Archives par mot-clé : Steampunk FTW

The Great Eastern, d’Howard Rodman

Bouquin de 2019 qui pastiche les livres de la fin du XIXe. L’auteur imagine l’affrontement entre le capitaine Nemo et le capitaine Ahab autour de l’enjeu de la pose d’un câble télégraphique transatlantique, et en présentant la carrière d’un bateau réel et emblématique de l’époque, le Great Eastern du titre…

Dit comme ça, ça semble assez alléchant, mais j’ai été assez déçu par l’exécution. L’auteur écrit dans un style d’époque, mais du coup ça donne beaucoup de répétition de tournures de phrases typiques, qui alourdissent la lecture. Le point de vue de la narration bouge beaucoup, avec un narrateur omniscient, un narrateur qui suit un personnage, de la narration à la première personne alternant entre différents personnages, des extraits de journaux intimes et des coupures de presse. Ça fait plus fouillis que dispositif intéressant.

Par ailleurs la narration est incohérente sur certains points – bon déjà elle ne respecte pas le canon alors qu’il y avait clairement moyen de le faire (à mon sens, présenter les événement relatés comme des passages inconnus dans la vie des personnages telle que relatée dans Moby Dick et les œuvres de Verne aurait été plus intéressant, faisant de l’œuvre une insertion dans le canon reliant les deux romans) mais ça c’est un choix, même si l’auteur ne fait pas grand chose de ces divergences. Mais de plus, on comprend assez mal quelles ont été les actions de Nemo par rapport au câble transatlantique : il semble ne s’y attaquer qu’une seule fois, mais en même temps il est sous-entendu que c’est ses attaques précédentes qui ont poussé Field à engager Ahab. Le retournement de situation de la bataille navale semble très gratuit, la fin avec Nemo lors de la Commune de Paris aussi.

Bref, globalement déçu, un gros potentiel gâché par l’exécution.

Frostpunk, de 11 bit studios

Jeu de gestion de ressources à l’échelle d’une ville. Le monde connaît un âge glaciaire imprévu à l’époque victorienne. L’Angleterre décide d’établir des cités colonies au pôle Nord, ou les écosystèmes sont a priori déjà adaptés, dans l’espoir de réussir à préserver la civilisation. On joue une de ces colonies, qui doit s’organiser pour maintenir à tout prix le générateur au charbon en son centre en état de fonctionner, alors que les températures baissent de plus en plus. On développe un arbre des technologies, on peut explorer le monde autour de nous, accueillir des réfugiés, étendre la ville, exploiter le charbon et le bois autour de nous, construire des bâtiments spécifiques permettant de débloquer de nouvelles capacités…

Ce qui est intéressant c’est que c’est du développement dans un contexte où on sait que ça va mal se passer, l’objectif est que ça se passe le moins mal. La façon dont les créateurs ont développé leurs scénarios (parce que c’est pas comme SimCity un truc paisible, on a des événements qui se passent qui influent sur notre ville et nos capacités) est assez intéressante (Cet article en parle bien, avec logiquement des spoilers), et l’idée de devoir naviguer un chemin étroit entre faire des sacrifices pour survivre et devenir des connards égoïstes. Et sans surprise j’aime beaucoup l’esthétique steampunk du jeu.

Je recommande, si la gestion de ressource c’est votre truc de base.

Dishonored, d’Arkane Studios

Jeu vidéo sorti en 2009. Dans un univers steampunk/dieselpunk (la capitale un empire maritime imaginaire alimentant diverses machines avec de l’huile de baleine raffinée), le joueur incarne un assassin qui doit éliminer les usurpateurs qui se sont saisis du trône. Le joueur peut tuer tout le monde sur son passage ou jouer en mode infiltration, en contournant les divers obstacles sur son chemin.

J’ai beaucoup aimé l’ambiance et la possibilité d’atteindre les objectifs par divers moyens, je me tate à me procurer le second.

Le Château des Étoiles, d’Alex Alice

BD dessinée à l’aquarelle. Dans les années 1870, après un vol expérimental confirmant l’existence de l’éther au delà de l’atmosphère, un programme de conquête spatial est lancé par le roi Ludwig de Bavière, amoureux des arts et sciences, avec l’assistance d’un ingénieur français et de son fils. Mais la prouesse technologique intéresse fortement Bismarck, qui en voit l’intérêt militaire pour l’empire allemand…

J’ai beaucoup aimé. Il y a des influences de Jules Verne et d’Hayao Miyazaki clairement assumée, avec le côté ingénierie et les châteaux féeriques perdus dans la Bavière rurale. Beau contexte uchronique avec Bismarck, la princesse Sissi qui vient au secours de son cousin. Mention spéciale pour le prince Ludwig d’ailleurs, avec son coté héros romantique avec sa grande cape, qui va probablement réapparaitre plus tard dans l’histoire en mode Albator.

Le second cycle (se déroulant sur Mars plutôt que sur la Lune) m’a un peu moins plu, on voit l’influence des Chroniques Martiennes dessus, mais j’ai trouvé le rythme de l’histoire plus haché, et il y a moins le côté défis techniques à résoudre.

Feuillets de cuivre, de Fabien Clavel

Enquêtes policières feuilletonnesques au début du XXe siècle dans un univers discrètement steampunk avec des influences vernesques. Je suis vraiment pas convaincu par les bouquins de Clavel, ce qui est dommage parce qu’il a des critiques (et une postface/préface) dithyrambiques et qu’il écrit dans des genres que j’aime bien. Mais à la lecture je trouve ça banal voire convenu.

Pax Germanica, de Nicolas Le Breton

Uchronie steampunk en deux tomes. Sous le règne de Napoléon III, les prototypes d’aérostat d’Henri Giffard sont soutenus par le pouvoir. La technologie se développe et prend de l’ampleur dans l’ensemble de l’Occident et même au-delà, bouleversant le développement technique et notamment des transports.
Dans cet univers, l’histoire commence en 1912. L’introduction d’éléments surnaturels permettant à la fois de réanimer des cadavres et d’alimenter des dirigeables avec une puissance supérieure à tout ce qui était possible jusqu’alors pousse l’ancien préfet de Paris Louis Lépine à se lancer dans une aventure rocambolesque autour du monde…

Globalement, j’ai bien aimé l’univers technologique du livre. Le côté « Empire coloniaux sous stéroïde steampunk » donne un univers intéressant, des extraits de divers documents en début de chapitre permettent d’avoir une vue plus large du monde (c’est un procédé que je trouve toujours intéressant dans les uchronies) et l’auteur trippe avec et décrit bien tous les différents aérostats qu’il met en scène et le monde qui en découle, avec des classes supérieures qui ne se déplacent que par les airs, un abandon des bateaux, des enjeux politiques de contrôle des sources d’énergie et des gaz de remplissage des ballons…
Mais par contre le premier tome se concentre sur une intrigue surnaturelle qui m’a laissé un peu froid : énergie mystique, cité de Shangri-La, exotisme un peu de pacotille avec l’Himalaya… et les enjeux géopolitiques sont un peu simplistes avec une gentille France universaliste qui rassemble des savants dans une société futuriste et une Allemagne très méchante et belliciste, appuyée sur une société de Thulé qui exploite à fond les Arts Occultes… Ça se lit bien, hein, mais c’est quand même assez réducteur. Les personnages principaux sont intéressants, même si le héros principal, Louis Lépine, est un peu trop gimmickesque (mais les personnages autour de lui sont intéressants et variés, les méchants par contre sont assez unidimensionnels).
Le début du deuxième tome par contre est beaucoup mieux : on a lâché l’histoire un peu brouillonne du premier pour se concentrer beaucoup plus sur le côté uchronique intéressant ; suite aux événements du premier tome, la Triplice a gagné la Première Guerre Mondiale et dispose d’une supériorité technologique incontestable. L’aérostatisme a été décrétée réservée à la noblesse, un roi de France fantoche a été rétabli, républicains et bonapartistes forment une alliance malaisée pour se lancer dans la Résistance. La Révolution Russe a échoué au profit des Romanovs, les communistes sont donc aussi dans la Résistance à l’échelle mondiale, qui s’appuie notamment beaucoup sur les colonies des anciennes métropoles vassalisées… Mais l’auteur en revient à son surnaturel à la moitié du tome, et nous rajoute une intrigue amoureuse et sexuelle dont on n’a pas grand chose à faire.

Bref, l’uchronie, les intrigues géopolitiques, le monde et ses descriptions sont sympa, le surnaturel et l’histoire proprement dite étaient un peu relous. C’est le genre de livre où je vois assez nettement ce que j’aurais modifié pour en faire un livre vraiment très sympa, du coup c’est un peu frustrant de voir qu’il ne réalise pas son plein potentiel.

Steampunk World, édité par Sarah Hans

Recueil de nouvelles steampunk. Une introduction au début du recueil explique la démarche : il s’agit de faire sortir le steampunk du monde occidental (et de la période de la révolution industrielle) pour voir comment les éléments constitutifs s’adaptent à d’autres contextes historiques.
Et ça marche ma foi assez bien. Toutes les nouvelles ne sont pas du même niveau, mais il y en a de très cools dont on voudrait bien voir les univers étendus, notamment celle qui raconte le mélange du steamkraft inventé en Prusse avec les traditions de l’empire Ottoman, celle au Siam, celle avec l’enquêtrice néo-zélandaise du Bureau des Phénomènes Inhabituels de la Couronne Britannique. 

Anti-Ice, de Stephen Baxter

L’Empire Britannique découvre une source d’énergie surpuissante dans les années 1850, développe une technologie à l’avenant et en profite pour imposer son point de vue à l’Europe entière. La majorité du roman est un peu laborieuse, avec un personnage un peu clueless qui découvre toute ces merveilles et va sur la Lune… En fait le plus intéressant c’est l’intro et la conclusion décrivant l’expansion de l’Empire Britannique et les orientations qu’il prend avec son pouvoir incontesté, rejouant la seconde guerre mondiale et la guerre froide avec un siècle d’avance.

Boneshaker et Clementine de Cherie Priest

Du bon gros steampunk. On a pêle-mêle des zombies, des dirigeables, des inventeurs fous, des corsets et des armes d’une puissance démentielles. Et le mélange fonctionne. Si la ligne narrative du gamin dans Boneshaker n’est pas toujours passionnante, les autres sont intéressantes, ça fait plaisir de voir des personnages féminins forts et capables et l’univers du Clockwork Century est intéressant à lire.