Uchronie anarchiste. En 2011, le mouvement des printemps arabes gagne de l’ampleur et gagne l’Europe. Après une période de révolution assez dure et une transition subséquente assez violente en raison de l’effondrement brutal des circuits d’approvisionnements mondialisés et de la société capitaliste, l’Europe reprend le cours de sa vie. On découvre à travers 6 nouvelles la vie et les opinions d’habitant.e.s de cette nouvelle société, où la vie ne va pas de soi : la gestion de l’héritage de l’Antémonde (villes, pollutions, ressources, schémas mentaux) est délicate, et les questions d’organisation et d’articulation des collectifs omniprésentes. Le livre est parfois un peu didactique (surtout la première nouvelle, où certains extraits de dialogue font vraiment exposés de positions politiques décalquées d’un tract), mais globalement il est intéressant dans le fait qu’il montre le débat permanent qu’un tel monde demanderait, les différentes personnes et collectifs ayant des visions et des envies différentes, qu’il s’agit d’arbitrer sans autorité centrale. Ça parle réparation de lave-linge, manufacture de bicyclette, collectivisation des tâches pénibles, lutte contre le sexisme, collectifs lesbiens en non-mixité…
Je recommande.
Archives de catégorie : Culture/Procrastination
The Rain, de Jannik Tai Mosholt, Esben Toft Jacobsen et Christian Potalivo.
Série post-apocalyptique danoise. Une compagnie pharmaceutique a relâché un virus dans l’atmosphère, rendant la pluie au dessus d’une zone du Danemark mortelle. Le scientifique qui a aidé à créer le virus met ses enfants à l’abri dans un bunker créé par l’entreprise pour les cas d’urgence. Puis il disparaît. Six ans plus tard, arrivés au bout des stocks de nourriture du bunker, les enfants se résolvent à sortir…
Le concept est vachement bien, la réalisation pêche un peu par moment. Durant l’épisode 3 notamment, les personnages agissent de façon totalement incohérente. Pour le reste c’est joliment filmé. De beaux paysages, des dynamiques de groupe intéressantes (même si on s’attendrait à ce que Rasmus et Simone, après 6 ans à se fréquenter exclusivement l’un l’autre, soit un peu moins à l’aise en présence soudaine d’autant d’inconnus).
Venom, de Ruben Fleischer
Film inspiré du personnage de Marvel qui apparaît dans les histoires de Spider-Man. C’était pas un très bon film. L’histoire n’a pas grand intérêt, une jolie séquence de course-poursuite en moto mais le reste des scènes de combat ne sont pas très intéressantes. Persos clichés. Y’avait du potentiel pour faire qq chose d’intéressant en montrant le symbiote avec plusieurs hôtes, mais in fine alors qu’ils auraient pu faire des trucs intéressant avec des enfants, des personnes âgées, un chien… la seule autre symbiose qu’on voit (à part le méchant, ofc) c’est l’intérêt amoureux du héros, et surprise surprise, la symbiose est sursexualisé. Trèèèèès imaginatif dis-donc.
Ne recommande pas.
House of Cards, saison 4, 5 et 6
Saison 4 :
Arf. Cette série tourne de plus en plus au mélodrame. Je m’en fiche des histoires de cœur et de cul personnellement, je veux voir des manœuvres politiques tordues ! Je trouve que le ressort dramatique de la série a disparu et qu’elle se laisse vivre. Après c’est toujours très joliment filmé, pas de problème de ce côté là, mais ça ne suffit pas.
(je pensais avoir passé en revue les autres saison qq part mais visiblement non. J’ai pas regardé la saison 5 depuis et j’ai un peu la flemme de le faire, on verra).
Saison 5 :
J’ai regardé à la suite les saisons 5 et 6 histoire de finir la série. J’ai trouvé la saison 6 pas mal, y’a quelques longueurs qui restent mais l’histoire a été resserrée sur un nombre plus petit de personnages, et ça améliore grandement les choses. La saison se concentre sur comment Frank Underwood s’arrange pour se faire élire face à un adversaire plus populaire. Le détail de ce qu’il fait est pas forcément très crédible, mais c’est intéressant sur le détail de comment les institutions fonctionnent face à des cas extrêmes. Dans les « faits », son vol de l’élection passe mais sans faire suffisamment de dommages pour qu’il risque un impeachment. Sauf que du coup c’est sa vice-présidente qui prend le relais, ça relance pas une élection… J’ai bien aimé les passages où Claire était Acting President en attendant que le choix du président soit déterminé. La tension entre Frank conseiller de l’ombre et ses envies d’indépendances étaient prometteurs. J’ai beaucoup aimé le personnage de Jane Davies aussi.
Saison 6 :
W.T.F. Y’avait tout pour que ce soit une saison intéressante, sauf qu’ils ont tout fait mal. Introduire soudainement deux nouveaux grands méchants, ne pas reprendre les enjeux de la précédente, totalement ignorer le cœur de la série qui est la manipulation des institutions, changer tout d’un coup comment se comportent des personnages clefs (coucou Petrov) et un final qui n’a aucun sens. C’était tellement absurde que c’en était divertissant, mais un peu décevant quand même. Ils ont voulu passer un message féministe aussi, mais ils échouent dans les grandes largeurs.
Ad Vitam, de Sébastien Mounier et Thomas Cailley
Série de science-fiction française diffusée sur Arte. Suite à des recherches sur le génome d’une espèce de méduse, un traitement de régénération des humains, promettant l’immortalité, a été mis au point et est disponible démocratiquement. Dans cette société qui a vaincu la mort, la place de la jeunesse se pose : alors qu’un référendum sur le contrôle des naissances pointe à l’horizon et que l’Humanité fête l’anniversaire de sa doyenne de 170 ans, 7 corps de mineurs avec une balle dans la tempe sont retrouvés sur une plage. Est-ce le retour des vagues de suicides de mineurs qui avaient ravagé le pays il y a 10 ans de cela ? L’enquête est confiée à un policier centenaire qui décide de demander l’assistance de Christa, mineure et seule rescapée des vagues de suicides de la décennie passée.
Y’a une jolie esthétique et la série pose des questions intéressantes, après comme souvent avec les séries de SF fr, le concept est pas exploité à fond parce qu’ils voulaient raconter une histoire précise, et c’est un peu lent et contemplatif. La fin est pas très intéressante malheureusement, ça c’est dommage.
Sorcières, la puissance invaincue des femmes, de Mona Chollet.
Essai qui parle des chasses aux sorcières de la Renaissance, de la figure de la sorcière dans la culture générale, et partant de là explore les questions de la place des femmes âgées dans la société et des médias, des femmes indépendantes, du mariage et de la maternité comme institution, et globalement de la place laissée aux femmes dans la société et de la pression mise sur elles pour qu’elles soient dépendantes de pouvoirs extérieurs plutôt que de pouvoir décider de leurs vies par elles-mêmes.
Comme toujours chez Mona Chollet c’est fort intéressant même si parfois j’aimerai une structure d’essai plus classique avec des thèses bien énoncées et des petites conclusions partielles, c’est mon côté scolaire.
Gun Machine, de Warren Ellis
Un roman policier se déroulant à NY. En répondant à un appel, un détective voit son partenaire tué et découvre un appartement rempli d’armes à feu. S’ensuit une enquête pour découvrir d’où viennent les armes, les premiers résultats ramenant beaucoup plus de questions que de réponses.
C’est un roman policier moderne relativement classique. J’ai bien aimé l’écriture et les personnages, ça se lit bien et c’est bien executé, après c’est pas un roman qui apporte quelque chose d’inédit pour autant.
Pax Germanica, de Nicolas Le Breton
Uchronie steampunk en deux tomes. Sous le règne de Napoléon III, les prototypes d’aérostat d’Henri Giffard sont soutenus par le pouvoir. La technologie se développe et prend de l’ampleur dans l’ensemble de l’Occident et même au-delà, bouleversant le développement technique et notamment des transports.
Dans cet univers, l’histoire commence en 1912. L’introduction d’éléments surnaturels permettant à la fois de réanimer des cadavres et d’alimenter des dirigeables avec une puissance supérieure à tout ce qui était possible jusqu’alors pousse l’ancien préfet de Paris Louis Lépine à se lancer dans une aventure rocambolesque autour du monde…
Globalement, j’ai bien aimé l’univers technologique du livre. Le côté « Empire coloniaux sous stéroïde steampunk » donne un univers intéressant, des extraits de divers documents en début de chapitre permettent d’avoir une vue plus large du monde (c’est un procédé que je trouve toujours intéressant dans les uchronies) et l’auteur trippe avec et décrit bien tous les différents aérostats qu’il met en scène et le monde qui en découle, avec des classes supérieures qui ne se déplacent que par les airs, un abandon des bateaux, des enjeux politiques de contrôle des sources d’énergie et des gaz de remplissage des ballons…
Mais par contre le premier tome se concentre sur une intrigue surnaturelle qui m’a laissé un peu froid : énergie mystique, cité de Shangri-La, exotisme un peu de pacotille avec l’Himalaya… et les enjeux géopolitiques sont un peu simplistes avec une gentille France universaliste qui rassemble des savants dans une société futuriste et une Allemagne très méchante et belliciste, appuyée sur une société de Thulé qui exploite à fond les Arts Occultes… Ça se lit bien, hein, mais c’est quand même assez réducteur. Les personnages principaux sont intéressants, même si le héros principal, Louis Lépine, est un peu trop gimmickesque (mais les personnages autour de lui sont intéressants et variés, les méchants par contre sont assez unidimensionnels).
Le début du deuxième tome par contre est beaucoup mieux : on a lâché l’histoire un peu brouillonne du premier pour se concentrer beaucoup plus sur le côté uchronique intéressant ; suite aux événements du premier tome, la Triplice a gagné la Première Guerre Mondiale et dispose d’une supériorité technologique incontestable. L’aérostatisme a été décrétée réservée à la noblesse, un roi de France fantoche a été rétabli, républicains et bonapartistes forment une alliance malaisée pour se lancer dans la Résistance. La Révolution Russe a échoué au profit des Romanovs, les communistes sont donc aussi dans la Résistance à l’échelle mondiale, qui s’appuie notamment beaucoup sur les colonies des anciennes métropoles vassalisées… Mais l’auteur en revient à son surnaturel à la moitié du tome, et nous rajoute une intrigue amoureuse et sexuelle dont on n’a pas grand chose à faire.
Bref, l’uchronie, les intrigues géopolitiques, le monde et ses descriptions sont sympa, le surnaturel et l’histoire proprement dite étaient un peu relous. C’est le genre de livre où je vois assez nettement ce que j’aurais modifié pour en faire un livre vraiment très sympa, du coup c’est un peu frustrant de voir qu’il ne réalise pas son plein potentiel.
Boulots de merde !, d’Olivier Cyran et Julien Brygo
La thèse du livre est une extension du concept de bullshit jobs de David Graeber. Pour les auteurs, d’une part Graeber se focalise trop sur la catégorie des emplois de bureau, et d’autre part, à l’importation de sa pensée en France, ce qui a été mis en avant c’est le côté « boulot vide de sens au quotidien dans lequel son porteur se fait chier ». Du coup on parle d’employé.e.s de bureau avec rien à faire de leurs journées : certes c’est triste pour elleux, mais s’els le font avec un salaire décent et dans des conditions qui n’attente pas à leur santé, y’a pire, c’est limite un problème de riches. Boulots de merde ! recentre donc la réflexion sur deux points différents : les boulots merdiques à vivre parce qu’ils se font dans des conditions atroces (femmes de ménage, hotesse d’accueil…) et les boulots avec une utilité sociale nulle voire négative (expert en optimisation fiscale), voire les deux (sous-traitants privés chargés de chasser les migrants à la frontière franco-anglaise). Ils détaillent le précariat, les joies de l’auto-entreprenariat, la dégradation des conditions via les sous-traitances en cascade, le délabrement progressif de certains secteurs (les postiers notamment) avec l’imposition du lean management.
Les témoignages sont intéressants et globalement je suis content d’avoir lu le livre, mais une approche un peu plus sociologique aurait été bienvenue. Et je suis pas ultra fan du style d’écriture des auteurs, mais ça c’est assez disjoint du propos.
Three Moments of an Explosion, de China Miéville
Recueil de nouvelles de China Miéville. Toutes sont plaisantes à lire, mais elles ne sont pas toutes aussi percutantes (y’en a dans lesquelles il ne se passe pas grand chose). J’ai beaucoup aimé The Dowager of bees (les possibilités de fanfictions sont infinies !), Design et Polynia, ainsi que plusieurs autres dont je n’ai pas retenu le titre. Globalement j’aime toujours autant les œuvres de Miéville.