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Debout-payé, de Gauz

Un court roman sur les vigiles parisiens depuis 1970 et sur comment ces postes et le secteur privé de la sécurité sont liés à l’immigration depuis les pays africains. La narration oscille entre le parcours de plusieurs immigrés, leurs jobs dans le secteur de la sécurité, leurs galères pour obtenir des papiers, les variations de politiques concernant le secteur (avant le 11/09, il y avait plein de boîtes de sous-traitances tenues par la diaspora ivoirienne qui géraient la sécurité non-sensible (gardiennage de bâtiments abandonnés, vigiles dans les magasins), avec des réseaux informels et des retours d’ascenseur. Au 11/09, brusque tour de vis sur la réglementation, et globalement toutes les petites boîtes ont coulé. De nouvelles ont émergé, avec toujours des vigiles noirs, mais cette fois-ci des patrons blancs, jusque dans la sous-traitance.

En plus de ces parties intéressantes, il y avait aussi des parties du livre sous forme d’énumération de définition de termes ou concepts spécifique au secteur, mais qui tournent surtout au jeu de mots facile. Ça n’apportait pas grand chose au roman, qui était déjà assez court et qui aurait gagné à étoffer le reste. Le bouquin vaut quand même le coup dans l’ensemble ; je lirai le suivant du même auteur, sorti cette année. 

Vernon Subutex, de Virginie Despentes

Roman français choral en trois tomes. J’ai trouvé le premier un peu long à décoller et un peu déprimant (tous les personnages sont des connards d’une façon ou d’une autre, Despentes dit que c’est parce qu’elle trouvait que tout le monde était déprimé à Paris à l’époque), mais la fin te mets sur les rails des deux suivants. Le deuxième tome je l’ai lu en une journée (composée essentiellement d’un voyage en train) et j’ai enquillé le troisième à la suite.

C’est un bon livre, ça se lit bien, ça présente une fresque d’une certaine société française dans les années 2010, avec un fond politique et social réaliste. Y’a des passages assez sombres (meutre, viol, terrorisme, exclusion, et j’en passe), d’autres plus peace.
Un peu perplexe devant l’épilogue dont je ne vois pas trop ce qu’il apporte, mais globalement j’ai aimé. 

La Brigade du Rire, de Gérard Mordillat.

Roman français. Un collectif d’amis issus des classes populaires décide de kidnapper l’éditorialiste de Valeurs françaises (un décalque manifeste de Valeurs Actuelles) et de le forcer à travailler aux 3/8 en tant qu’OS en lui appliquant les mesures « en faveur de la compétitivité » qu’il prône à longueur d’édito.

Le pitch était alléchant mais le livre est décevant. Les personnages dans l’ensemble parlent de sexe ou font l’amour toutes les 2 pages, les personnages féminins n’ont aucun intérêt, et s’il y a des passages intéressants, le livre est quand même très verbeux par rapport à l’action effective.

La Part des Choses, de Benoîte Groult

Roman sorti en 72. 3 couples d’amis dans la quarantaine embarquent sur le bateau de l’une d’entre elle pour faire un tour du monde. Au fur et à mesure du voyage, les couples vivent leur crise de la quarantaine dans diverses configurations.

Pas été enthousiasmé. Je l’avais récupéré parce que Benoîte Groult, mais le livre n’est en fait pas très intéressant. Les chapitres d’ouvertures et de fermeture qui se passent en France ont quelque chose, mais le voyage au milieu, bof.

Le Grand Paris, d’Aurélien Bellanger

Du même auteur, j’ai lu La Théorie de l’Information, que j’avais bien aimé.

J’ai été un peu déçu par Le Grand Paris. J’ai beaucoup aimé le début qui parle de génie du lieu, d’esprit des villes (sur ces deux premiers points, et spécifiquement sur ces points appliqués à Paris je rapprocherais ce livre de Masqué, de Philippe Lehman et de La Conjuration, de Philippe Vasset), d’urbanisme et d’une enfance et d’une jeunesse de droite. Je trouve ça très bien réalisé, difficile de savoir quel est le point de vue de l’auteur, qui sembler glisser des éléments autobiographiques dans son personnage mais garde cependant une distance avec son personnage « ravi de la droite ».

J’ai été moins enthousiasmé par la description des années Sarkozy et la cuisine interne de la politique de la droite française. Ok le Grand Paris est un objet éminemment politique, mais le livre s’égare un peu dans tout ça. Si le récit de la campagne et de la fabrication de la stature présidentielle de Sarkozy est intéressante (et oh combien transposable à Macron), le récit s’enlise après la sortie de l’état de grâce. Ça tourne un peu en rond, on ne comprends pas trop ce que l’islam vient faire là dedans avec tant d’insistance. Globalement le bouquin est intéressant, mais je suis resté un peu sur ma faim du prisme urbaniste du début que je m’attendais à voir revenir et être développé davantage.

L’analyse pas mise en forme de MNL, qui m’avait recommandé le bouquin :
tldr: c’est à la fois vachement intéressant si tu le lis comme un essai, par moments vraiment bien écrit d’un point de vue stylistique, et vachement perturbant en tant que roman.
Le premier truc qui me frappe c’est que c’est tellement typique de la « littérature de mecs ». Genre, le type passe littéralement 500 pages à t’expliquer des trucs sur Paris, les années 2000, la droite, l’urbanisme, l’islam, etc ; ya aucun personnage féminin dont le narrateur-héros ne tombe pas amoureux ; et surtout ya vraiment zéro intérêt pour la psychologie et, de manière générale, pour les personnages, ou les dialogues
c’est vraiment fou comme tendance quand on compare à, je sais pas, Duras ou aux fanfictions : ya vraiment une scission sur la question du sentimental versus les questions politiques et sociétales qui sont abordées plus par les auteurs masculins.
C’est pas surprenant, mais là pour moi c’est vraiment l’archétype du truc poussé à son plus haut degré et en fait ça participe de la bizarrerie du bouquin en tant que roman :
D’un côté, c’est assez original parce que c’est un traitement « à l’ancienne » de sujets ultra modernes. il te parle des émission d’Ardisson ou de La Haine, mais façon Balzac. Et ça c’est assez cool ; les pages d’analyse sur des phénomènes vachement récents et l’actualité des années 2000, sur le Loft et autres sont vraiment parmi les meilleures
D’un autre côté, et j’ai entendu des critiques dans ce sens, on peut dire que c’est à peine un roman : l’intrigue est minimale, les quelques effets de surprise ne sont pas du tout exploités, tout est en première personne et ya pas de dialogues, seulement quelques monologues qui se baladent, mais l’immense majorité du bouquin ce sont des sommaires (= des récits de période longue, par opposition à raconter une scène précise action après action) et en fait c’est vraiment vachement inhabituel, je pense que c’est assez rare. Enfin je ne sais pas, y’a des auteurs qui font plus ou moins ça, ça correspond à la forme du journal (type Mémoires d’Hadrien de Yourcenar) et c’est un peu l’idée ici
Sauf que comme c’est pas du tout tourné vers l’intime, et que t’as aucune empathie avec les personnages (genre yen a littéralement aucun qui est sympathique ou même incarné, à vrai dire), ça sonne vraiment comme une forme d’encyclopédie poétique de la ville. De ce point de vue là, c’est extrêmement austère comme texte, et je pense qu’il faut s’intéresser pas mal aux questions traitées pour aimer (mais je pense que c’est ton cas, sur l’urbanisme et sur Sarkozy et la droite en générale). D’où l’idée que le mec ferait mieux d’écrire des essais que des romans, vu qu’il sait des milliards de trucs et que souvent tu te dis que ce qu’il raconte est vachement intelligent (mais pas toujours-toujours non plus, le problème c’est que c’est ambigu, j’y viens)
SAUF qu’en fait je pense que le type sait très bien ce qu’il fait et qu’il a besoin de la subjectivité du roman pour pouvoir raconter ce qu’il raconte sur Paris et sur notre époque, et c’est ça qui rend le roman très perturbant d’un point de vue idéologique : c’est raconté par un mec de droite, globalement, avec plein de choses qui sont présentées comme des révélations sur la nature de la ville, l’islam, la politique, mais qui émanent clairement d’un point de vue de droite, et en plus un point de vue de droite méchamment barré, de mon point de vue. Genre, tous les personnages sont à moitié chelou-mystiques, ce qui crée vraiment une ambiance apocalyptique sur la plupart des sujets. C’est vachement vertigineux parce que je me suis renseignée et je crois que l’auteur est vraiment un intellectuel de gauche lambda, donc je ne crois pas qu’il adhère à ce que son personnage raconte. Mais c’est vraiment troublant parce que le type a son age, les mêmes initiales, et raconte à la première personne.
C’est marrant parce que, dans les interviews que j’ai lues, personne ne tique sur l’aspect idéologique du roman (qui sort quand même quelques trucs un peu fous). Alors je ne sais pas si c’est parce que je suis une gauchiste obsessionnelle incapable de sortir de moi-même (mais pas encore assez gauchiste pour P8, pour autant) et que le type est très fort pour écrire d’un autre point de vue que le sien. Après je pense que ça se veut non-réaliste y compris sur ce que pourrait être un point de vue de droite, à cause de la composante mystique de la narration. mais d’un autre côté il présente vachement la droite comme une pensée décadentiste/apocalyptique et ça ça peut être vrai, donc si ça se trouve on est vraiment dans la tête de l’ennemi, ce qui fait que le roman est assez ambigu idéologiquement : tu as les outils pour lire les choses contre le narrateur, mais il sort quand même aussi des trucs très intelligents donc c’est pas clair. Enfin ça m’a troublée au point que j’ai du aller vérifier les idées de l’auteur, c’est quand même un peu une preuve d’échec de mes capacités d’analyse mais c’est ptêtre aussi le signe que c’est réussi, je sais pas. En tout cas ça m’a vraiment intriguée ; c’est peut-être parce que je lis jamais d’auteurs contemporains à part la fanfic, mais j’ai trouvé ça super atypique
Après le mec écrit bien, ya des comparaisons géniales par moment, d’autant plus que ça porte sur des trucs vraiment modernes traités de manière littéraire, mais le gros défaut c’est qu’il ressasse : tu peux pas lire ça par sessions de 4h, parce que c’est vraiment des pages et des pages de comparaisons mystiques sur l’essence de la ville et sur l’histoire de Paris, et le roman pourrait être bien plus court ; de mon point de vue ya de vraies longueurs. Mais enfin, je pense que ça t’intéressera quand même, et ça fait réfléchir. En plus ça contient des infos super trippantes sur paris, et ça donne même envie de visiter/ faire de l’explo urbaine sur des trucs, donc…

PariZ, de Rodolphe Casso

L’apocalypse zombie a déferlé sur le monde, et notamment sur Paris. Dans les sous-sols de la station Charles-de-Gaulle – Étoile, un trio de clochards y survivent tant bien que mal. Jusqu’à croiser la route de deux paramilitaires fanatiques, et qu’une alliance de circonstance se noue…

C’était assez cool à lire. C’est bien écrit (quelques coquilles dans l’epub cependant, et second défaut, zéro personnage féminin). C’est cool à lire quand on connaît un peu Paris, on se laisse bien prendre à l’histoire, du bon roman de zombies.

La cache, de Christophe Boltanski

Un roman typiquement français, où l’auteur/narrateur revient sur le passé de sa famille. J’étais un peu dubitatif au début, mais en fait ça se lit bien, la narration qui fait des allers-retours dans le temps fait que l’on comprend au fur et à mesure les tenants et les aboutissants de l’histoire. Accessoirement les travaux de son père sont pas du tout évoqués dans le bouquin (contrairement à ceux de ses oncles), mais c’est le fils du sociologue Luc Boltanski.