Archives de catégorie : Arbres morts ou encre électronique

Squats et Pirates – Chroniques d’occupation à Barcelone et ailleurs, ouvrage collectif

Recueil de témoignages de personnes qui vivent dans des squats, une majorité à Barcelone, mais certains aussi en France, en Amérique latine… ça raconte plein d’histoires d’ouvertures de squats, de la vie de certains squats qui ont tenu plus ou moins longtemps, ce que ça a pu apporter aux personnes vivant dedans ou au contraire les difficultés que ça a pu causer de gérer le squat. C’est super intéressant d’avoir tous ces témoignages juxtaposés qui présentent différentes périodes, différentes zones géographiques ou le squat est plus ou moins bien accepté. Y’a des tons très variables entre le récit très factuel de comment certains ont réussi une ouverture plus ou moins technique, le récit plus dans le ressenti ou dans le bilan de la vie du squat.

Recommandé.

Dans mon cerveau comme à la maison, de cht.am

Bande dessinée française parue en 2024. L’auteur.e parle de son rapport à sa propre psyché, en comparant différents éléments (l’égo, l’imagination, le rapport aux autres, les émotions) aux pièces d’une maison. Iel parle de sa dépression (je l’ai rangée dans ma bibliothèque à côté de C’est comme ça que je disparais, de Mirion Malle), du rapport à son corps et à ses TCA. C’est pas des sujets légers mais la bande dessinée est très bien, dessinée avec seulement 3 couleurs primaires et du noir et blanc. Pas de cases, tout est à chaque fois en pleine page.

Recommandé pour quand ça va mentalement.

Le Marche-Lune, de Simon Spruyt

Bande dessinée française parue en 2026. Dans la Mésopotamie antique, une extraterrestre émissaire d’une civilisation galactique s’incarne sous la forme d’une prêtresse d’Ishtar pour observer les humain.es, et surtout pour retrouver son prédécesseur qui a rompu la clause de non-intervention, frustré par l’absence de développement de la civilisation humaine. Elle va interagir avec les humain.es de l’époque et l’IA qui la conseille.

J’ai bien aimé ! Dessin très beau, traitement réussi, histoire de SF « historique » qui fonctionne, avec une vibe « toute technologie suffisamment avancée… » qui sert surtout à montrer l’Antiquité (les observateurs n’étant pas censés interférer dans le développement des civilisations qu’iels croisent, il n’y a qu’un tout petit peu de SF qui apparait, en dehors du dialogue interne avec l’IA)

Recommandé !

La Colonie, d’Annika Norlin

Roman suédois paru en 2025. Suite à un burn-out, Emelie plaque tout pour aller vivre dans une tente dans la forêt. Elle découvre qu’une communauté de 7 personnes vie dans la forêt pas loin de sa tente, 7 personnes en marge du monde mais qui ont l’air parfaitement au calme dans leur existence alternative. On va suivre à la fois le rapprochement d’Emelie avec la communauté et l’histoire qui a mené cette communauté à se constituer.

J’ai bien aimé ! Y’avait des passages humoristiques inattendus, la dérive progressive de la collectivité est bien amenée (on aime bien tous les personnages et on voit les glissements progressifs sans qu’ils paraissent trop absurdes (sauf peut-être l’histoire de Zakaria), et le résultat final bien creepy (mais avec des côtés attirants quand même, surtout du point de vue d’Emelie qui voit bien la proximité entre les différents membres de la Colonie). Le personnage de Sara est particulièrement réussi.

Recommandé si vous voulez lire de la littérature suédoise.

Moon Palace, de Paul Auster

Roman étatsunien paru en 1989. Marco Stanley Fogg est un orphelin élevé par son oncle clarinettiste, et qui part étudier à l’université de Columbia à New York. Après une période à vivre dans la rue, il est embauché par un vieil homme excentrique qui lui demande de coucher par écrit les péripéties de sa vie. S’ensuit un récit enchâssé, avant de revenir à la vie de Fogg et à la façon dont elle va s’entrecroiser avec celle de son employeur.

Agreable à lire et l’histoire est bien menée, mais rien de particulièrement saisissant non plus. Les persos masculins sont réussis – on y croit malgré leurs péripéties invraisemblables, mais par contre les féminins sont complètement archétypaux.

Les Guérillères, de Monique Wittig

Roman français paru en 1969. On découvre par fragments la vie d’une communauté de femmes dans un futur indéterminé et utopique. Une bonne partie de leurs journées sont consacrées à des jeux ou des cérémonies ou des récits, la vulve et le clitoris sont placés au centre des mythes (mais certaines disent que c’est un état transitoire qui doit servir à dépasser un ordre ancien, mais qu’il ne faut pas à termes se focaliser sur un corps fragmenté).

C’était sympa à lire mais en 2026 on tombe pas à la renverse en lisant un roman sur des communautés féminines, ni en lisant une utopie post-apo.

Crux, de Gabriel Tallent

Roman états-unien paru en 2026. Dan et Tamma vivent dans le désert du Mojave, proches du parc national de Joshua Tree. Iels ont 17 ans et l’escalade comme passion partagée. Mais iels viennent de familles de white trash et ont zéro argent pour acheter du matériel. Donc iels font du bloc avec des chaussons récupérés dans une poubelle, sans crashpad, avec juste l’un l’autre pour assurer une parade. Leurs mères étaient amies autre fois mais ne se parlent plus depuis 10 ans, et leur deux familles sont dysfonctionnelles chacune à leur façon (Anna Karenina TMTC). On va suivre au fil de leur année de lycée l’évolution de leur pratique de l’escalade, et de tout ce qui va tomber sur leurs deux familles.

J’avais énormément aimé le premier roman de Tallent, My Absolute Darling. Ce second roman est plaisant à lire, mais clairement pas au même niveau. La relation entre les deux personnages principaux est bien caractérisée, et leurs péripéties, que ce soit les sessions de grimpe ou les péripéties familiales sont bien décrites (ya quelques moment où j’ai poussé des cris d’horreur en lisant, sur des descriptions de chutes depuis des blocs notamment), mais les personnages ne sont pas très crédibles, avec leurs discussions ultra référencées alors qu’ils sont supposés venir d’un milieu pauvre et isolé.

Les questions au centre du roman, « qu’est ce qui vaut la peine d’être vécu, comment se comporter quand toutes les options semblent impossible, et en quoi l’escalade est une métaphore de la vie » sont idéales pour un récit de coming of age, mais peut être posées un peu trop académiquement. Un des éléments que j’ai trouvé particulièrement réussi par contre est la relation de Tamma à ses neveux et à sa sœur et la façon dont ça rentre progressivement dans le focus du roman.

Mansfield Park, de Jane Austen

Cendrillon by any other name.

Roman anglais publié en 1814. À l’âge de 10 ans, Fanny Price est envoyée vivre sur la propriété de son oncle Sir Bertram. Elle va y faire l’apprentissage des us et coutumes de la petite noblesse anglaise, et grandir aux côtés de ses quatre cousins Tom, Edmund, Maria et Julia. Persuadée de leur être inférieure et largement encouragée dans cette croyance par sa tante Mr. Norris, Fanny va tomber amoureuse de son cousin Edmund, le seul a lui montrer un peu de considération. Mais il va lui tomber sous le charme de la soeur d’une voisine, Mary Crawford. Ce triangle amoureux et quelques autres vont se résoudre dans le milieu corsetée de la noblesse du début du XIXe siècle…

J’ai bien aimé ! La situation de Fanny est un peu caricaturale, laissée à elle-même dans une famille où la plupart des membres sont quand même assez idiots. Mais les portraits des personnages fonctionnent bien, mention spéciale à la tante Norris. Les relations familiales sont aussi bien mises en scène (you heard it here first, Jane Austen est douée pour écrire des relations familiales !), l’influence étouffante du pater familias qu’est Sir Bertram sur ses enfants est bien retranscrite, ainsi que l’isolement dans lequel se trouvent les femmes des deux générations.

L’arrière-plan du livre avec la fortune de Sir Bertram qui vient de ses possessions à Antigua m’a pas mal fait penser à Albion, quie j’ai lu récemment – et visiblement Mansfield Park a été une grosse source d’inspiration pour Anna Hope, donc c’est assez logique. Vous pouvez lire Albion comme la suite de l’histoire de la propriété de Mansfield 200 ans plus tard.

J’ai levé un sourcil sur le fait que le happy ending du livre ce soit d’épouser son cousin, mais bon je suppose que c’est normal pour la noblesse anglaise. Et Fanny est présentée généralement comme un personnage plutôt conservateur avec un grand sens de la morale bourgeoise.

Recommandé si vous aimez la comédie de mœurs anglaise.

Visqueuse, de Morgane Caussarieu

Roman fantastique français paru en 2024. Dans l’entre-deux guerres, en Franche-Comté, Arsène trouve dans un marais une femme-serpent. Persuadé d’être tombé sur la vouivre des légendes, il la séquestre dans sa cave. Sa fille va se prendre de pitié pour la créature, qui lui semble sortie des films de monstre qu’elle va voir au cinéma du village.

Il y a une vibe intéressante, le fait de placer une histoire fantastique dans la France de l’entre deux guerres fonctionne bien (Adèle Blanc-Sec l’avait certes déjà prouvé), la variation de ton entre l’explication fantastique dure et une version plus « il y a une explication scientifique derrière tout ça » est réussie. Par contre les mentions répétées de scènes d’agressions sexuelles c’était pas trop ma came.

Au large des vîles, de Lucie Pierrat Pajot

Roman de science-fiction français paru en 2024. C’est de la littérature jeunesse au sens où les héro·ïne·s sont jeunes, mais sinon ça se lit à tout âge. Au XXIIe siècle, la Terre est dans un sale état, les continents ravagés par les impacts du changement climatique et des épidémies libérées par le dégel du permafrost. Deux échappatoires : pour les plus riches, les vîles, des villes flottantes qui offrent à leurs citoyens des enclaves tranquilles loin du tumulte du monde. Pour les autres, la Dentelle, une réalité virtuelle, où la Lemnistic Artefacts offre même aux plus doués de vivre à temps plein. On va suivre les tribulations de Prime, né du bon côté de la lutte des classes mais qui déteste le monde réel et voudrait vivre dans la Dentelle, et Bunny, qui vit sur un îlot-décharge, où elle trie les plastiques de l’Ancien Monde pour permettre la fabrication du lemnistique, une matière miraculeuse et recyclable à l’infinie. Évidemment leurs chemins vont se croiser…

Je n’ai lu que le tome 1 pour le moment, mais j’ai bien aimé (comme la série précédente de Lucie Pierrat-Pajot, Les Mystères de Larispem, d’ailleurs). L’univers maritime du XXIIe siècle est bien rendu, les révélations arrivent progressivement et les personnages ont une vraie profondeur (surtout Bunny).

Recommandé !