Archives par mot-clé : horreur

Noise, de Soo-jin Kim

Film d’horreur coréen, paru en 2024. Ju-young apprend que sa sœur a disparu sans laisser de trace. Elle vient s’installer dans l’appartement de sa sœur pour mener l’enquête, l’immeuble étant le dernier endroit ou cette dernière a été vue. Sur place elle découvre rapidement que sa sœur et d’autres occupants de l’immeuble se plaignaient de sons dans les plafonds de leurs appartement, et que plusieurs autres personnes ont disparu dans les années précédentes. Un voisin inquiétant habitant l’appartement du dessous vient à répétition se plaindre du bruit qui vient de l’appartement de Ju-young.

C’était chouette. Gros gros travail sur le son, ça vaut le coup de le voir au ciné ou avec une bonne installation, pas sur les hauts-parleurs d’un ordi personnel. La thématique de l’immeuble hanté fonctionne bien, les tensions sociales qui sont exacerbées à cette occasion sont bien mises en scène (l’immeuble est éligible à un programme de rénovations mais pour cela il faut qu’il ait bonne réputation et que des gens viennent s’y installer…). On retrouve la même figure de présidente du syndicat de copropriétaires ultra rigide que dans Concrete Utopia. Je me suis un peu retrouvé dans le côté « problème d’isolation sonore qui vient te pourrir la vie » (mais afaik mon immeuble n’est pas hanté). Quelques passages un peu convenus ou qu’on voit venir de loin (l’avantage de le voir au ciné avec une salle pleine de gens genre-savvy c’est que quand les gens disent dans une cave creepy « séparons-nous » toute la salle rigole).

The Fisherman, de John Langan

Roman étatsunien horrifique paru en 2016. Le narrateur, Abraham, raconte comment il a été témoin d’événements inexplicables lors d’une sortie pour aller pêcher dans une rivière se jetant dans le réservoir Ashokan. Avant la construction du barrage qui a permis la création du réservoir, la vallée secondaire où coule la rivière a déjà été le lieu d’étranges événements et des traces en persistent, qui vont faire écho au deuils qu’Abraham et son partenaire de pêche portent.

J’ai bien aimé. Le roman fait un usage réussit du récit enchâssé, avec tout un passage sur les événements qui se sont passés avant puis pendant la construction du barrage. Il prend son temps pour passer dans le surnaturel, avec toute une partie établissant le contexte de la vie d’Abraham. C’est pas explicitement du lovecraftien mais ça s’en rapproche, et c’est pas mal de garder un contexte aquatique, mais de passer de l’océanique au lacustre.

El Llanto, de Pedro Martín-Calero

Film d’horreur de 2024. De nos jours à Madrid, Andrea découvre un homme à l’arrière plan de nombreux selfies qu’elle a pris. Elle ne sait pas qui c’est et surtout il lui semble impossible qu’il ait été visible à cet endroit au moment où elle prenait la photo. 20 ans plus tôt en Argentine, le même phénomène semble avoir affecté Marie.

J’ai bien aimé. Y’a un petit coté It follows pour le monstre invisible, la photographie est assez belle. Le film n’explique rien des origines de la malédiction ni même de son fonctionnement, mais ça me semble toute a fait acceptable dans un film d’horreur. Le côté évolution de la technologie qui rend le monstre de plus en plus détectable est intéressant.

Mundaun, du studio Hidden Fields

Jeu vidéo suisse paru en 2021. Prévenu par une lettre du curée de la mort de notre grand-père dans l’incendie de sa grange, nous remontons au village de Mundaun où il nous a élevé, perdu dans les alpages. Sur place, les événements prennent rapidement une tournure surnaturelle : des créatures de pailles hantent le village la nuit, la chapelle est profanée, et une vision de notre grand-père laisse entendre qu’il est entre les griffes du diable. Armé d’une fourche, de la Muvel grand-paternelle et d’un journal de bord, on va parcourir la montagne pour retrouver dans le passé familial ce qui a fait que notre grand-père a un jour passé un pacte avec le diable…

Il m’a fallu un peu de temps pour rentrer dedans, mais j’ai bien aimé ! L’ambiance est assez particulière, le jeu est en nuances de gris, tous les dialogues sont en romanche, y’a une touche folk horror avec les traditions locales. L’histoire fait légende de rencontre avec le diable très classique, mais ça fonctionne. Le diable en vieil homme mystérieux est très réussi, la scène où l’on voit son reflet dans le lac en contrebas du paysage est ma préférée je pense (de façon générale la mise en scène est très bien faite). Le côté montagne isolée est bien rendu. Quelques allers-retours un peu superflus peut-être mais le jeu n’est pas ultra long pour autant.

Recommandé si vous aimez le romanche et les pactes sataniques.

Weapons, de Zach Cregger

Film d’horreur états-unien de 2025. Dans une petite ville américaine, 17 enfants d’une même classe disparaissent une nuit, à la même heure. Le dernier enfant et la maîtresse sont questionnés, mais aucune piste n’apparaît. On va suivre le point de vue de la maîtresse, d’un parent d’élève, d’un policier, du proviseur, d’un marginal et finalement de l’enfant non-disparu, pour voir les pièces du puzzle se mettre en place.

Globalement, un film un peu brouillon (trop d’éléments je trouve), mais avec pas mal de potentiel. L’ouverture sur une narration par un enfant et le sujet de la disparition d’enfants (+ de la magie) fait un peu conte (mais ça ne colle pas trop avec d’autres éléments plus prosaïques ou adultes du film), la narration non-linéaire est intéressante pour avoir les différents points de vue (mais parfois c’est de la répétition pure, et surtout la clef de l’histoire nous est cachée jusqu’à quasiment la fin – ce n’est pas une addition d’éléments qui nous permet de comprendre l’histoire), le côté violence psychologique sur Alex est bien mis en scène. Mais tous ces éléments ne vont pas forcément bien ensemble, ça fait des variations tonales assez importantes, avec des moments plus horrifiques, d’autres plus comiques, des aspects naturalistes, d’autres plus fantaisistes.

Film améliorable mais réalisateur à suivre je pense.

Brightburn, de David Yarovesky

Superman x Adolescence

Film d’horreur étatsunien paru en 2019. Un vaisseau spatial tombe dans les champs d’un couple du Kansas, qui y découvre un bébé, et l’adopte. Le bébé extraterrestre découvre à la puberté qu’il a des pouvoirs, et le secret de ses origines. Sauf que le message qui lui est transmis par son vaisseau spatial, c’est « Règne sur le monde » (et là je suis très content d’avoir regardé ce film back-to-back avec le Superman de James Gunn – qui était producteur de celui-ci, parce que ça montre vraiment deux traitements d’une même prémisse), et qu’au lieu de devenir un super héros aimé de toustes, le petit Brandon Breyer va devenir un psychopathe tendance incel, réglant son compte à toute sa famille qui tente de le raisonner.

Les rappels au mythe de Superman sont assez réussis : le setup initial évidemment, la cape (avec une couverture), la scène où il porte sa mère dans le ciel qui rappelle les scènes classiques avec Loïs Lane, même la façon dont le leitmotiv du protagoniste est instrumenté. L’enfant-acteur joue très bien le personnage de Breyer, la scène où il explique sa supériorité naturelle à la psychologue est assez glaçante. Son rapport à la fille qu’il apprécie mais dont il casse le bras pour avoir osé s’opposer à lui est aussi bien écrit. L’horreur plus classique avec sa famille est bien mise en scène, avec divers degrés de gore selon les personnages.

Recommandé si vous aimez bien l’horreur et Superman.

Together, de Michael Shanks

Film étatsunien de 2025. Tim et Millie sont un couple qui a du mal à savoir pourquoi ils restent ensemble. Millie est prof, Tim est guitariste qui espère passer professionnel, mais à 35 ans ce rêve devient de plus en plus utopiques. Les deux vivent à New York, Millie accepte un poste dans une petite ville charmant des US, et les deux y déménagent, dans une grande maison qui fait un peu « case à cocher sur la liste du couple ». Alors qu’ils font une rando dans les bois autour de la ville, ils tombent dans une caverne où ils sont infectés par une maladie mystérieuse : ils sont attirés l’un par l’autre, littéralement. Leurs corps tentent de se rapprocher, et quand ils se touchent, leur corps fusionnent. Ça donne de belles scènes de body horror, et un film sans antagoniste (il y en a un secondaire, mais c’est pas le cœur du film), où la relation entre les personnages principaux (et le fait qu’elle devienne littéralement fusionnelle malgré eux) est le cœur du film. Ça en fait un film d’horreur original qui renouvelle un peu les tropes.

Par contre niveau photographie c’est très classique.

The Severed Sun, de Dean Puckett

Film d’horreur britannique de 2025. Très beau titre, très belle photographie dans des paysages de landes battues par le vent, mais il ne se passe pas grand chose dans le film. On suit Magpie, la fille du pasteur d’une communauté religieuse isolée. Son mari meurt, et rapidement elle est accusée de sorcellerie. C’est un pitch classique de folk horror, et y’a pas beaucoup plus derrière. Y’a une créature mais elle fait pas grand chose (certes deux petits meurtres mais surtout elle reste planté dans des chemins au loin). Un peu frustrant.

Azrael, de E. L. Katz

Film vu lors de l’édition 2025 du Grindhouse Paradise (festival de films de genre toulousain).

Film étatsunien de 2024. 200 ans après le Ravissement, Azraël et son partenaire tentent de s’échapper de la communauté dans laquelle ils vivaient, une communauté perdue dans les bois dont les membres se sont enlevés les cordes vocales pour ne pas succomber au péché de Parole. Mais les membres de la communauté veulent les retrouver et les sacrifier aux Brûlés, des créatures humanoïdes et anthropophages qui rodent dans les bois. Azraël va se confronter à la communauté, réalisant que la seule manière de gagner sa liberté est d’en éliminer tous les membres.

Le film est quasiment sans paroles (y’a un perso qui parle en espéranto non traduit pendant environ 1 minute), ce qui est un choix assez fort. Y’a un côté post-apo (littéral vu que c’est après l’Apocalypse au sens biblique) un peu crado qui est cool, mais aussi un côté « on court beaucoup dans les bois » qui est moins enthousiasmant. Y’a un de mes pet peeves dans les films post-apo : un indice très fort que « l’apocalypse » a en fait été très localisée et que le reste du monde continue de fonctionner très bien. Bonne perf de l’actrice principale, des décors sympa, des effets spéciaux réussis (surtout sur la fin et le design du « bébé » – j’ai été moins convaincu par les Brûlés), mais un scénario qui est quand même assez éthique (c’est des boucles dans les bois autour de la communauté, quoi)/

King Tide, de Christian Sparkes

Film vu lors de l’édition 2025 du Grindhouse Paradise (festival de films de genre toulousain).

Sur une île au large de Terre-Neuve, une communauté de pêcheurs survit tant bien que mal, menacée par la surpêche des bateaux industriels. Mais après les grandes marées annuelles, les insulaires découvrent un bébé dans une barque, doté de pouvoirs surnaturels qui pourraient résoudre tous leurs problèmes. La communauté décide de couper tout contact avec le continent pour garder l’enfant miraculeuse pour eux. 10 ans plus tard, la vie s’est réorganisée autour d’Isla, quand elle semble souffrir d’un burnout messianique. Comment accepter d’un seul coup que les miracles qui étaient devenus votre quotidien puisse soudainement vous être retirés ?

J’ai beaucoup aimé. Le film est présenté comme du folk horror, mais c’est un twist particulier sur ce sujet. Il y a bien un culte insulaire chelou (on sent un peu l’hommage à The Wicker Man, même si y’a moins de folklore chelou), mais celui-ci est récent, et basé sur des miracles très perceptibles. On ne suit pas la découverte des coutumes locales depuis le point de vue d’étrangers à la communauté, mais on voit comment les bouleversements de la communautés que sont l’apparition puis la disparition des pouvoirs d’Isla sont perçus par les différents membres de cette communauté. Les personnages secondaires sont particulièrement réussis, notamment en ce que les raisons d’agir des antagonistes du film sont totalement compréhensibles : notamment le comportement de Faye, qui est prête à tout pour préserver le fonctionnement des pouvoirs d’Isla : le fait que ce soit ça où un retour à la démence sénile pour elle rend son comportement totalement crédible (mais il reste inexcusable).

Les paysages sont très beau et les acteurs jouent bien, notamment celle qui joue Isla, rôle pas du tout évident à 10 ans.

Recommandé.