Archives par mot-clé : roman français

Une toute petite fissure, de Claire Griois

Roman français paru en 2026. Lola a 27 ans. Lors de vacances à la mer avec son compagnon Malo, sa hanche se casse, inexplicablement. Elle se retrouve clouée dans son appartement, perdue dans une errance médicale. Malo ne supporte pas l’immobilité. Il quitte Lola, qui se retrouve à devoir processer une rupture en plus de ses complications médicales.

J’ai beaucoup aimé l’écriture. La focalisation interne réussit bien à faire adopter le point de vue de Lola. On voit comment le handicap impacte son regard sur elle-même et son estime de soi, comment elle prend soudainement conscience de tout ce qu’il n’est pas possible de faire avec une hanche en vrac. L’errance médicale est bien retranscrite, avec des médecins qui sont incapable de lui donner un diagnostic, voire qui lui expliquent que sa fracture n’a pas pu arriver telle qu’elle la décrit.
L’autre gros sujet c’est évidemment la relation entre Malo et Lola, à la fois la disparition progressive de Malo suite au handicap de Lola (qui illustre cette charmante statistique issue d’une étude étatsunienne sur des cas de maladies graves dans des couples hétéros : environ 20,8 % des couples se séparent lorsque la femme est malade, contre 2,9 % lorsque c’est l’homme), et aussi la levée progressive du voile sur comment s’est déroulée leur relation jusqu’à l’accident. Je trouve cette partie vraiment réussie, parce que la relation est montrée comme problématique, mais de façon assez originale : Malo n’a rien de maléfique ou malintentionné, mais il est juste toujours à 200%, forçant Lola à s’adapter à son rythme (pas par contrainte mais parce qu’il n’en connait pas d’autre et que de son côté elle a envie d’être avec lui et donc elle s’ajuste, tout le temps).

Recommandé.

Rochebrune, de Sophie Divry

Roman français paru en 2026. Xavier, Isabelle et leurs deux enfants, Léon et Noémie, partent en vacances à la Toussaint dans un hameau des Alpes, dans le parc naturel (imaginaire) des Hautes-Aigues. Xavier a prévu de faire 2 jours de grimpe au milieu de la semaine avec son ami Jérémy, pendant qu’Isabelle se chargera des enfants pour la fête d’Halloween. Mais un épisode de pluie diluvienne va s’abattre sur la montagne, avec des conséquences dramatiques aussi bien sur l’ascension que sur le hameau.

Pas totalement convaincu. C’est intéressant de lire de la fiction qui parle du changement climatique et de l’impact direct que ça peut avoir sur les gens – et sur les montagnes – mais pour autant je n’ai pas trouvé les personnages particulièrement convaincant. Il y a un passage que j’ai bien aimé en termes d’écriture – celui qui décrit la mort de Xavier dans le refuge, mais sinon l’écriture ne m’a pas particulièrement touché, la place que prend le sexe dans les lignes narratives des adultes est un peu trop présente notamment. Rien de catastrophique mais je pense qu’on m’avait un peu survendu le bouquin.

Les Guérillères, de Monique Wittig

Roman français paru en 1969. On découvre par fragments la vie d’une communauté de femmes dans un futur indéterminé et utopique. Une bonne partie de leurs journées sont consacrées à des jeux ou des cérémonies ou des récits, la vulve et le clitoris sont placés au centre des mythes (mais certaines disent que c’est un état transitoire qui doit servir à dépasser un ordre ancien, mais qu’il ne faut pas à termes se focaliser sur un corps fragmenté).

C’était sympa à lire mais en 2026 on tombe pas à la renverse en lisant un roman sur des communautés féminines, ni en lisant une utopie post-apo.

Au large des vîles, de Lucie Pierrat Pajot

Roman de science-fiction français paru en 2024. C’est de la littérature jeunesse au sens où les héro·ïne·s sont jeunes, mais sinon ça se lit à tout âge. Au XXIIe siècle, la Terre est dans un sale état, les continents ravagés par les impacts du changement climatique et des épidémies libérées par le dégel du permafrost. Deux échappatoires : pour les plus riches, les vîles, des villes flottantes qui offrent à leurs citoyens des enclaves tranquilles loin du tumulte du monde. Pour les autres, la Dentelle, une réalité virtuelle, où la Lemnistic Artefacts offre même aux plus doués de vivre à temps plein. On va suivre les tribulations de Prime, né du bon côté de la lutte des classes mais qui déteste le monde réel et voudrait vivre dans la Dentelle, et Bunny, qui vit sur un îlot-décharge, où elle trie les plastiques de l’Ancien Monde pour permettre la fabrication du lemnistique, une matière miraculeuse et recyclable à l’infinie. Évidemment leurs chemins vont se croiser…

Je n’ai lu que le tome 1 pour le moment, mais j’ai bien aimé (comme la série précédente de Lucie Pierrat-Pajot, Les Mystères de Larispem, d’ailleurs). L’univers maritime du XXIIe siècle est bien rendu, les révélations arrivent progressivement et les personnages ont une vraie profondeur (surtout Bunny).

Recommandé !

EDIT 08/2026 : j’ai lu le tome 2, je l’ai trouvé moins réussi que le 1. Tous les grands enjeux ont déjà été posés, donc là ça fait beaucoup course-poursuite/course contre la montre pour que les héros trouvent une façon d’empêcher les grands méchants de réaliser leur dessein. J’ai trouvé la présentation des écoterroristes un peu caricaturale, et la révélation sur Kit m’a un peu déçu. Le dilemme final posé à Prime est intéressant par contre (mais arrive dans les dernières pages). L’univers reste globalement chouette, mais j’aurai voulu un tome 2 plus étoffé ou avec plus de worldbuilding.

Panorama, de Lilia Hassaine

Roman d’anticipation français paru en 2025. Dans les années 2050, la France est passée sous l’ère de la Transparence. La vie privée est bannie, les gens habitent dans des maisons aux murs de verre, les données publiques comme privées sont toutes accessibles. Malgré toutes ces mesures, une famille disparaît dans sa maison transparente d’un des quartiers les plus huppés de la ville. On va suivre l’enquête menée par une policière pour essayer de comprendre ce qui s’est passé.

Je n’ai pas été très convaincu. Il y a un aspect fable philosophique, mais la dénonciation de la transparence tombe un peu à plat, ça fait très « ouin-ouin les réseaux sociaux pourquoi les gens mettent tout en ligne », sans creuser vraiment les enjeux derrière, comme si c’était un comportement qui émergeait spontanément des gens et sans s’attaquer à la question des structures. Par ailleurs l’histoire ne fait pas une très bonne enquête policière, et les états d’âme de la narratrice sont assez artificiels.

Bof bof, donc.

Madelaine avant l’aube, de Sandrine Collette

Roman français paru en 2024. À une époque indéterminée mais précédant l’industrialisation de l’agriculture, la vie est dure au Pays Arrière. Les paysans s’échinent sur des terres dont les moissons sont fauchées par les conditions météorologiques bien trop souvent, et même les bonnes années, trop part en taxes prélevées par le seigneur du coin, Ambroisie. Dans le hameau des Montées, 3 fermes seulement, habitées par 2 soeurs, leurs maris et une vieille guérisseuse. La répétition du même scandé par les saisons va être bouleversée par l’arrivée de Madelaine, enfant sauvage adoptée par le hameau, qui va refuser instinctivement certaines injustices.

C’était bien écrit, mais l’histoire ne m’a pas touché plus que ça. Un twist au milieu qu’on voit venir (sur l’identité d’un perso mais ça ne change pas fondamentalement l’histoire).

Rome en un jour, de Maria Pourchet

Roman français de 2013. On suit en parallèle les échanges entre Paul et Marguerite dans leur appartement, et sur la terrasse d’un hôtel les conversations entre les invités à la fête d’anniversaire surprise de Paul. Alors que le couple explose en vol, les invités échangent des anecdotes, une relation se crée, des groupes affinitaires…

Bon, pas grand intérêt. Le côté « écriture détachée de son sujet » ça me parle pas trop, la question des relations sociales entre des connaissances parisiennes toutes une peu hypocrites non plus.

Pas ouf.

Ravagés de splendeur, de Guillaume Lebrun

Roman français paru en 2025. Après le kiff que j’avais eu en lisant Fantaisies guérillères, j’ai voulu lire le suivant de l’auteur. On est sur la fin de l’empire romain, Héliogabale accède au pouvoir. On va suivre son ascension et sa chute à travers les yeux d’Aquila, vestale qui va l’épouser, les siens et (brièvement) ceux d’Hiéroclès, un de ses amants. C’était pas désagréable à lire mais j’ai pas du tout apprécié au même niveau que Fantaisies, mais le dispositif est assez différent, pas d’Histoire secrète et de paranormal, pas 15 000 références à la pop culture.

Journal pauvre, de Frédérique Germanaud

Roman? français de 2018, qui couvre l’année scolaire 2014-2015. L’autrice raconte son quotidien durant une année où elle a pris un congé sabbatique (qui débouchera sur une rupture conventionnelle) pour avoir plus de temps à consacrer à elle-même et à son activité d’écrivaine. Divisé en 12 chapitres qui couvrent autant de mois, l’autrice raconte son quotidien par fragments, le temps qu’elle a pour se consacrer davantage à l’écriture et à d’autres projets, ou pour faire des activités liés à la frugalité : glaner des fruits, marcher au lieu de prendre les transports en commun…

Lorraine brûle, de Jeanne Rivière

Roman français de 2025. La narratrice vit à Metz, joue dans des groupes de punk et d’autres styles non commerciaux, élève son fils de 12 ans – Tarzan – et deux cochons d’Inde, travaille à Nancy et se tape 2h de TER par jour, vole dans les supermarchés et bois des coups avec ses copines.

C’est la chronique d’une vie précaire et par moment bien merdique (suicides et cancers d’ami.es notamment), mais aussi avec plein de bons moments. Sympa à lire mais pas renversant. Un style avec des chapitres courts conclut à chaque fois par un factoïde de la narratrice sur les piscines qu’elle fréquente, où la nage est un moyen de s’échapper temporairement du monde.