Dernier weekend, dernière chance de voir la vie sauvage.
Nous sommes donc allé-e-s à Amboseli, parc naturel quasi au pied du Kilimandjaro.
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Thomson’s Fall
Ten days to go.
C’est le rush final avant le retour en France. Quoi, le boulot ? Non, je parle de tenter de faire un maximum de trucs dans les jours restants. Or donc hier c’était le weekend, et qui dit weekend dit excursion (en tout cas qui le dit autour de Janis Joplin, qui déborde décidément d’énergie).
Nous voici donc parti-e-s vers Nyahururu, ville de montagne (2300m) où l’ont peut trouver la Chute de Thomson, du nom de l’anglais qui l’a « découverte » (les kenyans passant à coté depuis 10 000 sans rien voir, je suppose). Départ aux aurores (bon, à huit heures et demi, mais pour le weekend c’est l’aurore), trois heures et demi de voiture en perspective. Passage sur les bords de la Vallée du Rift, vue magnifique (et pas de photos, j’ai tenté mais ça ne donnait rien). Quelques camions dont le moteur a lâché dans les côtes, quelques nids d’autruches (oui, à cette échelle on ne parle plus de nids de poules), mais Janis est une conductrice émérite et notre monospace se joue des obstacles.
Nyahururu, donc. Eh bien c’est simple, ça tient en quatre rues et un rond-point. Nous sélectionnons un point de chute, le Corner Lodge, qui a l’avantage d’une cour intérieure où garer la voiture, puis nous partons déjeuner.
Je tente le curry de poulet. Visiblement personne ne leur a jamais expliqué ce que c’était qu’un curry, parce que l’on m’apporte un poulet à la provencale (nonobstant, très bon). Janis déclare que c’est la première fois que l’on lui sert des samossas ratés. Bon. On tentera un autre restaurant ce soir.
Nous nous dirigeons vers la chute, et sommes apostrophé-e-s par les vendeuses de souvenirs. On promet de revenir après avoir vu les chutes. Nous payons notre écot de 200 shillings (~1€80). Effectivement, 70m de dénivelé, c’est assez grandiose. Un sentier/escalier permet d’arriver au pied. On a une impression de jungle impénétrable alors que la ville est à 100 mètres, c’est assez impressionnant. Nous mitraillons à qui mieux mieux avant de remonter. Bar adjacent, sodas, parties de manille (jeu qui se joue à deux avec 32 cartes et bien plus intelligent que la bataille. D’un autre coté, c’est pas très difficile).
Le lendemain, rando sur les hauteurs. À part de multiples points de vue sur les chutes, il n’y a pas grand chose à voir. Ca aurait valu le coup d’inclure le passage à Nyahururu dans un roadtrip un peu plus large. Déjeuner rapide, retour en voiture. Le long d’une corniche, embouteillage qui nous fait poireauter une heure. On en profite pour lire (Janis Le Trône de fer, moi Freedom de Jonathan Frazen).



L’ascension du Mont Kenya
Ça a commencé par de vagues projets, comme toujours. « Ce serait sympa de, un des trucs que je voudrais faire c’est ». Puis ça c’est lentement concrétisé. « On pourrait faire ça le tant, je connais un gars qui ». Et finalement c’était là, devant nous comme une évidence : on allait grimper le Mont Kenya. Le matériel avait été récupéré aux quatre coins de Nairobi parmi les gens qui avaient l’ascension, et nous étions vendredi matin en train de contempler deux voitures avec sept paires d’yeux. Il a fallu arrêter de contempler et rentrer dans les voitures, prendre la route de Thika, puis obliquer vers Nyeri et Nanyuki, où le guide et les porteurs nous ont rejoint.
Nous sommes rentrés dans le parc naturel qui entoure la montagne par la porte Nord : c’est la plus éloignée de Nairobi, mais la voie jusqu’au sommet est la plus courte, et nous n’avons qu’un weekend. Pour la même raison, nous continuons en voiture jusqu’au premier camp, Old Moses. Une des voitures fume un peu, le voyant de température s’allume. Avec Mitterand (les membres de l’expédition auront pour pseudonyme des présidents français), prof d’histoire géo au lycée français de Nairobi, nous décidons de finir à pied pour alléger les voitures. Deux heures de marche pour se mettre en jambe ce premier jour. Le camp est spartiate, le cuistot nous fait deux kilos de riz pour repas, et nous faisons un whilst pour tuer le temps.
Nous nous couchons tôt pour nous lever à 6h. Riz au petit déjeuner (avec du thé et des fruits, tout de même). Départ pour Shipton Camp, le camp au pied du sommet. La végétation change peu à peu au cour de la marche, pour devenir franchement extraterrestre. Les roches présentent d’énormes cristaux : le Mont Kenya est un ancien volcan créé par l’ouverture du Rift, et les roches doivent être des trachytes et des kenytes.
Pique nique au bord de la rivière coulant au fond de la vallée que nous remontons, puis c’est reparti. Arrivée à Shipton à 14h, sieste, gouter, whilst, dodo vers 19h.
Dernier jours, 3h30. Réveil douloureux, quelques symptômes du mal de montagne : maux de tête, nausée … Il faut dire que l’on a grimpé de bons dénivelés. Mais ce n’est encore rien. On se prépare et l’on déjeune à la frontale, et à 4h nous voilà prêts à grimper jusqu’à Lenana, troisième plus haut pic du mont et le seul accessible sans matériel d’escalade. Il nous faut y être pour 6h30, afin de ne pas rater le lever de soleil. On est emmitouflé dans plusieurs épaisseurs, gants et cagoules sont de mise. L’aube nous rejoint en route, et nous atteignons le sommet (à tout de même 4985 mètres) quelques minutes avant le soleil (pour cinq d’entre nous, VGE et Janis Joplin peinant un peu, ils arriveront vingt minutes après). C’est beau, mais il fait froid et on redescend au bout de vingt minutes (Mitterand aura quand même le temps de fumer une cigarette). La descente est plus pénible que la montée, et semble prendre une éternité. On ne s’attarde pas au camp : après trois quart d’heure pour finir les sacs, manger un morceau et reprendre des forces, on embraye sur la redescente vers Old Moses, au pas de course. Enfin, voiture jusqu’à Nairobi, et nuit réparatrice avant de repartir au boulot le lundi matin.
Y’a plus de saisons.
Nous venons donc d’avoir une chute de grêle à Nairobi. Par 25°C, oui. Accessoirement, mes essais aux champs sont probablement morts, couchés par terre.
Voila voila.
Travail de la Terre et Tournoi de Tarot
Bon, bon, bon. Je n’ai pas posté depuis un certain temps (l’ouverture du blogueur qui ne va rien dire dans le post et attendre encore deux semaines avant d’en écrire un autre)
Que vous dire ? Les essais aux champs n’ont jamais été aussi proches (pour rappel, ils vont durer trois mois et je pars dans un mois) : on a délimité les parcelles, commencé à couper les filets, sarclé le terrain… Mais bon, c’est toujours pas transplanté, et visiblement mon expertise en travail aux champs est nécessaire pour que la moindre manœuvre se fasse. Étant donné que les gens avec qui je travaille passent leur temps à faire ce genre d’essai et que c’est mon premier, j’aimerai un peu d’initiative de leur part (et en plus, à donner les ordres en tant que blanc qui n’y connait rien aux mecs qui font ça depuis dix ans, je me sens tout sauf légitime.)
Sinon hier soir nous sommes allés (« nous » étant Babar, sa thésarde Janis Joplin, arrivée dimanche et ici pour deux mois, et moi-même) faire un tarot chez un ami de Babar. Avec ma tendance à la sociabilité j’y suis allé en trainant un peu des pieds, mais au final ce fut une super soirée. Le rhum arrangé n’a rien gâché. Et puis j’étais un peu en mode « J’en ai marre je veux rentrer », ça m’a remonté le moral. Et il semblerait que je m’améliore enfin en tarot.
Sinon j’ai vu Django Unchained, j’ai revu le Nom des Gens et j’ai commencé la série In Treatment.
Famille d’accueil
Bon, il est peut-être temps que je parle un peu de celleux que je côtoie quotidiennement, la famille de mon maitre de stage. Pour préserver leur anonymat, leurs noms seront remplacés par ceux de la famille du roi des éléphants.
Ils ont quelques années d’Afrique derrière eux puisqu’ils ont connu le Tchad, la Côte d’Ivoire et le Bénin. Ils ont été rapatriés quand les situations sont devenus un peu trop explosives, ils sont basés sur Montpellier quand ils sont en France. Babar et Céleste fêtent aujourd’hui leurs 22 ans de mariage, donc joyeuses noces de bronze à elleux. Ils passent leur temps à se chamailler et à s’asticoter l’un l’autre, c’est mignon ils ont l’air d’être juste marrié-e-s.
Babar est donc chercheur au CIRAD, parmi les derniers qui auront connu la facette développement et expatriation du CIRAD, comme il aime le dire. Il a pas mal bougé, comprend bien l’anglais mais le parle avec un accent bien français (bah oui, il a surtout été en Afrique de l’Ouest, francophone).
Céleste parle bien mieux anglais : elle a vécu un an en Floride, ça aide. Elle est artiste, toujours des tas de projets en cours, participe au journal des francophones de Nairobi, dessine, sculpte…
Tous deux sont de gros lecteurs et plus généralement de gros consommateurs de culture : la maison est remplie de CD, de DVD, de livres et de mangas. J’ai notamment toutes les adaptations filmées des Jane Austen sous la main. De manière générale nous avons des intérêts convergents mais complémentaires, ce qui fait que mon disque dur externe a été un apport bienvenu.
Un autre point qui vaut le coup d’être mentionné est qu’els sont très friand-e-s de jeux de société : tarot, carrom, Dragon Vert, Scopa, Donjons & Dragons, Colons des Catanes, Scrabble… Il y en a pour tous les goûts. À la base c’est pas trop ma tasse de thé, mais à Rome je fais comme les Romains, et je dois dire que je m’amuse bien. J’ai fait mes premiers scrabbles (FIERTÉ), j’ai gagné des (bon, une) partie de tarot, j’affine mon carrom (on a pas du tout le même set de règles, mais on fait avec).
Les enfants, maintenant.
Alexandre, l’ainé, est en université à Rennes. Il est venu voir ses parents pour les vacances de Noël, et est reparti hier soir. Il est très sympa, le courant est bien passé, il dort beaucoup. En cinq jours j’ai pas grand chose de plus à dire.
Pom, le second, est au lycée français de Nairobi. Il envisage une université parisienne pour l’année prochaine, fait de la canne de combat, va escalader le Mont Kenya avec sa classe, joue en ligne et est ravi que je lui aie passé les Sherlock et les Misfits. Il fait pas mal de jeu en ligne, LoL, Guild Wars…
Enfin, Flore, la dernière, est aussi au lycée Denis Diderot. Elle envisage une école anglaise l’année prochaine, pour améliorer son anglais, être plus proche de la maison et avoir une meilleure ambiance de classe. Elle regarde beaucoup de films, est la seule de la maison sans ordi personnel, ce qui la frustre un peu, elle dessine et accumule des cahiers de culture et trivias.
On peut aussi compter dans la famille le « personnel de maison », que l’on nommera Luke, Léia et Han (mais aucune relation familiale ou amoureuse n’est impliquée ici). Luke, le gardien, doit avoir dans les 55 ans. Il fait l’intendance, le jardinage, vaguement le gardiennage (mais il y a aussi les gardes d’une société privée). Léia, la cuisinière, fait une excellente soupe potiron/gingembre dont je suis déterminé à me procurer la recette. Elle a aussi une technique de cuisson du riz qui est bien meilleure que tout ce que j’ai gouté comme riz jusqu’alors et qui ne laisse pas d’eau dans la casserole. A acquérir aussi.
Enfin, Han Solo, le chauffeur, a 28 ans, une femme et une fille. Je discute avec lui durant les trajets pendulaires (on est tous les deux devant pendant que Babar bosse sur son ordi à l’arrière). On discute politique kenyane, circulation, émissions qui passent à la radio, cout de la vie au Kenya et en France…
Et a priori je quitterai ce cocon bien douillet qui me donne l’impression de vivre à nouveau chez mes parents d’ici quelques jours pour me mettre en coloc avec Rataxes, un thésard français qui bosse aussi à l’ICIPE. Mais je compte bien revenir sur les weekends pour emprunter des mangas et des films, et pour jouer le support technique informatique, échanger des séries et jouer au tarot.

Zanzibar : Last Day.
Cinquième et dernier jour.
Je rend ma chambre mais négocie pour laisser mon sac à l’hôtel pour la journée. Mon avion est à 19h20, je partirai vers cinq heures. Mais il me reste peu de batterie sur mon baladeur mp3 et peu de pages à lire, il va donc falloir occuper la journée. Je visite l’ancien dispensaire anglais, dans lequel de l’art local est exposé. Je vais acheter des cartes postales. Je visite le fort arabe, quatre tours, quatre murs et un champ au milieu. Je retourne me poser sur la plage. J’arpente la ville dans tous les sens. Rien y fait, les minutes passent comme des heures. En désespoir de cause, je pars déjeuner à midi pile. Je rentre dans un bar. Visiblement, il a connu des jours meilleurs. Je suis le seul client, il n’y pas deux chaises en plastique appareillées, un mec dort sous un des ventilos. La serveuse prend ma commande, je détaille le décor. Deux frigos qui contiennent des bières, dont de la Tusker (bière kényane, en Tanzanie on boit de la Kilimanjaro ou de la Safari), une étagère d’alcools forts avec du VAT 69 (whisky premier prix indien, sert aussi de carburant aux tracteurs de la révolution verte), une banderole « Happy New Year » qui a l’air d’être resté là pendant un an, des ballons de baudruche à moitié dégonflés accrochés sur les murs. En fond sonore, les infos en anglais et en swahili, alternativement. Je commence à somnoler, le regard sur la nappe et ses brulures de cigarette. La serveuse revient, me dit que ce sera bientôt prêt, et part changer la radio. Elle lance un CD de chant de Noël de Roy Orbison. Dreaming of a White Christmas, Jingle Bells et Let it Snow s’enchainent. L’ambiance est carrément devenue surréaliste. Mon plat arrive, c’est un délice. Quelques grains de sable dans le riz, mais les feuilles d’épinard avec une sauce coco/curry sont succulentes.
Je ressors, treize heures. Plage à nouveau, cybercafé, exploration méthodique de chaque petite ruelle. Je réordonne les contacts dans mon répertoire téléphonique, je supprime d’ancien textos ; le temps ne semble toujours pas vouloir couler.
Les vendeurs ambulants m’auront laissé étonnamment tranquille, pour un touriste désœuvré. Mais je suppose que le T shirt que je portais (blanc avec une étoile rouge et Russian Spring d’écrit : c’était le plus Noëlique que je pouvais faire) les a repoussé : chacun sait qu’il ne faut pas embêter les russes.
Enfin, il est cinq heures. Je repasse à l’hôtel, récupère mon sac et part à la gare routière. Je cherche le daladala pour l’aéroport. Un homme me l’indique, puis me demande de payer les 3000 Tsh pour prix de la course. Plait-il ? Je me suis renseigné, le trajet coute 300Tsh. Je lui dis, il me dit que celui là est un express, à l’aéroport en 20 minutes. Je lui répond que je m’en fous. Je fais mine de sortir, il me dit que 1000 Tsh seront suffisant. Je lui réplique que non, certainement pas, 300Tsh ou rien. Il hausse les épaules et s’en va. Le daladala démarre, le contrôleur, le vrai, me demande le prix de la course, je lui file 1000 et il me rend 700, tout va bien.
Formalités d’aéroport expédiées en 10 minutes, échange de Merry christmas avec les autorités, lecture, avion, formalités d’arrivée (passées en un dixième du temps de ma première entrée au Kenya), taxi, maison, réveillon, Time’s up, dodo.
Zanzibar : Stonetown & Kidichi
Quatrième jour.
Réveillé vers huit heures, il fait déja chaud. Petit déjeuner à l’hôtel (fruits, saucisses et oeufs, ou le Commonwealth sous les tropiques). Consultation du Routard, je décide de partir vers Kidichi, ou un sultan aurait construit des bains à la turque pour Schéhérazade (eh oui, Zanzibar a été un sultanat et l’influence arabe s’y fait toujours sentir. 97% de la population est musulmane, notamment).
Daladala jusqu’à Bububu, petit village côtier (non, moi non plus je ne sais pas comment on fait pour décider d’appeler un village Bububu sans se sentir ridicule ; c’est le seul toponyme de l’île qui semble sortir des Teletubbies, les autres sont parfaitement normaux). Je décide ensuite de faire les trois kilomètres restant à pied plutôt que de reprendre un daladala : ça me fera faire un peu d’exercice et ce sera un peu plus fun. Visiblement je suis le seul touriste à avoir jamais fait ça, vu le nombre de regards étonnés et de début de conversations que j’ai eu (conversation sur le mode : « Jambo,why are you walking? -I like walking. -Yeah walking is good. Where are you going? -Kidichi Baths. -Yeah, it’s that way. XXX kilometers. Bye!« )
À un moment il se met à pleuvoir. Je me refugie sous l’auvent d’un magasin. A coté de moi, deux jeunes enchainent les parties de dames (qui semblent être le jeu national de Zanzibar). Pour plateau ils ont un bout de polystyrène avec les cases noires (enfin, bleues) coloriées au feutre, et pour pions des bouchons de bouteilles (précisons que les deux grandes marques d’eau de Zanzibar ont des bouchons respectivement blancs et bleus). C’est le jeu parfait, puisqu’une dame est clairement reconnue en retournant le bouchon, et que les pièces sont hyperfacilement remplaçable en cas de perte.
La pluie s’arrête, je repars. Arrivée aux ruines. Pas de guérite, de tarifs, de clôture, un mec dans le coin me dit qu’il va me faire visiter. Effectivement, il a la clef qui ouvre les bains. Dedans, une étuve. Je sue à grosses gouttes pendant qu’il m’explique dans un anglais qui glisse vers le swahili la fonction des différentes pièces. Nous avons vite fait le tour, il n’y a que trois pièces.

Nous ressortons, je lui file 1000Tsh, je me pose au bord de la route pour attendre le daladala du retour. Un homme engage la discussion, me propose de goûter le jackfruit qu’il est en train de manger. C’est vachement bon. Un autre homme arrive. Sourire ravi quand je dis que je suis français : il est en train d’apprendre. Effectivement, il a dans les mains un manuel qui doit dater des années 50 et un cahier de notes ; je lui traduit les phrases qui restaient incompréhensibles (« Vos papiers, s’il vous plait » est la seule dont je me souviens : effectivement, hors contexte c’est un mystère parfait)

Retour à Stonetown, errance sur le marché et achat de dattes, pour maintenant et pour ramener pour Noël. Déjeuner dans un restaurant indien. Hôtel, tentative de sieste mais il fait trop chaud :
À lire avec la voix de Bernard Lavilliers
23 décembre. Réfugié dans ma chambre d’hôtel à Zanzibar, j’écoute les gouttes de pluie se méler aux notes lancinantes de la guitare de Black Magic Woman. « Thank God for the rain« , comme disent les zanzibaris. Elle a chassé un peu de la chaleur implacable de l’après-midi. Un peu seulement, et sans le ventilateur qui agite les pans de ma moustiquaire, je serais incapable de bouger un membre. Sortir ? N’y pensons même pas. Si encore je n’avais pas mangé chez cet indien, je pourrais me trainer jusqu’au cybercafé pour consulter mes courriels un soda à la main, vaine tentative de récupérer les liquides perdus. Mais là, non, dormir est la seule solution.
Finalement, vers quatre heures, retour au cybercafé. J’enchaine les sodas et les pages web. Puis passage à la plage, mer toujours aussi turquoise. Diner dans un italien, retour à l’hôtel armé d’une bouteille d’eau.
Zanzibar : De Jambiani à Stonetown
Troisième jour à Zanzibar, je devais remonter depuis Jambiani et rallier la capitale. Pour ça, soit c’est le taxi à quarante dollars, soit le daladala à 2000 shillings tanzaniens, c’est-à-dire un euro. Le choix fut vite fait. Me voilà donc à 9h du matin sous l’arbre du village, à attendre le passage du daladala. Autour de moi un bon nombre de gamin-e-s, quelques femmes et de temps en temps un ado qui passe en vélo. Tou-te-s les gamin-e-s me disent « Jambo », vaguement intrigué-e-s. Et une petite fille, plus audacieuse, qui vient m’offrir une à une toutes les saletés qui trainaient sur la place en me répétant « Jambo » avec chaque remise en main. J’ai posé soigneusement chaque noyau de mangue et chaque bouteille de plastique à coté de moi. Ensuite elle m’a tenu des discours interminables en kishawili, en me retendant un des déchets de temps en temps.
Le daladala est enfin arrivé. Le daladala c’est un gros pickup. Il y a deux bancs sur le hayon, une bâche tendue sur des arceaux, et roulez jeunesse. Au fur et à mesure des arrêts, on s’est entassés sur les bancs. A mi-parcours la pluie s’est mise à tomber. On a descendu les cotés de la bâche, réarrangé les fagots de bois sur le toit, et on a continué.
Arrivée à Stonetown dans le marché. Je ne sais pas du tout où je suis, je marche un peu au hasard jusqu’à tomber sur le port. Je longe la côte, puis m’enfonce dans la vieille ville. Je comptais aller dans une guesthouse notée dans le Routard, mais à force de déambulation je tombe sur une autre qui avait l’air sympa. Je rentre, chambre à 25$. Parfait, je pose mon sac et part déambuler ; je m’arrête rapidement pour déguster une glace.

Je repars explorer. La température monte rapidement, je pars faire une sieste sur les heures les plus chaudes. Passage dans un cyber café qui vend des sodas pour 0.25$ pièce. Chinage pour trouver un livre lisible ; seulement deux librairies dans la ville, une fermée, et l’autre ne propose pas grand chose comme fiction, et à des prix prohibitifs ; je finis par trouver deux trois boutiques qui proposent une trentaines de livres d’occasion. Je négocie The Subtle Knife, le second tome de His Dark Materials pour 7000 shillings.



Je décide de finir la journée tranquillement dans un bar huppé, face au coucher de soleil. Le Routard le vend comme un endroit haut de gamme, et effectivement les prix sont haut de gamme. Sauf que. Sauf qu’une demi heure après mon arrivée, l’endroit est submergé par une horde de touristes (notamment italien-ne-s) en marcel/short qui vont boucher la vue de tout le monde pour se prendre en photo devant le coucher de soleil et danser avec le groupe de musique traditionnel en poussant des rires gras. Le mojito semble sans alcool, et le vase déborde avec une saleté de gamin qui dépose son coca vide sur ma table juste devant moi avec la bénédiction de papa-maman. J’ai payé et je me suis barré. Je pars manger sur les stands locaux dans les jardins de Forodhani. Je discute avec un jeune local qui veut devenir docteur, prend des cours de langues dans une université privée locale et m’énonce les nombres en swahili et me déclare son amour de l’Olympique Lyonnais. Retour à l’hôtel, dodo.
Zanzibar : Jambiani
En décalé, je vais vous narrer mes péripéties zanzibaries. Je suis parti cinq jours là-bas, du 20 au 24, parce qu’il fallait que je sorte du Kenya pour renouveler mon visa et que tant qu’à faire autant aller à Zanzibar.
20 décembre, 4h45 du matin. Mon réveil sonne, je maudis les inventeurs de l’aéroport et de la clepsydre dans un même mouvement. Je repousse les couvertures, je titube jusqu’à la cuisine, je me donne forme humaine tant bien que mal. J’attrape mon sac, je monte dans le taxi, me voilà parti.
Aéroport, 6h15 du matin. Les formalités ont pris une vingtaine de minutes, comme toujours. J’ai une heure quarante à tuer dans l’aéroport désert, comme toujours. L’avion arrive, nous descendons sur le tarmac pour le rejoindre. Un coucou avec deux hélices sur les ailes, qui n’a pas l’air des plus jeunes. Dedans, une odeur tenace, qui donne l’impression que quelqu’un a uriné sur les sièges en similicuir. A la réflexion, c’est probablement ce qui c’est passé. Ambiance.
Mon voisin est prostré sur son siège, les écouteurs enfoncés au plus profond des oreilles. Il ne doit pas aimer les décollages. L’avion se positionne face à la piste, les hélices accélèrent leur rotation, nous décollons. Une dizaine de minutes après le décollage, le bruit des hélices change soudainement. On entend un hoquet de terreur collectif dans la cabine. En fait, rien. Les moteur étaient probablement passé du régime de décollage au régime de croisière.
Après une heure quarante de vol, nous atterrissons à Dajarani, l’aéroport d’Unguja (Unguja étant l’île principale de l’archipel de Zanzibar, oui j’ai potassé mon Routard). Un chauffeur m’attend (eh, tant qu’a vivre des vacances luxueuses, autant assumer sa classe sociale jusqu’au bout), nous partons pour Jambiani, petit village de la côte Est.
Arrivée à la guesthouse, Dudé’s Guesthouse. Petite chambre tranquille, avec lit, moustiquaire et salle de bain. Hamac devant la maison, que j’annexe mentalement dans la seconde. Je pose mes affaires et part sur la plage, à 20 secondes à pied. Mer turquoise, palmiers, sable blanc, le package cliché est présent.
Je m’enduis de crème solaire pour affronter l’astre du jour, et je m’avance dans la mer. Et je m’avance. Et je m’avance. A cent mètres de la plage j’ai toujours de l’eau aux genoux seulement. Je finis par me résigner et m’allonge dans les quarante centimètres (et autant de degrés Celsius) d’eau et barbote.
Je déjeune sur la plage d’un poisson parfaitement grillé. Sieste et lecture dans le hamac et un problème apparait : voyageant léger, je n’ai pris qu’un seul livre (Hard Magic de Larry Correia, une histoire de magie et de détective privé dans les années 30). Et je le lis bien plus vite que prévu. Visiblement, ma vitesse de lecture en anglais a subrepticement rattrapé ma vitesse de lecture en français. À mon grand dam. Parce que les librairies ne courent pas vraiment les rues à Jambiani (les librairies ne courent nul part, me direz-vous, mais vous m’avez compris).
Le soir, bar, avec un grand drapeau de la Jamaïque en fond visuel, du reggae en fond sonore et un rasta en barman. Il me semble qu’il y a une thématique dans tout cela, mais je n’arrive pas à saisir laquelle. La décoration est complétée par trois guirlandes de Noël, jaune, verte et rouge qui entourent un pilier. En face, la mer dans l’obscurité.
Le lendemain ressemblera comme deux gouttes d’eau au précédent : plage, hamac ; hamac, plage. Je déjeune d’une noix de coco que l’on va me chercher dans l’arbre, je dîne d’un calamar. Demain ce sera la remontée vers Zanzibar Town…





























