Archives de catégorie : Screens, thousands of them

Free Solo, de Jimmy Chin et Elizabeth Chai Vasarhelyi

Documentaire sur l’ascension d’El Capitan, une paroi rocheuse de 900m à mains nues et sans dispositif de sécurité, par Alex Honnold.

Le film montre la préparation d’Honnold, sa pratique de l’escalade, sa relation à ses proches et sa compagne, sa relation avec l’équipe de tournage. On voit ses incertitudes sur ce projet, la peur de son entourage et celle des réalisateurs, inquiets que la présence des caméras soient une pression supplémentaire sur le grimpeur et qu’ils se retrouvent à assister à et filmer sa chute et sa mort. C’est intéressant en terme d’autoréflexivité, c’est impressionnant en terme d’escalade. On voit Honnold tenter l’ascension une première fois et renoncer à un quart du parcours, ne le sentant pas, avant de retenter quelques mois plus tard et finalement réussir.

Un point sur lequel je suis ambivalent est qu’Honnold n’est pas très sympathique. Le film montre clairement qu’il est totalement dévoré par la passion de l’escalade, qu’il fait tout passer après, et qu’il a du mal avec les relations interpersonnelles et la communication, ce n’est pas mis sous le tapis. Mais en même temps, vu que le sujet principal du film est son exploit sportif, il est assez héroïsé par le dispositif du film, du coup c’est difficile de voir si le film a une position là-dessus.

Perso j’en suis sorti en me disant que ok c’était très impressionnant comme exploit, mais qu’il aurait mieux fait de ne pas le faire, pas dans ces conditions, avec ces impacts sur son entourage. Et euh, faut clairement qu’il réfléchisse à la place qu’il laisse à sa compagne dans sa vie.

BoJack Horseman, de Raphael Bob-Waksberg


Je pense que c’est la meilleure série que j’ai vue. Dessin animé qui parle d’un ancien acteur de sitcom qui vit dans le confort sur ses royalties mais n’arrive pas à trouver un sens à sa vie. La série parle beaucoup de masculinité toxique, et déconstruit le trope de l’anti-héros qui se comporte comme un connard mais est quand même trop stylé (looking at you, House MD).

The Room, de Christian Volckman

Film fantastique. Un couple emménage dans une nouvelle maison isolée. Ils y découvrent une pièce qui fait apparaître tout ce qu’ils y demandent. Au début ils se vautrent dans le luxe avec enthousiasme, puis ils demandent un enfant, et là les choses commencent à mal se passer.

J’ai été assez déçu. Il y avait du potentiel, visuellement c’est assez joli, mais le film n’a vraiment rien à raconter. La dynamique du couple est perrave, on est sur des schémas de relations personnelles un peu réac, tu comprends pas les motivations des personnages…
Bref, meh.

Baron Noir, de Eric Benzekri et Jean-Baptiste Delafon

Série politique française. J’avais gavisionné la saison 1 à sa sortie et là j’ai gavisionné la saison 2. Beaucoup aimé la saison 1, à laquelle je reproche juste d’avoir un PS qui propose des trucs de gauche alors que bon, dans la réalité… Sinon c’était assez cool de voir une série type House of Cards mais avec les institutions françaises et des lieux français. Par rapport à HoC ce qui est bien aussi c’est que tous les personnages sont intelligents et manigancent, pas juste le perso principal qui est surhumain. Du coup c’est plus intéressant, et les stratagèmes des un⋅e⋅s peuvent plus souvent échouer face à ceux des autres.

La saison 2 j’étais un peu partagé. Je trouve que l’actrice qui joue la présidente fait un peu forcée quand elle parle. Par ailleurs, ça manque des points de vues de gens qui ne sont pas des professionnels de la politique, des syndicalistes, des gens ordinaires… Là c’est vraiment l’Histoire faite par les grands hommes. Par contre ça présente une vision intéressante du passage clivage droite/gauche à droite nationaliste / centristes / gauche.
Leur Mélenchon-like est très bien fait, leur Valls-like aussi. J’ai pas trop trop reconnu les autres mais les personnages sont bien écrits.

Saison 3 ! Remotivé sur l’histoire. Les personnages sont bien écrits, on recolle aux événements de la politique française réelle. La saison parle d’alliance tactique et de campagne politique, et la série est plus intéressante là-dessus que sur l’exercice du pouvoir, je trouve. Il manque toujours le point de vue de la politique via les mouvements sociaux, là tout passe par les partis (mais magiquement sans lobbys). Dorendeu fait une libérale intéressante, mais avec beaucoup plus de convictions que les vrai.e.s. Globalement ils rendent le PS, LRM et les fachos plus sympathiques que ce qu’ils devraient, mais bon, c’est difficile comme genre d’exercice.
Sur les mouvements sociaux d’ailleurs, c’est dommage d’avoir incarné les gilets jaunes dans la figure de Mercier, alors qu’un des intérêts du mouvement c’est bien qu’il a refusé toute forme de porte-parolat. De la même façon, la contestation de la politique de Dorendeu passe par la contestation de sa personne, ce qui certes est un des éléments de la détestation de Macron, mais sans parler du refus spécifique de ce qu’il y a dans sa politique. C’est bien les privatisations, la réforme des retraites, la casse du service public en tant qu’éléments spécifiques qui sont contestés dans la vie réelle. Mais là on touche à une des limites de la série : les gens n’ont pas vraiment de différents politiques irréconciliables, parce qu’il faut que Rickwaert puisse aller parler avec tous pour faire ses petites manœuvres. Du coup il aime bien Dorendeu tout autant que Vidal, alors que normalement il devrait lui aussi haïr Dorendeu pour sa politique.
Enfin, je n’ai pas été convaincu par la fin (à partir de la fin d’avant-dernier ep), ce retournement de situation fait totalement forcé et pas crédible, jamais personne n’accepterait de faire ça dans la vie réelle. Ça c’était meh.
Enfin, super utilisation de la bande-son, avec un thème musical décliné de plein de façons (ce que Canal + avait aussi un peu fait sur Les Sauvages).

The Good Place, de Michael Schur

Saison 1 et 2.

À sa mort, Eleonor Shellstrop se retrouve dans une des nombreuses version du paradis, avec 322 autres personnes méritantes. Sauf qu’elle n’était pas supposée y accéder, n’ayant pas eu la vie que le système de mesure surnaturel qui juge les âmes pense qu’elle a eu. Comment faire pour ne pas se faire repérer et éviter de finir dans « The *Bad* Place » ?

Je n’étais pas trop convaincu sur les 2 premiers épisodes, mais la série gagne en efficacité après. Plutôt bien faite, présente au passage des notions d’éthique qu’on ne s’attendrait pas à avoir dans une dans une série grand public et pose du coup pas mal de questions intéressantes. Plusieurs personnages très réussis, notamment le système d’information anthropomorphique Janet et ses réactions absolument pas humaines, et Mindy St Claire.

La saison 3 était beaucoup plus faible, grosse baisse de régime, on voit que ça galérait un peu pour trouver des idées.

Bonne quatrième et finale saison, surtout la seconde moitié, j’ai trouvé. Ils réussissent à bien finir alors que c’était loin d’être évident.

Breakfast at Tiffany’s, de Blake Edwards

Un écrivain – qui n’a rien écrit depuis son premier recueil de nouvelles et vit aux crochets de sa maitresse – rencontre sa nouvelle voisine, Holly Golightly, une socialite qui vit de petits boulots et tente de trouver un riche célibataire à épouser. Sous des apparences enjouées et évaporées, Holly cache de profondes angoisses, apaisées par la contemplation de la bijouterie Tiffany, dont le luxe bourgeois lui évoque des jours meilleurs. Les deux vont rapidement se rapprocher et éprouver des sentiments l’un pour l’autre, contrariés par la quête d’un riche mari d’Holly…

J’ai beaucoup aimé, c’est assez cool (bon, si on vire les passages racistes sur le voisin japonais). Les deux persos principaux sont originaux. Si Paul est taillé comme un dieu grec, pour le reste il n’est pas exactement le mec parfait héros de comédie romantique. Holly est aussi super intéressante (et très bien joué par Hepburn), c’est un peu une subversion par anticipation de la manic pixie fairy girl.

Je recommande.

Maleficent II : Mistress of Evil, de Joachim Rønning

C’était assez mauvais. Déjà le premier n’était pas fou, mais là on descend encore plus bas. Ils ont viré les éléments un peu stylés visuellement du premier pour des trucs assez insipides (on perd le côté badass de Maléfique elle même pour en faire une personne fragile au milieu des autres Dark Fey), y’a une adversaire qui est très méchante pour zéro raison, beaucoup trop de temps d’écran pour Aurora qui est insipide au possible.
Y’a probablement 15 minutes à récupérer pour les rajouter dans un Alternate Cut du 1, sinon vous pouvez passer votre chemin.

Midsommar, d’Ari Aster

Un groupe d’amis américains part en Suède assister à la fête du solstice d’une communauté isolée. La communauté s’avère moins sympathique que ce que l’office du tourisme suédois laisse croire. Ça ressemble à un film d’horreur classique, mais les relations entre les personnages du groupe sont largement plus développées qu’habituellement : l’héroïne du film ne devait pas participer au voyage, mais son copain, pour se donner bonne conscience, lui a proposé à la dernière minute de venir en espérant qu’elle décline, sauf que non. Leur relation sacrément dysfonctionnelle (on apprend au début du film qu’il veut rompre depuis longtemps, mais une tragédie dans sa famille à elle fait qu’il n’ose pas) est donc au coeur du film, avec leur incapacité à discuter de leurs problèmes (les torts sont partagés même s’il est clairement le plus fautif dans l’histoire). Ce point empêche toute solidarité dans le groupe d’américain.e.s et facilite la tâche des villageois.e.s qui, à l’inverse, présentent l’image d’une société unie et familiale, travaillant de concert et dans l’harmonie (à zigouiller des touristes). C’est assez beau visuellement, avec un grand ciel bleu perpétuel, solstice suédois oblige, et avec toutes les tenues et bâtiments traditionnels de la cérémonie païenne.

Mudbound, de Dee Rees

Film historique américain de 2017. On suit en parallèle la vie de deux familles dans le Mississippi, une famille blanche qui possède une ferme, et une famille noire dont les membres sont ouvrier.e.s agricoles sur la ferme des précédents. L’histoire se passe durant et juste après la seconde guerre mondiale. Un membre de chaque famille a fait la guerre et ils vont devenir amis malgré le violent racisme du Mississippi.
La photographie est très belle, le contexte pauvre, la boue et la pluie permanente sont bien rendues, on n’a pas du tout envie d’être à la place des personnages. Mais on sait pas trop où le scénario va, on a l’impression que le film veut montrer trop de choses à la foi. Je soupçonne que c’est parce que c’est l’adaptation d’un livre et qu’elle est faite un peu trop scolairement. Il y a trop de points de vue différents, trop de voix off, ça fonctionne pas super bien sous forme de film, il aurait fallu resserrer un peu l’histoire.