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The Surrender, de Julia Max

Film vu lors de l’édition 2026 du Grindhouse Paradise (festival de films de genre toulousain).

Film étatsunien paru en 2025. Megan est revenue dans la maison parentale pour les derniers jours de son père. Sa relation avec sa mère (Barbara) est tendue, mais elle est déterminée à être là pour elle et pour son père. Elle découvre rapidement que sa mère pense avoir un moyen de ramener son père d’entre les morts, via un homme mystérieux dont elle a eu le contact par sa professeure de yoga. Pour ne pas antagoniser encore davantage sa mère, Megan va accepter de jouer le jeu du rituel…

Le film ne sait pas trop comment conclure, mais sinon j’ai beaucoup aimé l’esthétique. Tout le côté « cristal mom » qui est parti vers du complotisme de plus en plus chelou fonctionne très bien, y’a une vibe « folk horror des banlieues américaines ». Un hommage évident à l’Exorciste (mais en inversé) dans la scène d’arrivée du résurrecteur devant la maison, qu’on voit de dos avec un grand chapeau.

L’esthétique du monde des morts est réussie aussi, mais on sent que le budget effets spéciaux est rapidement épuisé et que le film s’est un peu coincé dans un coin avec la façon dont il a construit les règles du monde des morts : il aurait fallu laisser un peu plus de place aux personnages pour l’explorer.

C’est un premier film, clairement réalisatrice à suivre.

Mārama, de Taratoa Stoppard

Film vu lors de l’édition 2026 du Grindhouse Paradise (festival de films de genre toulousain).

Film néo-zélandais paru en 2026. Au 19e siècle, ayant reçu un courrier lui promettant de lui révéler l’histoire de sa famille, une jeune maori arrive en Angleterre. Là elle est accueillie par Nathaniel Cole, un riche armateur de baleiniers, qui lui dit que son ami qui a écrit le courrier est mort mais qu’il cherche une gouvernante pour sa fille et qu’elle fera l’affaire. Coincée dans le manoir de Cole, Mārama est assaillie par des visions, qui lui font penser que Cole en sait plus qu’il lui dit sur sa famille.

Le côté « film en costumes » fonctionne bien, ainsi que le fait de renverser l’exoticisation : c’est Mārama qui est coincée dans une Angleterre dont elle ne comprend pas les codes sociaux, et où les éléments familiers de la culture maorie sont des trophées ramenés par Cole, qui se pose comme un grand admirateur du peuple mais procède surtout par fétichisation et où donc les objets n’ont pas le bon usage et sont juste exposés ou détournés. Pour Mārama comme pour la/le spectateurice, le manoir victorien est un endroit lugubre et étranger, la fête des notables du coin sonne comme une parodie grotesque de sa culture.

Pour autant le film est assez lent, j’aurai bien aimé une montée en intensité plus rapide. Malgré les visions de Mārama on est presque plus sur un thriller que de l’horreur : les visions font partie de sa façon de percevoir le monde mais ne sont pas inhérentes à la partie horrifique du film qui est mundane.

Pas parfait, mais prometteur pour un premier film, et distribué en salle en France, donc vous pouvez allez le voir ! (C’est qui est rarement le cas pour les films du Grindhouse)

Speak no evil, de James Watkins

Film étatsunien de 2024, remake plus soft d’une version danoise parue en 2022. Un couple d’américains coincés qui ont déménagé à Londres font la rencontre de deux anglais exubérant lors de vacances en Italie. Les anglais les invitent à passer un weekend dans leur maison isolée à la campagne. Sur place, le malaise se fait de plus en plus perceptible, les hôtes transgressant progressivement de plus en plus de conventions sociales.

C’est une forme de reverse-home invasion, qui fonctionne assez bien. Les acteurs sont très bons, notamment celui qui joue Alex, qui réussit très bien à poser ce personnage de mec exubérant qui dépasse les limites, qu’on peut trouver bon enfant mais qui finit par gêner, sans qu’on réussisse à dire au début s’il est juste un peu lourd, ou si vraiment il y a quelque chose qui cloche. Ça illustre bien le spectre entre des comportements juste un peu toxiques et la full-blown psychopathie. La séquence finale de chasse dans la maison est assez inventive, sur un script pourtant déjà vu de nombreuses fois. Une seule décision un peu absurde des personnages (revenir pour le doudou de la fille quand ils se sont déjà rendus compte que y’a quelque chose qui n’allait pas du tout), pour le reste c’est assez cohérent comme décisions. Les personnages des « gentils » ne sont pas particulièrement sympathique et assez lâches, mais ça en fait des personnes plus crédibles que des final girls ultra badass

Eat the ones you love, de Sarah Maria Griffin

Roman irlandais paru en 2025. Après un licenciement et une rupture, Chell retourne vivre à 30 ans passés dans le pavillon de banlieue de ses parents. Alors qu’elle fait ses courses dans le centre commercial de la banlieue, elle voit une offre d’emploi pour la fleuriste du centre commercial. Attirée aussi bien par l’offre que par la fleuriste elle-même, elle devient assistante fleuriste. Mais le centre commercial et Neve (la fleuriste) cachent un secret : la serre abandonnée au centre de la galerie marchande abrite une plante sentiente, qui a étendu ses lianes dans toutes les galeries techniques du centre, et connaît une faim insatiable…

J’ai bien aimé. La narration se fait principalement via le point de vue de Baby, la plante maléfique. Ça donne une coloration particulière au récit puisqu’elle ne cache pas ses intentions envers les personnages, et à la fois elle a accès à leur monologue interne puisque (ta gueule c’est magique) ses sports sont à l’intérieur des personnages principaux. Tous les personnages ont l’air assez perdu, que ce soit Chell – explicable au vu des événements récents dans sa vie mais qui a plusieurs moments agit de la pure façon possible, à la fois lâche et sans considération pour les personnes autour d’elle – ou Neve, qui s’est laissée complètement absorber par sa relation chelou avec Baby. Mais les personnages secondaires n’ont pas l’air beaucoup mieux, tous à graviter autour de ce centre commercial en fin de vie dont la fermeture imminente est annoncée depuis un an maintenant. L’ambiance du centre commercial avec la moitié des boutiques fermées est d’ailleurs particulièrement bien rendue, et le slow burn entre Chelle et Neve bien écrit. L’espèce de réalisme magique où les gens acceptent la possibilité d’une plante sentiente qui se nourrit à la fois très concrètement de gens et des sentiments qu’ils manifestent fonctionne bien, et la nature jamais totalement explicitée de Baby laisse entrevoir la possibilité d’une horreur cosmique – il y a la mention d’un trou dans la réalité.

j’ai juste été moins convaincu par la fin, la résurrection de Jen sort un peu de nulle part, et Baby s’avère finalement très facile à vaincre alors qu’il a été présenté comme tout-puissant pendant une bonne partie du roman.

Recommandé si vous aimez les slow burns lesbiens et le gothique moderne à base de plantes maléfiques dans des centres commerciaux brutalistes (but who wouldn’t?)

The Substance, de Coralie Fargeat

Dr. Jekyll and Mrs Carpenter

Film franco-étatsunien de 2024. Elisabeth Sparkle est une ancienne star de cinéma, qui à 50 ans se retrouve mise au banc par un système médiatique qui ne veut que des femmes jeunes. Refusant d’être ainsi oubliée, elle commence à consommer la Substance, un médicament mystérieux qui fait naître une version plus jeune d’elle, Sue. Elle doit passer 7 jours sous chaque forme sous peine d’infliger des dégâts à un de ses corps. Mais rapidement Sue prend de plus en plus de place, et le corps d’Élisabeth se dégrade de plus en plus.

On n’est pas dans le film subtil, tous les personnages sont des archétypes, et s’il y en a qui sont réussis (les actionnaires du réseau télé notamment qu’on voit 30 secondes mais qui donne leur max pour cocher la case « vieillards égrillards »), ça dessert quand même un peu le film. Notamment il devient assez rapidement évident que le problème d’Élisabeth n’est pas qu’elle vieillit mais qu’elle a zéro amis. Pourtant le film ne fait rien pour adresser ce point.

je dirais que le film décolle vraiment dans ces dernières 30/45 minutes, quand il assume vraiment le côté Grand Guignol et le côté body Horror. Là ça devient très bon mais c’est très tardif.

Man Finds Tape, de Paul Gandersman et Peter Hall

Film d’horreur étatsunien paru en 2025. Lucas et Lynn Page ont grandi dans la petite ville de Larkin, au Texas. Leurs parents s’occupaient de tous les sujets en lien avec la vidéo dans la ville, ce qui a conduit les deux jeunes adultes à avoir accès à plein de caméras et à leurs rushs et à travailler dans le domaine eux aussi. Lynn est partie de Larkin, mais Lucas y est resté, et trouve dans la maison parentale une cassette où on voit quelqu’un s’introduire dans sa chambre quand il est enfant, scène dont il n’a aucun souvenir. En creusant, il va trouver d’autres vidéos montrant des événements dont personne n’a souvenir à Larkin. Pire, la visualisation de ces vidéos le fait sombrer, lui et les autres Larkinais, dans une narcolepsie.

Il y a de bonnes idées, et ça fait un film de found footage un peu original puisqu’on a les rushs de différentes caméras montées par Lynn, avec des interviews face caméra de certains Larkinais. Mais il y a aussi des éléments assez fouillis, avec à la fois des personnages très plats et très peu d’explication sur le mystère global – aussi bien sur l’emprise du « monstre » sur la ville que sur la question de l’Étranger et de son rôle. Ça a l’air volontaire de laisser les persos comme les spectateurs dans le noir, mais ça ne marche pas totalement.

Signalis, du studio rose-engine

Jeu vidéo d’horreur de 2022, sorti par un petit studio allemand de 2 personnes. On incarne Elster, une androïde qui se réveille dans un vaisseau crashé sur une planète glacée. L’équipage était composé d’elle, en charge de la maintenance, et d’une pilote, qu’on va tenter de retrouver. En explorant le vaisseau puis la surface de la planète on va rapidement arriver à une anomalie qui nous fait passer sur une autre planète – ou dans un autre temps ? – où l’on va explorer un complexe minier rempli d’autres androïdes qui dysfonctionne visiblement contaminé par quelque chose tout au fond du complexe. Au fur et à mesure de notre quête on va découvrir des éléments sur l’histoire de l’univers dans lequel on joue, sur notre passé, celui de la pilote et celui de la personne dont la conscience a été copiée pour nous créer.

J’ai beaucoup aimé. On est dans un univers assez froid avec des très beaux graphiques en quasi pixel art, dans un monde aux vibes clairement fascistes, pris dans une guerre éternelle avec un empire dont il s’est séparé. Le jeu n’hésite pas à être assez expérimental – tableaux qui flashent a l’écran ou texte en japonais et allemand non traduit – variations brusques de ton, flashbacks soudains, ajouts de musique classique par moment – super bande son par ailleurs – tout en restant très jouable. Tout un côté gestion d’un inventaire très resserré puisqu’on ne peut porter que 6 objets à la fois, munitions et armes incluses, combats pas trop compliqué et possibilité de privilégier l’infiltration par moment, niveaux assez réussis avec un côté backtracing une fois qu’on a trouvé des clés, et ouvertures de raccourci plutôt bien gérées. Le jeu à un thème horreur cosmique – on trouve un exemplaire du Roi en jaune assez rapidement au début de l’histoire – mais qui se traduit surtout par la perte de contrôle des autres Replika (le nom in universe des androïdes) et l’appel incessant que certains disent ressentir ainsi que les séquences de rêve/changement de lieu soudain et bien sûr la partie organisme vivant gigantesque au fond de la mine.

Recommandé si vous aimez les dystopies horrifiques avec des cyborgs.

Midnight Mass, de Mike Flanagan

Mini-série d’horreur étatsunienne parue en 2021 sur Netflix. Un nouveau prêtre arrive sur la petite île de Crockett Island. Communauté principalement catholique et isolée sur son île reliée au continent par 2 ferrys par jour, Crockett vit en quasi-autarcie, mais dans un déclin permanent depuis des dizaines d’années. L’arrivée du nouveau prêtre va coïncider avec l’apparition de miracles qui vont bouleverser la communauté et son rapport à la foi, mais semble cacher une réalité plus sombre…

La série a été évoquée par une amie au Nouvel An, je l’ai gavisionné sur les premiers jours de janvier. Le concept de base est assez chouette : si on prend littéralement certains points de la Bible et du sacerdoce chrétien, ça donne des trucs assez dark (consommer le sang du Christ, vraiment ?). Du coup confronté à des phénomènes surnaturels inquiétants il est possible de les interpréter comme conformes aux Écritures et que toute une communauté croyante (avec l’aide d’un prêtre un peu charismatique) se dise qu’il n’y a pas de souci avec tout cela. Le côté « communauté en vase clos » aide à cette montée en épingle du truc, sans voix extérieure pour alerter sur le fait que c’est n’imp. Ça m’a fait penser à King Tide, qui a un setup un peu similaire (mais moins le côté « on se raccroche à un mythe existant »).

Les trois perso de « méchants » (le prêtre, Bev et la créature) sont assez réussis, par contre les persos principaux sont des robinets d’eau tiède, vraiment des clichés de perso de série étatsunienne torturés. Y’a quelques trous dans le scénario qu’il ne faut pas regarder de trop près, mais l’ambiance est plutôt réussie.

Mootorsaed Laulsid (Chainsaws were singing), de Sander Maran

Film estonien de 2024 (tournage en 2013, 10 ans de post-prod/abandon sur une étagère). Sur une route de campagne, Maria est poursuivie par « a fuckface with a chainsaw », prénommé Killer et rejeton d’une famille de cannibales. Capturée par ce dernier, elle est ramenée dans le garde-manger familial. Son amoureux, Tom, se lance à sa rescousse, accompagné de Jaan, un mec random qu’il a rencontré en chemin. De temps à autre les personnage se mettent à chanter, parce qu’on est dans un slasher mais aussi dans une comédie musicale.

C’est manifestement fait avec de tout petits moyens, et une bonne dose d’humour absurde. Jaan a des vêtements différents à chaque scène, toutes les voitures que les protagonistes laissent derrière eux explosent, les flics sont teubés, il y a une hérisson lesbienne qui rappelle le lapin de Sacré Graal, l’hémoglobine coule à foison. Bon par contre c’est pas toujours très subtil ni très bien joué (sauf la mère de la famille de tueurs, l’actrice habite bien le rôle).

Curiosité intéressante à voir.

Dangerous Animals, de Sean Byrne

Film australien paru en 2025. Tucker est un tueur en série qui enlève des touristes pour les donner à manger aux requins sur son bateau de pêche. Mais il va tomber sur plus coriace que lui en la personne de Zephyr, surfeuse à l’instinct de survie insubmersible.

Dans la structure c’est un thriller assez classique avec final girl blonde qui va battre le tueur. Mais le côté psychopathe fasciné par les requins du tueur fonctionne bien, il est super bien joué par l’acteur. Le côté « isolation en pleine mer » et le jeu sur les espaces du bateau, l’aspect un peu labyrinthe et machine technique est bien rendu aussi. Globalement, bon thriller efficace.