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Zanzibar : Last Day.

Cinquième et dernier jour.

Je rend ma chambre mais négocie pour laisser mon sac à l’hôtel pour la journée. Mon avion est à 19h20, je partirai vers cinq heures. Mais il me reste peu de batterie sur mon baladeur mp3 et peu de pages à lire, il va donc falloir occuper la journée. Je visite l’ancien dispensaire anglais, dans lequel de l’art local est exposé. Je vais acheter des cartes postales. Je visite le fort arabe, quatre tours, quatre murs et un champ au milieu. Je retourne me poser sur la plage. J’arpente la ville dans tous les sens. Rien y fait, les minutes passent comme des heures. En désespoir de cause, je pars déjeuner à midi pile. Je rentre dans un bar. Visiblement, il a connu des jours meilleurs. Je suis le seul client, il n’y pas deux chaises en plastique appareillées, un mec dort sous un des ventilos. La serveuse prend ma commande, je détaille le décor. Deux frigos qui contiennent des bières, dont de la Tusker (bière kényane, en Tanzanie on boit de la Kilimanjaro ou de la Safari), une étagère d’alcools forts avec du VAT 69 (whisky premier prix indien, sert aussi de carburant aux tracteurs de la révolution verte), une banderole « Happy New Year » qui a l’air d’être resté là pendant un an, des ballons de baudruche à moitié dégonflés accrochés sur les murs. En fond sonore, les infos en anglais et en swahili, alternativement. Je commence à somnoler, le regard sur la nappe et ses brulures de cigarette. La serveuse revient, me dit que ce sera bientôt prêt, et part changer la radio. Elle lance un CD de chant de Noël de Roy Orbison. Dreaming of a White Christmas, Jingle Bells et Let it Snow s’enchainent. L’ambiance est carrément devenue surréaliste. Mon plat arrive, c’est un délice. Quelques grains de sable dans le riz, mais les feuilles d’épinard avec une sauce coco/curry sont succulentes.
Je ressors, treize heures. Plage à nouveau, cybercafé, exploration méthodique de chaque petite ruelle. Je réordonne les contacts dans mon répertoire téléphonique, je supprime d’ancien textos ; le temps ne semble toujours pas vouloir couler.
Les vendeurs ambulants m’auront laissé étonnamment tranquille, pour un touriste désœuvré. Mais je suppose que le T shirt que je portais (blanc avec une étoile rouge et Russian Spring d’écrit : c’était le plus Noëlique que je pouvais faire) les a repoussé : chacun sait qu’il ne faut pas embêter les russes.
Enfin, il est cinq heures. Je repasse à l’hôtel, récupère mon sac et part à la gare routière. Je cherche le daladala pour l’aéroport. Un homme me l’indique, puis me demande de payer les 3000 Tsh pour prix de la course. Plait-il ? Je me suis renseigné, le trajet coute 300Tsh. Je lui dis, il me dit que celui là est un express, à l’aéroport en 20 minutes. Je lui répond que je m’en fous. Je fais mine de sortir, il me dit que 1000 Tsh seront suffisant. Je lui réplique que non, certainement pas, 300Tsh ou rien. Il hausse les épaules et s’en va. Le daladala démarre, le contrôleur, le vrai, me demande le prix de la course, je lui file 1000 et il me rend 700, tout va bien.
Formalités d’aéroport expédiées en 10 minutes, échange de Merry christmas avec les autorités, lecture, avion, formalités d’arrivée (passées en un dixième du temps de ma première entrée au Kenya), taxi, maison, réveillon, Time’s up, dodo.

Zanzibar : Stonetown & Kidichi

Quatrième jour.

Réveillé vers huit heures, il fait déja chaud. Petit déjeuner à l’hôtel (fruits, saucisses et oeufs, ou le Commonwealth sous les tropiques). Consultation du Routard, je décide de partir vers Kidichi, ou un sultan aurait construit des bains à la turque pour Schéhérazade (eh oui, Zanzibar a été un sultanat et l’influence arabe s’y fait toujours sentir. 97% de la population est musulmane, notamment).
Daladala jusqu’à Bububu, petit village côtier (non, moi non plus je ne sais pas comment on fait pour décider d’appeler un village Bububu sans se sentir ridicule ; c’est le seul toponyme de l’île qui semble sortir des Teletubbies, les autres sont parfaitement normaux). Je décide ensuite de faire les trois kilomètres restant à pied plutôt que de reprendre un daladala : ça me fera faire un peu d’exercice et ce sera un peu plus fun. Visiblement je suis le seul touriste à avoir jamais fait ça, vu le nombre de regards étonnés et de début de conversations que j’ai eu (conversation sur le mode : « Jambo,why are you walking? -I like walking. -Yeah walking is good. Where are you going? -Kidichi Baths. -Yeah, it’s that way. XXX kilometers. Bye!« )
À un moment il se met à pleuvoir. Je me refugie sous l’auvent d’un magasin. A coté de moi, deux jeunes enchainent les parties de dames (qui semblent être le jeu national de Zanzibar). Pour plateau ils ont un bout de polystyrène avec les cases noires (enfin, bleues) coloriées au feutre, et pour pions des bouchons de bouteilles (précisons que les deux grandes marques d’eau de Zanzibar ont des bouchons respectivement blancs et bleus). C’est le jeu parfait, puisqu’une dame est clairement reconnue en retournant le bouchon, et que les pièces sont hyperfacilement remplaçable en cas de perte.
La pluie s’arrête, je repars. Arrivée aux ruines. Pas de guérite, de tarifs, de clôture, un mec dans le coin me dit qu’il va me faire visiter. Effectivement, il a la clef qui ouvre les bains. Dedans, une étuve. Je sue à grosses gouttes pendant qu’il m’explique dans un anglais qui glisse vers le swahili la fonction des différentes pièces. Nous avons vite fait le tour, il n’y a que trois pièces.
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Bains turcs, mal conservés

Bains turcs

Nous ressortons, je lui file 1000Tsh, je me pose au bord de la route pour attendre le daladala du retour. Un homme engage la discussion, me propose de goûter le jackfruit qu’il est en train de manger. C’est vachement bon. Un autre homme arrive. Sourire ravi quand je dis que je suis français : il est en train d’apprendre. Effectivement, il a dans les mains un manuel qui doit dater des années 50 et un cahier de notes ; je lui traduit les phrases qui restaient incompréhensibles (« Vos papiers, s’il vous plait » est la seule dont je me souviens : effectivement, hors contexte c’est un mystère parfait)

Jackfruit. Ça a la taille d’une pastèque.

Retour à Stonetown, errance sur le marché et achat de dattes, pour maintenant et pour ramener pour Noël. Déjeuner dans un restaurant indien. Hôtel, tentative de sieste mais il fait trop chaud :
À lire avec la voix de Bernard Lavilliers
23 décembre. Réfugié dans ma chambre d’hôtel à Zanzibar, j’écoute les gouttes de pluie se méler aux notes lancinantes de la guitare de Black Magic Woman. « Thank God for the rain« , comme disent les zanzibaris. Elle a chassé un peu de la chaleur implacable de l’après-midi. Un peu seulement, et sans le ventilateur qui agite les pans de ma moustiquaire, je serais incapable de bouger un membre. Sortir ? N’y pensons même pas. Si encore je n’avais pas mangé chez cet indien, je pourrais me trainer jusqu’au cybercafé pour consulter mes courriels un soda à la main, vaine tentative de récupérer les liquides perdus. Mais là, non, dormir est la seule solution.

Finalement, vers quatre heures, retour au cybercafé. J’enchaine les sodas et les pages web. Puis passage à la plage, mer toujours aussi turquoise. Diner dans un italien, retour à l’hôtel armé d’une bouteille d’eau.

Zanzibar : De Jambiani à Stonetown

Troisième jour à Zanzibar, je devais remonter depuis Jambiani et rallier la capitale. Pour ça, soit c’est le taxi à quarante dollars, soit le daladala à 2000 shillings tanzaniens, c’est-à-dire un euro. Le choix fut vite fait. Me voilà donc à 9h du matin sous l’arbre du village, à attendre le passage du daladala. Autour de moi un bon nombre de gamin-e-s, quelques femmes et de temps en temps un ado qui passe en vélo. Tou-te-s les gamin-e-s me disent « Jambo », vaguement intrigué-e-s. Et une petite fille, plus audacieuse, qui vient m’offrir une à une toutes les saletés qui trainaient sur la place en me répétant « Jambo » avec chaque remise en main. J’ai posé soigneusement chaque noyau de mangue et chaque bouteille de plastique à coté de moi. Ensuite elle m’a tenu des discours interminables en kishawili, en me retendant un des déchets de temps en temps.
Le daladala est enfin arrivé. Le daladala c’est un gros pickup. Il y a deux bancs sur le hayon, une bâche tendue sur des arceaux, et roulez jeunesse. Au fur et à mesure des arrêts, on s’est entassés sur les bancs. A mi-parcours la pluie s’est mise à tomber. On a descendu les cotés de la bâche, réarrangé les fagots de bois sur le toit, et on a continué.

Arrivée à Stonetown dans le marché. Je ne sais pas du tout où je suis, je marche un peu au hasard jusqu’à tomber sur le port. Je longe la côte, puis m’enfonce dans la vieille ville. Je comptais aller dans une guesthouse notée dans le Routard, mais à force de déambulation je tombe sur une autre qui avait l’air sympa. Je rentre, chambre à 25$. Parfait, je pose mon sac et part déambuler ; je m’arrête rapidement pour déguster une glace.
La glace
Je repars explorer. La température monte rapidement, je pars faire une sieste sur les heures les plus chaudes. Passage dans un cyber café qui vend des sodas pour 0.25$ pièce. Chinage pour trouver un livre lisible ; seulement deux librairies dans la ville, une fermée, et l’autre ne propose pas grand chose comme fiction, et à des prix prohibitifs ; je finis par trouver deux trois boutiques qui proposent une trentaines de livres d’occasion. Je négocie The Subtle Knife, le second tome de His Dark Materials pour 7000 shillings.
Déambulations
Londres, 8064 miles
Equator House

Je décide de finir la journée tranquillement dans un bar huppé, face au coucher de soleil. Le Routard le vend comme un endroit haut de gamme, et effectivement les prix sont haut de gamme. Sauf que. Sauf qu’une demi heure après mon arrivée, l’endroit est submergé par une horde de touristes (notamment italien-ne-s) en marcel/short qui vont boucher la vue de tout le monde pour se prendre en photo devant le coucher de soleil et danser avec le groupe de musique traditionnel en poussant des rires gras. Le mojito semble sans alcool, et le vase déborde avec une saleté de gamin qui dépose son coca vide sur ma table juste devant moi avec la bénédiction de papa-maman. J’ai payé et je me suis barré. Je pars manger sur les stands locaux dans les jardins de Forodhani. Je discute avec un jeune local qui veut devenir docteur, prend des cours de langues dans une université privée locale et m’énonce les nombres en swahili et me déclare son amour de l’Olympique Lyonnais. Retour à l’hôtel, dodo.

Zanzibar : Jambiani

En décalé, je vais vous narrer mes péripéties zanzibaries. Je suis parti cinq jours là-bas, du 20 au 24, parce qu’il fallait que je sorte du Kenya pour renouveler mon visa et que tant qu’à faire autant aller à Zanzibar.

20 décembre, 4h45 du matin. Mon réveil sonne, je maudis les inventeurs de l’aéroport et de la clepsydre dans un même mouvement. Je repousse les couvertures, je titube jusqu’à la cuisine, je me donne forme humaine tant bien que mal. J’attrape mon sac, je monte dans le taxi, me voilà parti.
Aéroport, 6h15 du matin. Les formalités ont pris une vingtaine de minutes, comme toujours. J’ai une heure quarante à tuer dans l’aéroport désert, comme toujours. L’avion arrive, nous descendons sur le tarmac pour le rejoindre. Un coucou avec deux hélices sur les ailes, qui n’a pas l’air des plus jeunes. Dedans, une odeur tenace, qui donne l’impression que quelqu’un a uriné sur les sièges en similicuir. A la réflexion, c’est probablement ce qui c’est passé. Ambiance.
Mon voisin est prostré sur son siège, les écouteurs enfoncés au plus profond des oreilles. Il ne doit pas aimer les décollages. L’avion se positionne face à la piste, les hélices accélèrent leur rotation, nous décollons. Une dizaine de minutes après le décollage, le bruit des hélices change soudainement. On entend un hoquet de terreur collectif dans la cabine. En fait, rien. Les moteur étaient probablement passé du régime de décollage au régime de croisière.
Après une heure quarante de vol, nous atterrissons à Dajarani, l’aéroport d’Unguja (Unguja étant l’île principale de l’archipel de Zanzibar, oui j’ai potassé mon Routard). Un chauffeur m’attend (eh, tant qu’a vivre des vacances luxueuses, autant assumer sa classe sociale jusqu’au bout), nous partons pour Jambiani, petit village de la côte Est.

Arrivée à la guesthouse, Dudé’s Guesthouse. Petite chambre tranquille, avec lit, moustiquaire et salle de bain. Hamac devant la maison, que j’annexe mentalement dans la seconde. Je pose mes affaires et part sur la plage, à 20 secondes à pied. Mer turquoise, palmiers, sable blanc, le package cliché est présent.
Je m’enduis de crème solaire pour affronter l’astre du jour, et je m’avance dans la mer. Et je m’avance. Et je m’avance. A cent mètres de la plage j’ai toujours de l’eau aux genoux seulement. Je finis par me résigner et m’allonge dans les quarante centimètres (et autant de degrés Celsius) d’eau et barbote.
Je déjeune sur la plage d’un poisson parfaitement grillé. Sieste et lecture dans le hamac et un problème apparait : voyageant léger, je n’ai pris qu’un seul livre (Hard Magic de Larry Correia, une histoire de magie et de détective privé dans les années 30). Et je le lis bien plus vite que prévu. Visiblement, ma vitesse de lecture en anglais a subrepticement rattrapé ma vitesse de lecture en français. À mon grand dam. Parce que les librairies ne courent pas vraiment les rues à Jambiani (les librairies ne courent nul part, me direz-vous, mais vous m’avez compris).
Le soir, bar, avec un grand drapeau de la Jamaïque en fond visuel, du reggae en fond sonore et un rasta en barman. Il me semble qu’il y a une thématique dans tout cela, mais je n’arrive pas à saisir laquelle. La décoration est complétée par trois guirlandes de Noël, jaune, verte et rouge qui entourent un pilier. En face, la mer dans l’obscurité.
Le lendemain ressemblera comme deux gouttes d’eau au précédent : plage, hamac ; hamac, plage. Je déjeune d’une noix de coco que l’on va me chercher dans l’arbre, je dîne d’un calamar. Demain ce sera la remontée vers Zanzibar Town…

Marée basse

Marée basse
bateau échoué

Un weekend de carte postale

Me revoici après trois jours loin d’une connexion Internet (ne me considérez pas comme un héros).
J’étais parti sur la côte à Diani, avec Christophe et Rémy. C’était la première fois pour Christophe, et Rémi était déjà venu une soixantaine de fois pour le boulot et nous prenait avec lui pour nous faire découvrir.
Nous avons eu l’impression d’entrer dans la Somme de Tous les Clichés. En descendant des plateaux sur lesquels se trouve Nairobi, on gagne une dizaine de degrés. Nous avons pris la route avec le pick-up de Rémi, qui peinait un peu dans les côtes mais était bien vaillant sinon, et nous n’avons pas cru notre dernière heure arrivée plus d’une dizaine de fois. Nous avons traversé le Tsavo, où des zèbres paissaient au bord de la route, nous avons vu le Kilimandjaro dans le lointain (C’est gigantesque. Vraiment. Mon cerveau avait du mal à accepter un truc aussi grand), et après un final sur une piste défoncée (nous avons croisé un bus dont le train avant était tombé O_o), nous sommes arrivés pour le déjeuner. Salade de poulpe dans un restaurant italien, puis réservation d’un cottage pour les trois jours. A cinq minutes à pied de la plage, piscine plus chaude que l’air, moustiquaires et ventilateurs, bref, tout le nécessaire. Au menu, piscine et plage. Le soir descente dans un bar, rugby pour mes deux comparses, lecture sur mon ebook pour moi. Pizza. Dodo.
Plage de Diani

Diani Beach

Le lendemain, plage et piscine à nouveau. Nous évitons les beach boys déterminés à tout nous vendre (j’ai eu trois prénoms et quatre nationalités dans le weekend). Exploration rapide d’un hôtel abandonné, courses, expresso contenant assez de caféine pour une semaine (n’oublions pas qu’il y a une forte présence italienne sur la côte).
Hôtel abandonné

Confrontation au tourisme sexuel : petit-e-s vieilles/vieux blanc-he-s avec leurs mignon-ne-s locales/locaux. Au moins c’est pas sexiste. Ça reste un peu triste. Découverte du pire bar à touriste avec les touristes français les plus clichés possibles. Vol d’un paquet de gâteau par un singe dans notre cuisine ; le petit enfoiré nous nargue depuis le toit en train de bouffer les gâteaux, mais il laisse tomber le paquet. Sa tête dépité valait tous les gâteaux du monde. Restau indien. Dodo.
Dernier jour. Je reste toute la journée dans mon lit ou la piscine à lire, coups de soleil (et roman captivant) obligent.
Lever avant l’aube pour un retour sur Nairobi.

Chinafrique, RDC et autres considérations politiques

Damn, encore un article avec des bouts de réflexions dedans. Si ça continue comme cela ce blog va devenir une succursale de Courrier International.

Chinafrique
Slateafrique lui a consacré un dossier. La Chineafrique, c’est l’ensemble des relations économiques diplomatiques et culturelles entre l’Empire du Milieu et le continent africain. L’Afrique étant à la fois une source de matières premières et un marché émergent, le géant économique qu’est la Chine s’y intéresse énormément. Pékin remporte énormément de contrat pour l’aménagement d’infrastructures sur tout le continent, tout en y envoyant une diaspora de cadres dirigeants. Ici au Kenya cela se traduit par des complexes immobiliers ou des routes construites par des sociétés dont les noms ne font pas très couleur locale. Il faut cependant nuancer. La Chine n’est évidemment pas le seul acteur, il y a d’une part les anciennes puissances coloniales, mais aussi l’Inde (en particulier en Afrique de l’Est, héritage de la colonisation anglaise, il y a une grosse diaspora indienne), le Japon (très présent sur le marché des voitures, en tout cas au Kenya où il y a a des Toyota partout).
La Chine investit donc massivement en Afrique, mais ces investissements sont à mettre en perspective. Au Congo, la Chine investit à hauteur de sept milliards. C’est la même somme qui est investie par la diaspora congolaise. Et encore, on ne parle là que des flux-retours officiels de la diaspora. La RDC n’est donc pas en situation de dépendance économique par rapport à la Chine. D’un autre coté, ces sept milliards investis sont aussi une statistique officielle. Étant donné que les investissements sont remboursés sous formes de concessions minières, d’exploitations agricoles et de contrats longue durée, le retour sur investissement n’est pas évident à chiffrer. Surtout que certains flux sont surprenants. Par exemple ce cobalt rwandais, qui n’en possède pas mais en exporte massivement vers la Chine. Mais avec l’implication du Rwanda dans les troubles de la RDC, des flux énormes sont détournés.
Enfin, une note positive dans ces magouilles financières : aujourd’hui j’ai reçu un SMS pour m’inciter à m’inscrire sur les listes électorales kenyanes. Les élections sont en mars et sont très attendues étant donné que le président actuel – Mwai Kibaki, dont la réélection en 2007 avait été très contestée, ne se représente pas, le nombre de mandats étant limité à deux depuis 1991 (son prédécesseur, Moi, avait été président 24 ans durant).

Fourteen Falls

Ce fut la sortie du weekend dernier. À soixante-cinq kilomètres au nord de Nairobi, près de Tikka, se trouve un site touristique avec, comme son nom l’indique, quatorze chutes d’eau. Nous partîmes cinq sans provisions, mais par un prompt détour, nous nous vîmes rassasiés en arrivant dans un village. Le boui-boui typique, qui servait du chou, des haricots et des chapatis. Nous descendîmes ensuite le long de la rivière, repérant quelques hippopotames qui sortaient leurs narines pour respirer, mais ne nous firent pas grâce d’un spectacle plus complet.
Arrivés aux chutes, ma blondeur fut source d’émerveillement pour les écoliers en goguette, et je suis désormais immortalisé dans quelques foyers kényans. Aucune catastrophe moins conséquente que la destruction de la planète entière ne saurait détruire toutes les images de mon corps. J’ai essaimé sous forme de photographies sur quatre continents, cinq si l’on ajoute Internet. Mais trêve d’égolatrie.
Les chutes en elles-mêmes étaient belles, mais les abords en étaient gâchés par d’innombrables déchets plastiques, charriés par la rivière ou laissés par les promeneurs. On a lu posés sur une pelouse, deux d’entre nous firent une partie de frisbee avec les gamins du coin. Puis il fut temps de reprendre la voiture (louée pour la journée à l’ICIPE) et de rentrer sur Nairobi, avec une pause whisky au passage. Nous sommes passés à travers les champs d’ananas, l’odeur d’ananas emplissait toute l’atmosphère et se mêlait étrangement au christian rock que laissait échapper la station radio que nous écoutions.

Le dimanche ce fut barbecue dans la maison magnifique du représentant régional du CIRAD et discussion avec les profs du lycée français. Ce fut aussi la première fois que je montais dans un 4×4, mais l’expérience ne fut pas des plus marquantes.

J’ai compté, il y en a bien quatorze.

Skyfall : l’idéologie du Tea Party, l’esthétique de Woodkid.

Je reviens du cinéma, où j’ai vu Skyfall (le dernier James Bond). Après quelques inquiétudes en début de séance (l’image était trapézoïdale et tremblait), le film a finalement été projeté dans d’excellentes conditions. J’ai vraiment été pris dans le film, mais j’ai désapprouvé ce qu’il me disait à plusieurs reprises, puis en continu. Je voudrais donc tenter de faire une analyse du fond (la forme étant magnifique).

WARNING : Spoilers everywhere.

Résumons rapidement l’histoire : un ancien agent veut prendre sa revanche sur M, la cheffe du MI6. Bond l’en empêche. Comme pour tous les James Bond, l’histoire n’est pas particulièrement complexe. Le twist qui se rajoute à ce scénario, c’est que ce film marque les cinquante ans de la franchise. Il fallait donc rendre hommage aux précédents opus, et c’est pourquoi un certain nombre de gimmicks abandonnés lors de l’arrivée de Daniel Craig dans le rôle-titre reprennent du service. Le film n’est jamais aussi bon que lorsqu’il déconstruit sa mythologie. La scène où 007 rencontre Q, jeune geek lui déclarant qu’il est plus efficace avec son ordi avant son premier Earl Grey que Bond ne l’est sur le terrain est un bijou. La présentation des gadgets se résume à la transmission d’un Walther PPK et un transmetteur radio. Les stylos explosifs, « on ne fait plus vraiment ». La couleur est annoncée : retour aux bases, on joue avec les références sans se laisser écraser. On retrouve aussi l’Aston Martin où Bond menace négligemment M d’éjection avant de se voir répondre « Go on, see if I care« , et le martini, accueilli d’un « perfect » par Bond quand la barmaid lui présente le contenu d’un shaker.

Le problème est que si le film joue avec ses propres références, il est tout à fait sérieux dans les valeurs qu’il promeut depuis le début de la série. Ou plutôt la valeur : la Virilité, la Vraie. Le film véhicule le message le plus patriarcal que j’ai vu au cinéma depuis longtemps. Le film commence par le tir de sa coéquipière sur Bond. Laissé pour mort, 007 se refait une santé dans les bars turcs en buvant de l’alcool et en défiant les scorpions. Il a été recueilli par une femme que l’on ne voit que au lit avec lui. Elle est le repos du guerrier, elle le soigne, l’héberge et le détend. On ne saura rien sur elle, sitôt qu’il apprend que la patrie et surtout sa supérieure M est en danger, Bond l’abandonne pour repartir en Angleterre.
M est menacée d’un audit par l’exécutif anglais suite à la perte d’une liste révélant l’identité des agents infiltrés de l’Agence. McGuffin absolu que cette liste, la question étant ici de savoir pourquoi le voleur semble tant en vouloir à M personnellement. M est la mère de substitution de Bond et de visiblement tout le MI6, ses agents lui sont très attachés. Deuxième figure féminine donc, la mère. M pourrait représenter un personnage de femme forte mais elle est remise en question, ses erreurs sont à l’origine de tous les problèmes du film et durant la bataille finale elle est protégée par Bond, quand elle tente de tirer sur un assaillant elle rate son tir. Il lui déclarera même textuellement « Get in the kitchen ».
Bond retrouve aussi celle qui lui a tiré dessus. Elle l’accompagne à nouveau sur le terrain. Agent de liaison elle reste en retrait en ce qui concerne l’action mais se retrouve dans une scène où elle rase Bond. La femme au service de l’homme, avec un très fort sous-texte sexuel, puisqu’elle est à genoux (de profil dans une robe très moulante) devant lui assis, et qu’elle passe un rasoir sur sa gorge : il met sa vie(rilité) entre ses mains, pas besoin d’être un génie pour reconnaitre une fellation. A la fin du film, Eve décide de demander un poste de bureau. Il se révèle qu’elle est Ms. Moneypenny, la fidèle secrétaire amourachée de Bond. La femme abandonne son fusil d’assaut, symbole phallique, pour retrouver sa vraie place « à la maison » et admirative de l’homme d’action, tout rentre dans l’ordre.
La femme suivante est encore plus archétypale, puisqu’il s’agit d’une prostituée possédée par une triade. Elle flirte avec Bond, fait l’amour avec lui puis après avoir été battue, meurt tuée par le méchant. Bond déplore plus la perte du verre de scotch qu’elle portait que sa mort, pas une larme ne sera versée sur elle, la femme-objet jusqu’au bout des ongles vernis.
Les personnages féminins sont donc des caricatures, mais pas autant que les masculins. Face à Bond se retrouve un méchant qui est visiblement gay (il flirte avec Bond), et pourquoi est-il méchant ? Eh bien visiblement il n’a pas résolu son Œdipe avec M. Là où Bond est indépendant, tient tête à sa cheffe, bref est un homme puisqu’il a coupé le cordon, Silva est un homo psychopathe et pleurnichard parce qu’il en veut à M de l’avoir abandonné lors d’une mission. Il ne veut pas la tuer, il veut se suicider avec elle. Bond heureusement l’en empêchera mais M. succombera à ses blessures. Son successeur sera un homme : le patriarcat a enfin corrigé cette anomalie d’une femme au pouvoir.

Le discours de M devant la commission d’enquête est aussi un point qui vaut le détour : se voyant reprocher sa prédilection pour les agents de terrain et l’action directe, elle déclare que nous vivons dans un monde hostile, où nos ennemis sont désormais flous. Bref une apologie de la société de surveillance et de la manipulation par la peur. Elle déclare carrément « I’ve never been so frighten. » Onze septembre mon amour.

Le film est visuellement magnifique, avec des jeux sur les ombres et les couleurs (et le générique est un monument de kitsch). On passe de la Turquie à Londres, de Macao à une ville fantôme soviétique et de Shanghai à l’Écosse. Les gens sont toujours impeccablement habillés, les landes désolées, les villes illuminées et les bunkers souterrains pleins de cachet. Le film colle à l’esthétique en vigueur en ce moment : photographie haute définition et cachet rétro ; il présente tous les clichés visuels possibles, une photographie Instagram aux dimension d’un film. Cette esthétique sert un propos : une glorification des classes sociales dominantes. En effet, Bond représente une aristocratie polyvalente : Il incarne à la fois le dominant en matière de genre : Homme blanc hétéro cisgenre, il maitrise les codes de la virilité : capable d’utiliser la violence (de façon extrême, puisqu’il surclasse même Die Hard en détruisant un hélicoptère avec une maison), sachant boire, doué avec les véhicules (et attaché à eux, il s’énerve vraiment quand on lui casse son Aston Martin) et habile au lit. Mais il maitrise aussi les codes de la richesse : il voyage à travers le monde, est toujours habillé d’un smoking irréprochable (sans qu’il ait besoin d’en prendre soin : d’autres le font pour lui, en bon riche il n’a pas besoin d’avoir à se coltiner avec la réalité), va au casino, maitrise les usages en vigueur quel que soit le lieu, et possède des racines anciennes et chrétiennes : sa famille possédait un domaine en Écosse, le Skyfall du titre dans la chapelle duquel tout se finira. Et au fur et à mesure du film on effectue une régression dans le temps. Ouvert sur le monde (on commence dans les rues commerçantes d’Istanbul), le film se restreint au monde des élites (le méchant est capable de posséder une île entière, une ville fantôme visuellement époustouflante. La beauté appartient aux élites), puis se replie sur l’Angleterre, l’Écosse et enfin le domaine familial. La technologie devient moins présente, puisque Bond se défend au final avec un fusil de chasse, un couteau et de la dynamite. La conclusion dans les bureaux du MI6 où Bond rencontre le nouveau M pourrait se passer dans un bureau des années quarante. Adieu donc monde moderne, revenons au temps où les hommes étaient de vrais hommes.

En résumé, allez le voir pour l’esthétique, mais restez critique.

Le Kenya à l’heure d’Internet

Un lien vers un article qui vous explique pourquoi le Kenya va être d’ici une dizaine d’année un des leaders de la scène africaine. Pour ceux qui ont la flemme de lire, le Ministre de l’Information, Bitange Ndemo a fait relier le Kenya au réseau Internet en haut débit via la péninsule arabique, ce qui a conduit à une grande ouverture sur le monde et le développement d’une Silicon Savannah. Il a aussi mis les données du gouvernement en open data. Y’a des gens qui comprennent que l’on est entré dans la société de l’information plus vite que d’autres.

Mes impressions sur le sujet, c’est qu’effectivement la connexion est très bonne, bien plus qu’elle ne l’est en Inde par exemple. Un autre phénomène numérique frappant, c’est le développement d’une monnaie virtuelle : les opérateurs ont fait en sorte que l’on puisse acheter du crédit sur les cartes prépayées, mais aussi le transférer d’un numéro à l’autre. Les paiements peuvent donc s’effectuer comme cela, en versant du crédit. L’idée du téléphone comme eh bien, carte de crédit, dont on ne fait que parler vaguement en France, est une réalité au Kenya. On peut remballer nos préconceptions sur l’Afrique sous-développée ; d’ici quinze ans Nairobi sera une des capitales qui comptera au niveau mondial.