Nouvelle canadienne d’anticipation. Dans le futur proche, un homme qui aspire à être naturalisé citoyen britannique passe le test de citoyenneté pour l’ensemble de sa famille, mais l’examen écrit va être hijacké par un groupe armé. Spoilers ci-dessous.
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Gagarine, de Fanny Liatard et Jérémy Trouilh
Film français de 2020. Ma Palme d’Or personnelle.
Youri, 16 ans, a toujours vécu dans la cité Gagarine à Ivry. Mais la démolition de la cité est programmée et elle se vide peu à peu de ses habitants. Youri va d’abord tenter de la réparer pour la faire échapper à la démolition, puis recréer l’intérieur d’une capsule spatiale dans les appartements abandonnés alors qu’il perd peu à peu contact avec la réalité…
Franchement j’ai tout aimé. Les deux grands fils de l’histoire – l’attachement à la cité et à son histoire, l’envie de départ incarné par l’appel de l’Espace – sont réussis et leur entrelacement encore plus. Les personnages sont crédibles et attachants, la romance adolescente est réussie. Les décors sont super, la façon de les filmer encore plus. La façon de tresser les parallèles visuels avec la conquête spatiale est très bien trouvée. La bande son est très bonne. Je ne trouve qu’un seul bémol, la fin est un petit peu longue, mais c’est un détail très mineur.
Grosse recommandation.
Semiosis, de Sue Burke
Roman états-unien de science-fiction. Un petit noyau d’humains arrivent sur Pax, une planète dans la zone habitable d’une étoile lointaine. Peu nombreux et ayant perdu des ressources durant leur long voyage, ils tentent de créer une société humaine basée sur la coopération et le pacifisme, tout en s’adaptant à la biologie de Pax. Ils découvrent rapidement que sur Pax, où la vie existe depuis bien plus longtemps que sur la Terre, de nombreuses formes de vie présentent une forme d’intelligence, la plus développée se trouvant chez différentes espèces de plantes, avec lesquelles les humains vont devoir coopérer.
J’ai beaucoup aimé. Chaque chapitre est centré sur un personnage d’une génération humaine différente, couvrant un siècle d’histoire et sept générations. On voit l’évolution de la compréhension des Humain.es de leur environnement et de leur relation avec différentes espèces. On a aussi à plusieurs moment le point de vue d’une plante, assez bien rendu, notamment la description de leurs relations avec les autres plantes, les différences de perception temporelle et de capacités de communication. C’est un roman de premierS contactS, avec des espèces assez originale. J’aime beaucoup notamment le fil de la rencontre avec les Glassmakers, et les différences radicales entre les attentes des Humain.es et la réalité du contact, et comment ce fait est lié à l’idéalisation des Glassmakers par les Humain.es comme une espèce qui parlerait d’une seule voix, parfaite et forcément plus avancée.
Lapsis, de Noah Hutton
Film de science-fiction de 2020. Aux États-Unis, dans un présent parallèle, une nouvelle technologie qui sert de McGuffin permet à des compagnies de faire d’énormes bénéfices via du « quantum trading ». Pour ce faire, il est nécessaire de mettre en place de nouvelles infrastructures de calcul et surtout d’actualiser en permanence les connexions physiques entre elles en installant de nouveaux câbles. Dans les parcs nationaux, cette tâche est sous-traitée à des travailleurs précaires qui doivent acheter leur propre matériel et se logguent sur une application qui leur indique des routes à suivre, plus ou moins dures, permettant de récupérer plus ou moins d’argent. En parallèle, la compagnie envoie aussi des robots installer des câbles sur les mêmes routes, moins rapides mais avançant en permanence. SI le robot termine la route en premier, le travailleur indépendant ne touche rien…
Dans ce contexte, le protagoniste va commencer à câbler pour récolter l’argent nécessaire au traitement de son frère malade. Pour ne pas avoir à attendre une éternité que son permis soit approuvé, il passe par un mec shady qui lui loue un terminal de câblage qui avait appartenu à un autre travailleur détesté par les câbleurs, étant donné qu’il a travaillé avec la compagnie pour rendre les robots beaucoup plus efficaces…
Y’a beaucoup de bonnes idées et j’ai bien aimé l’ambiance et le commentaire social (Uber x la randonnée !), mais il y a aussi pas mal de défauts caractéristiques d’un premier film. Ca part un peu dans toutes les directions, y’a des éléments qui ne font pas vraiment sens alors qu’ils sont quand même assez important pour l’intrigue, le parallèle avec le capitalisme de plateforme dans notre univers est évident mais faut pas regarder de trop près les détails (pourquoi des robots plutôt que mettre plusieurs travailleurs sur la même route ?). La fin est très abrupte est pas très compréhensible. Mais ça donne assez envie de regarder les prochains films du même réal.
L’Anomalie, d’Hervé Le Tellier
Roman français de 2021. Quatre mois après son atterrissage, la copie parfaite d’un avion de ligne réapparaît dans les airs. Les passagers sont mis au secret par le gouvernement des États Unis qui constate qu’ils existent en deux versions, une quatre mois plus jeune que l’autre.
C’était agréable à lire mais assez anecdotique, un peu de la SF pour personnes qui n’ont pas l’habitude d’en lire. Les deux points clefs c’est 1/ l’acceptation par les gouvernements et le monde que l’événement est réel, et ce que ça implique sur la nature de notre monde, et 2/ la présentation des vies des passagers, et l’impact que le fait de se rencontrer eux-mêmes avec quatre mois de décalage a sur leurs diverses trajectoires de vie. Et il y a un enrobage politique contemporain à base de Trump et Macron qui n’a aucun intérêt.
Mais bon voilà, les personnages sont attachants sans être bouleversants pour autant, il n’y a pas particulièrement un style d’écriture, le côté SF ne va pas très loin. Ça passe le temps mais ça remporterait jamais un Hugo, je sais pas trop pourquoi il a eu le Goncourt.
Latium, de Romain Lucazeau
Space-opéra français. Dans un futur lointain, l’Humanité n’est plus, éradiquée par une pandémie. Survivent les Intelligences, les descendants des IAs qui servaient l’Humanité. Celles-ci ont colonisé une part importante de notre bras de la Voie Lactée, s’étant incarnées dans les Nefs, de gigantesques vaisseaux intersidéraux. Mais aussi puissantes que sont les Nefs, elles sont toujours soumises au Carcan, trois lois qui les poussent à servir les humains d’abord et les créatures biologiques ensuite. Ce Carcan qui tourne à vide pousse les Intelligences à préserver leur pré carré, vu comme la niche écologique de l’Humanité, en tenant une guerre de position étendue sur des millénaires avec des extraterrestres qu’elles ne peuvent tuer mais qu’elles peuvent contenir. Et un jour, une Nef postée au fond d’une région perdue de l’espace perçoit un signal qui ressemble à une ancienne technologie humaine. Se pourrait-il qu’une colonie d’humains ait survécu, qui pourrait redonner un sens au Carcan et dicter des ordres aux Intelligences ?
Mon paragraphe de résumé est plus long que d’habitude, il faut dire que le roman est particulièrement dense. L’idée d’IAs soumises aux trois lois de la robotique qui tournent à vide en l’absence d’humain.es est fort intéressante, ainsi que toutes les dérivées casuistiques que font les Intelligences pour choisir tel ou tel cours d’action en se justifiant par leur interprétation de ce le Carcan leur dicte dans cette situation. L’idée de vaisseaux spatiaux gigantesques est très intéressante aussi, mais finalement un peu sous-exploitée : les deux Intelligences qu’on va le plus suivre vont décider de ne pas garder cette forme de Nef. J’ai beaucoup aimé le début du roman qui se déroule dans la conscience d’une Nef unique, entre ses processus de pensée, on perd un peu ce fil après. J’ai aussi beaucoup aimé tout le setup uchronique en arrière-plan, qui rajoute encore une couche à un univers déjà bien dense.
Le roman balaie très large entre les événements qui se passent à l’intérieur d’une Nef, les discussions des Intelligences rassemblées en Sénat, les passages sur différentes planètes extraterrestres ou anciennement humaines. Ça retranscrit bien le souffle épique du space opéra, mais ça donne aussi quelques longueurs (le passage sur Europe ne sert finalement à rien en terme de développement de l’histoire, un peu dommage), avec beaucoup beaucoup de discussions entre personnages qui tournent quand même un peu en rond (we get it, « Othon est attaché à la grandeur »). Pas totalement convaincu par la conclusion, mais c’est toujours complexe de conclure des épopées.
Au total, univers très riche, très intéressant, très développé. Très bon début de roman, belle écriture. Mais des défauts qui se révèlent sur la longueur : de la même façon que les Intelligences tournent à vide dans un univers dépeuplé depuis des siècles, le roman tourne un peu en rond, les protagonistes discutant beaucoup en traversant un univers dépeuplé et réduit à un tout petit nombre de protagonistes. Je suis quand même content de l’avoir lu pour le souffle épique et l’originalité de l’univers, mais ça délaye un peu trop sur la fin. Dans le même style (pour certains aspects) je recommande Le Cycle de l’Élévation, de David Brin. Et je serai curieux de lire la prochaine œuvre de Lucazeau pour voir s’il garde ses bons éléments et améliore ses défauts.
Спутник (Spoutnik), d’Egor Abramenko
Film de science-fiction russe de 2020. Dans les années 80s, une mission spatiale soviétique revient à Terre avec seulement un des deux astronautes vivant, et amnésique. Appelée par les autorités militaires pour l’examiner, une neuropsychiatre va découvrir qu’une créature extraterrestre vit dans le corps de l’astronaute…
La bande-annonce vendait ça comme un truc un peu horrifique à la Alien, c’est en fait très peu le cas. J’ai été assez déçu par le scénario qui n’a du coup pas beaucoup d’intérêt : beaucoup de twists mais c’est juste que tout le monde cache un truc, sans que ces twists n’apportent grand chose à l’histoire globale in fine.
A part l’héroïne tous les personnages sont moralement ambigus, ce qui est plutôt bienvenu (le dernier film russe que j’avais regardé, Attraction, les militaires étaient tous gentils et intègres, au moins la propagande US est un peu plus discrète). Les effets spéciaux et la reconstitution d’époque sont réussis aussi, mais bon, ça ne compense pas le manque de scénario/tension…
TeneT, de Christopher Nolan
Film d’action/SF sorti en 2020. Un agent secret est recruté par une agence encore plus secrète que d’habitude : des objets pour lesquels le temps s’écoulent de façon inversé ont commencé à apparaître à travers le monde. Ils seraient les traces d’une guerre future dont nous nous rapprochons progressivement.
Comme souvent avec Nolan j’ai été déçu : il y a un concept intéressant, la capacité d’inverser l’écoulement du temps en passant à travers une machine, qui donne d’ailleurs lieu à quelques belles séquences, mais c’est englué dans un film d’action avec la même esthétique froide et capitaliste que tous ses films, et y’a quatre milles trucs qui se passent à la seconde, qui laissent pas le temps de comprendre tranquillement le concept intéressant au fond. Ça sert d’ailleurs aussi à masquer un certain nombre de failles un peu béantes dans le scénario, ce qui est toujours un peu triste pour un film qui prétend mettre en scène un plan millimétré avec des bluffs et contre-bluffs. On voit d’ailleurs pas mal venir les plot-twists, et je dois dire que la corde émotionnelle n’a pas du tout marché sur moi parce que l’amitié virile de gars en treillis, bof.
Bref, du potentiel, mais gâché.
An Unkindness of Ghosts, de Rivers Solomon
Silo x Underground Railroad
Roman de science fiction. L’histoire prend place à bord du Matilda, un vaisseau spatial générationnel qui a quitté une Terre dévastée des centaines d’années auparavant en quête d’une nouvelle planète habitable. Le vaisseau est organisé en ponts, avec une stricte stratification sociale et raciale : la classe dirigeante blanche vit dans les ponts A, B, C… et les travailleurs noirs vivent dans les ponts N, O, P, Q…
L’héroïne, Aster, est une docteure noire et neurodivergente, qui cherche à percer le mystère de la disparition de sa mère, alors que l’agonie du Souverain est annonciatrice de changements (en pire) dans la politique du vaisseau…
C’est assez difficile à décrire parce que c’est très riche. J’ai trouvé ça très réussi en termes de description de l’univers : on rentre tout de suite dans le quotidien du vaisseau générationnel, y’a une foultitude de détails, l’univers semble dense et plein de détails, pas juste une toile de fond pour que l’histoire de l’héroïne se déroule. Le côté racisme futuriste et abus quotidiens est très réussi aussi (d’ailleurs trigger warnings sur de la violence physique, psychique et sexuelle) : on n’a aucun mal à croire à ce vaisseau aux principes physiques de fonctionnement ultra avancés mais avec des dynamiques sociales particulièrement réactionnaires. La résolution finale ne m’a pas entièrement convaincu, mais c’est un point assez mineur par rapport à la réussite du reste du roman.
Les personnages sont aussi très réussi : en premier lieu l’héroïne, dont Rivers Solomon retranscrit superbement le monologue intérieur, sa difficulté à appréhender certaines situations et certains indices comportementaux et les mécanismes qu’elle a mis en place pour suppléer à ces problèmes, ses demandes de confirmation à ses interlocuteurs, sa frustration devant les métaphores et les sous-entendus.
Mais ça ne s’arrête pas à l’héroïne, les personnages secondaires sont très réussis aussi. Je vais pas détailler chaque, mais le personnage de Giselle, ses comportements auto-destructeurs et abusifs sont vraiment très réussis. Sa relation à Aster est complexe et ultra intéressante, c’est un personnage devant lequel il est impossible de ne pas être ambivalent. Plus en retrait dans l’histoire, le personnage d’Aint Melusine est aussi pourtant très bien caractérisé, la présence maternelle dans la vie d’Aster et Giselle. Le point de vue de la narration adopte le sien pour un unique chapitre, et ça lui donne instantanément une profondeur supplémentaire.
Grosse recommandation.
Teixcalaan, d’Arkady Martine
Série de roman de science-fiction.
Tome 1 : A Memory called Empire
Mahit Adze vient d’une station minière indépendante nommée Lsel, une nation de 30 000 personnes dans la sphère d’influence de Teixcalaan, un gigantesque empire interstellaire. Soudainement nommée ambassadrice de Lsel à la cour suite à la mort de l’ancien ambassadeur, elle se retrouve propulsée dans les intrigues de la vie politique texicalaanie, alors que l’instabilité politique ne cesse d’augmenter avec la question de la succession de l’empereur actuel.
J’ai bien aimé, il y a beaucoup d’éléments intéressants, le livre parle notamment beaucoup d’impérialisme et d’influence culturelle : Lsel est une toute petite entité face à l’Empire, leur indépendance n’est acquise que tant que l’Empire la tolère. Et même indépendante, la question de l’attirance de l’Empire et de l’influence qu’il a sur les représentations culturelles est toujours présente : Mahit est nommée ambassadrice parce qu’elle adore la culture teixcalaanie, sa façon de tout mettre en poésie et de parler sans cesse en références cachées, mais quelle que soit son intérêt pour ses sujets, tous les teixcalaanie passent leur temps à lui rappeler qu’elle est une barbare exotique. Un peu déçue par la sous-utilisation du concept des imagos dans ce tome, qui est présenté puis laissé de côté pendant longtemps alors qu’il y a un énorme potentiel. La fin du tome et le suivant rattrapent heureusement cela. Les personnages sont très réussis, mais les interactions reposent beaucoup sur les capacités à gagner le concours de rhétorique permanent. C’est logique vue la culture présentée et le fait que c’est un roman de Cour, mais ça laisse de côté beaucoup de logique de possession réelle du pouvoir. Globalement ce premier tome reste par endroit un peu mal dégrossi même s’il contient beaucoup d’excellents éléments.
Tome 2 : A Desolation called Peace
Battlestar Galactica x Arrival
Là par contre j’ai vraiment beaucoup aimé. Le tome bénéficie de pouvoir se reposer sur tout ce qui a été mis en place dans le tome 1, et est très très bon. On quitte les intrigues de cour pour un thème global de guerre interstellaire/premier contact très bien pensé : c’est le premier contact d’un empire humain mais très différent de nos sociétés actuelles, et qui a déjà rencontré une autre espèce extraterrestre. On n’est donc pas dans les questions existentielles liées au premier contact mais plus dans le côté pratique de réussir à trouver un terrain d’entente avec des aliens qui fonctionnent de façon très différente de nous. Les différents points de vue proposés fonctionnent bien et se complètent bien – même le point de vue enfantin est réussi alors que c’est rarement le cas. Très bons personnages secondaires, que ce soit les officiers teixcalaanis (Sixteen Monrise, Twenty Cicada) ou Yksandr. Les différents concepts technologiques et les subtilités du protocole teixcalaani sont très bien pensés et bien mis en scène.
Grosse recommandation.