Archives de catégorie : Screens, thousands of them

The Plot Against America, de David Simon

Série uchronique adaptée du roman éponyme de Philip Roth. En 1940, l’aviateur-star Charles Lindbergh se présente à l’élection présidentielle US en tant que républicain et bat Roosevelt. Pro-isolationniste et surtout pro-nazi, Lindbergh signe un pacte de non-agression avec l’Allemagne et refuse toute interférence dans la « guerre européenne ».
Mais le but ici n’est pas de montrer une uchronie à grande échelle avec le basculement du monde dans une autre direction. Le focus est placé sur la famille Levin, une famille juive du New Jersey qui se sentait parfaitement à l’aise aux États-Unis. La série comme le livre montre comment la famille est affectée par l’accession au pouvoir de Lindbergh, la mise en place de politiques discrètement antisémites et surtout le blanc-seing qui est donné à l’antisémitisme de la société de s’exprimer.
La série fait 6 épisodes d’une heure, elle est super bien jouée, décorée et filmée. Les parallèles avec l’Amérique de Trump ne sont pas toujours subtils, mais le bouquin de Roth avait été écrit en 2004, c’est la réalité qui s’est alignée sur la fiction hélas. L’Amérique des années 40 est très bien rendue, la série joue sur une tension grandissante, le dogwhistling des supporters de Lindbergh et le sentiment d’impuissance des personnages à faire qq chose à leur niveau. La tension reste à bas bruit sur toute la série sauf le dernier épisode où tout monte d’un cran d’un coup. La performance d’acteur d’Azhy Robertson, qui joue Philip Levin (le fils de 10 ans de la famille, et dans le roman le point de vue principal, qui s’appelle alors Philip Roth) est impressionnante, et illustre très bien comment la tension de la série a un impact sur tous les personnages.

Westworld, de Jonathan Nolan et Lisa Joy

Série à gros budget de la HBO, adaptation du film éponyme de 1973.

Un parc d’attraction immense pour touristes surfriqué⋅e⋅s, recréant un Far-West cliché où les invités peuvent tout se permettre, tou⋅te⋅s les figurant⋅e⋅s étant des robots ultra-réalistes. La série explore le thème de l’accession à la conscience des robots, en mettant en parallèle les histoires des robots, des invités et du management du parc. Bien faite, brouillant habilement les pistes pour faire des révélations intelligentes. La saison 1 présente une histoire complète et qui rebat bien les cartes, je suis intrigué par ce qu’ils vont faire de la saison 2.

Bon alors du coup j’ai pas fait de revue de la saison 2 quand elle est sortie mais c’était moins enthousiasmant que la 1, on suit des révélations en interne au parc où les hôtes tentent de gagner leur liberté par différents procédés, avec moults retournements de situation et révélations assez forcés. C’était un bon cran en dessous de la S1.

Cue in la saison 3, où la réalisation fait le choix assez audacieux de changer totalement l’environnement, puisqu’on suit des Hôtes qui ont réussi à sortir du parc, et notamment Dolores, qui veut garantir la sécurité des Hôtes en s’opposant aux humains.

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Call me by your name, de Luca Guadagnino

Film de 2017. En 1983, Elio 17 ans, est en vacances dans la maison de famille en Italie. Oliver, un doctorant d’une trentaine d’années qui travaille avec son père les rejoint pour les vacances. Entre l’adolescent et l’adulte, une relation romantique et sexuelle va lentement s’établir.

J’ai assez peu aimé. Je trouve la romance qui forme le cœur du film assez toxique. Il y a une forte différence d’âge entres les deux protagonistes, Elio est montré comme assez vulnérable, cocooné par ses parents et fasciné par Oliver, Oliver est montré comme manipulateur et soufflant le chaud et le froid. Et euh bon, on peut montrer des relations toxiques et faire quelque chose d’intéressant (cf Whiplash), mais là je trouve pas que ce soit le cas, c’est un peu trop romanticisé pour moi (je contraste aussi ça avec un arc narratif de Bojack Horseman où il y a un peu le même genre de relation, mais la série montre très bien en quoi c’est pas du tout ok)

Par ailleurs, c’est quand même un film qui montre des gens très bourgeois et confortables matériellement, dans leur grande maison, avec leur domestique qui les sert à table, pas mal en train de se gargariser de leurs signes extérieurs de culture et richesse, dans l’ensemble les personnages sont assez peu sympathiques, et les femmes ne servent pas à grand chose et sont juste un arrière plan.

Bref, je ne comprends pas trop pourquoi il a été encensé par la critique.

They Live, de John Carpenter

Film de science-fiction de 1988. Un ouvrier acquiert par hasard des lunettes lui permettant de voir la propagande dissimulée dans la publicité et les extraterrestres dissimulés parmi la classe dominante.

C’était un film emblématique des années 80s que je voulais voir depuis longtemps. Superbe intro, super musique. Une scène de bagarre incroyable. Un sous-texte (enfin un surtexte, il est très peu subtil) de lutte des classes. Un personnage féminin intéressant. Par contre clairement trop de flingues et de tentatives de régler les problèmes avec.

Je recommande, c’est un truc à avoir vu.

La Terre et le Sang, de Julien Leclercq

Film d’action sorti par Netflix ce mois-ci. Le butin en cocaïne du braquage d’une gendarmerie est confié par un des braqueurs à son frère réticent, qui le planque dans la scierie où il est en réinsertion. Le commanditaire du braquage débarque avec son gang à la scierie pour récupérer la drogue.

Le film dure 1h20, c’est bien, je trouve qu’on fait trop peu de films concis ces temps-ci. J’ai trouvé les images très belles. La scène d’ouverture dans la voiture sous la pluie est très réussie. Les plans sur le travail à la scierie avant que l’action ne débarque sont super aussi. De façon générale le lieu est très bien filmé, c’est cool d’avoir ce genre d’endroits rarement filmés à l’écran.
Par contre je trouve que ce n’est pas très bien joué, surtout au début ; une fois que la tension prend il n’y a plus trop de dialogue, et c’est surtout ça qui péchait. Le seul rôle féminin ne sert pas à grand chose, ça c’est dommage. Un point scénaristiquement intéressant c’est que les dealeurs tentent par deux fois de négocier la situation, c’est le patron de la scierie qui choisit de régler la situation par la violence. Mais à part ce point, les personnages de dealeurs sont assez clichés.

Globalement, plein d’éléments intéressants, mais il manque un truc pour que le film prenne vraiment.

Frostpunk, de 11 bit studios

Jeu de gestion de ressources à l’échelle d’une ville. Le monde connaît un âge glaciaire imprévu à l’époque victorienne. L’Angleterre décide d’établir des cités colonies au pôle Nord, ou les écosystèmes sont a priori déjà adaptés, dans l’espoir de réussir à préserver la civilisation. On joue une de ces colonies, qui doit s’organiser pour maintenir à tout prix le générateur au charbon en son centre en état de fonctionner, alors que les températures baissent de plus en plus. On développe un arbre des technologies, on peut explorer le monde autour de nous, accueillir des réfugiés, étendre la ville, exploiter le charbon et le bois autour de nous, construire des bâtiments spécifiques permettant de débloquer de nouvelles capacités…

Ce qui est intéressant c’est que c’est du développement dans un contexte où on sait que ça va mal se passer, l’objectif est que ça se passe le moins mal. La façon dont les créateurs ont développé leurs scénarios (parce que c’est pas comme SimCity un truc paisible, on a des événements qui se passent qui influent sur notre ville et nos capacités) est assez intéressante (Cet article en parle bien, avec logiquement des spoilers), et l’idée de devoir naviguer un chemin étroit entre faire des sacrifices pour survivre et devenir des connards égoïstes. Et sans surprise j’aime beaucoup l’esthétique steampunk du jeu.

Je recommande, si la gestion de ressource c’est votre truc de base.

Little Inferno, de Tomorrow Corporation

Un jeu par le même studio indépendant que World of Goo, 7 Billion Humans et Human Resources Machine. C’est assez court – je l’ai fait en 4h – et basique : on est devant une cheminée, on peut brûler des objets pour récolter des pièces et acheter plus d’objets. Si on fait des combos prédéfinis, on peut récolter des timbres, accélérant la livraison des objets. Ce qui est intéressant c’est l’histoire autour :

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Under the Skin, de Jonathan Glazer

Assez contemplatif. C’est un film de science-fiction mais assez low-key. Une créature qui à l’apparence d’une femme parcourt les rues de Glasgow et les routes d’Écosse dans un van, drague des hommes et les capture. Au bout d’un moment elle dévie de son pattern. C’est filmé avec lenteur, c’est assez joli, par contre je trouve la symbolique de la femme à la fois prédatrice et sans agency propre assez nulle.

Star Wars IX : The Rise of Skywalker, de JJ Abrams

C’était… chiant. J’ai fini par regarder le film en x1,5 parce que je voulais quand même savoir ce qui se passait mais que j’étais vraiment saoulé par le déroulement de l’histoire. Y’a pas de construction des personnages, y’a 4000 retournements de situation ce qui fait qu’on a zéro enjeu qui crée de la tension, dont tous les morts qui reviennent à la vie et font des trucs. Y’a yet another menace de destruction de planètes comme dans les trois précédents, encore plus puissantes que les fois précédentes. Eh bah c’est super.

Les gens se baladent toujours d’un bout à l’autre de la galaxie en 5 minutes pour voir le village unique d’une planète entière (sérieusement, l’ensemble de la Galaxie tient sur la carte de Breath of the Wild, c’est vraiment mal dimensionné). Trop de persos secondaires, de lignes narratives introduites et aussitôt jetées. C’est du scenario design by committee.
Y’a des trucs très jolis visuellement par contre (l’Empereur raccordé à une machine, les ruines de l’Étoile de la Mort), mais ça n’en rend que plus frustrant le grand n’importe quoi scénaristique.

Bref, je ne recommande pas.