Tous les articles par Machin

Else, de Thibault Emin

Film fantastique français de 2025. Suite à l’annonce de l’apparition d’une nouvelle pandémie, le gouvernement annonce un confinement. Anx et Cass viennent de se rencontrer pendant une soirée, mais elle décide de venir se confiner chez lui. Malgré leurs tempéraments qui s’oppose sur pas mal de points, la romance entre eux se développe. Pendant ce temps, dehors, l’épidémie transmise par le regard continue de progresser : les gens fusionnent avec les éléments de leur entourage. La maladie finit par rentrer dans le cocon des deux amoureux : Cass est contaminée, elle commence à se fondre dans les draps de son lit, puis dans l’immeuble tout entier.

C’était original dans le traitement de l’image, avec pas mal de flou, un passage réussi en noir et blanc, des effets spéciaux analogiques (bon et des images en IA pas top dont on aurait pu se passer). Un petit côté Cronenberg dans la soudaine porosité des limites corporelles (et matérielles, les objets se mettant à fusionner entre eux, l’immeuble bourgeonnant, rendant plus étroit l’intérieur de l’appartement…) mais traité sur un mode plus poétique.

State of the Machin 2025

It’s that time of the year!

Quoi de neuf depuis 1 an ?
J’ai acheté un appartement à Toulouse en mars. C’est un appartement en première accession, dans un immeuble d’un bailleur social. 80m², 3 pièces qui peuvent être des chambres, un salon, une cuisine, une sdb des toilettes, un petit balcon. Une bonne isolation thermique, ce qui a été appréciable durant la canicule de la semaine dernière. J’ai emménagé dans cet appartement en mai, ou plutôt dans la moitié de l’appartement. L’autre moitié est en travaux, parce que je voulais agrandir le salon, poser une cuisine et ouvrir un placard sur une chambre. Je ne suis pas très efficace pour faire les travaux. J’ai du mal à me canaliser dessus, notamment parce que c’est beaucoup de tâches différentes et que je maîtrise mal (parce que je les découvre). Mais ça avance quand même petit à petit, je pense que quand ce sera terminé ce sera chouette. J’ai presque fini la seule chambre que je voulais modifier, ce qui va séparer nettement la partie travaux du reste, ça sera pas mal.
Le plan à terme serait de prendre un·e coloc pour faire baisser le montant des charges et ne pas habiter seul (surtout dans 80m², ce serait assez absurde), mais ça implique d’avancer sur les travaux. Aussi l’isolation sonique avec les voisin·es du dessus est globalement inexistante, et iels ont 4 enfants, donc c’est un peu compliqué par moment. Faut que je vois à quel point c’est possible de faire une isolation sonique a posteriori, mais je suis pas très optimiste.

J’avais dit dans le State of de l’année dernière que je voulais changer de boulot, finalement je ne l’ai toujours pas fait. Pas que le boulot se soit amélioré, mais je n’ai pas l’énergie. Par contre j’ai commencé à voir une psy en janvier pour lui parler du boulot (et elle pense que je devrais démissionner – c’est un des rares trucs sur lesquels elle est très assertive). Donc some progress on that front, mais bon. J’attends un peu les élections (mais 9 mois, purée, c’est long) pour voir l’évolution de là où je bosse, mais sans grand espoir d’un vrai changement politique et donc d’une grande influence sur le fonctionnement des services.

Par contre un progrès depuis début juillet : je suis passé à 90 %, avec l’idée d’avoir plus de temps (et d’énergie !) à consacrer aux travaux. On verra ce que ça donne.

Pour élaborer un peu sur ce qui ne va pas dans le travail : je suis chef d’un service avec 4 personnes compétentes et sympa dedans, ma n+1 est aussi compétente et sympa. Mais. Mais ma n+2 est carriériste avec une vision très politique de ce qu’on fait, perpétuellement insatisfaite et visiblement refusé d’assimiler qu’on est une quinzaine pour faire des tâches très diverses et non 300 comme d’autres direction sous ses ordres. Elle met une grosse pression sur ma cheffe qui a du mal à lui dire non, qui fait de son mieux pour nous protéger nous en tant qu’équipe et absorbe une énorme charge de travail à elle seule (aux dépens de sa vie perso), mais des fois ça déborde quand même. Perso la n+2 en question ne me fait pas confiance pour faire mon job, ce qui est à la fois assez frustrant et plus confortable vu que par défaut elle ne va pas me solliciter. Mais bon ça fait une situation assez nulle quand même avec pas de perspectives sur place, de la gestion administrative sans apprendre de nouvelles connaissances ou compétences techniques, et une grosse charge mentale à base de tout est toujours urgent et faut jongler avec X sujets.

Dans les nouveautés, j’ai aussi eu une relation de type friends with benefits avec une amie entre février et juin (relation actuellement en pause estivale, on voit à la rentrée ce qu’on en fait). Même si on a eu une approche très méthodique du début de la relation, c’était agréable de voir qu’il y avait une dynamique de séduction/d’attirance (ça peut sembler paradoxal parce que je sais que je correspond pas mal aux standards conventionnels de beauté masculine, mais j’ai quand même besoin de confirmations de temps à autre que je ne suis pas un horrible gremlin). J’ai un petit réseau amical sur Toulouse qui n’évolue plus trop depuis Nouvel An, mais qui se distend un peu là avec l’été et les activités des un.es et des autres pour les vacances. Faut que je me secoue un peu pour proposer des activités, mais je pense que tout redeviendra plus facile à la rentrée de ce point de vue.

Trouble with lichen, de John Wyndham

Roman de science-fiction anglais publié en 1960. Une chercheuse travaillant dans un institut de recherche privé en biochimie découvre un lichen possédant une molécule – l’antigérone – ralentissant le vieillissement des êtres vivants. Le lichen n’existe qu’en quantité limité dans une région de Chine. L’annonce de l’existence permettant de ralentir grandement le vieillissement est pour la chercheuse une excellente nouvelle, permettant aux gens de réaliser pleinement leur potentiel et d’avoir une vision de long terme, mais elle est persuadée que les institutions actuelles étoufferont cette possibilité, les institutions visant à se perpétuer elles-mêmes et étant calibrées pour des humains vivant 80 ans. Comment dans ce cas faire en sorte de préserver la possibilité de déployer l’antigérone, et à qui administrer les faibles quantités existantes pour le moment ?

C’était court mais ça fonctionne bien. J’avais lu il y a longtemps Le Jour des Triffides de Wyndham que j’avais bien aimé. Faire un roman de SF sur le vieillissement et prendre comme personnage principal en 1960 unE scientifique de génie, c’est assez original (bon, la fin est pas très féministe je trouve, mais pour l’époque c’est quand même novateur). Au delà du concept de l’antigérone, le roman n’est pas très science-fictif, c’est plus un récit de la réception de l’annonce de l’antigérone et de la stratégie de Diana pour faire en sorte que l’antigérone soit acceptée par les structures sociales.

Dupont-Lajoie, d’Yves Boisset

Film français de 1975. Les Dupont-Lajoie, cafetiers parisiens, partent pour leurs traditionnelles vacances dans le Midi. Au camping du soleil, ils retrouvent leurs amis des années précédents, avec lesquels ils déroulent les mêmes platitudes que d’habitude.

Divulgâchage et TW ci-dessous

Rapidement il apparait que le père Lajoie est attiré par Brigitte, la fille des Colin. A l’occasion d’une promenade où il la surprend en train de bronzer seule, il la viole et accidentellement, la tue. Pour brouiller les pistes, il amène le corps près du baraquement où vivent les ouvriers algériens qui sont en train de construire de nouveaux logements. Le racisme ambiant va faire le reste : les hommes du camping organisent une ratonnade, pour « rendre justice à la petite », rajoutant un nouveau meurtre au premier…

C’était intense. C’est un film avec des personnages assez détestables, les trois couples au centre du film (surtout les hommes, les femmes parlant largement moins) représentent une petite bourgeoisie française sûre d’elle et de ses privilèges, sortant des horreurs racistes dans le plus grand calme (et projetant sur les étrangers ses propres comportements) avant de chercher des passe-droits à la première occasion. Le film est plutôt drôle dans sa première partie qui fait vraiment cliché de vacances où tout le monde part à la même heure et s’entasse sur les mêmes plages, et où on attend le présentateur d’Intervilles comme le messie. Puis il prend une tournure beaucoup plus tragique dans la seconde moitié. Le choix de faire du personnage principal, qui se présente comme un bon père de famille, le violeur qui s’en prend à une connaissance (plutôt d’avoir mis en scène une agression sexuelle par un étranger) est assez novateur pour l’époque je trouve (bon en même temps ça n’en fait pas un film féministe, les femmes ont trois à 5 répliques en tout, et l’histoire tourne autour de trope de la femme dans le frigo). Mais la dénonciation du racisme ambiant en France est assez forte.

Recommandé sous réserves d’être dans un bon état mental et de checker les TW.

Changer l’eau des fleurs, de Valérie Perrin

Roman français publié en 2019. Violette Trenet est gardienne de cimetière, complètement convaincue par le côté humain et le jardinage impliqués par son métier. Elle a un passé compliqué qui est révélé progressivement, avant d’arriver dans le bonheur simple qu’elle connaît actuellement. C’est un roman à la Anna Gavalda ou Muriel Barbery : ça se lit facilement, on a envie de voir comment ça se déroule et résout, mais bon c’est un peu creux. Les personnages sont gentils, la vie les a cabossés mais y’a un happy-ending, les métaphores sont faciles, ça entremêle plusieurs histoires de relations romantiques, avec éventuellement des rebondissements, mais je trouve tous les persos très unidimensionnels.

Pas convaincu, lisez Âge tendre plutôt.

The Florida Project, de Sean Baker

Film états-unien de 2017. On suit la vie de Moonee, gamine de 7-8 ans, qui vit dans un motel en bordure de Disney World, en Floride. Elle passe ses journées à faire les 400 coups avec ses amis, à explorer les hôtels abandonnés, à réclamer de l’argent aux touristes pour s’acheter des glaces, et à faire tourner les adultes en bourrique. Elle vit seule avec sa mère, Halley, qui galère à rassembler l’argent pour payer leur loyer, et vit de combines.

J’ai beaucoup aimé. C’est une chronique de la précarité à hauteur de regard d’enfant. C’est aussi une description de la vie dans les marges de l’Amérique, juste à côté d’une usine à rêve mais dans des conditions merdiques. Les acteurs jouent très bien notamment les enfants mais pas que. Il y a un petit côté Une affaire de famille ou les 400 Coups, mais avec les couleurs pastel de Disney World en toile de fond pour cacher la misère.

Randonnée dans le cirque d’Estaubé

Randonnée faite avec deux ami.es d’Albi. Départ du lac des Gloriettes, tentative de montée au refuge de Tuquerouye mais renoncement au vu de la quantité de neige dans le couloir final (c’est visiblement accessible plutôt fin août/début septembre). On a planté la tente un peu plus bas avant de partir vers le refuge des Espuguettes le lendemain. Belle journée bien chaude, C. s’est foulé la cheville sur le chemin du retour, elle a pu revenir jusqu’à la voiture quand même mais avec peine.

Le lac des Gloriettes
Le cirque d’Estaubé dans le fond
Le cirque depuis un de ses versants
Pierrier qui mène au port neuf de Pinède

Cimqa, d’Auriane Velten

Roman de fantasy/fantastique français paru en 2023. Un jour, un phénomène inexpliqué fait que l’Humanité a accès à une nouvelle dimension (la 5e), celle de l’imagination ; certaines personnes peuvent alors faire apparaître les éléments issus de leur imagination. D’abord pour 11 secondes, puis pour des périodes plus longues. On suit en parallèle l’histoire de Sarah, enfant qui est la première à maîtriser l’apparition d’éléments durant plus de 11 secondes, et celle de Sara, qui vit dans un monde où cet usage de l’imagination est généralisé, et qui voudrait vivre en tant qu’imaginatrice indépendante plutôt que d’être obligée de bosser pour une grosse société de production de production de spectacle.

Y’a du potentiel, mais je l’ai trouvé très mal exploité. Le point de départ est sympa, mais il est très rapidement acté que les créatures et concept invoqué peuvent avoir un impact sur le monde réel : le fait de se concentrer sur la question de la production de spectacle me semble partant de là une focale très très réductrice. On a des gens qui peuvent basiquement avoir des superpouvoirs et casser les lois de la physique, et ça ne change pas la société plus que ça ? Et même sur le côté spectacles d’ailleurs, le point de vue « oh non les vilains conglomérats » en faisant comme si c’était possible de bannir totalement le spectacle indépendant pour un truc qui nécessite littéralement aucun investissement préalable, ça me semble assez mauvais comme façon de parler du sujet.

Par ailleurs, le côté « seule une gamine pense au loophole permettant d’étendre la fenêtre d’apparition des concepts » ça marche assez mal pour moi. Le plot twist se voit venir, et bannir le voyage temporel, avant de l’introduire avec une mécanique random, pour en casser le mécanisme 10 pages plus loin, énorme faux pas.

Non recommandé.

L’amour harcelant, d’Elena Ferrante

Roman italien paru en 1992, premier roman publié pour l’autrice. À la mort de sa mère, l’héroïne retourne dans sa ville natale de Naples. Elle se remémore en France, la relation dysfonctionnelle de ses parents, et l’amant présumé de sa mère. Mélangeant passé et présent, souvenirs réels et souvenirs reconstitués, elle glisse entre les époques et reconstitue les derniers jours de sa mère.

J’avais beaucoup aimé l’Amie prodigieuse, j’ai trouvé celui-ci dans une boîte à livres je me suis dit que j’allais tester. On retrouve le style d’écriture d’Elena Ferrante, mais l’histoire est largement moins prenante que celle de l’Amie prodigieuse.

Sympa mais pas transcendant.

Désirer à tout prix, de Tal Madesta

Essai français paru en 2022 chez Binge Audio Éditions. L’auteur revient sur son rapport à la sexualité et sur le fait que ce n’est pas quelque chose de naturel chez lui, mais qu’il n’est pas du tout le seul. Il conteste le fait de décréter qu’une sexualité satisfaisante et épanouie est la norme à laquelle tout le monde doit tenter de se conformer. Cette injonction à la sexualité, même présentée d’un point de vue féministe et sexpositif lui semble servir des intérêts capitalistes (on va vendre une quantité hallucinantes de sextoys, workshops sexo, sexothérapies, applis de rencontres… pour « aider » des gens à se conformer à cette norme potentiellement inatteignable : comme les injonctions sur les standards de beauté c’est un outil très efficace pour pousser à la consommation. On est sur une approche des corps et des trajectoires de vie comme des éléments à optimiser, on se rapproche des théories du biopouvoir de Foucault où ce que l’État et les structures de pouvoir cherchent à contrôler c’est les corps et les représentations mentales des gens) et évidemment hétéropatriarcale, les mecs cishets étant ceux dont la sexualité se rapproche déjà de base de cette norme (sans forcément l’atteindre).

L’injonction à la sexualité épanouie est évidemment renforcée dans le cadre du couple romantique hétéropatriarcal exclusif et cohabitant (le CRHEC, définitivement le concept fil-rouge de mes recensions d’essais en 2025), puisque c’est le flagship du système hétéropatriarcal : le « devoir conjugal » reste un motif de divorce dans la jurisprudence. Cette sexualité est d’autant plus valorisée que c’est celle qui reproduit l’ordre existant en renforçant l’exploitation sexiste et potentiellement en produisant des enfants qui seront élevés dans un cadre normatif.

L’auteur conteste qu’il y ait eu une révolution sexuelle : il s’est agit plutôt d’une intériorisation et individualisation des normes. La contraception par exemple n’est pas forcément une libération : la contraception orale implique une régularité dans sa prise, d’évoquer sa sexualité avec un.e médecin : ce n’est pas un relâchement du contrôle. La contraception permet aussi des corps tout le temps disponibles sexuellement.

Autres façon d’interagir : des foyers non basés sur des relations romantico-sexuelles (colocation, béguinages…), des amitiés, des familles choisies. Autres façons de ressentir du plaisir : des activités physiques non-sexuelles (escalade, course, cirque, autres sports …), du chant, la nourriture partagée, le tatouage (réapppropriation du corps), le contact physique non sexuel…

Le sujet est dans mes thématiques d’intérêt de l’année, pas de grandes découvertes lors de cette lecture, mais les éléments sont bien articulés, on suit bien la thèse de l’auteur, recommandé si vous vous intéressez au sujet.