Archives pour la catégorie Longs métrages

I Kill Giants, d’Anders Walter

Sur la côte des États-Unis, dans une petite ville, une préado vit sa vie dans son coin, avec une famille distante. Sa journée est rythmée par une série de rituels : préparation de potions, vérification et réinscriptions de runes sur des murs et arbres, élaboration de pièges… Le tout pour protéger la ville des géants.

J’ai bien aimé le film, notamment le début, la description des rituels, le quotidien de l’héroïne, son amitié avec la nouvelle venue dans la ville.
Quelques points un peu gérés avec lourdeur : le discours du Titan, notamment, qui fait très préchi-précha, la persécutrice de l’école qui à l’air d’être méchante essentiellement pour le plaisir, la psy scolaire totalement bien intentionné et qui à autant de temps qu’il faut à consacrer à une unique élève.
Le « plot-twist » du film se voit venir de loin mais le but c’est pas vraiment de faire une révélation choquante donc c’est pas très gênant. Mais c’est vraiment pour moi le début du film avec la description des rituels enfantins élaborés, conçus pour essayer d’avoir une certaine maîtrise du monde, que j’ai trouvé intéressant et bien fait.
Le cast très majoritairement féminin du film était une bonne surprise

Beyond Flamenco, de Carlos Saura

Un documentaire de 2016 qui montre différents style de Jota, la famille de danse dans laquelle on trouve le flamenco et le fandango. Un léger carton explicatif au début, puis le film consiste en un enchaînement des différentes danses de la famille par différent.e.s danseuseurs.
J’aurais bien voulu un peu plus d’analyse ou d’explication des différentes danses parce que si pour certaines on est directement pris par la performance technique/le rythme, globalement quand on y connait rien on ressort du film en en sachant pas beaucoup plus à part qu’il y a une grande diversité. Mais ça reste globalement beau à voir. 

The Lost City of Z, de James Gray

Film de 2015 basée sur la vie d’un explorateur anglais du début du XXe siècle qui part cartographier la frontière entre le Brésil et la Colombie, et revient, en ayant découvert des fragments de poteries, persuadé qu’il existe une civilisation et une cité perdue qui auraient vécu dans l’Amazonie, contre toutes les croyances des Occidentaux de l’époque qui la voyait comme un désert vert. Il fera deux expéditions de plus pour retrouver cette cité qu’il a surnommé Z, sans succès, et finira par disparaître dans l’Amazonie. L’histoire est intéressante mais le film manque un peu de rythme, il hésite entre différentes structures, sans qu’on sache trop s’il veut rendre hommage aux grands films du genre (Apocalypse Now, Aguirre) ou s’il n’arrive juste pas à se décider. Et le film raconte beaucoup trop de choses aussi. Du coup y’a des choses qui se passent d’un coup et qu’on doit tenir pour acquises sans que le film n’ait pris le temps de les installer.

Pas convaincu, mais jolie photographie.

The Avengers: Infinity War, de Joe and Anthony Russo

Interminable. 2h30 de film, pour un truc à grand spectacle, désolé mais c’est trop. Surtout quand c’est pour caser des scènes pseudo-sentimentales et des discours grandiloquents. Y’a trop de lignes narratives, trop de trucs qui s’entrecroisent artificiellement. Les niveaux de pouvoirs varient artificiellement, les gens se téléportent à 10 minutes de leurs destinations pour avoir le temps de faire un petit discours à leurs potes lors de la phase d’approche… Le film craque aux coutures de partout.

Surtout qu’avec tout ça, c’est qu’une moitié de film, FFS. Ça finit sur un cliffhanger avec zéro résolution. Du coup faut se retaper 2h30 pour savoir ce qu’il en est ? C’est dommage en plus parce que je vois ce qu’ils ont tenté de faire, mais je trouve que ça ne marche pas : l’idée c’est que le film ne raconte pas la lutte des Avengers contre Thanos, mais le parcours de Thanos pour acquérir les Pierres d’Infinité : de ce point de vue on a une structure correcte : le héros a n items à acquérir en se battant contre des ennemis, il sacrifie qq chose qui lui est cher sur son chemin, il manque de mourir dans le combat final mais prévaut malgré tout, et on finit avec un petit plan de lui posé dans sa cabane en pleine campagne, en paix une fois sa mission accomplie. Cette structure fonctionne, mais elle est totalement parasitée par les lignes narratives des Avengers, ce qui déjà dilue l’histoire de Thanos dans un film interminable avec plein d’autres enjeux, et d’autre part fait qu’on a son histoire que par la bande, vu que les points de vue que l’on a (surtout au début, y’a plus de focus sur lui à la fin) c’est ceux des Avengers.

Bref, overinflated, do not recommand

Ernest et Célestine, de Benjamin Renner, Vincent Patar et Stéphane Aubier

Film d’animation français.

Deux mondes qui vivent en parallèle, celui des ours et celui des souris. Les souris se glissent la nuit chez les ours pour récolter des dents, mais chaque espèce est terrifiée par l’autre. Une nuit, une souris plus téméraire que les autres va s’allier avec un ours misanthrope (misursin ?). Poursuivi par les polices des deux espèces, ils vont hiverner isolés de tout pour faire de la musique et du dessin. Mais avec le printemps, le monde extérieur les rattrape…

C’était très sympa, très beau (dessins à l’aquarelle), ça aurait pour être tourné sur un mode épique (typiquement ça ferait un bon scénar de film young adult), mais là c’est traité de façon plus paisible. Y’a aussi un petit message « ordre établi, police partout, justice complice » qui est intéressant.

Je recommande.

Article invité : A Quiet Place, de John Krasinski

Film d’horreur/de SF américain de 2018. L’article est rédigé par OC.

Film d’autant plus décevant que le principe avait l’air extrêmement prometteur (« Ça fait peur et y’a de la langue des signes ») : une famille vit en mode survivaliste (de luxe) dans la campagne américaine, dans un futur proche où des bestioles aveugles mais à l’ouïe très fine repèrent leurs proies (= les humains et, apparemment, les ratons-laveurs) de très loin et les bouffent en moins de temps qu’il ne faut pour dire « hyperacousie ».

On voit donc toutes les stratégies mises en place par la famille pour vivre sans faire de bruit : langue des signes (ce qui est facilité par le fait que l’aînée est sourde – le personnage est d’ailleurs incarné par une comédienne elle-même sourde, ce qui est appréciable), sable ou peinture sur le sol pour atténuer les bruits de pas ou mettre en évidence les planches de l’escalier qui ne craquent pas, communication en morse ou par signaux lumineux, couffin insonorisé pour le bébé à naître… Visuellement c’est plutôt réussi.

En revanche, le scénario est grevé de ficelles tout aussi énormes que les trous, ce qui rend difficile de rentrer totalement dans le film. Classiquement, le scénario repose quasi intégralement sur le fait que les personnages font des trucs idiots (est-il donc à ce point impossible d’imaginer un scénario un peu ambitieux où les gens fonctionneraient de manière un peu rationnelle ?) et qu’ils ne se parlent pas. Là, ça pourrait se justifier en partie par le fait que, bah, les gens ne peuvent pas se parler de vive voix (sinon ils sont morts), sauf que justement le nécessaire silence ne les empêche pas de communiquer de plein d’autres manières. Du coup, il y a un gros déséquilibre entre la mise en place d’un univers assez stylé, plein de trouvailles, et l’utilisation plus que réduite qu’en fait le scénario, qui tient sur pas grand chose.

En ce qui concerne les (très) vilains monstres, il ne faut pas longtemps au/à la spectateurice pour imaginer quelques techniques qui auraient permis de faire diversion, de les attirer dans un piège, ou de réaliser des cachettes sonores. Plusieurs plans s’attardent sur des unes de journaux qui titrent « Rien ne peut les arrêter ! » alors que ce qui les arrête, finalement, est un truc plutôt trivial (à savoir « balancer du son à haute fréquence », ce qui est quand même une technique employée par un certain nombre de municipalités pour faire fuir les jeunes qui font tache dans le paysage urbain bourgeois). Mais bon, du coup le film aurait été un peu court, forcément.

Un autre point qui m’a déçue est le traitement du son au long du film. Certes, je ne l’ai pas regardé dans des conditions excellentes et n’ai peut-être donc pas profité de toutes les subtilités. Certaines choses m’ont parues intéressantes mais pas assez assumées (des scènes perçues du point de vue de la jeune fille sourde où le son est coupé, mais seulement pendant quelques secondes ; la scène très touchante où le cadet crie, profitant du bruit de la cascade, mais qui se transforme en fin de compte en set-up d’une autre scène avec la mère). D’autres choses sont franchement vues et revues (enfin… entendues et ré-entendues ?). Je pense notamment aux cris et grognements des méchants monstres qui m’ont évoqués… tous les cris et grognements de tous les méchants monstres dans tous les films américains. Pour moi, aucun sound design un peu original, alors que ce film était l’occasion de faire quelque chose de génial.

Je finirai en parlant la morale sous-jacente du film, et notamment les représentations genrées (puisque c’est ça qui m’intéresse dans la vie, avec les autobiographies de mathématicien-nes). Sur ce point, je suis assez partagée. Le fonctionnement de la famille est ultra patriarcal : le père gère les aspects techniques et technologiques, la chasse, la protection physique de la famille. La mère s’occupe de la santé, de la lessive, de la nourriture, du soin émotionnel. Cette répartition (appuyée de manière lourdingue) est perpétuée par le père, qui oblige son fils à l’accompagner à la pèche alors que ce dernier n’en a aucune envie, et refuse à sa fille d’y aller alors qu’elle en meurt d’envie. De ce point de vue, le positionnement des enfants opère une remise en question du modèle parental : le garçon exprime ses émotions, fait preuve de sensibilité et aide à rétablir les liens affectifs brisés, la fille est bricoleuse et butée. A la fin, c’est la fille qui trouve la solution pour se débarrasser des monstres, soulignant au passage que son père était bien bête de lui interdire l’accès à son atelier car la solution était là depuis l’début. Je pense (j’ose espérer) que c’est l’un des buts du film : un semi-bon point, donc. M’enfin le modèle qui perdure c’est quand même l’autarcie du noyau familial hétéro et la puissance de la carabine face à l’envahisseur. Politiquement (quand par ailleurs on peut déceler un positionnement plutôt pas mal) c’est assez limité, voire un peu craignos.

et puis j’ai pas eu peur :(

Lo Chiamavano Jeeg Robot, de Gabriele Mainetti

Film italien de 2015. Un petit délinquant romain acquiert une force surhumaine après avoir été en contact avec un produit radioactif. Il commence par s’en servir pour faire des braquages faciles, sans rien changer à son style de vie (il achète juste une plus grosse télé et rempli son frigo de Danettes). Mais il rencontre une fille obsédée par le dessin animé Jeeg robot d’acier, qui est persuadé qu’il en est le héros et qu’il doit réaliser son destin de protecteur de l’Humanité…

J’ai beaucoup aimé. C’est une origin story de super héros ultra classique (avec les défauts du genre, comme l’intérêt amoureux qui meurt pour donner au héros une raison de se battre), mais c’est intéressant d’en avoir une version pas américaine. C’est très bien filmé, l’action se passe dans les banlieues défavorisées de Rome, le héros est un anti-héros très classique (sa rédemption finale est un peu trop rapide pour être crédible), et mention spéciale au personnage du Gitan, méchant particulièrement réussi.

(J’ai cru que je pourrais voir le film en italien sous-titré italien mais que dalle. Entre le parler populaire, les gens qui parlent vite et les romanismes, j’ai très vite abandonné pour des sous-titres fr)

Turbo Kid, d’Anouk Whissell, François Simard et Yoann-Karl Whissell

Film post-apocalyptique tourné en 2015 et se déroulant en 1997. Dans un monde en proie à un univers nucléaire permanent, des personnages tentent de survivre dans « Les terres désolées », arides et peuplées de personnes peu recommandables. Notamment, un adolescent passionné des comics de Turbo-Man.

C’est assez étrange. C’est un pastiche des et hommage aux films de l’époque et il est très réussi pour le côté pastiche (les personnages unidimensionnels mais attachants, le gore improbable, les costumes post-apo et toute l’esthétique…) . Après ils auraient pu prendre des caractères féminins un peu moins tropesques (la manic pixie dream girl et la main droite du méchant), et le héros n’a pas du tout un comportement cohérent entre le début et la fin du film. Mais sinon ça se regarde bien, tu te sens que les participants se sont amusés à le faire, plein de petits clins d’œil en arrière plan.

The Last Jedi, de Rian Johnson

C’était joli, mais c’était long. De très beaux trucs visuels (le combat sur la planète avec des cristaux de sel rouge), mais pas grand chose qui se passe.

Un truc qui me frappe au passage dans cet épisode, c’est l’absence totale de gens pas impliqués directement dans le conflit : à trois gamins logeant dans une écurie près, les seuls civils que l’on voit ce sont des vendeurs d’armes, montrés comme riche et décadent. Dans les deux premières trilogies on voyait des planètes pas totalement désertes (Tatooïne, Coruscant, Bespin…) avec des gens qui vivaient leur petite vie civile, en composant plus ou moins avec qui l’Empire, qui la Fédération du commerce. Un effet lié à ça, c’est qu’on se retrouve avec une résistance qui a l’air totalement inexistante : à la fin du film, « la Résistance » c’est une grosse dizaine de personnes. Dans la trilogie originale tu avais une Résistance assez forte mine de rien, s’appuyant sur des systèmes entiers qui lui fournissait de l’appui logistique. Là que dalle, c’est une poignée de clampins coupée de tout et tou⋅te⋅s.

Et puis beaucoup de retournement/contre-retournement de situation (Luke est mort/non il était pas là/mais en fait il est mort quand même, Kylo est gentil/non il est méchant/non il se retourne contre son maître/mais c’est pour prendre sa place…) qui rallonge un peu inutilement l’histoire. Bref, un peu trop boursouflé comme film, less is more.

Captain Fantastic, de Matt Ross

Film de 2016.

Un homme vit dans la forêt étasunienne avec ses nombreux enfants. Il leur donne une éducation survivaliste, axée sur la forme physique, la libre pensée et une philosophie d’extrême-gauche. Suite au décès de sa femme, la famille va devoir se confronter à la civilisation et aux normes sociales.

C’est assez cool (ce qui me fait penser que dans le film y’a un rant sur le fait de dire des trucs que c’est « intéressant » ou « cool » plutôt que de qualifier ce qu’il y a de notable, mais tu sais quoi ? Va te faire voir, film). Le père de famille a des vues totalement extrémistes sur l’éducation, qui sont montrées comme ayant des résultats efficaces (les enfants sont sportifs, ultra-cultivés et malins par rapport à leurs cousins qui glandent devant la console), mais très loin d’être parfaite : dans plein de situations ils ont pas les références et les codes pour interagir avec l’ensemble de la société (assez prévisiblement) et on ne sait pas trop si leurs vues d’extrême-gauche ne sont pas en grande partie de l’endoctrinement (le plus grand fils dit qu’il n’est plus trotskyste mais maoïste, mais tous les autres répètent juste des slogans). Mais sinon c’est fort sympa et bien filmé, je recommande

[Je me demande si ça ne vaudrait pas le coup que je fasse des tags « recommandation » et « à éviter » pour un tri plus rapide. Mais après ça demande de repasser sur toutes les critiques précédentes…]