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Le Zéro et l’Infini, d’Arthur Koestler.

Roman de 1939 sur le système des procès de Moscou. N.S. Roubachof, figure connue du Parti, est arrêté et emprisonné. Le roman alterne entre le déroulement de la vie de Roubachof dans la prison de son arrestation à sa signature de sa confession, et des retours sur les circonstances où il se trouvait du côté de l’accusation dans les purges et discussions doctrinales précédentes.

L’auteur précise en ouverture du livre que la vie de Roubachof est la synthèse de la vie de plusieurs figures réelles victimes des procès de Moscou. Staline, Lénine et d’autres figures historiques ne sont pas nommées explicitement mais sont trivialement reconnaissables. Le livre est intéressant en ce qu’il présente le dévoiement de la Révolution et l’établissement du fanatisme doctrinaire sans être anticommuniste. On a une focalisation sur Roubachof, qui a pris part à ce système depuis la Guerre Civile, y a participé, a cru à la cause de l’URSS. Il regrette là où le système en est arrivé, mais ne considère pas que le problème soit intrinsèque au communisme et le dévoiement inéluctable.

Détail que j’ai apprécié : la hiérarchie du Parti fait que le secrétaire général n’est jamais appelé autrement que N°1, et les prisonniers sont eux nommés par leurs numéros de cellule (Roubachof est n°437). Ça donne un petit côté « le carcéral étendu à l’ensemble de la société » qui fait penser au Prisonnier.

J’ai beaucoup aimé, je recommande.

Pluie noire (黒い雨) de Masuji Ibuse

Un roman japonais de 1965 que j’ai lu en anglais. Le roman décrit sous la forme de journaux et notes pris par différents personnages la vie à Hiroshima juste après l’explosion de la Bombe jusqu’à l’annonce de la capitulation du Japon, puis la vie quelques années après de survivants exposés aux radiations. Le roman a été salué pour sa qualité quasi-documentaire. C’est super intéressant (notamment en ce qui concerne la vie en temps de guerre des populations civiles japonaises, domaine totalement inconnu pour moi) et assez badant (sans surprise).

Ceux du futur, de Jorge Carrión

Roman de SF en huis-clos (il y a pas mal de huis-clos dans les œuvres que j’expérimente en ce moment, mais c’est purement un hasard). Une dizaine de personnages enfermés dans un bunker après l’éclatement de la troisième guerre mondiale, à coup de bombes atomiques.

Pas aimé. J’ai pas trouvé que le roman apportait quoique ce soit au genre. Le style est sympa mais sans plus. Et franchement les fantasmes de viol du narrateur sur une gamine de 13 ans j’aurais pu m’en passer.

La Part des Choses, de Benoîte Groult

Roman sorti en 72. 3 couples d’amis dans la quarantaine embarquent sur le bateau de l’une d’entre elle pour faire un tour du monde. Au fur et à mesure du voyage, les couples vivent leur crise de la quarantaine dans diverses configurations.

Pas été enthousiasmé. Je l’avais récupéré parce que Benoîte Groult, mais le livre n’est en fait pas très intéressant. Les chapitres d’ouvertures et de fermeture qui se passent en France ont quelque chose, mais le voyage au milieu, bof.

La Guerre Tranquille, de Paul McAuley

Space opéra.

En 2300, les 3 grandes puissances terriennes que sont le Grand Brésil, la Communauté Européenne et la Communauté du Pacifique sont fervemment écologique et travaillent dur pour réparer les dégâts infligé aux écosystèmes terrestres durant la Renverse, la conséquence du changement climatique. Ce sont accessoirement des pouvoirs oligarchiques sur lesquels quelques grandes familles règnent sans partage.

Mais ce n’est pas là toute l’Humanité : pour échapper à la renverse, les plus priviligiés de l’époque s’étaient réfugiés sur la Lune. Leurs descendants ont essaimé le système solaire, et si les colonies lunaire et martiennes ont succombé aux conflits entre la Terre et le Système solaire, les planètes et lunes plus lointaines comptent nombre d’habitats démocratiques. Entre les deux factions, les tensions s’accumulent et une guerre asymétrique menace d’éclater.

Bon, ce pitch faisait envie, et de fait y’a plein de choses bien dans ce bouquin. Mais on met beaucoup trop de temps pour y entrer. J’étais vraiment dans l’histoire que vers le dernier tiers voire dernier quart du bouquin. Trop de passage qui n’ont l’air d’être là que comme du background pour permettre à ce dernier quart de se déployer. Dommage.

(J’apprends d’ailleurs sur Internet qu’il y aurait un tome 2, peut-être plus efficace s’il se repose sur toute l’exposition faite ici. Néanmoins, pas sûr de chercher à me le procurer)

Fred Vargas

Vu que je suis en train de lire le dernier, je me suis dit que j’allais réunir l’ensemble de mes critiques des polars de Fred Vargas en un unique article que je mettrais à jour au fur et à mesure, comme mes articles sur les séries télévisées. Je constate que je pensais en avoir recensé davantage, vu que je les aies quasiment tous lus, mais certains sont passés entre les mailles de ce blog. Je peux donc ajouter que j’aime beaucoup L’Homme aux Cercles Bleus et Pars vite et reviens tard dans ceux qui ne sont pas détaillés ci-dessous.

Quand sort la Recluse
Grmbl. C’est sympa à lire quand on est plongé dedans, j’ai apprécié le fait que la brouille entre Danglard et Adamsberg permette de mettre en scène les relations d’Adamsberg à d’autres membres de la brigade, mais par ailleurs… Trop de coïncidences, trop de trucs qui tombent du ciel pile sur le trajet du commissaire qui peut ensuite les assembler comme il faut. Je pense notamment que la longueur des romans, bien plus grande que celle des premiers opus de la série, est à blâmer ici : il faut bien meubler, du coup des fausses pistes et des détours qui tombent un peu de nulle part.

Temps glaciaires
Un des rompols de la série des Adamsberg. J’avais un peu décroché de la série parce qu’au 3ème meurtrier surgi du passé du héros, j’étais un peu blasé. On m’a prêté celui là et il était cool, content d’avoir repris. Le bouquin est dense et imaginatif, mais je pense que par certains points ça sert à cacher certaines faiblesses de l’intrigue (typiquement, ils ont zéro raison vraie raison d’abandonner « la piste islandaise » quand ils le font). Ça reste quand même fort sympa à lire, et je me dis qu’il faudrait un petit crossover avec la série des Dirk Gently pour lancer un « Adamsberg, détective holistique », ça colle vachement bien.

Sous les Vents de Neptune
Son plus réussi à mon sens. Un mystérieux tueur surgit du passé d’Adamsberg alors que sa brigade part faire un stage d’anthropométrie au Québec.

L’Homme à l’envers
Sympa. Le fait qu’une bonne partie du bouquin ne se focalise pas sur Adamsberg mais sur Camille donne une autre perspective bienvenue dans un Vargas. De façon générale j’aime bien le fait que les premiers Vargas fassent un peu moins « recette ». J’avais trouvé le coupable :)

Sans feu ni lieu
Court polar sympa. Enquête entre Paris et Nevers, par les évangélistes et l’Allemand (ceci est une référence qui ne parle qu’aux lecteurs des premiers Vargas). J’avais trouvé le coupable (à force de lire des Vargas on finit par connaître ses tics).

Le Grand Paris, d’Aurélien Bellanger

Du même auteur, j’ai lu La Théorie de l’Information, que j’avais bien aimé.

J’ai été un peu déçu par Le Grand Paris. J’ai beaucoup aimé le début qui parle de génie du lieu, d’esprit des villes (sur ces deux premiers points, et spécifiquement sur ces points appliqués à Paris je rapprocherais ce livre de Masqué, de Philippe Lehman et de La Conjuration, de Philippe Vasset), d’urbanisme et d’une enfance et d’une jeunesse de droite. Je trouve ça très bien réalisé, difficile de savoir quel est le point de vue de l’auteur, qui sembler glisser des éléments autobiographiques dans son personnage mais garde cependant une distance avec son personnage « ravi de la droite ».

J’ai été moins enthousiasmé par la description des années Sarkozy et la cuisine interne de la politique de la droite française. Ok le Grand Paris est un objet éminemment politique, mais le livre s’égare un peu dans tout ça. Si le récit de la campagne et de la fabrication de la stature présidentielle de Sarkozy est intéressante (et oh combien transposable à Macron), le récit s’enlise après la sortie de l’état de grâce. Ça tourne un peu en rond, on ne comprends pas trop ce que l’islam vient faire là dedans avec tant d’insistance. Globalement le bouquin est intéressant, mais je suis resté un peu sur ma faim du prisme urbaniste du début que je m’attendais à voir revenir et être développé davantage.

L’analyse pas mise en forme de MNL, qui m’avait recommandé le bouquin :
tldr: c’est à la fois vachement intéressant si tu le lis comme un essai, par moments vraiment bien écrit d’un point de vue stylistique, et vachement perturbant en tant que roman.
Le premier truc qui me frappe c’est que c’est tellement typique de la « littérature de mecs ». Genre, le type passe littéralement 500 pages à t’expliquer des trucs sur Paris, les années 2000, la droite, l’urbanisme, l’islam, etc ; ya aucun personnage féminin dont le narrateur-héros ne tombe pas amoureux ; et surtout ya vraiment zéro intérêt pour la psychologie et, de manière générale, pour les personnages, ou les dialogues
c’est vraiment fou comme tendance quand on compare à, je sais pas, Duras ou aux fanfictions : ya vraiment une scission sur la question du sentimental versus les questions politiques et sociétales qui sont abordées plus par les auteurs masculins.
C’est pas surprenant, mais là pour moi c’est vraiment l’archétype du truc poussé à son plus haut degré et en fait ça participe de la bizarrerie du bouquin en tant que roman :
D’un côté, c’est assez original parce que c’est un traitement « à l’ancienne » de sujets ultra modernes. il te parle des émission d’Ardisson ou de La Haine, mais façon Balzac. Et ça c’est assez cool ; les pages d’analyse sur des phénomènes vachement récents et l’actualité des années 2000, sur le Loft et autres sont vraiment parmi les meilleures
D’un autre côté, et j’ai entendu des critiques dans ce sens, on peut dire que c’est à peine un roman : l’intrigue est minimale, les quelques effets de surprise ne sont pas du tout exploités, tout est en première personne et ya pas de dialogues, seulement quelques monologues qui se baladent, mais l’immense majorité du bouquin ce sont des sommaires (= des récits de période longue, par opposition à raconter une scène précise action après action) et en fait c’est vraiment vachement inhabituel, je pense que c’est assez rare. Enfin je ne sais pas, y’a des auteurs qui font plus ou moins ça, ça correspond à la forme du journal (type Mémoires d’Hadrien de Yourcenar) et c’est un peu l’idée ici
Sauf que comme c’est pas du tout tourné vers l’intime, et que t’as aucune empathie avec les personnages (genre yen a littéralement aucun qui est sympathique ou même incarné, à vrai dire), ça sonne vraiment comme une forme d’encyclopédie poétique de la ville. De ce point de vue là, c’est extrêmement austère comme texte, et je pense qu’il faut s’intéresser pas mal aux questions traitées pour aimer (mais je pense que c’est ton cas, sur l’urbanisme et sur Sarkozy et la droite en générale). D’où l’idée que le mec ferait mieux d’écrire des essais que des romans, vu qu’il sait des milliards de trucs et que souvent tu te dis que ce qu’il raconte est vachement intelligent (mais pas toujours-toujours non plus, le problème c’est que c’est ambigu, j’y viens)
SAUF qu’en fait je pense que le type sait très bien ce qu’il fait et qu’il a besoin de la subjectivité du roman pour pouvoir raconter ce qu’il raconte sur Paris et sur notre époque, et c’est ça qui rend le roman très perturbant d’un point de vue idéologique : c’est raconté par un mec de droite, globalement, avec plein de choses qui sont présentées comme des révélations sur la nature de la ville, l’islam, la politique, mais qui émanent clairement d’un point de vue de droite, et en plus un point de vue de droite méchamment barré, de mon point de vue. Genre, tous les personnages sont à moitié chelou-mystiques, ce qui crée vraiment une ambiance apocalyptique sur la plupart des sujets. C’est vachement vertigineux parce que je me suis renseignée et je crois que l’auteur est vraiment un intellectuel de gauche lambda, donc je ne crois pas qu’il adhère à ce que son personnage raconte. Mais c’est vraiment troublant parce que le type a son age, les mêmes initiales, et raconte à la première personne.
C’est marrant parce que, dans les interviews que j’ai lues, personne ne tique sur l’aspect idéologique du roman (qui sort quand même quelques trucs un peu fous). Alors je ne sais pas si c’est parce que je suis une gauchiste obsessionnelle incapable de sortir de moi-même (mais pas encore assez gauchiste pour P8, pour autant) et que le type est très fort pour écrire d’un autre point de vue que le sien. Après je pense que ça se veut non-réaliste y compris sur ce que pourrait être un point de vue de droite, à cause de la composante mystique de la narration. mais d’un autre côté il présente vachement la droite comme une pensée décadentiste/apocalyptique et ça ça peut être vrai, donc si ça se trouve on est vraiment dans la tête de l’ennemi, ce qui fait que le roman est assez ambigu idéologiquement : tu as les outils pour lire les choses contre le narrateur, mais il sort quand même aussi des trucs très intelligents donc c’est pas clair. Enfin ça m’a troublée au point que j’ai du aller vérifier les idées de l’auteur, c’est quand même un peu une preuve d’échec de mes capacités d’analyse mais c’est ptêtre aussi le signe que c’est réussi, je sais pas. En tout cas ça m’a vraiment intriguée ; c’est peut-être parce que je lis jamais d’auteurs contemporains à part la fanfic, mais j’ai trouvé ça super atypique
Après le mec écrit bien, ya des comparaisons géniales par moment, d’autant plus que ça porte sur des trucs vraiment modernes traités de manière littéraire, mais le gros défaut c’est qu’il ressasse : tu peux pas lire ça par sessions de 4h, parce que c’est vraiment des pages et des pages de comparaisons mystiques sur l’essence de la ville et sur l’histoire de Paris, et le roman pourrait être bien plus court ; de mon point de vue ya de vraies longueurs. Mais enfin, je pense que ça t’intéressera quand même, et ça fait réfléchir. En plus ça contient des infos super trippantes sur paris, et ça donne même envie de visiter/ faire de l’explo urbaine sur des trucs, donc…

PariZ, de Rodolphe Casso

L’apocalypse zombie a déferlé sur le monde, et notamment sur Paris. Dans les sous-sols de la station Charles-de-Gaulle – Étoile, un trio de clochards y survivent tant bien que mal. Jusqu’à croiser la route de deux paramilitaires fanatiques, et qu’une alliance de circonstance se noue…

C’était assez cool à lire. C’est bien écrit (quelques coquilles dans l’epub cependant, et second défaut, zéro personnage féminin). C’est cool à lire quand on connaît un peu Paris, on se laisse bien prendre à l’histoire, du bon roman de zombies.

Our Kind of Traitor, de John Le Carré

Premier Le Carré que je lisais en VO (et j’ai lu La Constance du Jardinier quand je devais avoir 15 ans). Une histoire d’espionnage bien foutu, notamment parce qu’il y a très peu d’espionnage et encore moins d’action montrée : tout est très feutré, on est dans la psychologie des personnages, leurs réactions à une tension qu’ils ne sont pas sûrs de ne pas imaginer, leurs hésitations et interrogations.

Le style de John Le Carré fait que ce n’était pas le bouquin le plus évident à lire en anglais, mais c’est aussi pour pouvoir apprécier le style plutôt qu’une écriture blanche que c’est intéressant de lire en VO.

This Census-Taker, de China Miéville

Très bon, livre, assez court, assez indescriptible. Lu en VO, ce qui en a fait une lecture bien dense vu le style de l’auteur, mais je pense que ça vaut vraiment le coup de faire l’effort de pour profiter dudit style. Récit raconté par un narrateur enfant au moment des faits, qui n’est pas certain de tout ce qu’il a vu, qui alterne entre troisième et première personne pour raconter son histoire, dans un monde dont on sait très peu de choses et qui semble fort mystérieux. J’ai regardé quelques recensions du livre en ligne qui disent qu’il parle avant tout d’incertitude et c’est assez vrai. Tout reste assez obscur après avoir refermé le livre, mais l’histoire reste avec vous.

Bref lisez-le et on pourra en parler ensuite.