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The Glass Hotel, d’Emily St. John Mandel

Idea for a ghost story.

Second roman d’Emily Saint John Mandel. Pas de pandémie cette fois-ci, mais quelques éléments qui laissent penser qu’on est dans le même univers (Miranda revient dans celui-ci, mais en tant que personnage secondaire d’un des fils narratifs), ou plutôt dans une version différente du même univers (un chapitre prend place dans un 2029 clairement non-postapocalyptique, et le livre revient plusieurs fois sur des questions d’univers parallèles ou d’uchronies, évoquant notamment une uchronie pandémique).

On retrouve le thème du commerce maritime et des conséquences sur celui-ci de la crise de 2008. Plus généralement, le livre se concentre sur une arnaque de Ponzi et ses conséquences sur plusieurs personnes. Il parle aussi du fait de voir les fantômes des gens qu’on a connu, un point qui prend progressivement de plus en plus de place dans l’histoire.

Globalement, j’ai beaucoup aimé, je l’ai lu en moins de 24 heures. La narration passe facilement d’un personnage et d’une époque à l’autre, reconnectant peu à peu tous les fils disparates du début. J’ai aussi aimé les diverses réflexions ou évocations sur des uchronies personnelles (« The Counterlife« ) ou des pays se recouvrant les uns les autres (« the kingdom of money« , « the shadow country« ). Ça évoque un peu du China Miéville, mais ici ce ne sont que des évocations des personnages, pas des mécaniques narratives de l’œuvre (mais on sent que ça travaille l’autrice, je ne serai pas surpris qu’elle écrive un roman de weird fiction avec ces thèmes, dans le futur). Une partie du livre parle aussi des gens qui vivent dans des véhicules aux US, ça m’a fait penser à Nomadland (et je ne serai pas étonné qu’ESJM l’ait lu).

The Little Friend, de Donna Tartt

Un épais roman qui se passe dans le Mississipi des années 70s. Harriet Cleve Dufresnes, benjamine d’une famille anciennement aristocratique du Sud, décide de trouver qui a tué son frère 12 ans plus tôt et de punir le meurtrier. Résumé comme ça on dirait un polar, mais à part que c’est la motivation principale d’Harriet, le livre s’éloigne rapidement de l’enquête policière. Harriet a 12 ans. Même si elle est intelligente et pleine de motivation sa conception de l’enquête est très personnelle, et ses idées partent dans tous les sens. Et de plus, sa conception enfantine de la justice va rapidement se heurter à la réalité sociale de la vie dans une ville en déclin comportant une bonne part de racisme. En parallèle des aventures d’Harriet, on suit la vie de sa famille, avec sa dignité aristocratique mais le poids du meurtre de Robin, et la vie de la famille Ratliff, des rednecks qui cuisinent des amphétamines dans un trailer au fond des bois.

Le livre est dense, mais très réussi dans ses descriptions. L’autrice prend son temps, ça part dans tous les sens, on n’a pas le fin mot de l’enquête, mais c’était plaisant à lire, une fois rentré dedans.

My Absolute Darling, de Gabriel Tallent

J’ai beaucoup aimé. Turtle, 14 ans, vit seule avec son père dans une maison se délabrant progressivement, sur un immense domaine en Californie du Nord. Son père est incroyablement charismatique, survivaliste convaincu, il apprend à sa fille le maniement des armes à feu et la survie en milieu hostile. Et surtout, il l’abuse psychologiquement et sexuellement.

Le livre est écrit du point de vue de Turtle, et il est très bien écrit. Sa relation avec son père, l’emprise psychologique qu’il a sur elle, comment ça affecte sa perception d’elle-même, sa compréhension qu’il y a quelque chose de profondément anormal et en même temps ses second-guessing sur ses déclarations d’amour est très bien rendu. Son émancipation progressive de cette emprise, catalysée par la rencontre avec d’autres personnes qui vont lui fournir des modèles alternatifs de relations familiales et le comportement toujours empirant de son père est très bien rendu aussi.

L’autre point fort du bouquin c’est sa description de la Nature et de la relation que Turtle a cette nature. Il y a de très belles descriptions (et je me rend compte que je manque de vocabulaire botanique en anglais).

Grosse recommandation.