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OVNI(s), de Clémence Dargent et Martin Douaire

Série télévisée française, création Canal +. L’action se passe en 1978 au CNES (Centre National des Études Spatiales). Suite à l’échec d’un lancement de fusée, Didier Mathure, ingénieur bien cartésien, est placardisé à la direction du GEPAN, la section du CNES chargé d’enquêter sur les signalements d’ovnis. Parmi une masse de cas totalement explicables que l’équipe du GEPAN écluse comme ils peuvent, Didier Mathure trouve quelques cas qui semblent effectivement présenter des éléments probants. Au passage il doit aussi gérer ses deux enfants en garde partagé, sa relation avec son ex-femme et collègue, les trois membres excentriques qui composent le GEPAN, et sa hiérarchie qui cherche un prétexte pour le débarquer définitivement.

J’ai globalement beaucoup aimé. L’histoire met du temps à démarrer, mais la reconstitution d’époque est très bien faite, les personnages sont très réussis (le personnage principal notamment, ingénieur brillant mais avec un manque de compréhension total des relations humaines, sans pour autant en faire un personnage brillamment méchant à la Dr. House ; là il est plutôt brillamment clueless. Les personnages d’Élise, Delbrosse et Rémi sont aussi très réussis.

J’ai aussi beaucoup aimé la bande son, en bonne partie faite avec des synthés, d’époque, et son utilisation à contre-emploi de La Resa di conti d’Ennio Morricone.

Par contre j’ai été déçu par la conclusion, qui d’une part n’explique pas grand chose ; et d’autre part nous colle un élément de romance random entre deux persos, alors que jusque là je trouvais au contraire très bien d’éviter cet écueil.

Planètes, de Gorō Taniguchi

Adaptation en animé du manga éponyme de Makoto Yukimura. J’avais lu le manga ado, j’avais les DVDs des premiers épisodes depuis très longtemps, le second confinement a été l’occasion de s’y mettre. En 26 épisodes de 20 minutes, on suit le quotidien de la section Débris, une équipe d’éboueurs de l’espace dans les années 2070. L’histoire tourne principalement autour de deux membres de cette section, Tanabe, jeune novice idéaliste, et Hakimachi, un éboueur plus âgé qui a toujours rêvé de posséder son propre vaisseau et de participer à la conquête spatiale.

C’est très cool. L’univers montre une version relativement réaliste de l’exploration spatiale. Passée l’ère des premières fois épiques, l’espace est devenue une ressource comme une autre, exploitée par des firmes multinationales qui ont assez de capitaux pour se lancer dans des projets très coûteux mais très rentables. Le fait de centrer le point de vue sur la section Débris est très bien pensé : sans ce travail de récupération des déchets et débris, les voyages dans l’orbite terrestre serait impossible. Pour autant c’est un job sans prestige, les pilotes de navette sont ceux qui font rêver, pas les éboueurs. La Technora ne garde une section Débris, sous-financée et sous-staffée, que parce qu’elle reçoit des subventions de la Fédération (l’alliance des pays riches) pour ce faire. La géopolitique de l’univers est très réussie aussi : l’exploitation spatiale profite aux transnationales et aux pays riches, et un mouvement terroriste conteste la dépense énorme de ressources qu’engendrent les projets spatiaux et qui pourraient êtres alloués à la réduction des inégalités sur Terre. La série réussit très bien à balancer ces facteurs réalistes avec le pouvoir d’attraction que les mots « exploration spatiale » peuvent avoir. Elle montre aussi les risques pour la santé de la vie en dehors de la Terre, que ce soit les multiples accidents ou plus insidieusement les cancers liés aux radiations non-filtrées par l’atmosphère.

Concernant les personnages principaux, on a une focalisation d’abord sur le personnage de Tanabe, qui découvre cet univers, permettant de filer les clefs de compréhension aux spectateurs. Mais rapidement on comprend que le vrai héros de l’histoire est Hakimachi, prêt à sacrifier énormément de choses à sa passion de l’espace. Si Tanabe fait pas mal avancer l’histoire et est beaucoup mise en lumière, on est quand même sur une répartition très classique des rôles genrés dans ce couple de personnage, avec le mec taiseux qui veut être indépendant et aller explorer, et une fille idéaliste qui va apprendre à son contact mais lui faire découvrir la puissance de l’amour. De ce point de vue les personnages secondaires sont cependant plus réussis, notamment Fay Carmichael, la pilote de la section Débris colérique et prête à tout pour fumer tranquillement ses clopes. Tous les fils narratifs secondaires permettent de bien développer ces personnages et l’univers dans lequel ils évoluent.

Je recommande.

Dans un rayon de soleil (On a sunbeam), de Tillie Walden.

Roman graphique de 400 pages. Mia termine ses études en pensionnat et rejoint l’équipage d’un vaisseau spatial qui rénove des bâtiments. On découvre en parallèle sa vie avec l’équipage du vaisseau et ses années en pensionnat. C’est difficile d’en dire plus sans divulgacher, et ça vaut le coup de rentrer dedans sans en savoir trop. L’univers est très original, limite onirique et très clairement poétique. Ça parle d’exploration spatiale, d’Histoire, d’architecture et de rénovations, de Sentiments, de liens familiaux. Le dessin est juste magnifique. J’avais bien aimé Sur la route de West de la même autrice mais sans plus, là c’est une grosse claque, probablement ma recommandation de l’année 2020.

Ministry of Space de Warren Ellis

Comic uchronique du début du XXIe. Durant les dernières heures de la Seconde Guerre Mondiale, les forces anglaises tentent un gambit et enlèvent l’ensemble des scientifiques allemands qui travaillaient sur le programme V-2. Armée de ces connaissances, l’Angleterre va développer seule dans son coin un programme spatial, et étendre l’Empire au delà du globe terrestre. Le récit alterne entre 2001, la date du premier lancement spatial américain, et les différentes étapes du programme spatial anglais, de 46 aux années 70s. Intéressant dans ce qu’il montre d’un développement différent de la course à l’espace et des développement sociaux de l’Angleterre, et dans les questions qu’il pose sur le coût (financier et moral) du développement d’un tel programme.

The Martian, de Ridley Scott

Film américain de 2015. La NASA a lancé programme de vols habités vers Mars, les missions Arès. En raison d’une tempête, la mission Arès III évacue la planète en urgence, et abandonne un astronaute sur place, le croyant mort. Mark Watney va alors devoir survivre sur la planète pendant plus d’un an, avec le matériel d’une mission au sol supposée durer 30 jours.
Le film est une grosse réclame pour la NASA et pour le fait de bricoler des trucs dans tous les sens pour faire fonctionner des systèmes de façon pas du tout prévu au départ. J’ai énormément apprécié. C’est pas ailleurs fort bien joué, notamment par Matt Damon dans le rôle principal.

Grosse recommandation.

Gravity

Je suis allé voir Gravity au cinéma ce soir. J’ai trouvé le film très réussi avec malheureusement quelques passages très en dessous des autres qui gâchent l’impression d’ensemble. Pour pouvoir en discuter plus avant, je place ici une
Alertes aux Spoilers.

Déjà, je trouve que les émotions et l’état d’esprit de Ryan sont bien retransmis. Je suis allé voir le film assez fatigué donc j’étais émotionnellement réceptif, et j’étais vraiment en empathie avec le personnage. Le premier passage des débris, quand elle est arrimée au bras est une des scènes les plus éprouvantes que j’ai vu depuis longtemps au cinéma. Après ça résonne avec mes hantises personnelles (non, pas subir une pluie de shrapnels dans l’espace, être totalement impuissant à gérer une situation dangereuse), mais quand même. Son état de panique et son incapacité à réagir parce que la situation lui est totalement alien sont bien transmises, ainsi que sa nécessité d’avoir un repère extérieur (la voix de Matt) pour revenir à un mode de fonctionnement normal.
Je trouve aussi réussie l’illustration du fait qu’elle se repose entièrement sur Matt tant qu’il est là et que ce n’est qu’à sa mort qu’elle se met à prendre ses propres décisions. (Au passage, le personnage de Matt, s’il est amusant, aurait été parfaitement insupportable s’il avait été présent tout au long du film. Je suis bien plus intéressé par un personnage qui fait des erreurs et panique qu’un personnage imperturbable.)

Ce que je trouve parfaitement insupportable en revanche c’est tout le passage de la communication radio avec la Terre, l’apparition du fantôme de Matt et les « dit à ma petite fille que je l’aime ». La situation est déjà désespérée, le personnage à moitié brisée et l’on comprend très bien toute l’horreur du truc, est-il vraiment nécessaire de vouloir forcer le sentiment comme ça ?
De plus cela fait disparaitre une bonne partie de la mort de Matt et de l’impression d’empowerement du personnage : au final son salut est mis en scène comme venant d’un personnage extérieur.

La symbolique de la re-naissance est joliment mise en scène (l’entrée dans l’ISS fait très « je flotte dans mon liquide amniotique » et la sortie du lac à la fin : « je sors de mon œuf de métal puis des eaux puis je me lève. » Je ne comprends pas trop ce panoramique qui balaie Ryan à ce moment par contre. Esthétiquement c’était assez moche et ça rappelle beaucoup le male gaze, même si le film n’est pas sexiste. Au passage, on peut noter que le film passe Bechdel Test grâce à la conversation avec la pilote de l’Explorer au début, et c’était assez agréable de regarder un film avec une scientifique compétente. On pourrait argumenter sur comment le film montre Ryan en train d’apprendre à s’émanciper du patriarcat, mais ce serait peut-être surinterpréter un peu.)

Esthétiquement, le film est très beau, la 3D est bien utilisée. Les passages en vue subjective sont bien utilisés. La bande-son est intéressante.