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Je ne suis pas une apparition, d’Hélène Ollivier

Super pièce de théâtre, parlant de féminisme sans jamais prononcer le mot, en présentant la vie de différentes femmes et leur perception par leur entourage, par la société (Sappho qui revient pour dire que les historiens ont totalement laissé de côté son apport à la poésie grecque pour se poser des questions voyeuristes sur sa vie sexuelle, une gynécologue qui en a marre que sa famille et la société essayent de lui filer un compagnon alors qu’elle veut se concentrer sur son métier et qu’on lui foute la paix, une délinquante mutique sur laquelle ses interlocuteurs projettent leurs explications de ses actes…)

Si jamais elle est rejouée l’année prochaine, je vous recommande fortement d’aller la voir.

La Ronde

Pièce d’Arthur Schnitzler, mise en scène d’Anne Kessler.

Dix protagonistes formant dix couples hétéro (chacun des protagonistes interagissant avec deux autres), se retrouvant pour faire l’amour, dans le Berlin des années 60. Si les premières scènes m’ont laissé froid, avec des échanges que je trouvais très artificiels, j’ai trouvé que la pièce s’améliorait au fil du temps. Par contre le vision du sexe qui en est donnée est assez triste, avec des rapports non consensuels parfois et toujours des rapports de domination. Mais les échanges sont néanmoins assez justes et intéressants.

Le Maniement des Larmes, de Nicolas Lambert

Vue partiellement seulement, lors d’une représentation sur la place de la République. C’était très bien. Pièce sur l’affaire des frégates de Taiwan et l’implication de la classe politique française. Hyper documenté, un comédien interprète magistralement plein d’hommes et femmes politiques et on voit le délitement progressif de leur édifice de mensonges et de couvertures.

Poetry de Maud Le Pladec

Vu au théâtre de Chaillot. Trois personnes sur scène, un guitariste et deux danseuse-r-s. De la musique bruitiste, du post-rock, de la musique qui vient juste de la guitare mais en fait non, des danseuse-r-s qui perçoivent (oreillette) une autre musique que le public, des répétitions, des déformations, des transformations… C’était assez étrange mais très cool. Les interprètes faisaient très propres sur elleux de par leur tenue, ça évoquait la danse dans les soirées étudiantes par moment, quelques mouvements de flamenco à un autre, le dadaïsme (dixit the OC qui s’y connait plus que moi), la drogue. Des variations d’intensité lumineuses et quelques gros flashs qui auraient mérité un [TW : épilepsie]. En résumé, un spectacle pas facile d’accès mais très intéressant.

Flacomen, d’Israel Galvan

Déconstruction du flamenco par Israel Galvan. C’était vachement bien comme toujours avec Galvan (danse dans le noir et au milieu du public, mise en avant des interprètes, dans sur un plateau de pièces de monnaies, avec un corset, avec une ambiance night-club, en dansant sur les pédales d’une grosse caisse, …) Mais Israel Galvan s’est fait une entorse de la cheville durant la performance et n’a pas pu faire la seconde partie du spectacle 🙁

Les Liaisons Dangereuses, mise en scène de Christine Letailleur

Au Théâtre de la Ville. Assez impressionnant. Acteurices en costumes d’époque, musique d’époque puis beaucoup plus moderne sur la fin de la pièce. La mécanique du texte de Choderlos de Laclos se déroule, d’un jeu de séduction beauf mais qui n’a pas l’air d’avoir trop de conséquence à un viol assumé, des vies brisées et une mort. La mise en scène accompagne bien cette évolution. Quelques trigger warnings auraient été les bienvenues.

Naked Lunch de Club Guy & Roni

Spectacle de danse au théâtre de Chaillot, inspiré du roman de William Burroughs. Le spectacle adopte le point de vue de Joan Vollmer, dans ses dernières secondes à vivre avant que William Burroughs ne la tue accidentellement. Ça part dans tous les sens, nudité, spectateurs sur scène, acteurs dans la salle, musique de plein de style différents, dialogues en français, anglais, espagnol, allemand, surtitres qui s’éloignent de ce que disent les personnages, voire leur donne la réplique, brusques ruptures du pacte narratif pour des adresses aux spectateurs… C’était assez jouissif.

Gala, de Jérôme Bel

Vu au théâtre de la ville. Sur invitation de Marion N.L., qui l’avait déjà vu à la Commune (je crois). C’est un spectacle de danse avec des danseurs professionnels et amateurs passant sur plusieurs styles de danse, successivement ou simultanément. C’est inclusif, c’est très cool, j’avais un peu envie de frapper mon voisin qui riait sur les passages les moins réussis, mais au bout d’un moment la mayonnaise prend (cette expression vous est offerte par l’année 83) et tout le public est à fond sur tous les acteurs.

Perso ça m’a fait poser pas mal de question sur ma pratique de spectateur (on avait des super places au rang 2), j’ai un rapport assez distancié et intellectualisé à ce qui se passe sur scène, j’étais limite « Oh c’est bon c’est un peu facile » quand la salle faisait « Awwww » quand c’était au tour des enfants de passer. Mais du coup est-ce que je réprime pas aussi mes sentiments dans ce genre de cas ? Je me laisse beaucoup plus porter par les émotions brutes quand je regarde un film tout seul chez moi par exemple et que je suis pas en représentation devant mon copublic. Bref. Questions, questions. Si vous avez l’occasion d’y aller allez-y, c’est très cool.