Archives de catégorie : Longs métrages

Ventajas de Viajar en Tren, de Aritz Moreno

Film espagnol de 2019. Lors d’un voyage en train, une femme engage la conversation avec son voisin, qui s’avère être psychologue et va lui raconter le cas le plus étrange qu’il ait traité. La femme va en retour raconter sa vie, et leur deux récits vont à leur tour faire surgir des récits enchâssés, avec une narration sur plusieurs niveaux, et des narrateurices non fiables. J’ai beaucoup aimé toute la ligne narrative qui parle des éboueurs, moins le reste que j’ai trouvé un peu gratuitement trash.

C’était intéressant dans l’esthétique (qui rappelle un peu la série Utopia dans les couleurs saturées sur fond de WTF) et la mise en abyme des récits, par contre les récits eux-même sont parfois bien trash : même si les choses restent hors champ, ça parle de pédophilie, de zoophilie et de violences psychologiques et la mise en scène rend très claire ce qui se passe hors champ, donc trigger warnings là dessus.

Minari, de Lee Isaac Chung

Film américain de 2020. Dans les années 80s, une famille originaire de Corée déménage de la Californie à l’Arkansas. Les deux parents travaillent comme sexeurs de poussins, mais le père a l’ambition d’investir pour monter une ferme de légumes coréens pour fournir la diaspora et se sortir du salariat. La mère ne partage pas sa vision et a peur qu’ils y perdent leurs économies, alors que leur fils a un souffle au cœur qui pourrait nécessiter une opération coûteuse. Ils sont bientôt rejoints par la grand-mère maternelle qui émigre de Corée pour les rejoindre, et clashe avec son petit-fils qui trouve qu’elle ne correspond pas du tout au stéréotype d’une grand-mère américaine.

C’est assez lent mais c’était très bien. Le film montre la vie d’une famille de cols-bleus dans l’Amérique rural et la tension que provoque le rêve de réussite du père, qui prend des risques et fait passer sa famille au second plan pour réaliser ses ambitions. Les personnages s’expriment moitié en anglais moitié en coréen selon les situations, et le film prend le temps d’installer les enjeux, les points de vue des différents personnages, de montrer les paysages et les interactions avec les personnages secondaires. Le personnage de la grand-mère est super, très réussi.

Grave, de Julia Ducournau

Film de genre français de 2016. Justine, 16 ans, intègre l’École vétérinaire, comme sa sœur et ses parents avant elle. Végétarienne depuis toute petite, la cérémonie d’intégration la force à goûter à de la viande pour la première fois. L’événement va réveiller une faim incontrôlable en elle.

J’ai beaucoup aimé. C’est un film d’horreur superbement filmé, original dans le traitement, avec des personnages réussis. L’ambiance de l’intégration des vétos est très réussie, de façon générale le film prend le temps d’installer son ambiance, toutes les contraintes qui pèsent sur la protagoniste (soit bonne en classe, soit cool en soirée, rend fière ta famille, respecte les promos supérieures, contrôle ta faim….). Les deux actrices principales jouent très bien, Adrien fait un personnage secondaire intéressant, bref, grosse recommandation si le genre horrifique vous botte.

Les 400 Coups, de François Truffaut

Film français de 1959. Antoine Doinel, un enfant de 12 ans, se sent mal dans le cadre de sa famille (où sa mère est très lointaine) et de son école (où l’éducation est à l’ancienne – enfin, à l’actuel de l’époque, mais à l’ancienne de notre point de vue de spectateurs de 2021). Il enchaîne les journées d’école buissonnière et les hébergements en secret chez des camarades de classe, jusqu’à ce que ses parents l’envoient en maison de correction, dont il finira par s’échapper pour aller voir la mer.

C’était intéressant. Assez descriptif, on voit Antoine mener sa vie, dans un univers pas très joyeux (ses parents ont l’air relativement pauvre, ils vivent dans un appartement tout petit, son école est carcérale, il se fait arrêter et est traité comme un adulte au commissariat…) Les moments où il sort de ces institutions ouvrent des parenthèses de liberté, où il se promène dans la ville avec un camarade, teste des attractions foraines, squatte à droite à gauche. Une très belle scène où on voit plein d’enfants regarder un spectacle de guignol, avec des plans sur la foule d’enfants. Une autre belle scène où Antoine sort du cadre, mais on voit son ombre se retourner avant que le personnage ne revienne sur ses pas pour voler une bouteille de lait qui lui fera son repas de la journée.

Les dialogues de façon générale sont incroyables, les enfants se parlent comme des adultes, semble avoir énormément d’autonomie (et avec les expressions de l’époque, donc plein de « ben mon vieux c’est épatant ».

Comme une image, d’Agnès Jaoui

Film très français de 2004. On suit la vie de Lolita, chanteuse lyrique et fille d’un écrivain à succès imblairable. Autour d’elle tourne son père, avec sa compagne et leur fille, sa prof de chant et son mari écrivain qui commence à avoir du succès, et ses deux crushs. On est dans le milieu des français friqués assez antipathiques, avec des égos surdimensionnés et incapables de communiquer.

Le film est bien réalisé, mais franchement j’ai eu du mal avec les personnages, bien joués mais allant de mesquin à toxique en passant par lâche.

Le Sens de la Fête, d’Olivier Nakache et Éric Toledano

Film français de 2017. Bacri joue Max, le patron d’une petite société d’événementiel spécialisée en planification de mariage. On le suit, lui et son équipe, sur toute la mise en place et le déroulé du mariage d’un client particulièrement relou dans un château magnifique. C’était très réussi. Tout les personnages sont bien : Max bien sûr, mais Jean-Paul Rouve en photographe jemenfoutiste, le DJ qui chante du yaourt avec aplomb, le serveur embauché au dernier moment qui ne connaît rien au milieu et enchaîne les catastrophes, le marié totalement infect (mention spéciale pour lui, le personnage est très très très réussi). Le film est bien rythmé, avec les différentes péripéties de l’organisation de la soirée, le tout sur une bande-son d’Avishai Cohen très réussie.

Grosse recommandation pour un fil good movie.

On connaît la chanson, d’Alain Resnais

Film français sorti en 1997. On suit les aventures à Paris de deux sœurs, Camille et Odile, et de leurs connaissances, alors qu’Odile achète un appartement et Camille finit sa thèse. Le film est connu pour son procédé qui consiste à faire faire du lipdub de chansons françaises à ses acteurices à plein de moments, lipdub qui s’insère dans les dialogues ou représente l’état d’esprit ou les émotions des personnages.

Les personnages sont attachants (sauf celui de Lambert Wilson, qui joue le connard de service, un horrible agent immobilier), même s’ils sont parfois un peu idiots. Mention spécial au fil narratif d’Odile qui culpabilise d’avoir renvoyé au dernier moment un demandeur d’emploi, à celui de Camille qui finit sa thèse « Les chevaliers-paysans de l’an mil au lac de Paladru », et à Bacri hypocondriaque qui consulte médecin sur médecin en chantant J’ai la rate qui se dilate.

The Big Short, d’Adam McKay

Film américain de 2015, présentant les ressorts financiers de la crise de 2008. On suit trois groupes de financiers à l’extérieur de l’écosystème mainstream de la Bourse américaine, qui réalisent dès 2005 que les produits financiers les plus en vogue, officiellement solides car adossés au marché de l’immobilier, sont en fait complètement vérolés : ces produits sont des agrégations d’assurances sur les défauts de paiement des crédits immobiliers, mais aucune vérification n’est fait a priori sur la solvabilité des gens qui contractent les crédits. De plus, les mécanismes d’agrégation agglomèrent des crédits avec des taux de risque différente, et considèrent ce panachage en soi comme une garantie de solidité. Enfin, tout un marché secondaire s’est mis en place avec des produits qui sont basiquement des assurances sur le défaut de paiement des assurances sur le défaut de paiement, ce qui fait qu’il y a une somme d’argent gigantesque brassée, le tout basé sur un marché de l’immobilier qui est clairement une bulle.

Les acteurs principaux de la Bourse sont tellement impliqués jusqu’au cou dans ces transactions qu’ils n’ont pas intérêt à y regarder de trop près, c’est pourquoi ce sont des outsiders qui vont voir l’embrouille, prendre des positions boursières contre la tendance à la hausse du marché (shorter le marché, d’où le titre du film), et voir à leur grand désarroi tout le marché secondaire rester à la hausse bien plus longtemps que ce qu’il aurait dû si les acteurs boursiers divers faisaient correctement leur travail, aggravant d’autant plus la crise subséquente.

Niveau mise en scène, c’était intéressant, il y avait plein d’acteurs bankables à contre emploi. Le film prend le temps d’expliquer quelques passages techniques dans des séquences didactiques. Par contre il ne faut pas avoir peur de voir 2h10 pleines de testostérone et de gens en costard cravate assez antipathiques. Mais ça vaut le coup, le film réussit bien à expliquer des mécanismes complexes, et comment personne n’a fait son taff correctement face à la perspective de profits à court terme.

Un Air de Famille, de Cédric Klapisch

Film français adapté d’une pièce de théâtre du duo Jaoui/Bacri, dans lesquels ils jouent tous les deux. Vendredi soir, petite ville indéterminée du Sud de la France. Comme chaque vendredi Henri accueille son frère, sa sœur et sa mère dans son bar avant qu’ils aillent au restaurant tous ensemble. Aujourd’hui, c’est l’anniversaire de Yolande, la femme de son frère Philippe, le frère en question est passé à la télé, sa sœur à dit ses 4 vérités à son patron insupportable, et la femme d’Henri a décidé de prendre une semaine « pour réfléchir ».

Ça crie beaucoup. Le film met en scène une famille dysfonctionnelle et ça s’entend. Henri a repris le bar que son père tenait, sa mère voit ça comme un échec, et ne se prive pas de lui faire savoir. Bacri campe un personnage de râleur (surprise) un peu réac mais qui devient attachant quand on voit ses faiblesses : son attachement à son chien paralysé, son désarroi devant le départ de sa femme, sa relation tout en coup de gueule mais néanmoins attaché à son employé (Denis, joué par Darroussin). Le film est un presque huis-clos, logique vu qu’il est adapté d’une pièce de théâtre. Quelques longueurs mais de belles scènes : Bacri qui tente de voir sa femme partie chez une amie, avec tout les gamins qui zonent en bas de l’immeuble qui l’encouragent ; Darroussin et Frot qui dansent ensemble. D’ailleurs le personnage de Catherine Frot est très réussi et très bien joué, j’ai l’impression qu’elle est toujours un peu castée dans le même rôle, mais là elle y ajoute une certaine subtilité – en comparaison avec Cuisine et Dépendances, son personnage de bourgeoise un peu cruche est quand même mieux réussi que celui de Zabou.

Je recommande, si vous n’avez rien contre les gens qui s’engueulent en criant.

Cuisine et Dépendances, de Philippe Muyl

Film adapté d’une pièce d’Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri, où les deux jouent. Un couple tombe par hasard sur un de leurs anciens amis devenu célèbre et l’invite à dîner. On ne voit rien du dîner lui-même, mais tout le contrechamp de la cuisine, où les personnages se croisent et viennent faire des apartés, les relations entre les différents participants étant houleuses. C’était sympa mais de facture très classique, avec des ressorts qui reposent sur le ressentiment et les divergences de vue entre des personnages plutôt à l’aise dans la vie (je ne me remets pas de l’appartement parisien immense), un peu de sexisme gratuit par moment. Une très bonne scène où Bacri tente par téléphone de savoir si un hôtel dispose de chambres libres. Pour un Jaoui Bacri, je recommande plutôt Le Goût des Autres.