Archives de catégorie : Culture/Procrastination

Queen’s Gambit, de Scott Frank et Allan Scott

Série Netflix en 7 épisodes adaptée d’un bouquin de Walter Tevis. On suit la vie (imaginaire) d’Elizabeth Harmon, prodige des échecs, de son placement en orphelinat à son affrontement en 1968 à Moscou contre le champion du monde en titre.

C’était fort bien. L’actrice principale est très bonne dans son rôle, et plus largement tous le cast est réussi, avec des personnages secondaires très bien réalisés. Le côté série historique avec décors reconstitués fonctionne bien (petit bémol là dessus sur le Moscou du dernier épisode, sur lequel on voit un peu les images de synthèse par moment). Par moment on se dit quand même que tout le monde est très bienveillant dans ce monde (les gens perdent avec grâce, les anciens adversaires deviennent des mentors ou des amis – on croirait un shonen. Y’a zéro sexisme, l’alcoolisme et les addictions c’est possible d’en sortir juste avec de la volonté), mais bon ça fait du bien parfois aussi. On voit par contre très peu d’échecs dans la série, qui se concentre sur la psychologie des personnages et non pas les parties. Y’a aussi un petit côté didactique artificiel dans les premiers épisodes, ou Elizabeth se voit expliquer les règles d’une partie puis d’un tournoi une par une par différents personnages, mais c’est un défaut franchement mineur.

Drop Dead Gorgeous, de Michael Patrick Jann

Comédie américaine de 1999. Dans un village du Minnessota, un concours de beauté pour les filles de 17 ans donne lieu à une compétition acharnée, les favorites perdant la vie l’une après l’autre alors que l’organisatrice du concours est prête à tout pour que sa propre fille gagne.

Le film est tourné comme un faux documentaire, l’équipe du film étant visible dans le tournage et les personnages interagissant avec eux. Le film est assez peu subtil, tous les personnages sont des caricatures d’eux-mêmes mais ça marche assez bien. Ça tape dans tous les sens, c’est pas toujours très politiquement correct, mais je trouve que dans le contexte du film ça fonctionne, il ne cherche pas à être spécifiquement politiquement incorrect.

Le procédé du faux documentaire est assez réussi, ça donne un petit relief au film, des effets de mise en scène plutôt intéressants (il y a quelques plans impossibles pour un faux documentaire, mais c’est léger).

Vostok, de Laurent Kloetzer

De la SF russe écrite par un français.

Roman de SF de 2016. Pour récupérer des données leur permettant d’effectuer le casse du Siècle, une bande de criminels chiliens embarque à Vostok, la station russe installée au le pôle sud géomagnétique et abandonnée depuis des années. Partis pour un mois d’été sur place, les choses ne vont évidemment pas se passer comme prévues.

Comme souvent avec les bouquins de Kloetzer c’est assez inclassable. Le bouquin se passe dans le futur, y’a une Fédération Andine, des ayas, des drones autonomes à énergie solaire.
Mais très vite tout ça n’a plus aucune importance, les protagonistes se retrouvent à Vostok coupés du monde, et dépendent d’installation soviétique de 50 ans d’âge. La SF disparaît quasi totalement. Le côté isolation et survie au froid m’a pas mal fait penser à ce que j’ai pu lire d’Ana Yagner, d’où la ref à la SF russe. En parallèle, on a un personnage qui croit à la magie et aux prophéties, et l’héroïne est accompagnée d’un « ghost », créature fantastique absolument pas expliquée mais acceptée par tou.te.s (et qui ressemble à ce qui des Furtifs réussis auraient pu être, déso Damasio). Via des extraits d’un livre in-universe, via les perceptions magique du ghost, on a accès en parallèle à l’Histoire de la fondation de Vostok, et des recherches qui y ont été menées, qui sont une description tout à fait sérieuse même si romancée du Vostok réel. Enfin, à la page 380 (sur 500), Kloetzer décide de rattacher l’intrigue de son livre à l’univers de la Bombe Iconique qu’il a déjà raconté dans d’autres livres et nouvelles.

Quelques faiblesses peut-être dans la lenteur du début, avant l’embarquement pour Vostok le livre prend le temps d’installer des pistes d’intrigues et des personnages à Valparaiso, qui vont ensuite être totalement ignorée quand les héros partent s’isoler.

C’est assez prenant, je l’ai lu en une nuit, je recommande.

Divergences 001, anthologie dirigée par Alain Grousset

Anthologie de nouvelles uchroniques écrites par des auteurs français (+ une republication d’une nouvelle d’un auteur britannique) pour une publication a destination d’un public jeunesse en 2008. C’est comme souvent pour les recueils de nouvelles inégal. Pas mal d’anthologie n’échappent pas à l’écueil de la surexposition ; les premières du recueil ont des points de divergence trop anciens pour être vraiment intéressant à mes yeux. Le petit coup d’épée de Maurevert (Michel Pagel) était la meilleure pour moi, avec une narration dynamique et une divergence originale. Reich Zone (Xavier Mauméjean) réussit à être originale en partant de la divergence la plus classique possible, et rappelle un peu Ruled Britannia de Turtledove dans son idée. De la part de Staline (Roland C. Wagner) est sympa pour la divergence mais très anecdotique dans la narration. La divergence dieselpunk de L’affaire Marie Curie est sympa, la narration est dynamique, mais la nouvelle devient de moins en moins vraisemblable, hélas.

Globalement le recueil se lit vite et permet de balayer largement une variété d’uchronies, en montrant des réussites et les défauts classiques du genre ; ça en fait une excellent introduction.

Starship Troopers, de Paul Verhoeven

Film américain de 1997 basé sur un bouquin de Robert Heinlein de 1959. La Terre a été unifiée sous un gouvernement mondial militariste. Seule les personnes ayant servi dans l’Armée de la Fédération ont le droit de vote, et bénéficient de nombreux autres avantages. Dans ce contexte, l’exploration spatiale Terrane rencontre une race d’extraterrestres insectoïdes. La guerre est déclenchée entre les deux peuples, et le film va suivre la formation puis l’engagement au combat de trois adolescents de Buenos Aires qui viennent de finir le lycée.

En première lecture le film montre la guerre victorieuse des Humain.e.s contre les Aliens, mais derrière, il est clairement montré que la société humaine ne va pas bien du tout ; le film est entrecoupé de clips de propagande, les profs de lycée font l’apologie de la violence comme la source de tout pouvoir, le gouvernement militaire a une esthétique fasciste assumée (la tribune de la Fédération à Genève, la coupe des uniformes des officiers du Renseignement), la première offensive est une boucherie sans nom, on voit des soldats mourir dans tous les sens pendant que les officiers les entraînent au combat en criant « who wants to live forever? ». Le film a un rendu qui fait plus ancien que 97, mais je pense que c’est volontaire pour coller au livre de 59 (qui lui était militariste pas du tout au second degré – j’aime bien lire la SF de Heinlein mais il est bien craignos en terme d’idéologie).

Bref, un classique de la SF parfois un peu long mais qui vaut clairement le visionnage.

Death Becomes Her, de Robert Zemeckis

Film américain de 1992. Une actrice obsédée par l’apparence de la jeunesse boit une potion magique lui garantissant la jeunesse éternelle. Tuée par son mari peu après, elle devient une zombie, qui doit recourir à des produits industriels pour maintenir son apparence. Elle tente de manipuler son mari croque-mort pour qu’il s’en charge, mais elle finit par ne pouvoir s’appuyer que sur sa meilleure ennemie, dans la même situation qu’elle…

C’était inégal. Meryl Streep joue le rôle principal et le joue très bien. Le film part un peu dans toutes les directions, on est sur une dénonciation des injonctions permanentes à la beauté que subissent les femmes, mais pas toujours de façon très adroite. Y’a une séquence grossophobe complètement gratuite au début du film – et quand je dis complètement gratuite c’est qu’on peut juste la virer et le film reste totalement compréhensible.

Y’a une influence Rocky Horror Picture Show dans le manoir de la dispenseuse de la potion d’éternelle jeunesse avec ses serviteurs bodybuildés, un côté meurtre pasionnel à Mulholland Drive dans un bout du film – en fait on à pas mal l’impression de voir un patchwork de films, mais c’est peut-être volontaire de la part de Zemeckis.

Peninsula (반도), de Sang-Ho Yeon

Film de zombies, la suite de Dernier Train pour Busan. 4 ans après l’épidémie du premier film, la Corée a été coupée du reste du monde. Des réfugiés coréens à Hong Kong sont recrutés par un mafieux local pour aller chercher un camion plein de dollars abandonné près du port de Séoul.

Sur place, ils se rendent compte qu’il y a des survivants, une famille attachante avec des gamines qui font drifter une voiture dans Séoul, et une ancienne unité militaire dont les membres abandonnés sont devenus fous et organisent des combats entre des gens qu’ils enlèvent dans la rue et des zombies (le film n’a pas peur des clichés, vous l’aurez compris).

C’était moins bien que Dernier Train pour Busan, parce que c’était très classique comme film de zombies. Y’avait de jolis plans, quelques hommages, une course poursuite en voiture à la Mad Max, et une fin très prévisible. C’est un honnête film de zombies mais ça ne va pas au delà.

Spinning Silver, de Naomi Novik

Livre de fantasy basé sur la mythologie polonaise. C’est le deuxième bouquin de Novik que je lis, après Uprooted, Et je pense que j’ai encore plus aimé. On suit l’histoire de Myriem, une prêteuse d’argent dans un village rural, qui remplace son père qui n’est pas assez froid pour faire ce métier. Le champ de l’histoire s’élargit progressivement, à la fois par l’augmentation des enjeux auxquels est confrontée Myriem, et par l’ajout progressif de d’autres narrateurices.

Cet ajout de d’autres narrateurices est très réussi je trouve, permettant de montrer au début d’autres points de vue d’une même situation qui jettent une nouvelle lumière sur les enjeux, avant de les faire partir vers d’autres événements pour faire avancer l’intrigue.

Les Staryks sont très réussis comme peuple magique, fonctionnant selon les règles des Fées, où la parole donnée lie absolument et où les noms ont du pouvoir. Toute la partie sur la maison magique était super cool aussi, j’en aurai voulu plus.

Le côté non-magique de l’univers est très réussi aussi, avec une société rigide, avec un tsar, des nobles, des boyars, des paysans, et une minorité juive toujours à risque de servir de boucs émissaires. De façon générale, gros coup de coeur sur l’univers.

Le défaut que je vois au livre est la structure des relations amoureuses, exactement la même entre elles et que celle d’Uprooted : une honnête jeune fille est appariée à une créature puissante et monstrueuse, mais découvre avec le temps qu’au fond il est bon, humain et désirable. M’ouais. Ok une fois, mais ce serait bien d’avoir d’autres types de relation.

Habiter en oiseau, de Vinciane Despret

Essai qui revient sur les notions de territoire et de relation interpersonnelles chez les oiseaux. Vinciane Despret explique quelles sont les observations scientifiques et les théories qui ont été faites sur ces concepts, détaille l’évolution des conceptions, comment les notions sont liées aux présupposés des observateurices, aux évolutions de ces notions dans les sociétés humaines, comment l’ornithologie elle-même a évolué.

L’idée principale est que la notion de territoire chez les oiseaux n’a pas un côté propriété permanente comme chez les humain.e.s. Les oiseaux peuvent défendre un territoire, mais ponctuellement, contre certain types d’incursion et pas contre d’autre. Leur territorialité peut évoluer avec les saisons ou avec le groupe, même au sein d’une espèce. Il y a même des cas où un changement de configuration du paysage change le comportement des oiseaux : ils ne défendent plus leur territoire sur un lac qui a gelé. Ce n’est donc pas tant le lieu que ses propriétés qui les intéressent. Elle discute de ce que le territoire peut représenter pour les oiseaux : un point de rencontre sur lequel un couple s’est mis d’accord, une zone de réserve de bouffe, une zone qui permet de se faire voir pour une parade nuptiale, une zone connue dans laquelle il est facile de se cacher, ou juste… un endroit qu’ils aiment bien. Elle ne tranche pas entres les hypothèses qui de toute façon peuvent être simultanément vraies, et en proportions variables selon les espèces ou les groupes.

L’autrice parle aussi de la tension chez les oiseaux à avoir un comportement grégaire et territorial à la fois : ils cherchent un territoire mais ont tendance à les coller les uns aux autres mêmes si ce n’est pas le plus pertinent en terme de ressources. Il y a une socialité des oiseaux. Les conflits sont d’ailleurs ritualisés, et les oiseaux s’observent beaucoup les uns les autres (apprentissage ?).

Enfin l’autrice parle aussi de territoire non physique : on observe des communautés de plusieurs espèces d’oiseaux qui se répartissent les fréquences sonores et les intervalles de champ pour permettre que tout le monde soit audible. Les oiseaux utilisent aussi d’autres espèces comme points de repère : par exemple certains oiseaux se retrouvent les uns les autres en visant où il y a des hirondelles, plus facilement repérables.

Bref, c’était intéressant, ça se lit bien avec des chapitres courts, c’est un bon essai d’écologie.

Tooth Fairy, de Michael Lembeck

Film américain de 2010. Dwayne Johnson incarne un joueur de hockey de seconde zone, utilisé par son équipe pour blesser les joueurs adverses. Sa brutalité sur le terrain lui vaut une célébrité locale, et il est plutôt content de sa vie. Suite à son affirmation devant une enfant que la Fée des dents (la petite souris aux USA) n’existe pas, il est considéré coupable par le monde féerique de « dispersion of disbelief » et condamné à devenir une des Fées des dents pour 2 semaines, une obligation qui va interférer avec le reste de sa vie.

J’ai été fort agréablement surpris. L’intrigue est relativement classique pour ce genre de film, mais le personnage principal est nuancé – il a un bon fond mais il sait se montrer mesquin, et il est désabusé, et les seconds rôles sont tous réussis. Point bonus pour avoir filé au personnage principal un love interest qui a son âge et pas 20 ans de moins.

Le personnage n’est pas spécialement attaché aux enfants, il s’entend bien avec la gamine de sa compagne mais a plus de mal avec le fils, et il n’a pas spécialement d’affection pour tous les autres enfants qu’il rencontre. De façon générale son approche désanchantée de son job temporaire de fée est très réussie. Les gags sur les différents gadgets sont attendus mais bien exécutés. Julie Andrews en Fairy godmother est géniale (et excellente scène durant le générique de fin).