Archives par mot-clé : science-fiction

Article invité : Histoires de moine et de robot, de Becky Chambers

Une recension par Mc

Nouvelle en deux parties (ou deux nouvelles qui se suivent) de Science-Fiction, paru en 2022-2023, que j’ai lu en VF. Le détail a son importance : Le personnage principal, Frœur Dex, est non-binaire, donc le texte en VF utilise « iel » de la deuxième à la dernière page, et ce n’est même pas un sujet.

Le livre est un « buddy movie » de voyage qui suit, donc, les aventures de Frœur Dex, moine-psychologue, dans une utopie futuriste, longtemps après la sécession des robots et la transition de l’humanité à un mode de vie écolo autogéré (qui sert de toile de fond à l’intrigue). Iel traverse une crise existentielle à se demander à quoi rime sa vie, qui s’arrange en rencontrant le premier robot à vouloir croiser des humains depuis des siècles (nommé Omphale), qui a pour sa part une quête : celle de demander aux humains de quoi iels ont besoin et prendre des nouvelles.

Ça se lit très bien et plutôt vite, et j’ai bien aimé, à plusieurs titres : d’une part pour le duo Dex-Omphale qui marche plutôt bien et permet d’explorer de manière intéressante les quêtes de l’un et de l’autre; et d’autre part pour la présentation d’une utopie fonctionnelle qui, bien que située pas mal dans le futur, se base pour l’essentiel sur de l’existant, du moins techniquement (c’est le côté société, rapports humains et priorités des gens qui est alien à notre présent, pas la technologie (exception : les robots, mais qui ne sont pas vraiment dans le monde des humains)), avec un bémol sur le côté semi-religieux d’une partie de la société, que je trouve un peu étrange.

Recommandé si vous aimez les moines en crise existentielle, et les robots curieux.

La recension par Machin est disponible ici.

Frankenstein, de Guillermo del Toro

Film fantastique de 2025, adaptation du roman de 1818 de Mary Shelley (bon je dis fantastique à la lumière de l’époque de sortie du film, mais est-ce qu’à l’époque de la sortie du roman, ce n’était pas plutôt de la science-fiction ?).

C’est une histoire éternelle : Man mans ship, ship gets stuck in polar ice, man rescues man, man starts a nested story about how he defied the laws of nature, yadda yadda yadda. (ça me fait me demander si y’a pas des crossovers où Victor Frankenstein découvre la cité dans les montagnes Hallucinées en poursuivant sa créature, d’ailleurs). Bref, c’est Frankenstein, si vous connaissez pas l’histoire arrêtez d’être misogynes et allez lire l’œuvre la plus connue de la fondatrice de la SF.

Globalement j’ai trouvé ça très beau mais trop long, à vous les studios. Alors oui, tout le barouf sur Guillermo del Toro qui voulait faire Frankenstein depuis très longtemps, et ça colle bien au reste de son œuvre, certes, mais 2h30 d’histoire, quoi. Perso la jeunesse de Victor j’ai pas trouvé ça passionnant et terriblement freudien. Le pacte faustien de Victor avec son sponsor, le design de la tour où il travaille, les différents moments qui montrent que Victor est une horrible personne sont bien réussis. Le personnage d’Elizabeth (dans la posture classique chez Del Toro de la personne attirée par le monstre) est plutôt bien réussi, même si elle a une agentivité des plus restreintes (mais bon à part Victor et Adam, y’a pas grand monde qui a de l’agentivité dans cette histoire).

Venomous Lumpsucker, de Ned Beauman

Roman anglais paru en 2022. À vingt minutes dans le futur, il existe un marché des crédits d’extinction de la même façon qu’il existe un marché des crédits carbone aujourd’hui. Similairement, il est aligné sur des prix beaucoup trop bas, qui n’empêchent pas les extinctions mais qui permettent d’avoir une industrie lucrative d’intermédiaires qui offrent leurs services pour vendre des crédits, spéculer dessus… On suit deux personnages principaux, une scientifique chargée d’évaluer l’intelligence des espèces (ce qui augmente le nombre de crédits d’extinction nécessaire pour détruire leur habitat) et le chargé de la gestion des extinctions d’une grande compagnie minière. Suite à un attentat sur les banques de données qui gardent trace du génome des espèces disparues, le prix des crédits augmentent, et les protagonistes vont tenter de trouver une colonie de venomous lumpsucker, un poisson des fonds marins dont la compagnie vient de détruire potentiellement le dernier habitat…

C’est de la SF comique qui marche assez bien et qui se moque du techno-solutionnisme et du capitalisme vert. C’est très drôle mais un peu trop crédible par moment, hélas.

Le mur invisible, de Marlen Haushofer

Roman autrichien paru en 1963.

Une femme qui était partie en vacances dans un chalet à la montagne dans les Alpes se retrouve coupé du monde par un mur invisible. Elle organise sa vie dans la portion de monde qui lui est encore accessible, en compagnie de quelques animaux une vache un chat un chien le roman et son journal qu’elle a monté à écrire quelques années après le début de son emprisonnement, où elle détaille sa vie quotidienne, le rythme des saisons et ses relations avec les animaux.

C’était intéressant à lire (surtout en parallèle d’un essai sur l’écoféminisme). C’est de la science fiction très light dans le sens où la catastrophe n’est jamais expliquée et ce n’est pas le point, le but c’est de montrer comment s’organise sa vie dans ce monde clos. Ça m’a fait penser au Grand Jeu de Céline Minard.

Le Marche-Lune, de Simon Spruyt

Bande dessinée française parue en 2026. Dans la Mésopotamie antique, une extraterrestre émissaire d’une civilisation galactique s’incarne sous la forme d’une prêtresse d’Ishtar pour observer les humain.es, et surtout pour retrouver son prédécesseur qui a rompu la clause de non-intervention, frustré par l’absence de développement de la civilisation humaine. Elle va interagir avec les humain.es de l’époque et l’IA qui la conseille.

J’ai bien aimé ! Dessin très beau, traitement réussi, histoire de SF « historique » qui fonctionne, avec une vibe « toute technologie suffisamment avancée… » qui sert surtout à montrer l’Antiquité (les observateurs n’étant pas censés interférer dans le développement des civilisations qu’iels croisent, il n’y a qu’un tout petit peu de SF qui apparait, en dehors du dialogue interne avec l’IA)

Recommandé !

Redux Redux, de Kevin et Matthew McManus

Just one thing, at a specific place, all at once

Film de genre de 2025. La fille d’Irene a été tuée. Pour la venger, elle voyage d’univers parallèle en univers parallèle pour tuer encore et encore le meurtrier. C’est difficile d’en dire plus sur le synopsis sans divulgâcher certains éléments du film, et je recommande d’aller le voir avec juste ces infos. J’ai vraiment beaucoup aimé. Très belles images, excellent design de machine à changer d’univers, super bande son. Grosse reco.

Hic Sunt REVELATIONES

Signalis, du studio rose-engine

Jeu vidéo d’horreur de 2022, sorti par un petit studio allemand de 2 personnes. On incarne Elster, une androïde qui se réveille dans un vaisseau crashé sur une planète glacée. L’équipage était composé d’elle, en charge de la maintenance, et d’une pilote, qu’on va tenter de retrouver. En explorant le vaisseau puis la surface de la planète on va rapidement arriver à une anomalie qui nous fait passer sur une autre planète – ou dans un autre temps ? – où l’on va explorer un complexe minier rempli d’autres androïdes qui dysfonctionne visiblement contaminé par quelque chose tout au fond du complexe. Au fur et à mesure de notre quête on va découvrir des éléments sur l’histoire de l’univers dans lequel on joue, sur notre passé, celui de la pilote et celui de la personne dont la conscience a été copiée pour nous créer.

J’ai beaucoup aimé. On est dans un univers assez froid avec des très beaux graphiques en quasi pixel art, dans un monde aux vibes clairement fascistes, pris dans une guerre éternelle avec un empire dont il s’est séparé. Le jeu n’hésite pas à être assez expérimental – tableaux qui flashent a l’écran ou texte en japonais et allemand non traduit – variations brusques de ton, flashbacks soudains, ajouts de musique classique par moment – super bande son par ailleurs – tout en restant très jouable. Tout un côté gestion d’un inventaire très resserré puisqu’on ne peut porter que 6 objets à la fois, munitions et armes incluses, combats pas trop compliqué et possibilité de privilégier l’infiltration par moment, niveaux assez réussis avec un côté backtracing une fois qu’on a trouvé des clés, et ouvertures de raccourci plutôt bien gérées. Le jeu à un thème horreur cosmique – on trouve un exemplaire du Roi en jaune assez rapidement au début de l’histoire – mais qui se traduit surtout par la perte de contrôle des autres Replika (le nom in universe des androïdes) et l’appel incessant que certains disent ressentir ainsi que les séquences de rêve/changement de lieu soudain et bien sûr la partie organisme vivant gigantesque au fond de la mine.

Recommandé si vous aimez les dystopies horrifiques avec des cyborgs.

The Thing, de John Carpenter

Film de SF horrifique états-unien paru en 1982. Le personnel de la station antarctique US voient apparaître dans leur base un chien poursuivi par deux Norvégiens qui lui tirent dessus. Les deux Norvégiens meurent rapidement, sans avoir le temps d’expliquer les raisons de leur comportement. Les États-uniens découvrent bien vite que le chien était en fait une créature extraterrestre ayant pris l’apparence d’un chien. Cette créature peut infecter n’importe quelle créature vivante pour la transformer en elle-même. Incapable de déterminer si les différents membres de l’équipage sont encore eux-mêmes ou infectés par la Chose, l’ensemble de la station sombre dans la paranoïa.

J’avais vu le remake/prequel de 2011 il y a quelques années, j’ai enfin vu l’original de Carpenter ! Avec un Kurt Russell en grande forme et sans eyepatch. Les effets spéciaux artisanaux pour l’apparence de la Chose sont un peu datés mais font quand même leur effet et montre le côté imaginatif du body horror de Carpenter, avec un côté grand guignol parfois (le torse qui se transforme en machoire pour avaler le défibrillateur, c’est un excellent comedic timing), avec une thématique « l’ennemi parmi nous » et « la maladie qui se transmet par le sang ». Le côté isolation et paranoïa fonctionne bien, les zones polaires sont franchement un terrain fertile pour l’horreur (vivement le Frankenstein de Guillermo del Toro d’ailleurs)

Un classique.

Alien: Earth, de Noah Hawley

Série étatsunienne de 2025, situé dans l’univers de la saga Alien. Quelques années avant les événements du premier film, un vaisseau spatial contenant des oeufs d’alien et d’autres créatures extraterrestres particulièrement dangereuses s’écrase sur Terre. Une mégacorporation récupère le tout et le planque sur une île où elle a un projet de transfert de la conscience d’enfants humains dans des corps robotiques. La sécurité de ce laboratoire de haute sécurité étant inexistante, les aliens s’échappent par les trous dans le scénario et tuent des gens.

C’était franchement mauvais. Y’a zéro tension horrifique, les personnages passent leur temps à faire des choix qui n’ont aucun sens, les mégacorporations sont incarnées par 2 personnes (on dirait des startups dans un incubateur d’entreprises dans le Loir-et-Cher), l’alien peut être contrôlé en lui parlant en alien, y’a vraiment rien qui va.