Archives par mot-clé : science-fiction

Venomous Lumpsucker, de Ned Beauman

Roman anglais paru en 2022. À vingt minutes dans le futur, il existe un marché des crédits d’extinction de la même façon qu’il existe un marché des crédits carbone aujourd’hui. Similairement, il est aligné sur des prix beaucoup trop bas, qui n’empêchent pas les extinctions mais qui permettent d’avoir une industrie lucrative d’intermédiaires qui offrent leurs services pour vendre des crédits, spéculer dessus… On suit deux personnages principaux, une scientifique chargée d’évaluer l’intelligence des espèces (ce qui augmente le nombre de crédits d’extinction nécessaire pour détruire leur habitat) et le chargé de la gestion des extinctions d’une grande compagnie minière. Suite à un attentat sur les banques de données qui gardent trace du génome des espèces disparues, le prix des crédits augmentent, et les protagonistes vont tenter de trouver une colonie de venomous lumpsucker, un poisson des fonds marins dont la compagnie vient de détruire potentiellement le dernier habitat…

C’est de la SF comique qui marche assez bien et qui se moque du techno-solutionnisme et du capitalisme vert. C’est très drôle mais un peu trop crédible par moment, hélas.

Le mur invisible, de Marlen Haushofer

Roman autrichien paru en 1963.

Une femme qui était partie en vacances dans un chalet à la montagne dans les Alpes se retrouve coupé du monde par un mur invisible. Elle organise sa vie dans la portion de monde qui lui est encore accessible, en compagnie de quelques animaux une vache un chat un chien le roman et son journal qu’elle a monté à écrire quelques années après le début de son emprisonnement, où elle détaille sa vie quotidienne, le rythme des saisons et ses relations avec les animaux.

C’était intéressant à lire (surtout en parallèle d’un essai sur l’écoféminisme). C’est de la science fiction très light dans le sens où la catastrophe n’est jamais expliquée et ce n’est pas le point, le but c’est de montrer comment s’organise sa vie dans ce monde clos. Ça m’a fait penser au Grand Jeu de Céline Minard.

Le Marche-Lune, de Simon Spruyt

Bande dessinée française parue en 2026. Dans la Mésopotamie antique, une extraterrestre émissaire d’une civilisation galactique s’incarne sous la forme d’une prêtresse d’Ishtar pour observer les humain.es, et surtout pour retrouver son prédécesseur qui a rompu la clause de non-intervention, frustré par l’absence de développement de la civilisation humaine. Elle va interagir avec les humain.es de l’époque et l’IA qui la conseille.

J’ai bien aimé ! Dessin très beau, traitement réussi, histoire de SF « historique » qui fonctionne, avec une vibe « toute technologie suffisamment avancée… » qui sert surtout à montrer l’Antiquité (les observateurs n’étant pas censés interférer dans le développement des civilisations qu’iels croisent, il n’y a qu’un tout petit peu de SF qui apparait, en dehors du dialogue interne avec l’IA)

Recommandé !

Redux Redux, de Kevin et Matthew McManus

Just one thing, at a specific place, all at once

Film de genre de 2025. La fille d’Irene a été tuée. Pour la venger, elle voyage d’univers parallèle en univers parallèle pour tuer encore et encore le meurtrier. C’est difficile d’en dire plus sur le synopsis sans divulgâcher certains éléments du film, et je recommande d’aller le voir avec juste ces infos. J’ai vraiment beaucoup aimé. Très belles images, excellent design de machine à changer d’univers, super bande son. Grosse reco.

Hic Sunt REVELATIONES

Signalis, du studio rose-engine

Jeu vidéo d’horreur de 2022, sorti par un petit studio allemand de 2 personnes. On incarne Elster, une androïde qui se réveille dans un vaisseau crashé sur une planète glacée. L’équipage était composé d’elle, en charge de la maintenance, et d’une pilote, qu’on va tenter de retrouver. En explorant le vaisseau puis la surface de la planète on va rapidement arriver à une anomalie qui nous fait passer sur une autre planète – ou dans un autre temps ? – où l’on va explorer un complexe minier rempli d’autres androïdes qui dysfonctionne visiblement contaminé par quelque chose tout au fond du complexe. Au fur et à mesure de notre quête on va découvrir des éléments sur l’histoire de l’univers dans lequel on joue, sur notre passé, celui de la pilote et celui de la personne dont la conscience a été copiée pour nous créer.

J’ai beaucoup aimé. On est dans un univers assez froid avec des très beaux graphiques en quasi pixel art, dans un monde aux vibes clairement fascistes, pris dans une guerre éternelle avec un empire dont il s’est séparé. Le jeu n’hésite pas à être assez expérimental – tableaux qui flashent a l’écran ou texte en japonais et allemand non traduit – variations brusques de ton, flashbacks soudains, ajouts de musique classique par moment – super bande son par ailleurs – tout en restant très jouable. Tout un côté gestion d’un inventaire très resserré puisqu’on ne peut porter que 6 objets à la fois, munitions et armes incluses, combats pas trop compliqué et possibilité de privilégier l’infiltration par moment, niveaux assez réussis avec un côté backtracing une fois qu’on a trouvé des clés, et ouvertures de raccourci plutôt bien gérées. Le jeu à un thème horreur cosmique – on trouve un exemplaire du Roi en jaune assez rapidement au début de l’histoire – mais qui se traduit surtout par la perte de contrôle des autres Replika (le nom in universe des androïdes) et l’appel incessant que certains disent ressentir ainsi que les séquences de rêve/changement de lieu soudain et bien sûr la partie organisme vivant gigantesque au fond de la mine.

Recommandé si vous aimez les dystopies horrifiques avec des cyborgs.

The Thing, de John Carpenter

Film de SF horrifique états-unien paru en 1982. Le personnel de la station antarctique US voient apparaître dans leur base un chien poursuivi par deux Norvégiens qui lui tirent dessus. Les deux Norvégiens meurent rapidement, sans avoir le temps d’expliquer les raisons de leur comportement. Les États-uniens découvrent bien vite que le chien était en fait une créature extraterrestre ayant pris l’apparence d’un chien. Cette créature peut infecter n’importe quelle créature vivante pour la transformer en elle-même. Incapable de déterminer si les différents membres de l’équipage sont encore eux-mêmes ou infectés par la Chose, l’ensemble de la station sombre dans la paranoïa.

J’avais vu le remake/prequel de 2011 il y a quelques années, j’ai enfin vu l’original de Carpenter ! Avec un Kurt Russell en grande forme et sans eyepatch. Les effets spéciaux artisanaux pour l’apparence de la Chose sont un peu datés mais font quand même leur effet et montre le côté imaginatif du body horror de Carpenter, avec un côté grand guignol parfois (le torse qui se transforme en machoire pour avaler le défibrillateur, c’est un excellent comedic timing), avec une thématique « l’ennemi parmi nous » et « la maladie qui se transmet par le sang ». Le côté isolation et paranoïa fonctionne bien, les zones polaires sont franchement un terrain fertile pour l’horreur (vivement le Frankenstein de Guillermo del Toro d’ailleurs)

Un classique.

Alien: Earth, de Noah Hawley

Série étatsunienne de 2025, situé dans l’univers de la saga Alien. Quelques années avant les événements du premier film, un vaisseau spatial contenant des oeufs d’alien et d’autres créatures extraterrestres particulièrement dangereuses s’écrase sur Terre. Une mégacorporation récupère le tout et le planque sur une île où elle a un projet de transfert de la conscience d’enfants humains dans des corps robotiques. La sécurité de ce laboratoire de haute sécurité étant inexistante, les aliens s’échappent par les trous dans le scénario et tuent des gens.

C’était franchement mauvais. Y’a zéro tension horrifique, les personnages passent leur temps à faire des choix qui n’ont aucun sens, les mégacorporations sont incarnées par 2 personnes (on dirait des startups dans un incubateur d’entreprises dans le Loir-et-Cher), l’alien peut être contrôlé en lui parlant en alien, y’a vraiment rien qui va.

In vitro, de Tom McKeith et Will Howarth

Orphan Black x God’s Own Country

Film australien de 2024. Layla vit avec son mari Jack sur une ferme isolée dans l’outback australien. Suite à un dysfonctionnement de l’installation, Layla découvre des éléments assez perturbants sur Jack.

Recommandé ! En étant un minimum genre-savvy vous voyez voir très rapidement les deux gros reveal du film, mais il n’empêche que le sujet est très bien traité : bien filmé (très beaux paysages, très chouette d’avoir un film de SF dans un contexte qui n’est pas une ville avec des beaux gratte-ciel futuristes), les acteurs sont très bons (notamment celui qui joue Jack, dont le passage de mari aimant à psychopathe est très réussi), la sororité instinctive de Layla est bien mise en scène

Ash, de Flying Lotus

Film étatsunien de 2025, SF horrifique. Une femme se réveille amnésique, dans un module d’habitation sur une planète extraterrestre. Tous les autres occupants du module sont morts. On frappe à la porte du module…

Les images sont jolies, mais le scénario est étique. On voit de fortes influences d’Alien et surtout de The Thing, mais en moins réussi et en très dérivatif. J’ai pensé que le twist allait être qu’on suivait le point de vue de the Thing mais qui n’avait pas conscience de l’être (parce qu’elle serait une copie trop parfaite), ce qui aurait pu faire de l’horreur existentielle assez intéressante (et un peu de body horror vue « de l’intérieur »), mais même pas, notre héroïne impeccablement maquillée est bien une gentille fille, les flashback où elle tue des gens c’est bien parce que les gens sont devenus méchants, she never did anything wrong in her life.

Donc bon, bof.