Archives par mot-clé : horreur

Speak no evil, de James Watkins

Film étatsunien de 2024, remake plus soft d’une version danoise parue en 2022. Un couple d’américains coincés qui ont déménagé à Londres font la rencontre de deux anglais exubérant lors de vacances en Italie. Les anglais les invitent à passer un weekend dans leur maison isolée à la campagne. Sur place, le malaise se fait de plus en plus perceptible, les hôtes transgressant progressivement de plus en plus de conventions sociales.

C’est une forme de reverse-home invasion, qui fonctionne assez bien. Les acteurs sont très bons, notamment celui qui joue Alex, qui réussit très bien à poser ce personnage de mec exubérant qui dépasse les limites, qu’on peut trouver bon enfant mais qui finit par gêner, sans qu’on réussisse à dire au début s’il est juste un peu lourd, ou si vraiment il y a quelque chose qui cloche. Ça illustre bien le spectre entre des comportements juste un peu toxiques et la full-blown psychopathie. La séquence finale de chasse dans la maison est assez inventive, sur un script pourtant déjà vu de nombreuses fois. Une seule décision un peu absurde des personnages (revenir pour le doudou de la fille quand ils se sont déjà rendus compte que y’a quelque chose qui n’allait pas du tout), pour le reste c’est assez cohérent comme décisions. Les personnages des « gentils » ne sont pas particulièrement sympathique et assez lâches, mais ça en fait des personnes plus crédibles que des final girls ultra badass

Eat the ones you love, de Sarah Maria Griffin

Roman irlandais paru en 2025. Après un licenciement et une rupture, Chell retourne vivre à 30 ans passés dans le pavillon de banlieue de ses parents. Alors qu’elle fait ses courses dans le centre commercial de la banlieue, elle voit une offre d’emploi pour la fleuriste du centre commercial. Attirée aussi bien par l’offre que par la fleuriste elle-même, elle devient assistante fleuriste. Mais le centre commercial et Neve (la fleuriste) cachent un secret : la serre abandonnée au centre de la galerie marchande abrite une plante sentiente, qui a étendu ses lianes dans toutes les galeries techniques du centre, et connaît une faim insatiable…

J’ai bien aimé. La narration se fait principalement via le point de vue de Baby, la plante maléfique. Ça donne une coloration particulière au récit puisqu’elle ne cache pas ses intentions envers les personnages, et à la fois elle a accès à leur monologue interne puisque (ta gueule c’est magique) ses sports sont à l’intérieur des personnages principaux. Tous les personnages ont l’air assez perdu, que ce soit Chell – explicable au vu des événements récents dans sa vie mais qui a plusieurs moments agit de la pure façon possible, à la fois lâche et sans considération pour les personnes autour d’elle – ou Neve, qui s’est laissée complètement absorber par sa relation chelou avec Baby. Mais les personnages secondaires n’ont pas l’air beaucoup mieux, tous à graviter autour de ce centre commercial en fin de vie dont la fermeture imminente est annoncée depuis un an maintenant. L’ambiance du centre commercial avec la moitié des boutiques fermées est d’ailleurs particulièrement bien rendue, et le slow burn entre Chelle et Neve bien écrit. L’espèce de réalisme magique où les gens acceptent la possibilité d’une plante sentiente qui se nourrit à la fois très concrètement de gens et des sentiments qu’ils manifestent fonctionne bien, et la nature jamais totalement explicitée de Baby laisse entrevoir la possibilité d’une horreur cosmique – il y a la mention d’un trou dans la réalité.

j’ai juste été moins convaincu par la fin, la résurrection de Jen sort un peu de nulle part, et Baby s’avère finalement très facile à vaincre alors qu’il a été présenté comme tout-puissant pendant une bonne partie du roman.

Recommandé si vous aimez les slow burns lesbiens et le gothique moderne à base de plantes maléfiques dans des centres commerciaux brutalistes (but who wouldn’t?)

The Substance, de Coralie Fargeat

Dr. Jekyll and Mrs Carpenter

Film franco-étatsunien de 2024. Elisabeth Sparkle est une ancienne star de cinéma, qui à 50 ans se retrouve mise au banc par un système médiatique qui ne veut que des femmes jeunes. Refusant d’être ainsi oubliée, elle commence à consommer la Substance, un médicament mystérieux qui fait naître une version plus jeune d’elle, Sue. Elle doit passer 7 jours sous chaque forme sous peine d’infliger des dégâts à un de ses corps. Mais rapidement Sue prend de plus en plus de place, et le corps d’Élisabeth se dégrade de plus en plus.

On n’est pas dans le film subtil, tous les personnages sont des archétypes, et s’il y en a qui sont réussis (les actionnaires du réseau télé notamment qu’on voit 30 secondes mais qui donne leur max pour cocher la case « vieillards égrillards »), ça dessert quand même un peu le film. Notamment il devient assez rapidement évident que le problème d’Élisabeth n’est pas qu’elle vieillit mais qu’elle a zéro amis. Pourtant le film ne fait rien pour adresser ce point.

je dirais que le film décolle vraiment dans ces dernières 30/45 minutes, quand il assume vraiment le côté Grand Guignol et le côté body Horror. Là ça devient très bon mais c’est très tardif.

Man Finds Tape, de Paul Gandersman et Peter Hall

Film d’horreur étatsunien paru en 2025. Lucas et Lynn Page ont grandi dans la petite ville de Larkin, au Texas. Leurs parents s’occupaient de tous les sujets en lien avec la vidéo dans la ville, ce qui a conduit les deux jeunes adultes à avoir accès à plein de caméras et à leurs rushs et à travailler dans le domaine eux aussi. Lynn est partie de Larkin, mais Lucas y est resté, et trouve dans la maison parentale une cassette où on voit quelqu’un s’introduire dans sa chambre quand il est enfant, scène dont il n’a aucun souvenir. En creusant, il va trouver d’autres vidéos montrant des événements dont personne n’a souvenir à Larkin. Pire, la visualisation de ces vidéos le fait sombrer, lui et les autres Larkinais, dans une narcolepsie.

Il y a de bonnes idées, et ça fait un film de found footage un peu original puisqu’on a les rushs de différentes caméras montées par Lynn, avec des interviews face caméra de certains Larkinais. Mais il y a aussi des éléments assez fouillis, avec à la fois des personnages très plats et très peu d’explication sur le mystère global – aussi bien sur l’emprise du « monstre » sur la ville que sur la question de l’Étranger et de son rôle. Ça a l’air volontaire de laisser les persos comme les spectateurs dans le noir, mais ça ne marche pas totalement.

Signalis, du studio rose-engine

Jeu vidéo d’horreur de 2022, sorti par un petit studio allemand de 2 personnes. On incarne Elster, une androïde qui se réveille dans un vaisseau crashé sur une planète glacée. L’équipage était composé d’elle, en charge de la maintenance, et d’une pilote, qu’on va tenter de retrouver. En explorant le vaisseau puis la surface de la planète on va rapidement arriver à une anomalie qui nous fait passer sur une autre planète – ou dans un autre temps ? – où l’on va explorer un complexe minier rempli d’autres androïdes qui dysfonctionne visiblement contaminé par quelque chose tout au fond du complexe. Au fur et à mesure de notre quête on va découvrir des éléments sur l’histoire de l’univers dans lequel on joue, sur notre passé, celui de la pilote et celui de la personne dont la conscience a été copiée pour nous créer.

J’ai beaucoup aimé. On est dans un univers assez froid avec des très beaux graphiques en quasi pixel art, dans un monde aux vibes clairement fascistes, pris dans une guerre éternelle avec un empire dont il s’est séparé. Le jeu n’hésite pas à être assez expérimental – tableaux qui flashent a l’écran ou texte en japonais et allemand non traduit – variations brusques de ton, flashbacks soudains, ajouts de musique classique par moment – super bande son par ailleurs – tout en restant très jouable. Tout un côté gestion d’un inventaire très resserré puisqu’on ne peut porter que 6 objets à la fois, munitions et armes incluses, combats pas trop compliqué et possibilité de privilégier l’infiltration par moment, niveaux assez réussis avec un côté backtracing une fois qu’on a trouvé des clés, et ouvertures de raccourci plutôt bien gérées. Le jeu à un thème horreur cosmique – on trouve un exemplaire du Roi en jaune assez rapidement au début de l’histoire – mais qui se traduit surtout par la perte de contrôle des autres Replika (le nom in universe des androïdes) et l’appel incessant que certains disent ressentir ainsi que les séquences de rêve/changement de lieu soudain et bien sûr la partie organisme vivant gigantesque au fond de la mine.

Recommandé si vous aimez les dystopies horrifiques avec des cyborgs.

Midnight Mass, de Mike Flanagan

Mini-série d’horreur étatsunienne parue en 2021 sur Netflix. Un nouveau prêtre arrive sur la petite île de Crockett Island. Communauté principalement catholique et isolée sur son île reliée au continent par 2 ferrys par jour, Crockett vit en quasi-autarcie, mais dans un déclin permanent depuis des dizaines d’années. L’arrivée du nouveau prêtre va coïncider avec l’apparition de miracles qui vont bouleverser la communauté et son rapport à la foi, mais semble cacher une réalité plus sombre…

La série a été évoquée par une amie au Nouvel An, je l’ai gavisionné sur les premiers jours de janvier. Le concept de base est assez chouette : si on prend littéralement certains points de la Bible et du sacerdoce chrétien, ça donne des trucs assez dark (consommer le sang du Christ, vraiment ?). Du coup confronté à des phénomènes surnaturels inquiétants il est possible de les interpréter comme conformes aux Écritures et que toute une communauté croyante (avec l’aide d’un prêtre un peu charismatique) se dise qu’il n’y a pas de souci avec tout cela. Le côté « communauté en vase clos » aide à cette montée en épingle du truc, sans voix extérieure pour alerter sur le fait que c’est n’imp. Ça m’a fait penser à King Tide, qui a un setup un peu similaire (mais moins le côté « on se raccroche à un mythe existant »).

Les trois perso de « méchants » (le prêtre, Bev et la créature) sont assez réussis, par contre les persos principaux sont des robinets d’eau tiède, vraiment des clichés de perso de série étatsunienne torturés. Y’a quelques trous dans le scénario qu’il ne faut pas regarder de trop près, mais l’ambiance est plutôt réussie.

Mootorsaed Laulsid (Chainsaws were singing), de Sander Maran

Film estonien de 2024 (tournage en 2013, 10 ans de post-prod/abandon sur une étagère). Sur une route de campagne, Maria est poursuivie par « a fuckface with a chainsaw », prénommé Killer et rejeton d’une famille de cannibales. Capturée par ce dernier, elle est ramenée dans le garde-manger familial. Son amoureux, Tom, se lance à sa rescousse, accompagné de Jaan, un mec random qu’il a rencontré en chemin. De temps à autre les personnage se mettent à chanter, parce qu’on est dans un slasher mais aussi dans une comédie musicale.

C’est manifestement fait avec de tout petits moyens, et une bonne dose d’humour absurde. Jaan a des vêtements différents à chaque scène, toutes les voitures que les protagonistes laissent derrière eux explosent, les flics sont teubés, il y a une hérisson lesbienne qui rappelle le lapin de Sacré Graal, l’hémoglobine coule à foison. Bon par contre c’est pas toujours très subtil ni très bien joué (sauf la mère de la famille de tueurs, l’actrice habite bien le rôle).

Curiosité intéressante à voir.

Dangerous Animals, de Sean Byrne

Film australien paru en 2025. Tucker est un tueur en série qui enlève des touristes pour les donner à manger aux requins sur son bateau de pêche. Mais il va tomber sur plus coriace que lui en la personne de Zephyr, surfeuse à l’instinct de survie insubmersible.

Dans la structure c’est un thriller assez classique avec final girl blonde qui va battre le tueur. Mais le côté psychopathe fasciné par les requins du tueur fonctionne bien, il est super bien joué par l’acteur. Le côté « isolation en pleine mer » et le jeu sur les espaces du bateau, l’aspect un peu labyrinthe et machine technique est bien rendu aussi. Globalement, bon thriller efficace.

Better Watch Out, de Chris Peckover

Film étatsunien de 2016. Dans une petite ville tranquille des États-Unis, Ashley va faire un dernier babysitting chez les Lerner avant Noël puis son départ pour l’université. Mais un intrus tente de rentrer dans la maison, transformant le babysitting tranquille en une bataille pour la survie.

Le film est un hommage (explicite) à Maman j’ai raté l’avion, mais avec un twist : déjà, largement plus de violence que l’original, et la vraie menace se révèle ne pas être l’intrus qui tente d’envahir le foyer. Sans être incroyable, c’était rigolo à voir, le côté un peu inventif de certains dispositifs mis en place par les personnages marche bien (même si ça reste léger, c’est pas le niveau de McGyver de Maman j’ai raté l’avion), et si l’acteur qui joue Luke est un peu trop âgé pour le rôle, il joue quand même très bien le gamin un peu dérangé.

The Thing, de John Carpenter

Film de SF horrifique états-unien paru en 1982. Le personnel de la station antarctique US voient apparaître dans leur base un chien poursuivi par deux Norvégiens qui lui tirent dessus. Les deux Norvégiens meurent rapidement, sans avoir le temps d’expliquer les raisons de leur comportement. Les États-uniens découvrent bien vite que le chien était en fait une créature extraterrestre ayant pris l’apparence d’un chien. Cette créature peut infecter n’importe quelle créature vivante pour la transformer en elle-même. Incapable de déterminer si les différents membres de l’équipage sont encore eux-mêmes ou infectés par la Chose, l’ensemble de la station sombre dans la paranoïa.

J’avais vu le remake/prequel de 2011 il y a quelques années, j’ai enfin vu l’original de Carpenter ! Avec un Kurt Russell en grande forme et sans eyepatch. Les effets spéciaux artisanaux pour l’apparence de la Chose sont un peu datés mais font quand même leur effet et montre le côté imaginatif du body horror de Carpenter, avec un côté grand guignol parfois (le torse qui se transforme en machoire pour avaler le défibrillateur, c’est un excellent comedic timing), avec une thématique « l’ennemi parmi nous » et « la maladie qui se transmet par le sang ». Le côté isolation et paranoïa fonctionne bien, les zones polaires sont franchement un terrain fertile pour l’horreur (vivement le Frankenstein de Guillermo del Toro d’ailleurs)

Un classique.