Archives par mot-clé : film français

Le Royaume, de Julien Colonna

Film français de 2024. Dans les années 90, Lesia est une adolescente corse qui profite de son été dans le village de sa tante, jusqu’à ce qu’un messager vienne la chercher pour l’amener auprès de son père : celui-ci vit en cavale, en tant que figure du banditisme corse. Lesia décide de rester avec lui alors qu’une guerre des gangs en standby depuis un certain temps se remet à faire des morts.

j’ai bien aimé. Le film met longtemps à démarrer, mais on se prend à la relation entre Lesia et son père, avec notamment une scène assez forte où il parle durant un seul long plan de ce qu’a été sa vie depuis la mort de son père et la vendetta qu’il a exercé jusqu’à la naissance de sa fille. Globalement, le film parle du cycle de la violence et de comment le briser ou non. On voit au passage des jolis paysages corses, et la vie des bandits en cavale avec fusillade le matin et baignade dans des jolies petites criques l’après-midi. On voit aussi la bascule de Livia qui au début veut retrouver la vie avec sa tante et les flirts avec son petit ami au village, puis finit par au contraire vouloir rester tout le temps avec son père, et s’implique dans les activités criminelles : ça lui donne le sentiment de faire partie des grands et de fait ce mode de vie qui ressemble à des vacances à l’air assez attractif à hauteur d’enfant.

Recommandé.

Revenge, de Coralie Fargeat

Film franco-étatsunien de rape and revenge paru en 2017. Partie pour le weekend avec son amant dans sa garçonnière isolée en plein désert, Jane voit débarquer les deux business partners de ce dernier, arrivés avec deux jours d’avance sur le planning prévu. Violée par l’un d’entre eux puis laissée pour morte après avoir été poussée d’une falaise, Jen va prendre sa revanche sur les trois hommes lors d’une traque dans le désert.

le film a été qualifié de féministe, je ne vois pas trop pourquoi, si ce n’est qu’il est réalisé par une femme. Mais il y a masse de male gaze avec une héroïne le plus souvent dénudé et des plans qui s’attardent sur son corps, le balayant ou le découpant. De ce point de vue là, pas ouf, et puis on est sur un rape and revenge, clairement une histoire assez basique et relativement peu féministe – même si ici le viol est laissé relativement hors champ et pas filmé de façon complaisante contrairement à d’autres films du genre.

Par contre, le film fonctionne bien dans sa mise en scène des corps et du monde matériel, avec un côté gore/grand guignol, que ce soit dans les gros plans sur les bouches en train de mastiquer des oursons en guimauve, les dérapages dans les flaques de sang, ou encore les chirurgies improvisées pour extraire des branches ou des bouts de verre des corps des protagonistes.

Il y a des éléments prometteurs. Ça donne envie de voir les films suivants de la réalisatrice, ie pour le moment The Substance.

Jules et Jim, de François Truffaut

Film français paru en 1962. Jules et Jim sont deux amis. L’un est autrichien, l’autre français. Ils vivent à Paris avant la Grande Guerre. Ils rencontrent Catherine, qui part vivre avec Jules en Autriche. Lors de la guerre, les deux amis sont mobilisés chacun d’un côté du conflit. Après la guerre ils reprennent leurs échanges, et un triangle amoureux se met en place, de façon consensuelle. Mais Catherine n’est en définitive satisfaite de sa relation ni à Jules, ni à Jim.

J’ai bien aimé, le rythme du film est assez particulier, avec une voix off qui lit des extraits du roman dont il est adapté pour donner des informations supplémentaires, le ressenti des personnages. De jolis plans, notamment la séquence où iels vont se balader autour d’un lac dans la brume. Bon par contre l’histoire est un peu d’époque, même si ça représente une relation libre ça représente aussi une meuf assez névrotique.

La Commune, de Peter Watkins

Film franco-étatsunien de 1999. J’ai vu la version courte (3h30 quand même) en salle dans le cadre du Fifigrot 2025.

On suit sous la forme d’un docufiction la commune de Paris, de quelques jours avant le soulèvement du 18 mars jusqu’à la fin de la Semaine Sanglante. Le film réunit 200 comédiens amateurs, filmés alors qu’ils jouent les personnages après un travail de documentation initial, mais aussi dans des débats où ils font le parallèle avec la situation politique et économique au moment du tournage. Le film interroge aussi le rôle des médias en 1871 et en 1999, en insérant dans le contexte de la Commune deux chaînes de télé, la Télévision Nationale Versaillaise et la Télévision Communale, qui informent sur les événements depuis deux points de vue situés.

Le film et son atypicité par rapport aux films plus classiques sont assez marquants. La scène du reportage sur les barricades et les interviews des soldats versaillais à la fin du film sont particulièrement intenses.

Grosse reco.

Sirāt, d’Oliver Laxe

Mad Max x Le Salaire de la Peur

Film franco-espagnol de 2025. Une rave dans le désert marocain. Un père et son fils distribuent des flyers : ils cherchent leur fille et sœur, qui fréquente les free-parties et dont ils sont sans nouvelle depuis 5 mois. L’armée vient rapidement interrompre la rave. Sans être correctement préparés, les 2 protagonistes décident de suivre un petit groupe de teufeureuses qui veut rejoindre une autre fête tout au sud du pays, à la frontière avec la Mauritanie, où leur adelphe pourrait être. Pour cela, il va falloir traverser le désert, alors qu’à la radio l’annonce des débuts d’une potentielle guerre mondiale laisse entendre que le monde entier bascule dans des temps incertains. Le convoi de trois véhicules va rouler dans un désert magnifique mais où toutes les erreurs sont potentiellement mortelles…

Sirāt commence avec un objectif clair pour les personnages, mais rapidement cet objectif disparaît : les personnages roulent, ne semble plus croire eux-même à leur objectif, une hypothétique fête qui sonne comme la promesse du paradis de l’autre côté du purgatoire qu’est le désert. Le film est beau mais assez violent, et d’une violence qui prend les spectateurs par surprise : il n’y a pas une montée de la tension qui permet de voir arriver la violence, elle surgit juste d’un seul coup. Des gens qui roulent en voiture dans le désert alors que le monde sombre dans le chaos, impossible de ne pas penser à Mad Max, mais version quête existentielle propre au cinéma européen, où l’adversaire n’est pas des gangs de bikers mais les éléments et les raisons qu’on peut se trouver de vivre.

Recommandé avec un TW mort gratuite.

Bonjour l’asile, de Judith Davis

Film français de 2025.

Jeanne, responsable d’une asso en banlieue parisienne, va pendant 3 jours rendre visite à Élisa, son amie qui est partie vivre à la campagne avec son mari et ses deux enfants. Jeanne est venu pour une session de travail, Élisa étant l’illustratrice des livres de l’asso, mais cette seconde est débordé par l’organisation de sa vie de famille, et elle n’a pas eu le temps de travailler en amont, ni n’arrive à dégager suffisamment de temps pendant le séjour de Jeanne. Jeanne le lui reproche et la tension monte entre les deux amies, chacune voyant en l’autre quelque chose elle a dû renoncer pour être là ou elle en est aujourd’hui. En parallèle, un agent immobilier tente d’acquérir l' »HP », un tiers lieux hébergé dans un ancien hôpital psychiatrique pas du tout aux normes, pour en faire une hôtellerie de prestige. Confronté aux refus répétés des occupant.es, il devient de plus en plus tendu et somatise, voyant cet échec potentiel comme ce qui le ferait choir de sa position dans les sommets bourgeois locaux, étant un transfuge de classe se sentant toujours en insécurité. Les quatre trajectoire (celles des deux amies, les occupants de l’HP et de l’agent immobilier vont converger au cœur de l’HP même.

C’était cool à regarder ! Même si c’est parfois un peu trop didactique parfois (notamment sur le mec benêt de Jeanne qui ne participe pas aux tâches ménagères tout en se disant déconstruit), la satire est réussie, les personnages aussi (notamment Élisa et son double masculin imaginaire, ainsi que tous les habitants de l’HP, même ceux qu’on voit juste en passant, notamment le groupe de parole masculin et évidemment Cindy)

Recommandé.

Dupont-Lajoie, d’Yves Boisset

Film français de 1975. Les Dupont-Lajoie, cafetiers parisiens, partent pour leurs traditionnelles vacances dans le Midi. Au camping du soleil, ils retrouvent leurs amis des années précédents, avec lesquels ils déroulent les mêmes platitudes que d’habitude.

Divulgâchage et TW ci-dessous

Rapidement il apparait que le père Lajoie est attiré par Brigitte, la fille des Colin. A l’occasion d’une promenade où il la surprend en train de bronzer seule, il la viole et accidentellement, la tue. Pour brouiller les pistes, il amène le corps près du baraquement où vivent les ouvriers algériens qui sont en train de construire de nouveaux logements. Le racisme ambiant va faire le reste : les hommes du camping organisent une ratonnade, pour « rendre justice à la petite », rajoutant un nouveau meurtre au premier…

C’était intense. C’est un film avec des personnages assez détestables, les trois couples au centre du film (surtout les hommes, les femmes parlant largement moins) représentent une petite bourgeoisie française sûre d’elle et de ses privilèges, sortant des horreurs racistes dans le plus grand calme (et projetant sur les étrangers ses propres comportements) avant de chercher des passe-droits à la première occasion. Le film est plutôt drôle dans sa première partie qui fait vraiment cliché de vacances où tout le monde part à la même heure et s’entasse sur les mêmes plages, et où on attend le présentateur d’Intervilles comme le messie. Puis il prend une tournure beaucoup plus tragique dans la seconde moitié. Le choix de faire du personnage principal, qui se présente comme un bon père de famille, le violeur qui s’en prend à une connaissance (plutôt d’avoir mis en scène une agression sexuelle par un étranger) est assez novateur pour l’époque je trouve (bon en même temps ça n’en fait pas un film féministe, les femmes ont trois à 5 répliques en tout, et l’histoire tourne autour de trope de la femme dans le frigo). Mais la dénonciation du racisme ambiant en France est assez forte.

Recommandé sous réserves d’être dans un bon état mental et de checker les TW.

Survivre, de Frédéric Jardin

Film français paru en 2024. Une famille est en croisière sur un bateau au large de Cuba lorsque l’inversion des pôles fait disparaitre la mer sous le bateau (l’océan part sur les continents (???) pendant que le bateau reste sur place (????)). Bon, on va accepter cette prémisse. Depuis leur bateau échoué sur le désert, les 4 protagonistes vont devoir atteindre un bathyscaphe à quelques jours de marche, pour y trouver refuge en prévision du retour de la mer à son emplacement originel quand les pôles vont se réinverser.

J’aime bien regarder des films de genre français, et le côté « randonnée dans un désert parsemé de poissons morts et de bateaux échoués » est trippant (mention spéciale au porte-conteneurs), mais l’histoire de la famille Ricoré était quand même très peu intéressante. C’était pas non plus Abigail en termes de personnages nuls, mais c’était pas passionnant.

Misericorde, d’Alain Guiraudié

Film français paru en 2024. Jérémy revient dans son village d’enfance pour des obsèques. Sur place, il va loger dans la maison de la veuve, la mère d’un de ses camarades de collège. Ce dernier n’apprécie pas que le séjour de Jérémy se prolonge, imaginant qu’il a des vues sur sa mère. Jérémy va se retrouver au milieu de plusieurs relations de désir asymétriques et va devoir naviguer entre elles.

C’était inattendu, mais intéressant. Les acteurs/actrices ressemblent tou.tes à des personnes normales, le film est tournée en Aveyron, ce qui fait que les paysages m’évoquent ceux du Tarn. On est plutôt sur du cinéma du réel. Mais au milieu de tout ça, Jérémy éprouve ou suscite du désir pour/chez à peu près tout le monde. Jérémy va finir par tuer quelqu’un, et va passer la suite du film hanté par ce meurtre, alors que tout le monde recherche celui qu’il a tué. Le curé du village va rapidement anoncer à Jérémy qu’il sa responsabilité dans la disparition, mais qu’il le protégera par attirance pour lui. Leurs échanges sur le désir et le pardon sont assez réussis, Jérémy s’enfonçant dans l’angoisse alors que le curé est beaucoup plus serein sur ce qu’il convient de faire, moralement et en pratique, suite à ce meurtre.

Vingt Dieux, de Louise Courvoisier

Film français paru en 2024. À la mort de son père, Totone, 18 ans, doit trouver comment gagner de l’argent, lui qui passait son temps dans les bals de village. Après un petit boulot dans une fruitière, lui vient l’idée de faire son propre comté pour gagner un prix agricole et la somme qui va avec. Il va donc se débrouiller pour voler du lait et mettre en place une installation qui lui permette de produire à l’ancienne un comté au chaudron.

J’ai bien aimé. Il y a quelques longueurs (les scènes de bar/fête au début notamment), mais le film montre sans misérabilisme ni romantisme la vie de personnages à la fois un peu idiots et attachants. Les acteurs non-professionnels jouent très bien (surtout la plus jeune, qui joue Claire), de belles scènes notamment quand Totone et Claire retentent une dernière fois de récolter le caillé ensemble. La relation de Totone et Marie-Lise est bien mise en scène aussi.