Archives de catégorie : Arbres morts ou encre électronique

Éropolitique : Écoféminismes, désirs et révolution, de Myriam Bahaffou

Essai féministe français paru en 2025.

Myriam Bahaffou s’intéresse à la question du désir – au-delà du seul désir sexuel, pour englober une notion plus large de plaisir et de sensations, d’expérience plaisante du monde. Le désir est à politiser. Le désir sexuel tel que mis en scène dans notre culture est largement capté par l’hétéropatriarcat qui en valorise une version très spécifique. Si on élargit le désir aux enjeux de sensualité et de sensations plaisantes, les questions de relation à la nature et au monde sensible et donc les questions d’écologie sont des questions d’érotisme. La sensualité est toujours une question matérielle la protection de ce monde matériel et de la diversité de la vie et des expériences qu’il permet de ressentir rejoindre la défense d’une forme de sensualité. Le désir n’est ni transgressif par essence ni irrémédiablement au service du néolibéralisme, mais il est compliqué d’avoir une position dialectique entre ces deux pôles, c’est ce qu’elle veut néanmoins porter dans ce livre.

Les discours politique de gauche n’évoquent plus la question du plaisir – comme ça pu être le cas par le passé – on est passé à une gauche qui veut apparaître comme sérieuse et donc gestionnaire avant tout, une écologie perçue comme punitive. Réussir à retrouver un discours du plaisir et de l’abondance (en sortant de l’abondance uniquement matérielle via la propriété individuelle, pour parler de l’abondance des expériences) permettra de faire que les luttes et les espaces de gauche procurent du plaisir, et donc de sortir d’une vision du militantisme et des objectifs à atteindre comme sacrificiels.

Partie 1 : Jouissance partout, liberté nulle part. Psychopolitique du désir-conquête

Féministes et écologistes sont accusés par la droite de ne pas aimer le plaisir. Mais le souci est que le capitalisme et le patriarcat ont déformé le plaisir : la forme de plaisir que ces deux structures mettent en avant est réservé à quelques uns aux dépens des autres, rendu dangereux pour les femmes et les minorités de genre, limité au plaisir médié par l’accumulation matérielle. Le capitalisme prétend valoriser le plaisir en en faisant la promotion via la publicité et la valorisation de ce que l’argent permettrait d’acquérir, mais en réalité il en limite largement l’accès en privatisant les moyens d’y accéder et en ignorant les externalités des formes de plaisir qu’il met à disposition : le plaisir de quelques uns dépend de sacrifices pour le plus grand nombre (organisation de la raréfaction pour créer artificiellement une valeur).

Myriam Bahaffou théorise que la forme de désir promue par l’hétéropatriarcat et le capitalisme est le désir-conquête. Ce désir-conquête fonctionne par séquences répétées de tension / satisfaction de cette tension. On veut quelque chose, on économise (ou on élabore une approche) pour l’obtenir, on l’obtient puis on s’en lasse et on se fixe sur un autre objet de désir. Le plaisir n’est pas disponible pour tous, il se mérite en échange de sacrifices, d’efforts (et réciproquement, une fois les efforts faits il devient inacceptable de ne pas avoir sa dose de plaisir en échange). La chose réelle n’est jamais aussi bien que la chose fantasmée, donc la séquence est répétée ad nauseam. Au vu de la répétition du même, il est nécessaire de chercher des versions toujours plus intenses ou plus fréquentes pour avoir la même dose de plaisir. Dans la sexualité ça se traduit par les conquêtes à répétition, ou la sexualité (ou consommation de pornographie) qui dérivent vers des variations toujours plus hards.

Le désir conquête hétéropatriarcal ne valorise qu’une seule forme de sexualité et d’érotisme, suivant un script ultra-pauvre, avec deux rôles assignés selon les genres perçus. Le premier actif, violent, conquérant, dans le sexe comme dans le reste de ses interactions avec le monde. Le second rôle passif, dans le care. Le désir y est inféodé à la violence, à réussir à outrepasser des résistances, à être le gagnant de l’interaction. Cette mentalité se retrouve aussi dans l’exploitation des ressources naturelles, des êtres vivants non-humains et des écosystèmes : il ne faut pas collaborer et être mutuellement bénéficiaire, il faut obtenir un profit, aux dépens des autres sujets participants à l’interaction. Dans la même logique, les institutions et personnes impliquées dans les projets de colonisation ont toujours reproché aux colonisé·es une sexualité trop libre et trop débridée, qu’il convenait de réguler : la colonisation est notamment un projet de discipline des désirs.
À l’extrême, le désir-conquête se retrouve dans les meurtres de travailleureuses du sexe trans par leurs clients, par l’alignement derrière un leader fasciste qui promet de retrouver un âge d’or (= un âge où les désirs des gagnants seraient satisfaits) en opprimant des minorités (= conquête).

Attention de ne pas tomber dans une essentialisation de tout désir masculin comme désir prédateur (et par rebond voir toutes les femmes qui aiment les hommes comme des femmes aliénées qu’il faut sauver de leur désirs autodestructeur) : on en vient vite à réinventer la posture réactionnaire qui professe que le sexe/désir (d’une catégorie de personnes) serait mauvais en soi.

Partie 2 : Composter l’égo, multiplier les devenir queers

Le régime hétérosexuel veut figer des identités bien définies et immuables : définitions de ce qu sont les hommes et par opposition les femmes, définition de la famille, définition de la sexualité acceptable. C’est par essence un régime conservateur. À l’opposé, la queerness revendique la fluidité, le changement dans les façon de vivre et d’interagir avec le monde.

Les féministes qui revendiquent la féminité peuvent se voir accusées d’avoir intériorisé les dominations. Mais il faut revendiquer de ne pas voir la féminité comme une essence (être une femme) mais comme une performance (adopter une présentation fem). De toute façon, un corps féminin sera toujours scruté, donc autant se présenter comme on veut et dédramatiser la performance de genre. « Squatter la féminité » et rendre visible l’artificiel de la performance en ne performant pas un genre « propre » : aller vers de l’ultra-féminité trash plutôt que la performance qui reste dans le cadre de ce qui est valorisé par le patriarcat. Surperformer son genre assigné peut être aussi dérangeant et subversif que de performer le genre opposé : il n’y a pas que les butchs et les mecs qui mettent du mascara qui contreviennent à l’ordre hétérosexuel, les femmes qui jouent à la bimbo tout en en ayant conscience aussi.

« L’idée d’un désir « humain », humaniste, civilisé, respectable, a été une manière de vider le désir de sa dimension écologique, organique, et de rendre sale tout ce qui était ramené à la terre, au sexe, à la sensualité, en opposant l’amour pur – l’agapé – comme la plus haute expression de la vie dont les animaux et les animalisé·es étaient exclu·es. »

Sortir d’un désir toujours orienté vers une féminité normée, vers la blanchité, vers un script actif/passif. Valoriser le black love, le T4T comme des pratiques des communautés marginalisées qui se réapproprient le désir envers elleux-mêmes plutôt que de souscrire à la haine de soi et l’envie de ressembler à la bonne meuf hégémonique (dans le même temps, ne pas accepter la fétichisation).

Partie 3 : l’expérience au cœur de l’éropolitique

Faire des expériences, au sens de tester des trucs, voir ce que ça déclenche chez nous, accueillir les sensations et être dans le moment présent. Vivre l’expérience pour elle-même et non pour capitaliser dessus. Tenter des trucs inconnus et prendre des risques (Yes day?). Sortir de sa zone de confort. Myriam Bahaffou s’oppose à la culture du consentement balisée point par point, qu’elle qualifie de « politique sécuritaire du trauma », une réponse de protection par rapport au désir-conquête, mais paralysante. L’autrice voit les politiques de l’intersectionnalité comme une façon de sortir des rôles dominant·e / dominé·e : une même personne peut être d’un côté ou de l’autre de ces rôles durant les différentes interactions qu’elle vit, ce qui est une grille de lecture qui aide davantage à progresser et à la réflexivité que l’assignation à un rôle figé de bourreau ou victime. Caveat sur la culture du consentement : pointer ses limites ne doit pas conduire à filer à des free pass à des connards qui agressent : si on a ce cadre en place c’est déjà un progrès par rapport au régime strictement hétéropatriarcal. Ce cadre doit être discuté mais uniquement avec des personnes de bonne foi.

L’usage de la psychologie féministe (à base « d’attachement anxieux » et de « freeze/fight/flee/fawn ») est conçu selon l’autrice par les milieux blancs et bourgeois coupés de leurs émotions, qui ont besoin de les surintellectualiser pour les reconnaître. Il est peu pertinent d’appliquer cette grille de lecture aux minorités sociales et raciales, et de leur demander de s’y conformer, de ne pas faire trop de bruit, et de se renseigner seul dans leur coin sur ces enjeux sous peine d’être excommuniés de la commu. La politique sécuritaire du trauma vise à tout sécuriser et à baliser à l’avance les interactions pour éviter de réactiver les traumas chez celles et ceux qui en ont été victimes. Ça part d’une bonne intention, mais au risque d’empêcher la survenue d’expériences au nom d’une sécurisation par anticipation et d’accepter n’importe quelle réaction de la part des personnes labellisées comme traumatisées (free pass pour faire de la merde à leur tour)

L’autrice énonce ensuite différentes expériences qu’elle a vécu et ce que ça lui inspire, j’ai pris des notes à des degrés inégaux sur les 4 : BDSM, psychédéliques, jeûne, twerk.

Pratique du BDSM : pour Myriam Bahaffou, pas d’intérêt à cette pratique si elle est totalement encadrée à l’avance, c’est une expérience qui doit pousser à dépasser des limites, à expérimenter avec un·e partenaire dans la/lequelle on a confiance, et qui sera capable d’improviser les évolutions de la séance. Accueillir la douleur comme une expérience (côté sub), ne pas juste « jouer à dominer » sans aller trop loin côté dom. Il y a un côté excitant / pervers / empouvoirant à jouer avec des rapports de pouvoir réels et de jouer avec des fantasmes pas forcément idéologiquement clean. Le BDSM qu’elle pratique n’est pas à visée thérapeutique / déconstructrice non plus, c’est une expérience qui vaut pour elle-même, sans externalité.

Consommation de psychédéliques : permet de dissoudre l’égo, de se connecter au monde d’une autre façon et de perdre le contrôle, trois actions qui semblent nécessaires à Myriam Bahaffou pour pratiquer une éropolitique. Il n’est pas possible de diriger un trip, c’est une expérience en soi. Après, faire des trips ne constitue pas une politique (et Myriam Bahaffou met en garde contre la récupération néolibérale de ce genre d’expérience, avec les retraites psy, le microdosing pour libérer sa créativité dans le cadre du taff), mais permet de requestionner ses présupposés, et de tenter de réimporter ce décentrage dans le reste de sa vie et de son action politique.

Le jeûne comme un autre état de conscience modifié : là aussi jouer avec des limites, changer son rapport à l’alimentation, à son corps, à sa productivité. Jeûner modifie le fonctionnement du métabolisme, et permet de manger en pleine conscience plutôt que mécaniquement.

En conclusion, grosse recommandation, le livre est largement discuté dans une série d’entretien avec l’autrice dans le podcast Renverser la table :

Squats et Pirates – Chroniques d’occupation à Barcelone et ailleurs, ouvrage collectif

Recueil de témoignages de personnes qui vivent dans des squats, une majorité à Barcelone, mais certains aussi en France, en Amérique latine… ça raconte plein d’histoires d’ouvertures de squats, de la vie de certains squats qui ont tenu plus ou moins longtemps, ce que ça a pu apporter aux personnes vivant dedans ou au contraire les difficultés que ça a pu causer de gérer le squat. C’est super intéressant d’avoir tous ces témoignages juxtaposés qui présentent différentes périodes, différentes zones géographiques ou le squat est plus ou moins bien accepté. Y’a des tons très variables entre le récit très factuel de comment certains ont réussi une ouverture plus ou moins technique, le récit plus dans le ressenti ou dans le bilan de la vie du squat.

Recommandé.

Dans mon cerveau comme à la maison, de cht.am

Bande dessinée française parue en 2024. L’auteur.e parle de son rapport à sa propre psyché, en comparant différents éléments (l’égo, l’imagination, le rapport aux autres, les émotions) aux pièces d’une maison. Iel parle de sa dépression (je l’ai rangée dans ma bibliothèque à côté de C’est comme ça que je disparais, de Mirion Malle), du rapport à son corps et à ses TCA. C’est pas des sujets légers mais la bande dessinée est très bien, dessinée avec seulement 3 couleurs primaires et du noir et blanc. Pas de cases, tout est à chaque fois en pleine page.

Recommandé pour quand ça va mentalement.

Le Marche-Lune, de Simon Spruyt

Bande dessinée française parue en 2026. Dans la Mésopotamie antique, une extraterrestre émissaire d’une civilisation galactique s’incarne sous la forme d’une prêtresse d’Ishtar pour observer les humain.es, et surtout pour retrouver son prédécesseur qui a rompu la clause de non-intervention, frustré par l’absence de développement de la civilisation humaine. Elle va interagir avec les humain.es de l’époque et l’IA qui la conseille.

J’ai bien aimé ! Dessin très beau, traitement réussi, histoire de SF « historique » qui fonctionne, avec une vibe « toute technologie suffisamment avancée… » qui sert surtout à montrer l’Antiquité (les observateurs n’étant pas censés interférer dans le développement des civilisations qu’iels croisent, il n’y a qu’un tout petit peu de SF qui apparait, en dehors du dialogue interne avec l’IA)

Recommandé !

La Colonie, d’Annika Norlin

Roman suédois paru en 2025. Suite à un burn-out, Emelie plaque tout pour aller vivre dans une tente dans la forêt. Elle découvre qu’une communauté de 7 personnes vie dans la forêt pas loin de sa tente, 7 personnes en marge du monde mais qui ont l’air parfaitement au calme dans leur existence alternative. On va suivre à la fois le rapprochement d’Emelie avec la communauté et l’histoire qui a mené cette communauté à se constituer.

J’ai bien aimé ! Y’avait des passages humoristiques inattendus, la dérive progressive de la collectivité est bien amenée (on aime bien tous les personnages et on voit les glissements progressifs sans qu’ils paraissent trop absurdes (sauf peut-être l’histoire de Zakaria), et le résultat final bien creepy (mais avec des côtés attirants quand même, surtout du point de vue d’Emelie qui voit bien la proximité entre les différents membres de la Colonie). Le personnage de Sara est particulièrement réussi.

Recommandé si vous voulez lire de la littérature suédoise.

Moon Palace, de Paul Auster

Roman étatsunien paru en 1989. Marco Stanley Fogg est un orphelin élevé par son oncle clarinettiste, et qui part étudier à l’université de Columbia à New York. Après une période à vivre dans la rue, il est embauché par un vieil homme excentrique qui lui demande de coucher par écrit les péripéties de sa vie. S’ensuit un récit enchâssé, avant de revenir à la vie de Fogg et à la façon dont elle va s’entrecroiser avec celle de son employeur.

Agreable à lire et l’histoire est bien menée, mais rien de particulièrement saisissant non plus. Les persos masculins sont réussis – on y croit malgré leurs péripéties invraisemblables, mais par contre les féminins sont complètement archétypaux.

Les Guérillères, de Monique Wittig

Roman français paru en 1969. On découvre par fragments la vie d’une communauté de femmes dans un futur indéterminé et utopique. Une bonne partie de leurs journées sont consacrées à des jeux ou des cérémonies ou des récits, la vulve et le clitoris sont placés au centre des mythes (mais certaines disent que c’est un état transitoire qui doit servir à dépasser un ordre ancien, mais qu’il ne faut pas à termes se focaliser sur un corps fragmenté).

C’était sympa à lire mais en 2026 on tombe pas à la renverse en lisant un roman sur des communautés féminines, ni en lisant une utopie post-apo.

Crux, de Gabriel Tallent

Roman états-unien paru en 2026. Dan et Tamma vivent dans le désert du Mojave, proches du parc national de Joshua Tree. Iels ont 17 ans et l’escalade comme passion partagée. Mais iels viennent de familles de white trash et ont zéro argent pour acheter du matériel. Donc iels font du bloc avec des chaussons récupérés dans une poubelle, sans crashpad, avec juste l’un l’autre pour assurer une parade. Leurs mères étaient amies autre fois mais ne se parlent plus depuis 10 ans, et leur deux familles sont dysfonctionnelles chacune à leur façon (Anna Karenina TMTC). On va suivre au fil de leur année de lycée l’évolution de leur pratique de l’escalade, et de tout ce qui va tomber sur leurs deux familles.

J’avais énormément aimé le premier roman de Tallent, My Absolute Darling. Ce second roman est plaisant à lire, mais clairement pas au même niveau. La relation entre les deux personnages principaux est bien caractérisée, et leurs péripéties, que ce soit les sessions de grimpe ou les péripéties familiales sont bien décrites (ya quelques moment où j’ai poussé des cris d’horreur en lisant, sur des descriptions de chutes depuis des blocs notamment), mais les personnages ne sont pas très crédibles, avec leurs discussions ultra référencées alors qu’ils sont supposés venir d’un milieu pauvre et isolé.

Les questions au centre du roman, « qu’est ce qui vaut la peine d’être vécu, comment se comporter quand toutes les options semblent impossible, et en quoi l’escalade est une métaphore de la vie » sont idéales pour un récit de coming of age, mais peut être posées un peu trop académiquement. Un des éléments que j’ai trouvé particulièrement réussi par contre est la relation de Tamma à ses neveux et à sa sœur et la façon dont ça rentre progressivement dans le focus du roman.

Mansfield Park, de Jane Austen

Cendrillon by any other name.

Roman anglais publié en 1814. À l’âge de 10 ans, Fanny Price est envoyée vivre sur la propriété de son oncle Sir Bertram. Elle va y faire l’apprentissage des us et coutumes de la petite noblesse anglaise, et grandir aux côtés de ses quatre cousins Tom, Edmund, Maria et Julia. Persuadée de leur être inférieure et largement encouragée dans cette croyance par sa tante Mr. Norris, Fanny va tomber amoureuse de son cousin Edmund, le seul a lui montrer un peu de considération. Mais il va lui tomber sous le charme de la soeur d’une voisine, Mary Crawford. Ce triangle amoureux et quelques autres vont se résoudre dans le milieu corsetée de la noblesse du début du XIXe siècle…

J’ai bien aimé ! La situation de Fanny est un peu caricaturale, laissée à elle-même dans une famille où la plupart des membres sont quand même assez idiots. Mais les portraits des personnages fonctionnent bien, mention spéciale à la tante Norris. Les relations familiales sont aussi bien mises en scène (you heard it here first, Jane Austen est douée pour écrire des relations familiales !), l’influence étouffante du pater familias qu’est Sir Bertram sur ses enfants est bien retranscrite, ainsi que l’isolement dans lequel se trouvent les femmes des deux générations.

L’arrière-plan du livre avec la fortune de Sir Bertram qui vient de ses possessions à Antigua m’a pas mal fait penser à Albion, quie j’ai lu récemment – et visiblement Mansfield Park a été une grosse source d’inspiration pour Anna Hope, donc c’est assez logique. Vous pouvez lire Albion comme la suite de l’histoire de la propriété de Mansfield 200 ans plus tard.

J’ai levé un sourcil sur le fait que le happy ending du livre ce soit d’épouser son cousin, mais bon je suppose que c’est normal pour la noblesse anglaise. Et Fanny est présentée généralement comme un personnage plutôt conservateur avec un grand sens de la morale bourgeoise.

Recommandé si vous aimez la comédie de mœurs anglaise.

Visqueuse, de Morgane Caussarieu

Roman fantastique français paru en 2024. Dans l’entre-deux guerres, en Franche-Comté, Arsène trouve dans un marais une femme-serpent. Persuadé d’être tombé sur la vouivre des légendes, il la séquestre dans sa cave. Sa fille va se prendre de pitié pour la créature, qui lui semble sortie des films de monstre qu’elle va voir au cinéma du village.

Il y a une vibe intéressante, le fait de placer une histoire fantastique dans la France de l’entre deux guerres fonctionne bien (Adèle Blanc-Sec l’avait certes déjà prouvé), la variation de ton entre l’explication fantastique dure et une version plus « il y a une explication scientifique derrière tout ça » est réussie. Par contre les mentions répétées de scènes d’agressions sexuelles c’était pas trop ma came.