Archives par mot-clé : horreur

Titane, de Julia Ducournau

Film français de 2021, lauréat de la palme d’or. Alexia est une trentenaire qui a toujours été attirée par les voitures. Un soir, elle tue un homme qui la harcèle et fait l’amour avec une voiture. Commence pour elle une cavale où elle va devoir dissimuler son identité et se faire passer pour un garçon alors qu’une grossesse étrange modifie son corps…

C’est difficile à résumer, parce qu’il se passe beaucoup de choses dans le film. Je l’ai même trouvé un peu fouillis, avec plusieurs séquences qui auraient chacune pu être un film entier. C’est clairement un film qui parle du rapport au corps, de body horror et de transformation (Ducournau cite Cronenberg comme une de ses inspirations et ça se voit). La protagoniste passe son temps à faire ou voir son corps changer (le personnage de Vincent Lindon aussi a un rapport torturé à son corps, qui présente un contrepoint intéressant). Le scénario aussi subit des changements brusques, avec des virages brusques que l’on n’attend pas et qui laissent un peu frustré d’une conclusion de la partie précédente. Visuellement ça en met plein la vue, avec des séquences très réussies (la fête dans la caserne de pompiers notamment, en terme de couleur, d’éclairage, de renversement de l’ambiance ; les séquences de feu aussi). Gros travail sur l’ambiance sonore aussi, avec une très belle bande son.

Je pense que j’avais préféré Grave en terme de cohérence thématique et d’ambiance générale, mais il y a beaucoup d’éléments intéressant dans Titane. Je recommande si vous êtes à l’aise avec le body horror et les séquences de violence graphique.

In the earth, de Ben Wheatley

Film anglais de 2021. En sortie de confinement, un scientifique anglais part sur un site de recherche au cœur d’une vieille forêt anglaise. Accompagné d’une ranger du parc, il s’enfonce à pied dans la forêt pour rejoindre le site. Mais alors qu’ils campent à mi-chemin, ils se font agresser par des inconnus qui détruisent leurs moyens de communication et leur volent leurs chaussures. Partant de là, les choses vont continuer à partir en latte, et les deux protagonistes vont perdre le contact avec la réalité et un fonctionnement logique des choses.

J’ai pas mal aimé. Y’a des longueurs et des éléments bizarres, même en terme de montage parfois y’a des cut to black étranges, un pour lequel on s’est même demandé si c’était pas un bug du fichier. J’ai notamment aimé tout le parallélisme qui est fait entre l’approche ésotérique et l’approche scientifique : les protagonistes tombent sur deux personnages qui prétendent comprendre ce qui se passe dans la forêt en utilisant des clefs de compréhension présentées comme opposées, mais finalement leur relation aux protagonistes va être la même, et leurs approches mêmes converger. J’ai bien aimé aussi tout le côté psychédélique et le travail sur l’image pour faire ressentir aux spectateurs les changements de perception, avec une bande son électronique qui est à la fois intra et extradiégétique puisque un des persos fait des expériences sur la perception sonore. L’horreur reste finalement assez légère : il y a quelques passages légèrement gore, mais on a plus l’impression d’un film qui s’approprie par moment les codes du film d’horreur que d’un film d’horreur en soi. La fin reste ouverte (ainsi que l’interprétation des phénomènes), c’est plutôt réussi.

Спутник (Spoutnik), d’Egor Abramenko

Film de science-fiction russe de 2020. Dans les années 80s, une mission spatiale soviétique revient à Terre avec seulement un des deux astronautes vivant, et amnésique. Appelée par les autorités militaires pour l’examiner, une neuropsychiatre va découvrir qu’une créature extraterrestre vit dans le corps de l’astronaute…

La bande-annonce vendait ça comme un truc un peu horrifique à la Alien, c’est en fait très peu le cas. J’ai été assez déçu par le scénario qui n’a du coup pas beaucoup d’intérêt : beaucoup de twists mais c’est juste que tout le monde cache un truc, sans que ces twists n’apportent grand chose à l’histoire globale in fine.

A part l’héroïne tous les personnages sont moralement ambigus, ce qui est plutôt bienvenu (le dernier film russe que j’avais regardé, Attraction, les militaires étaient tous gentils et intègres, au moins la propagande US est un peu plus discrète). Les effets spéciaux et la reconstitution d’époque sont réussis aussi, mais bon, ça ne compense pas le manque de scénario/tension…

Grave, de Julia Ducournau

Film de genre français de 2016. Justine, 16 ans, intègre l’École vétérinaire, comme sa sœur et ses parents avant elle. Végétarienne depuis toute petite, la cérémonie d’intégration la force à goûter à de la viande pour la première fois. L’événement va réveiller une faim incontrôlable en elle.

J’ai beaucoup aimé. C’est un film d’horreur superbement filmé, original dans le traitement, avec des personnages réussis. L’ambiance de l’intégration des vétos est très réussie, de façon générale le film prend le temps d’installer son ambiance, toutes les contraintes qui pèsent sur la protagoniste (soit bonne en classe, soit cool en soirée, rend fière ta famille, respecte les promos supérieures, contrôle ta faim….). Les deux actrices principales jouent très bien, Adrien fait un personnage secondaire intéressant, bref, grosse recommandation si le genre horrifique vous botte.

Krampus, de Michael Dougherty

Film US de 2015, avec Adam Scott et Toni Colette. Les disputes perpétuelles d’une famille durant la période de Noël conduisent le plus jeune membre à souhaiter que sa famille disparaisse. Cet anti souhait de Noël invoque le Krampus, l’équivalent du Père Fouettard dans la mythologie austrobavaroise. Le Krampus va s’emparer des membres de la famille l’un après l’autre, les poussant à s’unir par delà leurs désaccords.

J’ai bien aimé perso. C’est de l’horreur grandguignolesque, le Krampus utilisant des tropes de Noël détournés : il descend par la cheminée, il a des petits lutins maléfiques et des jouets psychopathes qui l’aident. Les acteurs jouent tous bien et y’a des moyens sur les effets spéciaux. Les rôles sont très traditionnels avec les pères qui protègent la famille et se sacrifient ; les femmes se défendent aussi mais sont beaucoup plus dans la réaction. Après bon les films d’horreur sont souvent conservateurs. De la même façon quand la famille parle de s’unir, c’est la famille libérale qui fait un pas vers leurs cousins républicains pour accepter de manier des armes à feu et déclamer « Qu’un berger protège son troupeau ». Meh.

J’ai bien aimé que la fin reste ambiguë, et la séquence de flashback en animation était cool. Par contre dissensus parmi les personnes avec qui je l’ai regardé, certain.e.s ont trouvé que l’humour et l’horreur se neutralisaient l’un l’autre et que ça marchait pas du tout.

Lovecraft Country, de Misha Green et Jordan Peele

Adaptation en série télévisée du roman éponyme. J’ai eu un peu de mal à rentrer dedans. Comme le livre, ça part un peu dans tous les sens, il faut accepter que c’est une anthologie, avec des styles et genre qui varient assez fortement d’un épisode à l’autre malgré la trame globale. Mais au bout d’un moment (vers l’épisode 4 je dirais pour moi) la mayonnaise prend et c’est assez cool. Du coup c’est de l’horreur, pas du tout lovecraftienne par contre malgré le titre, et du pulp de façon plus générale, avec des héros racisés – principalement noirs – qui doivent composer avec les menaces horrifiques, et celles d’une société raciste en parallèle. Évidemment les détenteurs de pouvoirs magiques sont blanc.he.s, les dominations se recoupant. La série parle un peu de féminisme et d’intersectionnalité, mais le prisme des discriminations racistes reste prééminent.

Je suis un peu dubitatif des retournements de situation dans l’épisode final, mais sinon je recommande la saison.

Hocus Pocus, de Kenny Ortega

Film d’Halloween de Disney de 1994. EN 1693, trois sorcières sont exécutées à Salem. Elle réussissent à placer un sort loophole : si qq allume une bougie dans leur maison un soir d’Halloween, elles pourront revenir pour la nuit.
300 ans plus tard, un gamin idiot qui ne croit pas aux sorcières fait exactement ça. Les sorcières tentent alors de créer en 2-2 une potion magique de jeunesse éternelle pour vivre plus longtemps que juste la nuit. Pour ça elles ont besoin de leur livre de sorts et de l’âme d’enfants. Les héros (le gamin idiot, son love interest et sa petite sœur + un chat qui parle) vont tenter de les en empêcher.

C’était étrange. Ça n’a pas super bien vieilli, avec des personnages lourdement dragueurs.
Le trio de sorcières est très réussi par contre (les actrices cabotinent à mort), avec une cheffe implacable et deux sidekicks idiotes. Des gags réussis sur le fait qu’elles ont du mal avec la modernité, un peu ruinées dans leur cohérence par le fait qu’à la moitié du film ça leur pose plus de problèmes et que les persos font des blagues basées sur de la culture G d’aujourd’hui. L’intrigue est classique pour un film pour enfant mais un peu dark (pendaison, vol d’âmes, chat écrasé…), avec les habituels adultes inutiles et des antagonistes stéréotypés.

Bliss, de Joe Begos

Film de vampires de 2019. Dezz’, une peintre de la scène punk de ce qui a l’air d’être Los Angeles dans les années 90s tombe sur une nouvelle drogue, le Diablo, puis sur une de ses amies qu’elle n’a pas vu depuis longtemps et qui la transforme en vampire. Sous l’influence combinée de ces deux facteurs, Dezz retrouve l’inspiration qui lui manquait et peint le tableau qu’elle avait en chantier lors de long blackout où elle fait apparaître une divinité maléfique comme sujet central du tableau.

C’était assez mauvais. D’un point de vue image et cinéma y’a des trucs intéressants, la pellicule est grainée, y’a des couleurs artificielles qui éclairent la plupart des scènes pour faire ressentir le côté vie nocturne et enfermement. Mais par contre niveau scénario… Je sais pas, peut-être que ça aurait été transgressif si ça avait vraiment été tourné dans les années 90’s, là c’est juste grand guignolesque. La peintre s’isole dans sa folie créatrice et dans son addiction à la drogue et au sang. Elle tue des gens, elle est odieuse avec ses proches. Bon et puis comme le personnage principale est une femme, on va la faire coucher avec sa pote et un mec, et puis la grande scène où elle peint à la fin, elle peint pas vraiment, elle danse en culotte devant la toile et se frotte contre. Bref, elle n’est pas créatrice mais vecteur d’une force supérieure qui crée à travers elle (on la voit très peu peindre dans le film, la plupart de la peinture est faite hors champ et lors de ses blackouts), et évidemment sexualisée parce que pourquoi se priver ?

Bref c’était un film de vampires très peu original et sexiste.

Midsommar, d’Ari Aster

Un groupe d’amis américains part en Suède assister à la fête du solstice d’une communauté isolée. La communauté s’avère moins sympathique que ce que l’office du tourisme suédois laisse croire. Ça ressemble à un film d’horreur classique, mais les relations entre les personnages du groupe sont largement plus développées qu’habituellement : l’héroïne du film ne devait pas participer au voyage, mais son copain, pour se donner bonne conscience, lui a proposé à la dernière minute de venir en espérant qu’elle décline, sauf que non. Leur relation sacrément dysfonctionnelle (on apprend au début du film qu’il veut rompre depuis longtemps, mais une tragédie dans sa famille à elle fait qu’il n’ose pas) est donc au coeur du film, avec leur incapacité à discuter de leurs problèmes (les torts sont partagés même s’il est clairement le plus fautif dans l’histoire). Ce point empêche toute solidarité dans le groupe d’américain.e.s et facilite la tâche des villageois.e.s qui, à l’inverse, présentent l’image d’une société unie et familiale, travaillant de concert et dans l’harmonie (à zigouiller des touristes). C’est assez beau visuellement, avec un grand ciel bleu perpétuel, solstice suédois oblige, et avec toutes les tenues et bâtiments traditionnels de la cérémonie païenne.

Marianne, de Samuel Bodin

Emma, romancière horrifique, retourne à Elden, le village breton de sa jeunesse, juste après avoir tué les personnages principaux de sa série best-seller. Elle se retrouve confronté à la sorcière de ses œuvres, qu’elle avait tiré de ses cauchemars enfantins.

Ce n’est pas incroyable. Il y a de jolis plans, mais l’horreur est ultra convenue : un seul type de jumpscare, un personnage méchant tout puissant, des héros qui savent perdre tout bon sens juste quand le scénario le demande. C’est dommage parce qu’il y avait le potentiel de faire bien mieux. L’alcoolisme de l’héroïne principale aurait été intéressant à traiter, le décalage entre sa vie parisienne et la vie de ses potes qui sont restés au village, les croyances catholiques et païennes…

Ca fait très série netflix traitée par dessus la jambe pour être bankable. Le personnage du policier est quand même à sauver, ainsi que celui de CamCam. L’actrice qui joue la sorcière est très bonne dans son rôle aussi.