

France, 1933. La Réforme n’a pas eu lieu, et la Révolution Française a échoué. A quelques cellules de terroristes calvinistes près, l’Europe et catholique, et la France est dirigée par une monarchie constitutionnelle où le pouvoir est partagé entre Louis XXII, la Chambre des Épées et la Chambre des Robes. L’Inquisition est la force de maintien de l’ordre principale, même si elle commence à accepter de coopérer avec des forces de police laïques dans les différents empires. Oh, et la magie existe.

Dans cet univers, un membre de la Guilde des Médecins va accepter de mener une enquête pour le compte d’un de ses amis. Très vite, il va se retrouver sur la piste d’une conspiration ancestrale (avec des Templiers, comme toute bonne conspiration), sur le point de remettre en cause le pouvoir de l’Eglise et l’ordre politique de la France.

L’univers est très bien. Les premiers tomes, où on le découvre progressivement, avec l’enquête du personnage principal, sont vraiment bien. Les ajouts sous la forme de une de journaux à la fin de chaque chapitre qui donne une idée plus large de ce qui se passe dans le monde, sont une excellente idée pour approfondir l’univers sans ralentir l’histoire.
Je suis moins convaincu par la fin, où l’histoire de l’enquête et les grands enjeux politiques, qui devraient se mélanger, ne le font pas : c’est deux histoires parallèles, certains personnages passent de l’un à l’autre mais sans qu’une histoire n’influe vraiment sur l’autre. De plus, la politique devient trop un décalque de notre monde dans les enjeux, toute la partie magie et église en disparaît, alors que les premiers tomes réussissaient à vraiment donner quelque chose d’alternatif intéressant.

White Knight, de Sean Murphy

Roman graphique sur Batman, qui imagine un Batman toujours plus violent et un Joker qui, à l’aide d’une drogue expérimentale, sort de sa psychose. Les rôles commencent à s’inverser, avec un ex-Joker qui décide de devenir conseiller municipal et d’assainir la ville, là où Batman provoque destructions/actions illégales/collusion politique.

C’était assez cool. J’aime bien le dessin, le scénario intègre pas mal d’éléments de différentes époques de Batman (les différentes batmobiles, différents styles vestimentaires du Joker) et pose des questions de brutalité parapolicière, de détournements de fonds, de justice sociale. La caractérisation du Joker et surtout d’Harley Quinn est intéressante. C’est pas mal d’avoir un one-shot avec une histoire et un nombre de personnages resserré. J’ai lu Dark Nights: Metal ensuite, qui est un gros crossover de l’univers DC, et bon y’a qq jolies planches mais l’histoire est boursouflée à mort, on voit bien la différence entre les deux choix de narration.

Chew, de John Layman et Rob Guillory

Série de comics en 12 tomes. Suite à une pandémie de grippe aviaire, le poulet a été déclaré illégal, et la FDA est devenu l’agence fédérale la plus puissante des USA. Elle enquête sur tout les crimes liés à la nourriture, qui sont légions dans un monde où certaines personnes, comme le héros de la série, ont des super-pouvoirs liés à la nourriture. Tony Chu, le héros, est cibopathe : il peut voir le passé de ce qu’il consomme, faculté relativement utile quand on est enquêteur – si vos collègues acceptent de vous voir mordre à belles dents dans les cadavres.

La série est assez barrée, avec des questions d’influence extraterrestres, des sectes millénaristes, un marché noir du poulet, un coq de combat surpuissant, des superpouvoirs absurdes… Le dessin est sympa aussi, assez cartoonesque par moment, on sent que les auteurs se sont faits plaisir avec cette série (notamment toutes les doubles pages « Poyo vs… » sont géniales). Ca ne renouvelle pas profondément le genre, mais j’ai passé un bon moment en lisant les 12 tomes (même si pas totalement convaincu par la fin).

Le Sommet des Dieux, de Jiro Taniguchi

Manga en 5 tomes qui met en parallèle trois histoires, celles de trois ascension de l’Everest : celle de Mallory et Irvine, ascension réelle, première qui a peut-être atteint le sommet (mais on ne sait pas, les deux alpinistes sont morts avant de revenir à leur camp, avant ou après avoir atteint le sommet ?), et deux ascensions imaginaires, celle d’Habu, alpiniste japonais hors pair qui vit par et pour la montagne, et celle de Fukamachi, photographe qui commence par enquêter sur l’appareil photo de Mallory, croise le chemin d’Habu, décide d’en savoir plus sur lui et finalement se retrouve possédé par l’alpinisme aussi. Le manga raconte les vies d’Habu et Fukamachi, leurs différentes ascensions à travers le monde et leur relation, ainsi que celle d’Habu à Hase, un autre alpiniste japonais.

L’histoire est assez simple (« c’est l’histoire de mecs qui veulent atteindre le plus haut point du monde ») mais prenante, la narration bien pensée, et surtout le dessin (des montagnes, surtout) très beau, plongeant bien le.a lecteurice dans l’histoire. Les femmes servent d’intérêt amoureux uniquement par contre, c’est une histoire à la Hemingway pour ça, très sympa dans le côté « Man vs Wild » mais des côtés machos pas géniaux.

Le Combat ordinaire, de Manu Larcenet

Bande-dessinée en 4 tomes de Manu Larcenet.
Un photoreporter qui a un blocage créatif décide d’arrêter de partir aux quatre coins du monde. Il s’installe pas loin de Paris et vit sa vie dans son coin de campagne. Il rencontre une vétérinaire avec laquelle il commence à avoir une relation, il va voir son frère à Paris, il retourne voir ses parents, son père se remettant d’un AVC, il va voir les travailleurs du chantier naval où son père à bossé toute sa vie…
Bref, il vit sa vie de mec issu des classes populaires mais qui en est sorti, confortable en couple mais ayant peur de s’engager plus, dégoûté par la politique mais ne sachant pas forcément quoi faire…
Et c’est vachement bien. J’aime vraiment tout ce que fait Larcenet que j’ai lui de lui pour le moment. Il faut que je lise Le Retour à la Terre encore et j’aurai fait le tour de ses séries les plus connues, je pourrais ensuite attaquer les trucs plus obscurs et les one-shot.

L’Origine du Monde, de Liv Strömquist

Bande dessinée féministe de Liv Strömquist, aussi autrice des Sentiments du Prince Charles.
L’oeuvre parle des organes génitaux et de la sexualité féminin.e.s, de la représentation qu’on en avait à travers les âges (identiques à ceux masculins, opposés à ceux masculins, complémentaires à ceux masculins, mais en tous cas toujours considérés par rapport aux masculins), au peu d’études scientifiques dessus par rapport à leurs pendants masculins…
C’est fort intéressant, et je lis en parallèle le premier tome du Deuxième Sexe, de De Beauvoir, qui parle des mêmes sujets avec une approche historique aussi, mais qui réussit beaucoup moins bien le fait de faire passer les choses de façon didactique (et qui souffre aussi de certaines conceptions datés de l’anthropologie, je pense).

Je recommande.

Blast, de Manu Larcenet

Bande dessinée principalement en noir et blanc avec quelques passages en couleurs. En quatre tomes, imposante, sombre, prenante. Une belle oeuvre, la narration par un personnage aux deux policiers qui l’interroge de sa vie et de sa cavale, de son rapport au monde et sa découverte du Blast, un état de conscience modifié.

C’est la seconde oeuvre de Larcenet que je lis après Le Rapport de Brodeck (j’ai lu des bouts du combat ordinaire mais pas la BD entière), il aime les thèmes pesants visiblement, mais il les traite très bien. 

Je recommande (quand vous êtes en forme mentalement).