Archives de catégorie : Screens, thousands of them

De rouille et d’os d’Audiard

Je l’avais vu à sa sortie en salle mais j’ai été content de le revoir. C’est une histoire pas très joyeuse ou les gens passent leur temps à faire des erreurs, mais où ils tentent de bien se comporter. C’est filmé avec des plans ou les personnages sont souvent dans un coin, pendant que l’arrière plan se déroule. Le film parle des classes populaires et est original. (parfois j’ai l’impression d’avoir 5 ans tellement mes recensions sont décousues)

Chappie de Neil Bloomkamp

Film présentant l’accession à la conscience d’un robot précédemment utilisé par la police de Johannesburg. J’ai bien aimé le film, il a plein de côtés cools. Je vais commencer par mes critiques : Pas masse de diversité (Y’a deux femmes et elles entrent en contact à aucun moment (ne passe pas le bechdel, donc) et y’a deux personnes de couleurs qui parlent (le personnage principal et le plus moral du film, ce qui est cool) et un policier blessé avec deux répliques). J’y ai aussi vu une police fortement militarisée sans que ce soit vraiment remis en question (tout l’internet et louis lisent une critique de la police dans le film mais je vois pas où : Le méchant c’est une seule personne qui veut la surmilitariser en leur filant un truc avec des armes air/sol et qui est clairement montré comme psychopathe, mais du coup en regard la militarisation actuelle de la police (avec des robots en titane qui tirent à balles réelles sur les gangs) me semble présentée comme « raisonnable ». D’ailleurs quand les robots tombent en panne il y a immédiatement une vague de destruction et d’attaque par les gangs : les robots me semblent présentés comme la bonne solution. Il est dit à la fin du film que la police ne les utilise plus mais c’est parce qu’un robot (Chappie, celui doté d’une conscience) a participé à un casse et que personne n’a compris ce qui s’était passé. Dans le même genre, le Robocop sorti il y a quelques années me semblait bien plus efficace pour montrer les travers de la militarisation et de la délégation au privé des services de police.
Pour passer à ce que j’ai bien aimé : le fait que Chappie fasse son éducation avec un gang et que ses choix de vie, son vocabulaire, ses goûts esthétiques échappent totalement à ce que son concepteur considérait être « bien ». C’est une métaphore absolument pas voilée de l’éducation d’un enfant mais c’est bien fait. J’ai beaucoup aimé aussi le fait que le robot soit raccommodé (membre de rechange pas dans les bons coloris, réparation au scotch, pochoirs, colliers). Le fait de considérer des objets comme non pas finis mais toujours entre deux couches de modification est quelque chose que j’apprécie toujours. Le scénario est parfois un peu mince mais ça n’influe pas sur la qualité générale d’un film (cf Mad Max), et notamment la fin est vraiment intéressante (et laisse plein de questions en suspens pour un second opus). Le fait de transférer l’esprit de Deon dans un corps robotique était très intéressant. J’aurais aimé que le film soit un peu plus contemplatif et s’arrête un peu plus sur les implications et laisse de la place pour une scène où Deon se confronte vraiment à son corps biologique mort (c’est pas tout à fait anodin de se voir tel qu’on s’est toujours perçu mort et depuis l’extérieur). Le fait que Chappie doive la vie à Deon et Deon à Chappie est aussi très symbolique et intéressant (une suite, une suite !). J’ai été un peu agacé qu’ils filent un visage humain à la version robot de Yo-landi par contre. Le fait d’avoir un corps différent de l’humain était justement un détail cool.
La situation finale c’est quand même trois robots conscients dont deux auparavant humains, dépendants de batteries qui ne sont plus en circulation, avec le secret de la création de la conscience et celui de son transfert. C’est quand même un excellent point de départ pour un tome 2.

Land and Freedom, de Ken Loach

Film britannique de 1995. La guerre d’Espagne, depuis le point de vue d’un communiste irlandais qui joint une brigade du POUM. Présentant les enjeux, les dissensions entre les diverses factions des républicains, la réalité de l’engagement, les discussions sur la collectivisation des terres… J’ai beaucoup aimé (petit bémol sur le fait qu’il y ait un subplot romantique qui n’apporte rien à l’histoire, mais c’est vraiment mineur).

Porque la batalla es larga y son muchos, pero nosotros somos muchos más, siempre seremos muchos más. ¡El mañana es nuestro compañeros! La lucha continua. ¡No pasarán! »

Étude sur Paris d’André Sauvage

Un documentaire muet de 1928 présentant Paris à l’époque. Je l’ai vu en ciné-concert, la bande-son était réalisée par acousmatique (une piste sonore mono ou stéréo est envoyée sur un grand nombre de hauts-parleurs avec des caractéristiques techniques différentes dispersés dans la salle, permettant une spatialisation du son). Les images sont assez folles : on voit un Paris bien plus industriel, certaines parties sont méconnaissables, d’autres identiques (les ponts notamment). La façon de Sauvage de filmer est assez moderne, il s’attache aux détails aussi bien qu’aux vues d’ensemble.

Visionnages

Future Cops de Wong Jing. Un nanar Hong-kongais inspiré des personnages de Street Fighter. C’est du n’importe quoi du début à la fin, toujours de façon surprenante, surjouée, absurde. Du coup c’est assez cool à regarder. Je le place à côté de l’adaptation filmique des Trois Mousquetaires pour ça.

Dikkenek, d’Olivier Van Hoofstadt. Un film belge avec des personnages bêtes et méchants. Pour le coup j’ai pas du tout aimé. C’est supposé être un film culte mais je comprends pas pourquoi. Blagues sur le viol, violence gratuite, y’a effectivement quelques passages/répliques marrant-e-s mais ça vaut clairement pas de se taper tout le film.

Kiss Kiss Bang Bang, de Shane Black. Comédie autour de l’élucidation d’un double meurtre. Un Robert Downey Jr. qui joue un cambrioleur pas très malin qui se retrouve acteur à l’essai puis détective amateur. Le film va à toute vitesse et est très sympa. Quelques réserves sur 1/ Les soudaines capacités de visée et de maîtrise d’une arme du héros à la fin. 2/ La morale très année 50 de certains personnages (au premier lieu le héros qui est chevaleresque mais qui comprend pas qu’une fille puisse avoir envie de coucher et qui passe son temps à faire des blagues sur la sexualité de son mentor détective, gay). Contourné cependant quand le partenaire en question utilise l’homophobie d’un méchant pour détourner son attention du fait qu’il a une arme dissimulée sur lui.

THX 1138, de George Lucas. Dans un univers dystopique ou tout le monde est sous drogue contrôlant l’humeur et où la sexualité est illégale, une femme refuse de se plier au système et supprime sa drogue et celle de son colocataire. Je sais pas trop. L’histoire est confuse, c’est une succession de scènes assez peu reliées entre elles finalement. J’ai pas spécialement vu de message. On se laisse porter, y’a des passages cools, mais voilà. J’ai pas été incroyablement marqué. J’ai vu des bouts du remaster récent et il y a des incrustations 3D dégueulasses.

Locke, de Steven Knight. La veille de la coulée de fondations pour un gratte-ciel, le contremaître du chantier décide de partir vers Londres au lieu de rentrer chez lui et prévient son chef et son assistant qu’il ne pourra pas être présent le lendemain. Le film est entièrement tourné dans et autour de sa voiture durant son trajet. Tom Hardy est le seul acteur si l’on excepte quelques plans au début. Le film tourne autour des conversations téléphoniques qu’il a tout au long du trajet avec sa famille, ses collègues et la personne qui l’attend à Londres. La performance d’acteur d’Hardy est très bonne, je comprends le concept du film, mais il ne m’a pas touché pour autant. Trop de plans qui se répètent (y’a pas tant d’angles que ça depuis lesquels filmer une voiture).

Pourquoi Star Wars n’est pas de la science-fiction

Suite à une discussion avec un ami sur le sujet, je veux défendre ici l’idée que Star Wars est une œuvre de fantasy et non pas de science-fiction.
Je parle ici des deux trilogies de films habituellement appelées Épisodes I à VI. Je ne connais pas énormément de l’univers étendu à part quelques romans et la lecture extensive de certaines sections de Wikipédia donc je ne m’aventurerais pas sur ce terrain (de plus, l’univers de Star Wars a très certainement de la place pour des œuvres avec un caractère de science-fiction plus marqué et je suppose qu’il en a déjà été créées).

Quelle est donc l’histoire racontée dans les Guerres de l’Étoile ? Et, oui, je me permet de rétablir une traduction correcte du titre parce que la traduction fautive m’a agacé d’aussi loin que j’ai eu suffisamment de notions d’anglais pour me rendre compte du problème. L’Étoile en question c’est l’Étoile Noire, les autres étoiles on s’en fiche éperdument dans l’histoire, y’a guère que les planètes et les satellites, éventuellement artificiels, qui comptent. Mais je diverge. Quelle est donc, écrivais-je, l’histoire racontée dans les Guerres de l’Étoile si on enlève les vaisseaux spatiaux ?

[Spoilers juste après, évidemment. En même temps, c’est Star Wars, il y a des chances que ça ne spoile qu’assez peu de monde]

L’histoire d’un jeune garçon ordinaire vivant dans une province reculée d’un empire hégémonique. Il reçoit par erreur l’appel au secours d’une princesse, destinée au magicien vivant à côté de chez lui (quelqu’un qui fait de la télékinésie et peut rendre les gens confus, c’est un magicien. Quand en plus il porte un capuchon et une barbe de vieux sage, le doute n’est plus permis). Il se font découvrir par les sbires de l’empire, s’échappent, achètent leur passage sur le vaisseau de deux contrebandiers, rejoignent la résistance, se battent à l’épée, sauvent la princesse, le héros découvre qu’il est magicien aussi et qu’il y a un combat immémorial entre le bien et le mal, il va s’entraîner avec le magicien en chef, l’Empire contre-attaque, le héros découvre que la princesse est sa sœur jumelle longtemps perdue de vue et le méchant en second son père, le héros affronte quelques monstres en combat singulier (un yéti et un ver des sables), ils affrontent l’empereur maléfique, le père change de côté et se sacrifie, l’Empire prend fin, et ils vécurent heureux et eurent plein de produits dérivés.

On a donc un combat immémorial, un ordre de chevaliers défendant la Lumière, un empire maléfique, de la magie, des monstres, des forbans, des liens familiaux cruciaux. Si on ajoute la prélogie, on obtient une prophétie mal interprétée (« Tu apporteras l’équilibre à la Force, Anakin. » Faudra m’expliquer comment tu penses que quand tu es un ordre religieux avec l’oreille du pouvoir suprême et que tes adversaires sont proverbialement deux clampins et jamais plus, un rééquilibrage ça va jouer en ta faveur), une Immaculée Conception, plus de combats singuliers avec des monstres ou à l’épée et une romance très mal amenée (mais ça n’est pas d’intérêt pour mon argumentation. Ni pour quiconque d’ailleurs).

Les éléments sont ceux que l’on retrouve dans une histoire de fantasy « traditionnelle » (parce qu’on m’objectera que depuis le genre a été bien déconstruit, reconstruit, subverti et bien plus encore, et c’est tout à fait vrai. Lisez Gagner la Guerre c’est de l’excellente fantasy qui se passe fort bien de combat immémorial entre le bien et le mal). C’est l’histoire d’une personne qui quitte sa province miteuse et découvre un monde bien plus vaste dans lequel il a un rôle à jouer (salut Frodon). Cette focalisation sur le personnage, pour moi c’est ça qui caractérise la fantasy par rapport à la SF (bon ok, ça et les magiciens). La SF est plus là pour présenter un univers ou des concepts (quand c’est de la SF consciente, celle que je définis pompeusement comme « conjuguant les questions actuelles au futur ». Ceci était une auto-citation assumée). C’est pour ça aussi que les uchronies, quand elles ne relèvent pas juste du gadget narratif, sont aussi rattachables à la SF. Parce qu’elles posent des questions sur l’évolution de nos sociétés actuelles (ou de la façon dont on perçoit l’Histoire. Bon, et parfois aussi c’est juste un péplum avec des dirigeables, mais aussi badass que ça paraisse de loin ça vaut rarement le coup si y’a pas une réflexion derrière.)

Star Wars c’est donc un récit de fantasy somme toute classique. Le génie de George Lucas c’est de l’avoir placé dans l’espace. Les gens n’ont pas des navires mais des vaisseaux spatiaux, et il y a aussi un sacré travail sur le visuel pour intégrer plein de signifiants venant de plein d’origines différentes : religions, empires réels (romain, nazi, britanniques). Mais ça reste de la fantasy dans les ressorts narratifs et dans le focus de l’histoire. Mon ami disait que Star Wars était un space opéra. Pour moi le space opéra présente quand même des personnages qui (déjà ne font pas de magie ni de combats d’épée mais surtout) ne sont pas centraux dans leur monde. Ils peuvent avoir une action mais ils ne sauvent pas la galaxie à eux seuls. Ils sont trop petits par rapport à la toile de fond qu’est l’univers. Et là, je pourrais commencer à argumenter que Game of Thrones n’est pas de la fantasy mais un fantastic medieval opera mais ce sera pour une autre fois.

Mad Max: Fury Road, de George Miller

Je suis allé voir ce film le jour de sa sortie, alléché par sa bande annonce. Je n’ai pas été déçu :)
Il s’agit d’un film d’action de George Miller, définissable comme « post-apocalyptique et dieselpunk », ce qui veut dire qu’il prend place dans un monde dévasté (catastrophes environnementales) et où la technologie toute entière est orientée vers les engins à combustion. L’univers de Mad Max semble avoir divergé du notre quelque part dans les années 70/80 (à l’époque des premiers films de la série, donc).
Le personnage titre, Max n’est pas ici le héros mais juste le point de vue que l’on adopte. L’héroïne du film est Furiosa, une femme au service d’un seigneur de guerre local qui décide de se rebeller contre son pouvoir et d’aider ses esclaves sexuelles à s’échapper vers une utopie matriarchique. Dans un monde parfait, Mad Max ne serait pas un film féministe. Ce serait un film d’action avec une héroïne. Mais dans le monde réel, le fait de présenter une femme comme une héroïne prête à se battre à égal avec des hommes, décidée à mettre fin à l’exploitation d’autres femmes et s’appuyant pour ça sur une bande de bikeuses, est clairement un acte féministe. Ce qui est un excellent point en faveur de Mad Max.
À part ça, le film est visuellement splendide : les couleurs sont sursaturées, les véhicules créés pour le film sont magnifiques et inventifs (sérieusement, bosser comme accessoiriste sur ce tournage ça se rapproche très fortement de mon job idéal). J’ai aussi trouvé très réussie la mise en scène d’un monde dont le système de valeurs et de croyance est très éloigné du notre, avec des croyances organisées autour de la vitesse, de la mécanique, de la rareté (un détail brillant pour l’exemple : au début du film, les méchants utilisent Max comme banque de sang, et lui tatouent son groupe sanguin et son indice d’octane, supposé représenter son agressivité, passée avec son sang à ceux qui sont transfusés. Ça montre d’un seul coup le culte de la voiture et l’abandon des connaissances scientifiques). (Les valeurs restent cependant très proches sur certains points, pas besoin d’aller voir une dystopie au cinéma pour trouver des connards qui considèrent que les autres gens sont leur propriété).
Je trouve aussi que Tom Hardy est très bon pour jouer le personnage complètement incapable de communiquer, hanté par ce qu’il considère comme ses échecs passés. Le scénario peut être décrit en deux phrases, par contre : « Course poursuite dans le désert. Les gentils fuient puis affrontent les méchants. » et les dialogues sont parfois absurdes et grandiloquents, mais clairement pas plus que dans n’importe quel autre film d’action (I’m looking at you, Die Hard).

EDIT: comme le fait remarquer un tumblr que je suis, la musique est aussi vachement bien.