Archives par mot-clé : roman français

La Panthère des neiges de Sylvain Tesson

Je n’ai pas du tout aimé. Le livre raconte comment l’auteur est parti dans l’Himalaya avec un photographe animalier pour pister et voir des animaux sauvages, dont une panthère des neiges qu’ils réussiront à voir 3 fois. Ça pourrait être une belle histoire sur la rencontre Humain/Nature, comme il le dit au début, sauf qu’en fait il passe son temps à namedropper des philosophes sans que ça apporte rien, à étaler sa culture, à faire des remarques sexistes, racistes ou antisyndicalistes. Il est aussi en mode « oh la la regardez comme c’est simple de voir la beauté du monde » alors que rappelons-le, le mec a décidé pour faire ça d’aller dans l’Himalaya pendant plusieurs semaines, pas exactement ce que peut se permettre le/la français·e moyen·ne. Mention spéciale au passage « un chasseur m’a dit que de toute façon j’avais une position de citadin… » [là je me dis que je vais être d’accord avec lui] « … or je revenais justement d’un trek en Afghanistan, clairement c’est moi qui ait la plus grosse légitimité » Merci connard. Bref, je ne recommande pas. J’avais commencé Éloge de la plante en parallèle, je vais aller le finir, ça m’a l’air de pertiner carrément plus sur le rapport à la Nature.

Cora dans la Spirale, de Vincent Message

Roman français de 2019 qui parle d’aliénation au travail. Il suit l’histoire de Cora Salme, qui travaille au service marketing d’une entreprise d’assurances françaises et qui avec les ajustements structurels progressifs de l’entreprise et quelques problèmes de sa vie personnelle, va se retrouver de plus en plus mise sous pression.

C’était pas très joyeux mais c’est intéressant d’avoir des fictions qui parle de ce genre de contexte. L’histoire est intéressante et l’auteur entremêle bien les différents fils narratifs, le point de vue de la narration est intéressant aussi, mais je n’ai pas toujours été enthousiasmé par le style par contre.

Mémoire de Fille, d’Annie Ernaux

Court roman autobiographique d’Annie Ernaux, ou elle revient sur sa vie et son état d’esprit entre 1958 et 1962, c’est-à-dire les années où elle devient sexuellement active durant une colonie de vacances où elle est monitrice, avant de rejeter totalement cette part d’elle-même.

C’était intéressant mais j’ai largement préféré Les Années et La Femme gelée comme roman de l’autrice. Le style de l’écriture, ici, avec une réflexion sur le temps de l’écriture et sa difficulté à se confronter à cet épisode, ne m’a pas enthousiasmé.

Les Bacchantes, de Céline Minard

Court roman (je dirai même nouvelle) de Céline Minard. Un trio de braqueuses s’est enfermé dans une cave à vin contenant pour plusieurs millions de grands crus. Les négociations n’arrivent à rien, leurs motifs et objectifs restent mystérieux…
Je n’ai pas été enthousiasmé. Ça se lit bien et vite, mais ça reste assez superficiel vu la brièveté du bouquin, et j’ai trouvé la fin confuse. Il y des motifs communs avec Le Grand Jeu, mais en moins bien.

Les Années, d’Annie Ernaux

Roman français de 2008. Annie Ernaux détaille sa vie et les changements dans la société française entre 1940 et 2008. Le texte est espacé de descriptions de photos/vidéos, et se déroule à la 3e personne. J’ai beaucoup aimé, je ne saurai pas exactement dire pourquoi. Le style est prenant, avec une accélération progressive de la narration. Elle raconte sa jeunesse, son mariage, divorce, son rapport à ses enfants, et plus largement une vie qui plonge dans la société de consommation, les conventions de la vie à 2, les années De Gaulle, VGE, Mitterrand, les réminiscences du 11/09, des attentats de la rue de Rennes, la victoire de 98…
L’incipit est très intéressant aussi, qui résume en quelques pages le roman et liste des fragments de souvenirs. J’aime beaucoup la première phrase et ce qu’elle annonce du projet du roman : « Toutes les images disparaîtront. »

Mercy, Mary, Patty, de Lola Lafon

Roman sur la rédaction d’un rapport sur l’affaire (réelle) Patricia Hearst : dans les années 70, une héritière américaine est enlevée par un groupe d’extrême-gauche. Rapidement elle prend faits et cause pour ses ravisseurs. Dans le roman, une prof de fac américaine, Gene Neveva, est chargée par l’avocat des Hearst de corroborer la thèse du lavage de cerveau de Patricia. Enseignant l’anglais pendant un an dans un lycée privée français dans un petit village des landes, Gene va prendre comme assistante une lycéenne locale, Violaine, pour l’aider à rédiger ce rapport.
Le récit entremêle plusieurs niveaux de narration : l’affaire Hearst, la rédaction du rapport dans les Landes, les relations de la narratrice avec Violaine, et plus tard dans sa vie, sa présence pour un semestre dans l’université américaine où Gene enseigne. Le thème commun est le parcours de femmes qui décident de ne pas se conformer aux rôles que la société veut leur imposer, avec les difficultés que ça représente. La narration à la deuxième personne est intéressante, et l’effet de découvertes des strates successives de narration et des liens entre eux des personnages et de leurs points de vue. Violaine idéalise Gene, la narratrice aussi par rebond, mais avec plus de distance. Les thèses de Gene s’avère in fine devoir beaucoup au travail et à l’insistance de Violaine, qui n’en sera jamais crédité. Les personnages sont intéressants de ce point de vue, tous complexes et multidimensionnels.

L’Aménagement du Territoire, d’Aurélien Bellanger

Il restait un roman de Bellanger que je n’avais pas lu, voilà qui est corrigé. Comme pour Le Grand Paris, j’ai bien aimé le début, puis je trouve que ça se perd en cours de route, et spécifiquement là c’est assez manifeste que Bellanger ne sait pas trop comment conclure. Le roman parle comme l’indique son titre d’aménagement du territoire en France, de comment la puissance publique décide d’investir dans des infrastructures. Le roman suit plusieurs acteurs de cet aménagement, des haut fonctionnaires comme des dirigeants de grandes compagnies du BTP. Comme toujours, il entremêle ses personnages fictifs avec d’autres réels (De Gaulle, Foccart, la firme Vinci…) et s’appuie sur l’Histoire récente de la France. Toute cette partie est très prenante, avec un entremêlement de la trajectoire des personnages et des changements d’échelle entre leur vie personnelle, leur jeunesse à une échelle réduite, le déploiement de leur action à l’échelle nationale voire internationale pour deux d’entre eux, puis un retour au village, où les enjeux et les affrontements vont se concentrer. En plus, Bellanger imagine une histoire secrète, avec une société conspiratrice (ou deux ?) au plan immémorial qui va s’achever d’ici une génération, la Mayenne devenant la clef de l’avenir de la France (la Mayenne !) et les personnages du roman choisissant entre deux camps.

Hélas, après ce pitch alléchant, ça s’enlise un peu. Il y a des répétitions voire des incohérences dans la narration (là c’est plus la faute de l’éditeur je pense), et l’affrontement et la puissance d’agir des personnages oscille un peu entre le symbolique (un des persos qui déclare transformer la future Bretagne indépendante en puissance nucléaire car il a pris soin de ne pas exploiter un filon d’uranium du sous-sol breton alors qu’il aurait pu) et le concret (on va faire sauter la ligne de TGV lors de son inauguration par le gouvernement !). Le grand secret de la société secrète ne convainc absolument pas, notamment parce qu’il entremêle ces deux niveaux de lecture sans arriver à choisir.

Vaut le détour mais un peu décevant dans l’ensemble, donc.

Le Grand Jeu, de Céline Minard

Roman sur une femme qui part vivre seule dans la montagne, avec un plan pour être autosuffisante, du matériel d’escalade et des questions existentielles plein la tête.

Céline Minard raconte bien la montagne, l’existence de la narratrice donne vachement envie même si elle demande probablement pas mal de fric et une force de caractère herculéenne pour être vraiment vécue. J’ai beaucoup aimé.

L’Ordre du Jour, d’Eric Vuillard

Court roman français sur les compromissions des industriels allemands et des gouvernements européens avec le régime nazi. Je n’ai pas été enthousiasmé. D’une part parce que le côté « roman documentaire parlant de la seconde guerre mondiale et de ce qui y a mené a déjà été fait – en mieux et en plus long – par Binet dans HHhH. Et d’autre part parce que sur les sujets de l’accommodement du libéralisme économique au fascisme et des méthodes par lesquelles le fascisme s’impose, j’aurai préféré quelque chose de plus analytique.