Le Coût de la virilité, de Lucile Peytavin

Essai féministe français paru en 2021. En partant d’une statistique qui l’a interpellée (96,3% des prisonniers en milieu carcéral sont des hommes), l’autrice calcule le coût pour la société française du différentiel de comportement entre les hommes et les femmes dus à leurs socialisation différenciée : les hommes sont plus enclins à la violence, à ne pas respecter les règles, à se mettre en danger. Ces différents comportements ont un impact sur les finances publiques : plus d’intervention des services d’urgence sont dues aux hommes, plus de procès, d’intervention de la police, d’incendies… Là où des statistiques sur les comportements différenciés entre les deux genres sont disponibles, il est possible de calculer le coût différentiel entre les deux genres, dont la somme totale représente « le coût de la virilité pour la société », coût qu’il serait possible de réduire en socialisant les garçons différemment dès le plus jeune âge plutôt que d’affirmer que ce sont des comportements innés et qu’on ne peut rien y faire.

La démarche est intéressante – le calcul est à la louche mais le but de l’autrice est bien de donner des ordres de grandeur et de dire qu’il faudrait plus de recherche sur le sujet, pas de prétendre qu’il s’agit d’un chiffre exact. Mais par contre j’ai été fortement gêné par deux points du livre :

  • L’autrice ne remet pas du tout en question les politiques mise en place par l’État : dire que le coût du système carcéral est dû aux comportements des personnes (très majoritairement des hommes donc) qui se retrouvent dedans, c’est mettre sous le tapis toute une volonté de l’État de traiter plein de comportements de façon répressive plutôt que d’avoir d’autres approches qui pourraient coûter moins cher (pour ne parler que du volet financier)
  • L’autrice met aussi en avant que les hommes ont des comportement plus asociaux que les femmes et qu’ils sont moins enclins à respecter les règles, en disant que ce serait mieux si c’était moins le cas. Dans un monde sur une pente fortement fasciste, désolé mais « respecter les règles » ça me parait pas la caractéristique que j’ai le plus envie de favoriser. Notamment elle prend en exemple les coûts du mouvement des gilets jaunes en termes de répression et de réparation des dégâts sur l’espace public et les propriétés privées : perso ça ne me semble pas un problème que des personnes avec une socialisation masculine aient kickstarté les gilets jaunes et soient allés plus loin dans l’action que les voies de recours légales.

Du coup mixed feelings sur l’essai, qui soulève des points intéressants mais me parait très dépolitisé en même temps.

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