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Article invité : Aurillac, un jeu d’optimisation grandeur nature

Un article de Stram

Le festival d’Aurillac est un festival de théâtre de rue, avec plus de 600 spectacles sur 4 jours dans tout Aurillac. À quelques exceptions près, les spectacles jouent chaque jour au même lieu et à la même heure. Sur 600 spectacles, il y a vraiment de tout niveau qualité et le Grand Jeu est d’arriver à voir les meilleurs spectacles, et d’éviter les moyens. Après le premier jour, la stratégie usuelle est de demander aux personnes que l’on connaît / croise ce qu’elles ont vu et apprécié, pour ensuite construire le programme des jours suivants. Pour l’édition 2026, je m’en suis pas si mal tiré et voici le déroulé de mes journées. Les spectacles sont classés en 5 catégories : Excellent / Très bien / Bien / Moyen / Nul. Souvent, quand je décide de classer un spectacle en nul ou moyen, je pars avant la fin pour essayer de trouver un meilleur spectacle.

Il faut également savoir qu’Aurillac est très grand (les deux points de spectacle les plus éloignés sont à plus d’1h30 de marche) et donc il y a également un enjeu supplémentaire à ne pas trop marcher, pour éviter de perdre trop de temps en déplacement.

Jour 1

Pour ce jour, une personne avait étudié le programme et avait proposé une programmation que l’on a plus ou moins suivie.

9h15-9h45 : Père Rubu – Bien (départ avant la fin pour enchaîner). Petit spectacle de marionnette bien foutu plutôt pour enfants.

10h-11h20 : n degrés de liberté de In itinere collectif – Excellent. Super spectacle sur la Commune de Paris avec des acteurices qui jouaient bien et une très bonne mise en scène bien rythmée et avec plein de bonnes idées. Les comédiens sont principalement sur un petit plateau de 2x1m, ils font les décors, miment les objets, rejouent les débats du Conseil de Paris, les personnages dans la rue, font le lien avec d’autres révoltes (entre Spartacus et les Gilets jaunes), filent une métaphore entre révolution et tempête.

11h30-12h30 : Neuf mouvements pour une cavale – Bien. Parle de l’histoire d’un agriculteur – Jérôme Laronze – qui se fait tuer par les gendarmes pendant sa cavale suite à la confiscation de son cheptel. L’actrice avait un ton monocorde, l’acteur faisait bien du mât.

12h40-13h20 : More is more de Beyondsien – Très bien. Une personne seule en scène fait du fil (art du cirque) dans une ambiance assez loufoque et drôle.

14h10-15h : Tek une histoire de la techno – Bien. Conférence de deux personnes sur l’histoire de la techno, très peu de mise en scène.

15h45-16h30 : Ça sera pire après de La 3 et demie – Très bien. Bonne compagnie de portée acrobatique qui propose un spectacle avec un bon rythme et de bonnes idées pour varier un peu entre les différents portées.

17h30-18h20 : Propagation de CLAAP – Très bien. Les personnes autour de moi ont moins aimé mais j’ai trouvé l’histoire drôle et plutôt bien écrite (spectacle en cours d’écriture).

18h30-19h : Megazorg de la compagnie Muerto Coco– Très bien. Comédie musicale en cours d’écriture et les 30 minutes proposées sont plutôt drôles et bien rythmées. Quatre acteurs et un régisseur autour d’une table s’interroge sur comment commencer leur projet de comédie musicale sur la mixité sociale. C’est méta, ça part en chanson, ça parle seulement ponctuellement de mixité sociale mais il y a des blagues sur Bourdieu et Isadora Duncan, j’ai bien aimé, le final est un peu faible mais c’est toujours en cours d’écriture donc c’est ok.

20h30-22h10 : Nuisibles de In itinere collectif – Très bien. Comme on avait beaucoup aimé le spectacle du matin du même collectif, on a été voir l’autre spectacle de la même compagnie sur une invasion de rats dans un quartier populaire. C’était un peu lent par moment mais il y avait une déambulation plutôt cool.

23h+ : fin de la journée en allant voir une fête foraine et un dj set (turbo love)

Jour 2

10h45-11h45 : Seuls en scène mais à 4 – Moyen.

12h-12h30 : Thocolas est-il quelqu’un de bien ? – Moyen

12h45-13h30 : Hors sol, de la forêt au béton de Dakipayadanza – Très bien. Danse sur le thème de l’invasion du béton qui détruit les milieux naturels. Les costumes des deux danseuses étaient chouettes et les danses cools.

13h30-14h15 : Prétexte de Marécage – Bien.

14h30-15h30 : Lâcher prise de Bakhus – Excellent. Troupe d’une petite dizaine de danseur.euses. Du breakdance, une dizaine d’interprètes, une bande-son à base de post-rock, et un final participatif où les danseurs vont chercher des membres du public pour danser avec eux.Super bien rythmé, très belle danse et très bonne ambiance. Vraiment super.

15h30-16h30 : Mission président – Bien (parti avant la fin).

16h30-16h45 : Robert sans travail – Moyen (parti avant la fin)

17h-17h45 : Kairos de Ex lumina – Bien

18h30-19h30 : La lumière de nos rêves de Qualité street – Très bien. L’acteur de Qualité street a l’air d’être très connu au festival d’Aurillac car là depuis le début avec des spectacles de bonne qualité. Il joue très bien mais les histoires peuvent être moyennes. On avait vu la répétition générale de Jogging le J-1 et le texte était nul. Sur ce spectacle, l’histoire était OK et le jeu très bien.

20h15-21h15 : Brûlons tout ces punks pour l’amour des elfes – Très bien. Seule en scène un peu absurde et longuet par moment mais globalement j’ai passé un bon moment. Une personne sans emploi devient vigile de musée et doit repousser des vagues assaillantes de punk avec ses camarades vigiles complètement timbrés.

21h30-22h10 : Dyscussion – Très bien. Encore un seul en scène qui parle de queerness, d’adelphité, de la montée du RN et de ce qu’il est possible de faire au milieu de tout ça.

23h-23h45 : Helda de Bakhus – Très bien. Même compagnie que la danse super de 14h30. C’était probablement excellent mais j’étais pas si bien placé et j’ai un peu dormi. Deux danseurs jouent avec la lumière et l’ombre.

Jour 3

11h15-12h15 : Ash Banger – Très bien. Clown seule en scène qui parle de dépression, confiance en soi. Plutôt drôle et très bien écrit.

12h45-13h05 : Bimbo bidon – Moyen.

13h30-14h45 : Nuque rouge – Bien. Déambulation conceptuelle avec une esthétique de biker américain. C’était lent et contemplatif mais y avait plein de bonnes idées : par exemple le son venait de radios que les spectacteurices transportaient et un acteur émettait sur une fréquence FM.

15h30-16h15 : En mêlées – Moyen.

18h30-19h50: Kabinet de Les Humains gauches – Très bien. Spectacle super connu à Aurillac et du coup il faut y être pas mal en avance pour avoir une bonne place (j’ai eu l’impression qu’il y avait plus de 500 personnes présentes quand le spectacle a commencé). Clown seule en scène qui fait plein de blagues sur le thème général de la théorie psychanalytique.

20h10-21h20 : Rose – Bien.

21h30-22h30 : L’Iliade version longue de Bravache – Excellent. 4 acteur.ices plein.es d’entrain présentent l’Iliade en 1h avec beaucoup de ressorts comiques et pas mal d’impros. On suit l’histoire de l’Iliade mais c’est plutôt un prétexte pour faire des blagues sur une histoire et des personnages un peu absurdes.

AjoutÉditeur : Fantôme – Étienne Saglio – performance dansée (pas du tout aimé)

Jour 4

9h45-10h30 : Carne – Moyen (parti avant la fin)

11h-12h : Hamlet Crazy Road de Les Barbus – Très bien. Seul en scène d’un acteur qui joue un Hamlet devenu SDF un peu fou et qui raconte son histoire. L’acteur jouait très bien son personnage et ça fonctionnait plutôt bien avec l’histoire d’Hamlet pour en faire un spectacle touchant.

13h30-14h50 : Alphas, conférence viriliste – Très bien. Les acteur.ices parodient des influenceurs virilistes et leurs discours en surjouant et avec beaucoup de ressorts comiques. C’est un peu long mais globalement ça m’a fait rire.

15h15-16h15 : Visite de la pastille de la mort (NdÉditeur : sur Aurillac les différents endroits où des spectacles sont rassemblés avec (parfois) une cohérence thématique sont nommés des pastilles) et notamment de l’installation d’un collectif ayant recueilli des centaines d’heures de témoignages sur le rapport à la mort de différentes personnes. L’installation était très douce et on pouvait lire des témoignages, écouter des cassettes audios, etc. – Très bien.

16h30-18h : Figurec – Bien. Concept marrant, le spectacle est une séance de présentation de l’association Figurec qui fait de la figuration dans les funérailles pour améliorer l’ambiance (sans demander consentement des personnes par ailleurs présentes aux funérailles). L’idée aurait pu être beaucoup plus drôle et baroque que ce qui en ressort au final.

19h45-20h45 : Mauvaises chiennes – Bien.

20h50-21h50 : Acid Cyprine – Bien

22h55-23h50 : Camembert le couronnement – Très bien. Jeunes acteur.ices qui se moquent du préfet de police de Paris, de sa famille ultra catholique. Esthétique et chansons très soignées.

Bilan des 4 jours : 36 spectacles vus dont 3 excellents, 16 très biens, 11 biens, 6 moyens. Je me rends compte que j’ai été plutôt sympa sur la notation. Si j’avais vu les mêmes pièces dans des théâtres ordinaires, toute la notation aurait été probablement décalée vers le bas : les très biens devenant des biens, les biens des moyens et les moyens des nuls. Mais l’avantage d’Aurillac, c’est de pouvoir un peu enchaîner et donc de ne pas consacrer toute sa soirée pour se déplacer dans un théâtre qui propose un seul spectacle (et dans ce cas, on comprend pourquoi les attentes sont un peu plus élevées).


Astuces pour la prochaine fois :

  • Penser aux barres de céréales (car quelques fois on a pas le temps de manger et y a toujours de la queue aux stands de nourriture qui sont par ailleurs souvent chers).
  • Le k-way est indispensable et sauve la vie quand il pleut.
  • Pourquoi pas se déplacer avec une petite chaise pliante pas lourde (ou un tabouret pliant). La plupart du temps, il vaut mieux viser de s’asseoir tout devant par terre pour avoir la meilleure vue. Mais quelques fois, c’est pas possible et du coup la chaise personnelle permet de se caler entre les personnes debout et les personnes assises par terre.
  • Acheter un programme. Pour cette édition, j’avais pris en photo le programme car il coûtait quand même 5 euros mais c’était chiant de pas avoir de papiers pour noter rapidement les recommandations des autres (du coup j’avais une feuille papier pour le faire mais ça me demandait pas mal d’aller-retour). Pour le descriptif des spectacles qui est sur un livret à part également à 5 euros, ça a l’air utile d’en partager un entre plusieurs personnes et de le laisser au campement pour référence, de le lire les jours avant le festival, les matins et les soirs. Si on en a un à soi, ça permet de le consulter pendant l’attente des pièces mais plutôt c’est pas si utile par rapport aux recommandations.
  • Essayer de trouver des personnes qui connaissent bien Aurillac pour guider vers les bons spectacles (souvent les mêmes compagnies reviennent d’années en années et en proposant les mêmes spectacles). C’est les recommandations qui permettent d’éviter le ventre mou des spectacles (les spectacles que j’ai catégorisé comme moyens/biens et qui sont très majoritaires) et de trouver au milieu des 600 spectacles proposés ceux qui valent vraiment le coup.
  • L’autre truc important est de faire des journées localisées dans l’espace et de ne pas marcher à travers tout Aurillac en permanence : souvent les pastilles (terme technique désignant les espaces où se produisent les théâtres et souvent aménagées en amont par des collectifs) proposent des spectacles qui s’enchaînent et c’est assez agréable de rester au même endroit pour 2 spectacles qui se suivent sans avoir à marcher 10-20 minutes.
  • C’était vraiment pratique d’arriver l’avant-veille du festival pour trouver un bon endroit où poser la tente / le hamac et garer la voiture à une bonne place. La veille du festival, c’est l’occasion de lire le programme et les descriptifs, de regarder quelques répétitions générales, etc.
  • Bénévoler sur une pastille, ça a l’air assez intense et du coup c’est une toute autre expérience : moins de spectacles et plus de contacts humains (NdÉditeur qui a bénévolé sur une pastille : je conforme)

Malheureusement, peu de personnes ont envie de suivre un rythme soutenu de spectacles (par exemple il arrive que des personnes aient faim et aient besoin d’une pause repas…) et du coup l’aventure Aurillac est semi-solitaire / semi-collective : on voit pas mal de spectacles seuls et quelques fois on se donne rendez vous ou on se retrouve par hasard à un spectacle et c’est l’occasion d’échanger les recommandations et de parler de ses journées.

Le Pédé, du collectif Jeanine Machine

Spectacle de rue vu dans le cadre du Festival des Arts de Rue de Ramonville. Brice et Corinne proposent de profiter du festival pour organiser la première pride de l’histoire de Ramonville. Mais les spectateurices n’ont pas l’air de savoir l’origine de la pride. Alors il va falloir raconter. Faire un saut dans le temps pour en revenir à la signification de Stonewall, à l’histoire française des mouvements de luttes LGBTQIA+, au FHAR, aux Gouines Rouges, à Allô Ménie, à la dépénalisation de l’homosexualité, aux combats d’Act-up, au PACS, au mariage pour tou·tes…

C’est du spectacle de rue, pas une conférence. Brice Lagenèbre incarne les différents personnages de l’histoire, jouant aussi bien Françoise d’Eaubonne que Frigide Barjot, Guy Hocquenghem comme Ménie Grégoire. La masse des spectateurices sert de décor, recréant la participation du FHAR aux cortèges du 1er mai (et l’accueil homophobe des syndicats), la première pride française… C’est prenant, instructif (je suis arrivé en me disant « Oui ça va Stonewall, je connais », j’ai réalisé que l’histoire française j’en avais aucune idée par contre), ça montre l’importance de la transmission de la mémoire.

Fortement recommandé.

Le Petit Chaperon Rouge, de Joël Pommerat

Spectacle familial de Joël Pommerat. Spectacle familial, ça implique qu’il ne soit pas trop long (45 minutes) pour retenir l’attention des enfants, et d’avoir une salle avec une grosse proportion d’enfants, trop refaits de la sortie en famille et de voir leur pote dans un contexte inhabituel, qui se font donc des grands coucous à travers la salle, c’était rigolo comme ambiance. Je ne vais pas résumer l’histoire, il y a de bonnes chances que vous connaissiez les grandes lignes. Précisons quand même que Pommerat élude les iconiques bobinette et chevillettes ainsi que la galette et le petit pot de beurre, pour se concentrer sur l’essentiel de l’interaction grand-mère/petite fille/loup. Il rajoute aussi un long prélude sur les relations de la petite-fille à sa mère, petite-fille qui ne sera ni appelée ni affublée d’un chaperon rouge avant la dernière scène où elle sera devenue adulte.

De beaux passages sur la mère qui joue à être monstrueuse pour amuser sa fille qui en redemande, très bien mis en scène et très bien joué par l’actrice. Dans ce passage et dans les relations de la petite fille au loup, il y a des possibilités d’interprétation sexuelle assez claires pour les adultes (en même temps c’est normal au vu du matériau-source). Je n’ai pas été enthousiasmé dans la mise en scène, qui est assez dépouillée, mais tout ce qui tourne autour du loup est assez réussi. Sa présence dans l’ombre puis emmitouflé dans les draps, qui à chaque fois ne laisse deviner que son museau, fonctionne très bien. La scène où il est dans l’embrasure de la porte de la grand-mère (avant de la manger), où la porte est figurée d’un quadrilatère de lumière sur la scène qui l’éclaire l’acteur d’un contrejour, est une super mise en scène. Les ruptures de tons dans le discours du loup qui s’impatientent en discutant avec la grand-mère et la petite fille marche très bien pour relâcher la tension et faire rire les enfants (qui accrochent aussi très bien sur la corde de la frayeur, dédicace à la petite fille qui a dit d’une voix blanche « c’est le loup » quand un hululement a retenti dans les hauts parleurs).

Bref, c’était bien, avoir un spectacle court c’est une expérience différente de d’habitude je trouve, et la mise en scène fonctionnait bien pour réactiver un texte très connu.

Nancy : son et lumière

Retour à Nancy !

J’y étais pour deux jours, pour un colloque, c’était très très cool, plein de gens passionnés qui viennent partager leur passion, leur savoir, une organisation au top, des échanges, j’étais refait.

J’ai pu voir (brièvement, parce que le colloque était assez prenant) ce que donnait la ville en été, et c’est vrai que ça fait plus envie qu’en hiver. Notamment j’ai pu voir le son et lumières projeté sur la façade de l’hôtel de ville place Stanislas. C’était très hétéroclite, très kitsch par moment, plus expérimental par moment, et carrément expérimental à la fin, mais involontairement…

Début kitsch

Plus expérimental

Bien expé

Décalé

Kitsch et expé

Kitsch et sous acide

Full expé/ Windows XP