Archives par mot-clé : fantasy

Noon du soleil noir de LL Kloetzer

Novella de fantasy française parue en 2022. On est dans un univers de fantasy assez classique, avec une ville-capitale qui existe depuis des éons avec de la ville construite sur la ville construite sur la ville. Yors est un ancien mercenaire qui gagne sa croute au jour le jour. Il fait la rencontre de Noon, magicien autoproclamé qui débarque de nul part, et se met à son service. Noon a une vision très codifiée de la magie, qu’il exerce surtout en basculant dans un monde-reflet, où il interagit avec des entités mystérieuses ou les morts. Il va se comporter comme un Sherlock Holmes, ouvrant une boutique mais ne voulant s’occuper que de cas intéressants et réellement magique, ce qui va finir par vraiment arriver avec la disparition d’un médaillon lié à un ancien dieu-serpent…

J’ai bien aimé. J’ai tout lu en une soirée, c’est une fantasy très classique, avec une vibe Jaworsky/Miéville et un côté enquête à la Sherlock Holmes (avec le duo de personnages principaux, le narrateur qui rapporte ce que fait son maître ou ami qui a plus de compétences, la recherche d’un item disparu…). Y’a pas des masses de personnages féminins (après y’a pas des masses de personnages tout court, on voit surtout Yors et Noon).

Master of Djinn, de P. Djèlí Clark

Roman de fantasy états-unien publié en 2021. Il se passe dans le même univers que la novella The Haunting of Tram Car 15, ie un Caire alternatif où les Djinns sont réapparus dans le monde humain, faisant de l’Égypte une des grandes puissances. On suit Fatma, une agent du Ministère du Surnaturel, qui enquête sur l’assassinat des membres d’une confrérie anglaise se réclamant d’Al Jahiz, le scientifique à l’origine du retour des Djinns sur Terre.

J’ai bien aimé. La structure du bouquin est assez classique (on est sur une quête/enquête où l’opposant semble de plus en plus inarrêtable, les gentils récupèrent des infos pour comprendre les tenants et aboutissants de son plan mais restent toujours un pas derrière, jusqu’à la grande confrontation finale), mais ça fonctionne bien. Quelques plot-twists qui se voient venir, mais l’univers est très imaginatif, et y’a beaucoup de rebondissement qui tiennent pas mal en haleine. Quelques tropes réimaginés (on sent que l’auteur s’est fait plaisir parce que franchement c’est pas crucial à l’intrigue : un Anneau Unique-like, un mecha géant…

Je recommande, en conseillant de commencer par les deux nouvelles dans le même univers, qui d’une part vous permettront de savoir si vous aimez le style et le décor, et d’autre part donnent quelques éléments d’arrière-plan.

The Scholomance, de Naomi Novik

Tome 1 : A Deadly Education

Galadriel, fille d’une mage-guérisseuse hippie, a été acceptée dans la Scholomance, la seule école de magie du monde. Si on y apprend bien l’usage des sorts, la fonction principale de la Scholomance est plus basique : elle sert de forteresse pour protéger les jeunes sorciers de toutes les créatures maléfiques qui se nourrissent de magie et visent en priorité les magiciens les plus inexpérimentés. Mais les défenses de l’École sont imparfaites, et des maleficaria parviennent régulièrement à entrer, fournissant le parfait incitatif pour apprendre au plus vite des sorts pour se protéger.

J’ai beaucoup aimé (j’ai lu le tome plus ou moins d’un seul coup). Beaucoup de questions qui restent sans réponse à la fin, mais le tome a quand même en soi une fin satisfaisante. J’espère que Novik va aborder dans le tome suivant les raisons qui font qu’à la fois l’école et la magie de l’univers fonctionnent d’une façon qui semble faite pour tuer les élèves et créer des prophéties autoréalisatrices ; parce que ça fait un fort bon univers mais si la réponse est juste « parce que c’est fun » c’est un peu dommage.

Le fonctionnement de la communauté magique est intéressant et original : la magie demande beaucoup plus d’énergie pour fonctionner en présence des personnes sans pouvoirs, ce qui justifie l’isolation de la communauté magique. Parallèlement, la magie est une énergie convoitée par toutes les créatures maléfiques, ce qui fait que les sorcièr.es sont toujours sur la défensive. Toute la mise en scène d’une méritocratie biaisée en faveur de ceux déjà au sommet de la pyramide est fort intéressante, et très réussie.

Enfin, par rapport aux Novik précédents (ceux que j’ai lus en tous cas), la dynamique de couple est plus intéressante et moins clichée. J’espère que ça va continuer dans les tomes suivants. De ce point de vue là j’ai un peu l’impression de lire une version réussie de La Passe-Miroir. Le personnage de himbo d’Orion est très réussi. Pour l’intrigue plus générale, l’école de magie où les élèves sont misérables et en danger de mort fait penser à Vita Nostra, en moins russe et plus jeunesse dans l’écriture.

Tome 2 : The Last Graduate

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The Bone Shard Daughter, d’Andrea Stewart

Roman de fantasy publié en 2020, premier tome de la série The Drowning Empire. L’histoire se passe sur un archipel composé d’îles mouvantes. L’Empire des Sukais règne sur cet archipel. Il y a longtemps, la magie du premier Sukai a permis de vaincre les Alangas, des créatures mythiques qui régnaient sur les humains. Les Alanga ne sont plus qu’un lointain souvenir, mais l’Empire collecte toujours un éclat d’os du crane de chaque sujet : ces éclats d’os sont utilisés pour animer des constructs, des machines magiques qui gèrent l’Empire, et qui seraient théoriquement une ligne de défense contre le retour des Alangas. On suit 4 points de vue : Jovis, un contrebandier qui va se découvrir d’étranges pouvoirs, Sand, une esclave sur une île isolée, Phalue, la fille du gouverneur d’une île opulente, et Lin, la fille de l’empereur.

Je n’ai pas été enthousiasmé. La prémisse est intéressante, mais les personnages ne sont pas passionnants, on voit venir pas mal de révélations de loin, et le style n’est pas fou. On passe pas un mauvais moment à le lire, mais c’est un roman de fantasy tout à fait quelconque.

Gideon the Ninth, de Tasmyn Muir

Roman de fantasy néogothique de 2019. L’histoire se déroule dans système solaire avec neuf planètes, chacune gouvernée par une maison. Chaque maison maitrise une forme de nécromancie, et prête allégeance à l’Empereur-Dieu, le premier Seigneur-Nécromancien, qui 10 000 ans auparavant a ressuscité l’ensemble du système solaire. On suit Gideon, une serf de la neuvième maison, qui se retrouve obligée de servir de cavalier (plus ou moins garde du corps) à l’héritière de sa maison, qu’elle déteste, alors que celle-ci répond à l’appel de l’Empereur qui a organisé une épreuve pour former de nouveaux Licteurs (ses bras droits, avec des pouvoir de nécromancien.nes +++).

L’univers est très original, mais manque un peu de profondeur dans le premier tome, un défaut qui est un peu réparé dans le second où on a davantage de backstory. C’est un gros mélange d’inspiration, avec de la fantasy, de la SF, des inside jokes sur des mèmes, beaucoup de dialogue intérieur de la protagoniste sarcastique. C’était sympa à lire mais j’ai trouvé que le premier tome, malgré l’univers original, manquait un peu de profondeur. Le second était plus intéressant, notamment avec tout le dispositif de flashback sur la période du premier tome qui ne se déroule absolument pas comme les choses ont été narrées la première fois (i do love an unreliable narrator). Il y a encore deux tomes à paraître, à voir si je les lirais ou non, pour le moment pas totalement convaincu par l’intérêt profond de la série, mais ça fait une bonne lecture d’été si vous aimez les nécromancien.nes.

The Book of Dust, de Philip Pullman

Tome 1 : La Belle Sauvage

Publié en 2017, c’est le premier tome d’une nouvelle trilogie qui a lieu dans l’univers de La Croisée des Mondes. On suit les aventures de Malcolm, un garçon de 11 ans qui rencontre Lyra Belacqua alors qu’elle n’est qu’un bébé. Les origines de Lyra et la prophétie des sorcières à son égard font qu’elle est déjà activement recherchée par l’Église, et Malcolm va tenter de la protéger. On va surtout suivre leur voyage à bord du canoë de Malcolm lors d’une inondation gigantesque qui recouvre l’Angleterre. Le voyage perpétuel en bateau, les rencontres plus ou moins oniriques (le temps et l’espace de l’inondation fonctionnant comme un seuil entre les mondes) font ressembler les tribulations des personnages principaux à l’Odyssée.

Sur ce premier tome je suis moins hypé que pour His Dark Materials, je trouve que Malcolm (surtout dans la partie avant que l’inondation ne recouvre le pays) n’est pas toujours un personnage totalement réussi, il est trop efficace dans tout, surtout pour un enfant de 11 ans. Un peu perplexe aussi sur l’agence d’espionnage qui a des procédures de compartimentation très strictes entre les membres mais balance tout à la mer dès que ça permet de faire avancer l’intrigue. Mais bon, le premier tome d’His Dark Materials n’était pas le meilleur non plus, et même avec les quelques défauts du bouquin, il reste très bon, je le recommande.

Tome 2 : The Secret Commonwealth

Bon. Là c’est assez clairement une déception. Ce second tome se déroule 20 ans après le premier. On suit à la fois les membres de l’agence d’espionnage et Lyra et Pantalaimon (on est sept ans après les événements d’His Dark Materials). J’ai trouvé qu’il n’y avait pas de cohérence thématique entre les différents éléments présentés dans le roman, qui oscille entre les intrigues politiques du Magisterium, une intrigue autour de roses aux propriétés spécifiques qui permettent de voir la Poussière, la quête de Lyra et Pantalaimon pleine d’angst mais de pas grand chose d’autre. Les personnages n’arrêtent pas de bouger, ne créent pas de relations avec d’autres persos vu qu’ils sont tout le temps en mouvement, et une bonne partie des personnages secondaires sont très clichés, soit très méchants, soit des stéréotypes d’étrangers du point de vue des colons. Plusieurs éléments viennent complètement contredire l’univers construit dans His Dark Materials : il y a de nombreuses personnes séparées de leurs dæmons (alors que tout l’enjeu du premier tome d’HDM était l’horreur qu’était l’expérimentation scientifique pour trancher ce lien, tous les événements des tomes 2 et 3 sont mis sous le tapis comme « peut-être juste imaginés » (alors qu’on parle quand même d’avoir tué Dieu, ça devrait avoir un léger impact), ainsi que tous les éléments magiques, dæmons inclus : on parle quand même d’une part essentielle de la vie de toutes les personnes existant dans cet univers, je vois pas trop comment une approche qui se prévaut d’être rationnelle dans cet univers pourrait ignorer toutes les preuves expérimentales. Les seuls éléments qui m’ont plu, et c’était vraiment très très épars, ce sont les quelques éléments sur le point de divergence qui fait que dans l’univers de Lyra l’Église chrétienne est devenue le Magisterium.

Bref, je suis pas du tout rentré dans ce second tome, franchement j’ai eu l’impression de lire une fanfic écrite par quelqu’un qui aurait mal compris la trilogie originelle.

Le cycle de Syffe, de Patrick K. Dewdney

Tome 1 : L’enfant de poussière

Roman français de fantasy, publié en 2018, premier d’un cycle annoncé en sept tomes. On suit le point de vue de Syffe, orphelin vivant dans les ruelles de Corne-Brume, capitale d’une province d’un royaume médiéval. Le roi vient de mourir, sans héritier, et les différentes provinces ont des ambitions à faire valoir. Syffe ne va vivre les machinations politiques qu’indirectement, n’étant pas à son niveau en bas de l’échelle sociale concerné par les machinations de la politique nationale. Il va cependant tremper dans des intrigues à l’échelle des factions de Corne-Brume, avant d’être exilé de la ville et d’apprendre le métier de soldat…

C’était lent, mais c’était prenant (ou c’était prenant mais c’était lent ?). L’auteur prend le temps d’installer les situations. La vie de Syffe connait des tournants radicaux, mais chaque situation est décrite pleinement. Comme il ne s’intéresse pas aux grands enjeux géopolitiques, on n’en entend parler qu’en arrière-fond quand d’autres personnages les évoquent, et quand ils ont des répercussions directes. Il y a aussi visiblement de la magie ou en tous cas du surnaturel dans l’univers, mais ça reste là aussi en arrière plan pour le moment. Les évolutions de la situation sociale et les déplacements géographiques de Syffe permettent de renouveler les aspects du monde qui sont présentés, ce sont des arcs qui sont assez auto-contenus même s’il y a des éléments qui passent d’un arc à l’autre, des personnages qui reviennent (de façon un peu improbable parfois). L’auteur fait très peu d’exposition, il n’y a pas de conversations exposants les enjeux historiques précis (peut-être une au tout début pour évoquer les raisons récentes de l’unification du royaume et pourquoi la mort du roi est une mauvaise nouvelle), il évoque à plusieurs reprises la guerre de la Vigne dans ce tome sans détailler, je suppose qu’on aura davantage de détails dans le T2 (intitulé La Peste et la Vigne).

Recommandé si vous avez pas peur de la lenteur dans vos histoires.

Broken Earth, de N.K. Jemisin

Trilogie de fantasy publiée entre 2015 et 2017. L’histoire se déroule dans un monde avec une tectonique bien plus intense que la nôtre, provoquant périodiquement des cataclysmes d’ampleur continentale. Les habitants de ce monde se sont adaptés à cet état de fait, certains empires arrivent à survivre aux cataclysmes, mais périodiquement la civilisation régresse, les communications sont coupées, l’hiver volcanique s’installe pour plusieurs années. Parmis les humains de ce monde, les Orogènes disposent d’une affinité naturelle avec les énergies telluriques. Soupçonnés de déclencher cataclysmes, éruptions et tsunamis, ils sont craints et détestés, et ne peuvent survivre qu’au sein d’une organisation qui les réprime et les entraine à la fois, le Fulcrum. On suit Syenite, une Orogène du Fulcrum envoyée en mission avec un autre Orogène, et qui va découvrir un certain nombre de vérités sur le passé de sa planête et son fonctionnement.

C’est une trilogie dans un univers très original et très ambitieux. Jemisin arrive parfaitement à tenir la ligne entre SF et fantaisie, avec des mentions d’artefacts de civilisations disparues avec d’immenses pouvoirs, des Orogènes qui peuvent manipuler les énergies telluriques dans un monde avec de l’hydroélectricité et des routes goudronnées. Une grosse part du bouquin parle d’esclavage, d’impérialisme, de colonialisme, de génocide, sans en faire de la dark fantasy, les thèmes sont lourds mais la mise en scène en est réfléchie et posée. Les personnages sont globalement très réussis, après sur la longueur de la trilogie j’ai trouvé qu’il y avait des gimmicks qui revenaient un peu pour certains (globalement je pense qu’un peu plus d’édition aurait bénéficié au livre). Les questions de liens familiaux, amoureux et amicaux sont aussi au coeur du livre, ainsi que la question de l’éducation, présentée en plein de variantes.

Grosse recommandation si vous voulez de la fantasy qui s’éloigne assez radicalement des tropes habituels. Le premier tome méritait très largement son Hugo à mon sens, je suis moins convaincu pour les deux suivants qui s’ils sont toujours très bien et élargissent encore l’univers, n’ont cependant pas la puissance du premier.

Monts et Merveilles, de Nicolas Texier

Tome 1 : Opération Sabines

Uchronie imprégnée de fantasy se déroulant dans l’Europe de l’entre-deux-guerres. La magie existe dans le monde, mais a fortement reculé en Europe continentale où la science a commencé à la remplacer. Aux Royaumes-Unis par contre, l’usage de la magie est encore une part importante de la vie quotidienne. C’est pourquoi sur les prémonitions d’une augure, les services secrets recrutent un mage et son serviteur pour aller exfiltrer un physicien vénitien qui intéresse fortement l’armée du Nouvel Empire Romain, l’équivalent dans ce monde du IIIe Reich.

C’était assez prenant. Le livre est raconté du point de vue de Julius Khool, le serviteur du mage, le plaçant dans la tradition des aventures de Sherlock Holmes ou de Hercule Poirot, d’autant plus qu’il s’agit d’un ancien militaire. Le mage n’a rien d’un détective hors pair par contre, et c’est à Julius que revient aussi ce rôle. Contrairement au rôle traditionnel du narrateur de ce genre de roman, il se met du coup beaucoup plus en avant, évoquant ses souvenirs de campagnes notamment. C’est un personnage très réussi, j’ai trouvé, et qui porte vraiment le roman.

L’univers est cool aussi, avec une inexistence du christianisme et des explosions, poussant des armées du XXe siècle à des combats à l’épée. Les éléments d’uchronie sont intéressants, l’influence de la magie et des traditions celtes sur l’univers est assez cool. C’est le premier d’une série, j’irai lire les autres.

Tome 2 : Opération Jabberwock

On retrouve le duo Caroll/Julius Khool du tome 1, qui partent cette fois-ci aux Amériques, suivant une piste provenant de feu les parents de Caroll. En jeu, rien de moins qu’Excalibur, l’épée de la légende arthurienne, qui aurait été exfiltré dans les colonies monothéistes il y a plusieurs siècles par ses gardiens, et que l’enchanteur espère retrouver pour aider les Royaumes-Unis dans la guerre qui vient de se déclencher contre le Nouvel Empire.

On retrouve plusieurs tableaux classiques de l’image littéraire de l’Amérique (dans la littérature de genre) : un Massachusetts discrètement lovecraftien, une Chicago remplie de gangsters avec un twist magique, et un western partiellement onirique, vu du côté des nations indiennes, qui semblent dans l’uchronie de Texier avoir bien mieux résisté à l’arrivée des colons blancs. Durant ces trois parties, on voit l’impact de la guerre d’influence autour d’Excalibur, qui a modifié l’histoire des États-Unis et des territoires non-incorporés. Le style reste assez fidèle à celui du premier tome, avec une grande place laissée aux émotions de Julius Khool. Comme dans le premier volume, le duo se voit accompagné par des personnages secondaires qui rajoutent des facettes à leurs échanges : un automate construit par le père de Caroll, une chanteuse de jazz native-américaine avec ses propres objectifs. Le rythme du livre est plutôt réussi, avec des péripéties qui s’enchaînent bien (après une introduction un peu lente avant que les événements ne se mettent proprement en branle).

J’ai beaucoup aimé ce tome 2 aussi, plus qu’un dernier avec ces personnages, dont j’attends la sortie en poche avec impatience.

16 Ways to defend a walled city, de KJ Parker

Roman de fantasy britannique de 2019. Orhan, le narrateur, est un militaire de l’empire Robur.
Chef du Corps des Ingénieurs, il a réussi à obtenir son poste à force d’intrigues et d’astuces, alors même qu’il ne fait pas partie de l’ethnie dominante de l’empire, qui affiche ouvertement des opinions et politiques racistes. Par la force des circonstances, Orhan se retrouve à devoir organiser la défense de la capitale de l’empire, alors que celle-ci se retrouve assiégée par un ennemi qui a très exactement su comment exploiter les faiblesses de l’organisation centralisée de l’Empire.

J’ai bien aimé. C’est beaucoup de descriptions présentant comment arranger in extremis des situations désespérées en détournant les procédures et les fonctions, il y a un petit coté « la version fantasy de The Martian ». Le narrateur a un humour pince-sans-rire qui passe très bien et ça se lit tout seul. L’univers mis en place est intéressant aussi, avec un empire qui rappelle l’Empire romain + le côté puissance navale de l’empire britannique, avec une technologie fin du Moyen-Âge et des politiques ségrégationnistes. Quelques défauts cependant : la fin ouverte est un peu frustrante, on a l’impression que l’auteur en a eu marre de son histoire au bout d’un moment. De plus, sur certains passages on sent que l’univers est excessivement organisé pour que le narrateur puisse tenter de mettre en place ses hacks. C’est détourné par le fait que le narrateur dit explicitement à un moment qu’il n’est pas forcément un narrateur fiable, mais quand même.

Très bonne lecture si vous aimez le worldbuilding et les ingénieurs désabusés.

Tome 2 : How to run an Empire and get away with it

Petite baisse de niveau par rapport au tome 1. On est dans le même univers, 7 ans plus tard. Le siège de la Cité est toujours en cours, Orhan est mort. Notker, un acteur de théâtre est recruté par la junte en place pour jouer le rôle de Lysimachus, l’ancien garde du corps d’Orhan et visage du régime. A force de jouer le rôle du régent, Notker va peu à peu assumer la fonction, et trouver des solutions aux différents problèmes qui minent la Cité.

On est sur le même type d’intrigue que dans 16 Ways…, mais Notker est un dirigeant moins crédible qu’Orhan (au vu de son passé et de la façon dont il se retrouve au pouvoir) – et un personnage moins intéressant, étant Robur et non pas d’une minorité ethnique. De plus, le principe du fix-it fonctionne moins bien quand on est sur des questions de politique que sur des questions d’ingénierie comme dans le premier tome. Le point de vue de vue d’un outsider sur les événements des premiers tomes et comment le rôle d’Orhan a été effacé de l’Histoire même seulement sept ans après est intéressant, mais globalement l’histoire fonctionne quand même moins bien que dans le tome 1.