Archives pour la catégorie Longs métrages

Downsizing, d’Alexander Payne

Une équipe de scientifiques norvégiens trouve le moyen de réduire la taille des êtres vivants d’un facteur 150, permettant ainsi de réduire considérablement l’impact de la vie humaine sur les ressources naturelles. Une dizaine d’année plus tard, un couple d’américain⋅e⋅s avec une vie moyenne décident de subir la procédure, l’équivalent de leur capital une fois miniaturisés leur permettant de vivre avec le pouvoir d’achat de millionnaires, dans une des communautés de luxe pour « petits ». Mais la femme prend peur au dernier moment et refuse la procédure. Après le divorce, le héros se retrouve avec un train de vie bien moins luxueux que prévu et commence à découvrir l’envers du décor : le luxe des petits nécessite tout autant des employés de maison, des gens qui font le sale boulot, des pauvres…

Ça aurait pu être une grosse comédie façon « Chérie j’ai rétréci les gosses », mais c’est étonnamment réussi. Façon hard SF, le film explore les conséquences inattendues de la technologie : usage par les régimes autoritaires contre les opposants politiques, inégalités, transformation d’un moyen de moins peser sur les ressources naturelles en moyen d’augmenter son train de vie…

Mention spéciale au personnage de Ngoc Lan Tran, une opposante politique vietnamienne handicapée qui parle en anglais brisé, sans qu’aucune de ces caractéristiques ne soit utilisée comme une blague ou un ressort comique.

Les Bonnes Conditions, de Julie Gavras

Documentaire sur des jeunes de bonne famille qui ont fait leur lycée à Victor Duruy dans le VIIe arrondissement de Paris. La réalisatrice les suit entre 2003 et 2016, avec des entretiens une fois par an, pour voir l’évolution de leur vie et de leur pensée.

Sentiment mitigé. Le concept est intéressant, mais le fait de suivre des jeunes d’un milieu assez homogène, sans remise en contexte, sans comparaison avec des gens venant de d’autres classes de la société, ça fait qu’on ne sait pas trop quoi en penser. Certain⋅e⋅s ont du enchaîner les stages avant de trouver un vrai travail, mais en comparaison avec les jeunes du même âge, c’est normal, c’est plus facile, c’est inattendu ? C’est frustrant de ne pas pouvoir se faire une idée plus précise de ça.
Par ailleurs, j’ai eu un problème de forme sur le fait que la réalisatrice ne sait manifestement pas quoi faire de sa caméra par moment et qu’il y a des zooms et dézooms qui ne servent absolument à rien et qui te sortent de la narration des interviewé⋅e⋅s. Le documentaire aurait gagné à être tourné en plan fixe et mieux pensé en terme de mise en scène/cadrage.

Dernier Train pour Busan (부산행)

Film coréen de 2016. Une épidémie de zombie se répand dans la péninsule coréenne. Un gestionnaire de fonds et sa fille sont dans un train roulant de Séoul à Busan. Avec une poignée d’autres passagers du train, ils doivent affronter les zombies dans le train et autour.

C’est cool de voir un film de zombies non-américain. Y’a la traditionnelle de combat dans un couloir qui est un passage obligé de tout film coréen (en même temps, dans un train, ce serait difficile de faire sans). C’est très bien réalisé, les zombies et les effets spéciaux sont bien faits, c’est un peu moralisateur mais les enjeux plus larges sont intéressant, y’a un petit côté défense du service public et du statut de cheminot avec le personnage du conducteur de train. Je recommande.

Batman Ninja, de Junpei Mizusaki

Bat the fuck!?

Suite à un McGuffin, Batman, ses alliés et ses ennemis sont transportés dans le Japon de l’époque des samouraïs. Le Chevalier Noir doit défaire les royaumes dont se sont emparés ses ennemis pour espérer pouvoir revenir à l’époque moderne et remettre l’Histoire sur les rails.

Ça parait absurde dit comme ça ? En vrai ça l’est bien plus. On est sur un animé japonais qui assume pleinement le côté WTF du Japon et on a donc très vite des méchas, un clan secret de ninjas avec une prophétie de la chauve-souris, une armée de singes (beaucoup plus que 12) et une tétrachiée d’objet bat-thèmés. Le scénario ne s’embarrasse d’aucune vraisemblance et encore moins des lois de la physique, mais le film est esthétiquement plutôt réussi (à part deux/trois écrans qui font très cartons de présentation des personnages dans un jeu vidéo), avec une belle recherche sur les identités visuelles des méchants les plus esthétiquement iconiques de Batman réinventés en seigneurs de guerre. Après j’aurai bien voulu voir moins de méchas et plus de temps sur les méchants eux-mêmes, comment ils avaient saisi le pouvoir et organisé leurs royaumes.

Ouvrir la Voix, d’Amandine Gay.

Séance à l’Assemblée Nationale en présence de la réalisatrice. C’était fort cool. Le documentaire était très bien, des entretiens avec plusieurs femmes noires vivant en France ou en Belgique, pour discuter de l’expérience d’être une femme noire dans un pays avec un passé colonial/impérialiste. Plein de thématiques abordées (sexualité, racisme quotidien, religion, …) dans une perspective afroféministe. Débat à la fin du film avec la réalisatrice, Danièle Obono (députée de Paris) et Rokhaya Diallo. Le débat aussi était super intéressant.

Grosse recommandation.

L’Île aux Chiens, de Wes Anderson

Film d’animation américano-japonais de 2018. Très beau visuellement, très réussi en terme d’animation (j’ai notamment énormément aimé les parties avec les complexes industriels dévastés, aussi brèves soient-elles ♥). L’histoire que l’on suit est sympa (suite à un décret municipal, tous les chiens de la métropole de Megasaki sont expulsés sur l’île dépotoir. Le pupille du maire décide d’aller y chercher son chien garde du corps, et il est révélé que l’exil des chiens cache un sombre complot). Mais c’est traité de façon très conservatrice : les votes des humains sont truqués et ceux des chiens sont une perte de temps, les chiens errants sont bien content de se trouver un maître… Par ailleurs les personnages féminins sont tous des relations amoureuses et des accessoires des personnages masculins (la reporter un petit peu moins que les autres mais ça ne va pas bien loin).

J’ai aussi été assez gêné par les parallèles avec la Solution Finale (déporter les chiens, les rassembler dans un camp, puis les tuer avec du gaz) que j’ai trouvé d’assez mauvais goût (après moi ça m’a sauté aux yeux mais j’ai des ami⋅e⋅s qui me disent que cette partie là les a pas marqué⋅e⋅s)

Moonlight, de Barry Jenkins

Un film sur la jeunesse d’un homme noir et gay de Miami. On le suit à trois moments de sa vie, vers 7/8 ans, dans son adolescence au lycée, et dans sa trentaine. Le film est très beau, mais pas très joyeux : Chiron (le héros) est confronté à l’homophobie, au harcèlement scolaire, et à l’omniprésence de la drogue. Je ne saurai pas trop comment décrire davantage, mais c’est très bien, forte recommandation.

Pitch Perfect  1, 2 et 3, de Jason Moore

Une comédie sur un club féminin de chant a cappella dans un collège US. C’est vachement cool, les chansons sont entraînantes, les blagues sont cools, c’est féministe, les seconds rôles sont géniaux (mention spéciale aux deux présentateurs réacs). Le 2 est sympa aussi mais c’est vraiment un décalque du premier par contre, c’est un peu dommage de pas avoir étendu un peu l’univers (c’est plus rigolo de regarder les scènes coupées du premier que le second).
Petit bémol cependant (see what I did there?), la question du consentement est quand même vachement laissée de côté. Je recommande chaudement le film (et je chante un peu en boucle les chansons ces temps-ci).

Pitch Perfect 3, de Trish Sie :
C’était… je dirai bien médiocre, mais non, c’était vraiment mauvais. Ils changent le genre du film vers un truc d’espionnage à mi-chemin, ce qui n’apporte rien si ce n’est des incohérences. Y’a quelques bonnes blagues mais elles sont noyées dans une mélasse de trucs totalement randoms et poussifs, ou juste là pour faire avancer le scénario de façon visible… C’était visible dès le trailer tbh, et ce n’est pas surprenant que le concept du premier film ne se prête pas à des suites.

Annihilation, d’Alex Garland

Film adapté du livre éponyme de Vandermeer. Quatre scientifiques veulent atteindre le centre d’une zone de quarantaine observée par l’armée américaine : s’étendant progressivement, cette zone d’un parc national américain semble entourée par une bulle de savon irisée, et aucune des équipes ou du matériel envoyé dedans n’en est ressorti. A l’intérieur, elles sont rapidement désorientées et constate des croisements interespèces aberrants.

C’était sympa mais c’était pas incroyable. Quelques belles scènes du point de vue de la mise en scène des formes de vie hybridées, mais globalement on sent un peu le manque de budget par rapport aux ambitions. Dans le même genre j’avais bien aimé Monsters, dont j’avais trouvé qu’il se débrouillait mieux sur un thème similaire avec son petit budget (mais je l’ai vu y’a longtemps, il faudrait que je le revois pour un avis éclairé).

Hunt for the Wilderpeople, de Taika Waititi

« I didn’t choose the skux life. The skux life chose me. »

Nouvelle Zélande. Un gamin maori de 13 ans placé de famille d’accueil en famille d’accueil atterrit en pleine campagne chez Bella et Hector. Hector communique par monosyllabes, mais Bella lui donne un amour inconditionnel. Mais Bella meurt, et les services sociaux décrètent qu’au vu du changement de situation, Ricky va devoir être placé de nouveau. Il décide alors de s’enfuir dans le bush, 1 million d’hectares de forêt vierge.

Je ne veux pas en dire beaucoup plus parce que la bande-annonce révèle beaucoup du film et c’est un peu frustrant : Disons que c’est un film sur des gens qui partent vivre dans la forêt pour échapper à la société et sur des amitiés improbables. C’est drôle à voir, bien filmé, j’ai beaucoup aimé. De façon générale je pense que j’aime bien les films de Taika Waititi.