Archives par mot-clé : Super-héros

Vincent n’a pas d’écailles, de Thomas Salvador

Je recommande le film, si vous voulez le regarder juste sur cette recommandation sans rien en savoir ne lisez pas la suite.
[SPOILERS] Film français d’une heure vingt. Vincent, jeune homme pas super bien inséré dans la société, débarque dans une nouvelle région. Il travaille dans une entreprise de construction et devient ami avec u de ses collègues et est attiré par Lucie. Accessoirement, il se trouve qu’il a un super-pouvoir : sa force physique est décuplée quand il est en contact avec de l’eau. C’est un bon film de super-héros français : il ne se passe pas grand chose, les personnages se contentent de traîner les uns avec les autres et de discuter et d’être posé dans leur vie. La directions des acteurs laisse parfois un peu à désirer (film français, j’ai dit), mais l’histoire est cool (même si je trouve que le héros est vriament pas dégourdi dans son utilisation de son pouvoir, notamment lors de la scène de course-poursuite).

Un regret : il y avait une occasion en or de faire une scène post-générique dans le style des films Marvel/des blockbusters US en général (dans l’idéal, Samuel L. Jackson dans son personnage de Nick Fury ou un équivalent québécois qui vient recruter Vincent)

Misfits, Saison 4

Parfaite. Une saison avec des vrais morceaux de surréalisme dedans, les nouveaux acteurs sont à la hauteur des anciens et il ne se passe toujours rien dans la banlieue londonienne frappée par « The Storm ».

De façon générale j’ai beaucoup aimé cette série, les premières saisons étaient vraiment super, une baisse de régime après, mais ils ont su s’arrêter à temps.

Kick-Ass 2

Mercredi dernier, je suis allé voir Kick-Ass 2 au cinéma. J’avais vu pas mal de critiques négatives donc j’avais un peu d’appréhension, mais au final j’ai vraiment apprécié le film. Or donc, contre-critique. Avec spoilers, évidemment, donc arrêtez-vous ici si vous comptez aller voir le film.

Le film suit en parallèle trois histoires. Celle de Dave, qui reprend le costume de Kick-Ass, s’intègre à une bande de héros et affronte le « premier super-vilain de la vie réelle », son ancien camarade de classe Chris d’Amico. Celle de Chris, montant sa bande de super-villains. Et surtout, celle de Mindy, qui raccroche le costume de Hit-Girl pour tenter de mener une vie de lycéenne normale. Les trois histoires se rassemblant vers la fin pour donner un classique combat final.

Le gros point faible du film est pour moi sa bande-son. Non qu’elle soit vraiment mauvaise, mais elle est facile. Le premier Kick-Ass avait une bande-son vraiment excellente, qui participait très largement de l’ambiance du film. Ici, mettre une version rock de Tetris quand un personnage russe a son moment de bravoure, c’est vraiment moyen. Surtout quand on vous la refait avec Oh When the Saints go Marchin’ in pour un born-again christian.
Le film souffre sinon de quelques longueurs, (la scène du date de Mindy et de ses conséquences), ce qui est un peu dommage pour un film qui a déja beaucoup à dire (trois lignes narratives, rappelons-le).
Enfin, le film est tout de même bien hétérocentré : Mindy qui ne peut s’empêcher d’être toute tourneboulée quand elle voit un clip de pop guimauve ou les abdos de Dave, vraiment ? Le coté « la sexualité, hétéronormée, est inévitable », c’est un poil too much. De même, je me serais passé avec joie du baiser final, qui n’apporte rien à l’intrigue.

Du bon coté de la balance, on a un film efficace, montrant avec pas mal de réalisme les conséquences du fantasme de super-héroïsme dans la vie réelle. Les critiques ont à la fois reproché à Kick Ass une violence gratuite et des relents idéologiques malsains portés par une apologie de la justice faite par soi-même. Je suis assez perplexe. Pour moi au contraire le film illustre bien le fait que les justiciers masqués sont confrontés à une violence qui a des conséquences. Tout ne se passe pas bien pour eux, la violence appelle la violence et le film se finit sur les super-héros raccrochant tous leurs costumes.
J’ai aussi apprécié le film sur un point : il présente des personnages féminins forts. Les deux héros les plus puissants sont Hit-Girl et Mother Russia, et de loin. Le film passe aussi le Bechdel Test (et le Mako Mori Test) haut la main avec la ligne narrative de Hit-Girl. Il faut tout de même nuancer ce propos par le fait que les autres lycéennes semble tout de même toutes assez futiles, même si machiavéliques. Le refus d’une féminité normée semble être l’apanage de quelques élues comme Hit-Girl. Les costumes d’Hit-Girl et de la femme de Remembering Tommy ne sont pas sexualisés, ce qui est plutôt agréable. Ce n’est cependant pas le cas de toutes les héroïnes puisque Night Bitch (le nom, déja…) et Mother Russia le sont.
Le film tacle aussi l’homophobie rampante du comics (et du premier film) par une remarque sur le ridicule des insultes homophobes. (Au passage, j’ai revu Kick-Ass et si l’histoire est bien, il y a quand même beaucoup d’homophobie et de Women in the Fridge.)
Le personnage de Hit-Girl est pour moi le gros point fort de la série. Un personnage féminin fort, avec ses propres motivations et objectifs, plus capable que la plupart des autres personnages, et vraiment quelque chose que l’on voit rarement dans l’univers des comics.

Au niveau de l’esthétique, le film est moins audacieux que le premier, mais le traitement des envois de textos et des sous-titres est intéressant.

En définitive, un bon film, qui est plus classique en sa facture que l’épisode 1, mais avec des personnages plus intéressants et fouillés.

Sinon, dans un genre complètement différent j’ai vu Michael Kohlaas.

Iron Man III, mieux vaut être une armure qu’une minorité.

Revenu du dernier blockbuster en date. Assez navrant. Il est mieux que le II (mais qu’est-ce qui est pire qu’Iron Man II ?) mais clairement pas à la hauteur du I. Ça part dans tous les sens sans savoir où aller, ça traine en longueur dans les séquences qui ont le moins d’intérêt… Et au milieu de tout ça, de vraies bonnes idées. C’est le plus navrant. On sent qu’il y avait du potentiel mais qu’il a été étouffé du début à la fin.

ATTENTION, LES SPOILERS COMMENCENT ICI.

Déja, le scénario. C’est exactement celui des deux premiers : Tony Stark est immature, mais des épreuves vont le faire grandir. Il affronte un terroriste étranger qui se révèle être soutenu par un industriel américain. A chaque film on en revient au même point, aux mêmes problématiques. Autant revoir le un.

Ouvrir le film sur Blue de Eiffel 65 annonce clairement la couleur au niveau du mauvais goût, au moins on est prévenu. Ça va de pair avec le blabla scientifique qui n’a juste pas de sens « je peux décoder l’ADN et le réécrire, comme il y a une case vide dans ton cerveau (il n’y en a pas) tu vas devenir explosif mais tes bras vont repousser ». Le film n’est pas à une incohérence près, puisque la majeure partie repose sur le fait que Stark ne possède qu’une armure déchargée quand on apprend à la fin qu’il en a 41 autres en attente intacte dans sa cave, qu’il peut toutes contrôler à distance. Cool. Tout ça ne sert donc juste qu’à nous refourguer un gamin sidekick comique, une idée profondément originale. Entre ça et les références à Noël on pouvait penser que l’hommage à Maman j’ai raté l’avion était assez appuyé, mais non, Stark décide d’un coup de se faire des gadgets maison pour aller prendre d’assaut les méchants. Là ça vire à Die Hard, le héros solitaire qui va sauver sa belle à Noël. Sauf que Stark n’est pas censé être un homme d’action. Mais là, infiltration tranquille sans aucun problème. Merci la continuité.

Merci la continuité aussi quand Stark dit à Rhodes que non il ne peut pas avoir d’armure. Elle sont configurées pour lui seul. Ah, et Rhodes en avait pas volé une à l’épisode précédent ? Et Pepper n’en a pas mis une deux fois dans le film ? Oui mais non, Rhodes peut bien crever contre les méchants en hyperthermie.

La scène qui m’a fait le plus frémir est celle qui pouvait paraitre féministe dans la bande annonce : Pepper dans une armure, qui sauve Tony. Sauf qu’en fait c’est Tony qui lui a collé l’armure sur le dos, et qui la lui reprend sans plus de consentement : Let the patriarchy empowers you, baby. On a un très rapide rattrapage sur la fin quand Pepper et ses nouveaux pouvoirs EXTREMIS vainquent le méchant. Tony s’empressera de les lui retirer plutôt que de les stabiliser. Faudrait pas qu’elle puisse être à niveau égal avec lui, hein. Étonnamment le film passe le Bechdel test, grâce à une discussion entre Pepper et Maya. Mais à part ça, Pepper est totalement inactive, un trophée disputé entre Tony et Killian.
[EDIT 17/05 : Un bon article qui analyse le problème de l’absence d’agenda de Pepper et du fait que ses pouvoirs lui sont toujours conférés puis retirés par les hommes.]

Le film est aussi bien classiste : Tony Stark chez les bouseux, avec notamment sa rencontre avec Gary.
Il massacre allègrement les concepts derrière l’Iron Patriot (supposé être une incarnation du nationalisme dans le comics, ici pas grand chose)

Il y a quand même des choses à sauver, hein : La performance de Kingsley en acteur complètement drogué, la réplique « Honestly? I hate working here, they’re all weird… », le PTSD de Stark (largement sous exploité et qui semble plus être un teaser pour le prochain Avengers qu’autre chose…)

En résumé, le film hésite entre des genres et des histoires différentes sans jamais arriver à faire un choix, ce qui appauvrit énormément son potentiel.

Masqué, de Serge Lehman

J’ai fini hier le dernier tome de Masqué, une bande dessinée de Serge Lehman. Enthousiasmé par le premier tome j’avais décidé d’acheter la série, mais j’avais été assez déçu par les tomes 2 et 3. Le quatrième renoue avec la formule du premier, et si le « Fin du premier cycle » qui termine la dernière case tient ses promesses, il va y avoir de belles choses à lire.

De quoi s’agit-il ?
Un militaire français, revenant d’une mission de six ans dans le Caucase, retrouve un Paris méconnaissable, transformé sous l’impulsion du préfet spécial chargé d’en faire une métropole de rayonnement mondial. Amené à côtoyer le préfet, le héros va se retrouver au cœur des évènements menant à l’apparition de surhommes dans la métropole…

Serge Lehman n’en est pas à son coup d’essai. De lui j’avais lu le Haut-Lieu, superbe recueil de nouvelles. Il est aussi à l’origine de la Brigade Chimérique, parlant de super-héros dans l’Europe des Années Folles. C’est dans la continuité de cette série que s’inscrit Masqué. Après une parenthèse de cinquante ans, les super-héros sont de retour en Europe.

Masqué, T1

Le projet est ambitieux. Pas dans l’histoire, où le scénariste n’a qu’à dire « abracadabra » pour avoir autant de surhommes qu’il veut. Mais ce que veut Lehman, c’est faire renouer la culture populaire européenne avec la figure du héros. Car il y a eu une tradition du héros qui a disparue. Des feuilletons tels le Nyctalope mettent en scènes des super-héros en 1911, bien avant que l’Amérique ne voit apparaître son boy-scout kryptonien.
Masqué est un manifeste. Émaillé de référence à ces héros vieux d’un siècle et de ceux qui agitent les pages des comics américains, (matériel Stark Industries, une photo de Superman…), il tente d’imposer une Nouvelle Mythologie à la BD française. Pas question de se complaire dans la dépréciation et le sarcasme si typiquement français, il est temps d’avoir des étoiles dans les yeux et de croire en son pays. Il est assez jouissif de voir le drapeau tricolore faire l’objet du traitement que l’on a l’habitude de voir réservé dans les cases de BD à la bannière étoilée.

Si Lehman parvient à insuffler un peu de cette fierté américaine dans les BDs de bonne vieille France, ce ne peut être qu’une bonne nouvelle.

[EDIT : relisant ça en 2016, je suis beaucoup moins convaincu par l’intérêt de faire refleurir le patriotisme en France… mais dans la BD c’est plus une reprise des codes du patriotisme US dans les comics, c’est porté par un personnage de militaire, ce n’est pas un véritable appel à une version française de ce patriotisme, et je ne pense pas que Lehman soit du genre réac, encore que ça faudrait le coup de vérifier]

The Dark Knight Rises : critique

Caveat lector : l’article à venir contient bien évidemment des spoilers. Passez votre chemin si vous souhaitez voir le film sans en connaitre les ressorts.

Je ne suis pas le public ciblé par ce genre de film. Je représente la petite minorité de nerds qui connaissent trop les comics dont sont issus les films pour ne pas râler à la plus petite trahison faite au matériel original. Cependant, même en passant outre ces détails, j’ai un avis sur The Dark Knight Rises. J’ai vu le film dans d’excellentes conditions, en VO non sous-titrée sur IMAX, dans un multiplexe de la banlieue de Philadelphie, mais je n’ai pas été transporté par le film. Là où The Dark Knight avait été une excellente surprise, TDKR retombe pour moi dans les travers de Batman Begins.

Tout d’abord, les sources de Nolan : c’est un mélange d’un certain nombre d’arcs présent dans les comics, et franchement peu de choses me semblent originale dans ce film, jusqu’à certaines répliques que j’ai pu identifier.
Batman reclus depuis bien longtemps ? The Dark Knight Returns de Frank Miller. Bane arrivant à Gotham et brisant le dos de Batman ? Knightfall. Gotham isolée et dirigée par des bandes ? No Man’s Land. Un personnage qui veut de quoi effacer son passé ? C’est Bane lui-même dans Veritas Liberat. L’héritier de Ras Al Ghul ? Talia est un des personnages proéminent dans tout Batman. Globalement, ce sont de bon concepts que Nolan a choisi de reprendre, des arcs forts et brillants. Et on ne peut pas vraiment lui demander de trouver une histoire complètement neuve sur un personnage tel que Batman sur lequel la plupart des possibilités ont déjà été explorées. Cependant, avec The Dark Knight, il avait pris l’histoire la plus classique de Batman et il en avait fait quelque chose de brillant. Ce n’est pas le cas ici.
Au visionnage, je n’ai pas vu tant de trous que ça dans le scénario, mais ils sont tout de même gênants. Bruce Wayne ruiné s’échappe d’une prison du bout du monde et en moins de deux jours il est à Gotham City, en costume, pimpant et prêt à sauver le monde ? Même chose pour les policiers enfermés depuis cinq mois dans les égouts, qui en sortent dans une telle forme qu’on se demande si après avoir réglé son compte à Bane ils ne vont pas aller participer aux Jeux de Londres.

Bref. Ce que Nolan nous offre, c’est une histoire à propos de dépasser sa peur, d’accepter de la regarder en face et de vivre avec. C’est l’histoire d’un homme sociopathe et paranoide qui dédie sa vie et sa fortune à combattre le crime pour se punir de n’avoir pas pu en empêcher un quand il était enfant, et qui se rêve en créature d’ombres, un croquemitaine surpuissant qui ne pourrait jamais mourir ni avoir peur et qui s’enferme dans cette image, se coupant de toute joie de vivre. Sauf que. Sauf que quand on passe 2h30 à expliquer qu’il faut accepter la peur de la mort parce que c’est ce qui nous connecte à l’Humanité, on ne brise pas le dos du personnage central pour lui remettre en place VINGT PUTAIN DE MINUTES APRÈS ! C’était le gros problème de l’arc Knightfall (qui était résolu par une tempête magique) et c’est le même problème ici, avec une résolution encore plus foireuse : « T’as le dos brisé ? C’est pas grave, je suis médecin et j’ai le summum de la technologie à ma disposition : une corde ! Abracadabra ! ». Tout le début du film est fait pour montrer à quel point la situation est désespérée pour Batman, mais au final tout se résout en trois coup de rebondissement scénaristique approprié, sans aucun sacrifice. Imaginez le film si Batman avait du revenir dans un exosquelette ou amputé des jambes (je vous laisse imaginer le crossover De Rouille et d’Os/The Dark Knight Rises), ou n’importe quoi d’autre qui montre que les deux premières heures du film n’étaient pas totalement superflues.
Ce que je reproche ici à Nolan, c’est de prendre deux directions complètement opposées à la fois : il veut inscrire ses films dans la réalité (exit la science-fiction, les gadgets, l’esthétique fantasmagorique) et en même temps il s’accroche fermement au coté « Rien n’a de vraies conséquences, tant que tu crois au pouvoir de la volonté tout ira bien mon enfant »).

Un autre truc absurde ? La soudaine révélation que Bane n’est pas le fils de Ras Al Ghul mais que oh mon dieu, en fait, Miranda ! Déja c’est amené avec la subtilité d’une bande annonce pour un film de Michael Bay, mais en plus, qu’est-ce que ça apporte à l’histoire ? La conclusion du combat Bane/Batman est complètement mise de coté par cette révélation, juste pour nous rajouter une course-poursuite, une mort sans intérêt d’un personnage qui aura été développé sur cinq minutes et une nouvelle situation sans issue qui sera résolue dans la minute.

J’ai aussi grincé des dents devant le fait que Gotham City soit si évidemment New York. D’accord Gotham City est très fortement inspirée de New York, Gotham est un des surnoms de New York, mais Gotham N’EST PAS New York. Et ça a son importance. Parce que Gotham est au final une ville qui n’a pas tant d’influence que ça. Que c’est une ville avec une place dans l’économie des États-Unis, mais ce n’est pas ce pôle essentiel qu’est New York. Et que c’est pour ça que dans les comics les États-Unis laissent Gotham échapper à leur juridiction. Si Gotham était si centrale et importante économiquement que New York et un tel symbole aux yeux du monde entier, les États-Unis ne laisseraient pas un fou en faire son terrain de jeu pour cinq mois. Ils tenteraient quelque chose, quel que soit le prix en vies humaines. (et en plus les vues aériennes dans le film ne correspondent pas du tout à la carte de Gotham, mais je doute que ce détail dérange beaucoup de gens). Là encore, on est dans ce coté conflictuel entre réalisme et grand spectacle. TDR fonctionnait parce qu’aussi tordu soit-il, le Joker était un méchant à taille humaine. Il se battait au couteau et torturait les gens un par un (bon, il prenait aussi deux ferrys entiers en otage, mais en comptant plus sur la manipulation psychologique que sur la tonne d’explosif qu’il avait acquis on ne sait comment). Bane se balade avec une bombe atomique dans New York, cinq millions d’otages retenus cinq mois durant (dans une cité portuaire) et a planifié le tout sur tellement de temps qu’il a refait toutes les fondations de Gotham en béton explosif. (et pourtant un mec seul va l’arreter sans moyen mais juste avec sa détermination. Si la résolution avait pris place un jour férié, j’aurais juré avoir vu Die Hard 5 plutôt que Batman). Et au final il n’a pas plus de plan que le Joker, mais avec des motivations puisées dans l’intrigue de Batman Begins : « On va foutre le bordel partout … parce que Gotham est corrompue ».

Un autre problème est le manque de subtilité, particulièrement dans la conclusion. De nombreuses choses aurait pu être simplement suggérées. Quelqu’un a installé un pilote automatique dans le batplane ? On se doute bien que c’est Bruce Wayne et pas Fred Astaire. John Blake s’appelle en fait Robin et on va lourdement insister dessus dans une scène où il est dans un orphelinat ? Pourquoi ne pas lui donner l’état civil d’un des Robins, ou le mentionner juste en passant ? Et la toute fin, ne pouvait-on pas voir juste Alfred juste sourire, sans nous montrer que oui, là dans le café où il espérait le rencontrer, oui c’est bien Wayne, oui Bruce Wayne, qui est là aussi.
On peut aussi s’attarder sur ce réacteur à fusion qu’on pourrait si facilement transformer en bombe nucléaire oui mon bon Lucius ce serait terrible si cela arrivait gardons-le intact plutôt que sous forme de plans. Niveau réalisme et subtilité on se croirait dans Iron Man II.

Deux des grandes idées qui parcourent TDKR, la révolte contre l’autorité si celle-ci n’agit pas pour le bien des citoyens, et l’idée que l’Idée que le Masque symbolise est plus importante que l’Homme qui le porte, ont déja été abordée dans V pour Vendetta et avec plus de réussite pour moi (voire la géniale scène de fin de V pour Vendetta où une armée de citoyens/V ôtent leur masque et où tous les personnages du film – vivants ou morts – en font partie).

Ce que j’ai bien aimé (il en faut bien un peu) :
– Le tribunal dont l’esthétique renvoie directement à l’Asile d’Arkham et à Tim Burton
– Le costume de Bane, avec son manteau de seigneur de guerre russe.
– Le fait que Nolan clôt sa trilogie sur la mort de Batman. C’est pour moi LE point de réalisme de ce film par rapport aux comics, où Bruce Wayne revient encore et toujours. Il ne peut pas être Batman indéfiniment. Son corps est détruit de partout, il ne tient qu’en se consumant de l’intérieur. Pour que Batman vive, il est indispensable que Bruce passe la cape à quelqu’un d’autre. Le comics se refuse à laisser cette transmission arriver, malgré plusieurs tentatives (et des résultats intéressants, notamment l’arc Battle for the Cowl, où après compétition dans la Batfamily, Nightwing reprenait l’identité de Batman, passation immédiatement perçue par Gordon étant donné que le nouveau Batman le laissait finir ses phrases avant de disparaître. Je m’égare, mais si vous êtes intéressés par le sujet des passations de costume chez les superhéros, sachez juste que dans la collection Ultimate Marvel, Peter Parker est mort et un gamin de quatorze ans nommé Miles Morales a pris l’identité de Spiderman).

Enfin, une théorie personnelle : tout le monde sait qui est Batman. Wayne et Batman était en Asie en même temps, ils se sont retirés de la vie publique en même temps, y sont revenus en même temps, Blake et Bane connaissait son identité (et tous les hommes de main de Bane avec, du coup). Il n’y a que Gordon, aveuglé par sa loyauté au symbole, qui ne peut pas voir l’homme derrière et qui a besoin de se le faire dire. Pour tous les autres c’est évident, et c’est juste mis de coté. Tant que Batman n’est plus là, pas la peine d’aller embêter Wayne, c’est une grosse huile et il pourrait causer des problèmes. Une fois qu’il est revenu, il a juste le temps de sauver le monde avant de mourir, c’est pourquoi personne ne lui cherche des noises. Et après même si tout le monde sait, tout le monde est aussi d’accord que Batman en tant que symbole est plus important que Bruce en tant qu’homme. C’est pourquoi la question n’est pas abordé et que personne n’est mon plus abasourdi par leurs morts conjointes (et l’absence de corps pour Bruce.)

 

Enfin, quelques lectures complémentaires sur le sujet :
Une descente en règle (et d’assez mauvaise foi) du scénario chez l’Odieux Connard.
Les thématiques du film chez Slate.
Une critique de la façon de filmer de Nolan.
Et enfin une critique positive du schmilblick.