Pourquoi Star Wars n’est pas de la science-fiction

Suite à une discussion avec un ami sur le sujet, je veux défendre ici l’idée que Star Wars est une œuvre de fantasy et non pas de science-fiction.
Je parle ici des deux trilogies de films habituellement appelées Épisodes I à VI. Je ne connais pas énormément de l’univers étendu à part quelques romans et la lecture extensive de certaines sections de Wikipédia donc je ne m’aventurerais pas sur ce terrain (de plus, l’univers de Star Wars a très certainement de la place pour des œuvres avec un caractère de science-fiction plus marqué et je suppose qu’il en a déjà été créées).

Quelle est donc l’histoire racontée dans les Guerres de l’Étoile ? Et, oui, je me permet de rétablir une traduction correcte du titre parce que la traduction fautive m’a agacé d’aussi loin que j’ai eu suffisamment de notions d’anglais pour me rendre compte du problème. L’Étoile en question c’est l’Étoile Noire, les autres étoiles on s’en fiche éperdument dans l’histoire, y’a guère que les planètes et les satellites, éventuellement artificiels, qui comptent. Mais je diverge. Quelle est donc, écrivais-je, l’histoire racontée dans les Guerres de l’Étoile si on enlève les vaisseaux spatiaux ?

[Spoilers juste après, évidemment. En même temps, c’est Star Wars, il y a des chances que ça ne spoile qu’assez peu de monde]

L’histoire d’un jeune garçon ordinaire vivant dans une province reculée d’un empire hégémonique. Il reçoit par erreur l’appel au secours d’une princesse, destinée au magicien vivant à côté de chez lui (quelqu’un qui fait de la télékinésie et peut rendre les gens confus, c’est un magicien. Quand en plus il porte un capuchon et une barbe de vieux sage, le doute n’est plus permis). Il se font découvrir par les sbires de l’empire, s’échappent, achètent leur passage sur le vaisseau de deux contrebandiers, rejoignent la résistance, se battent à l’épée, sauvent la princesse, le héros découvre qu’il est magicien aussi et qu’il y a un combat immémorial entre le bien et le mal, il va s’entraîner avec le magicien en chef, l’Empire contre-attaque, le héros découvre que la princesse est sa sœur jumelle longtemps perdue de vue et le méchant en second son père, le héros affronte quelques monstres en combat singulier (un yéti et un ver des sables), ils affrontent l’empereur maléfique, le père change de côté et se sacrifie, l’Empire prend fin, et ils vécurent heureux et eurent plein de produits dérivés.

On a donc un combat immémorial, un ordre de chevaliers défendant la Lumière, un empire maléfique, de la magie, des monstres, des forbans, des liens familiaux cruciaux. Si on ajoute la prélogie, on obtient une prophétie mal interprétée (« Tu apporteras l’équilibre à la Force, Anakin. » Faudra m’expliquer comment tu penses que quand tu es un ordre religieux avec l’oreille du pouvoir suprême et que tes adversaires sont proverbialement deux clampins et jamais plus, un rééquilibrage ça va jouer en ta faveur), une Immaculée Conception, plus de combats singuliers avec des monstres ou à l’épée et une romance très mal amenée (mais ça n’est pas d’intérêt pour mon argumentation. Ni pour quiconque d’ailleurs).

Les éléments sont ceux que l’on retrouve dans une histoire de fantasy « traditionnelle » (parce qu’on m’objectera que depuis le genre a été bien déconstruit, reconstruit, subverti et bien plus encore, et c’est tout à fait vrai. Lisez Gagner la Guerre c’est de l’excellente fantasy qui se passe fort bien de combat immémorial entre le bien et le mal). C’est l’histoire d’une personne qui quitte sa province miteuse et découvre un monde bien plus vaste dans lequel il a un rôle à jouer (salut Frodon). Cette focalisation sur le personnage, pour moi c’est ça qui caractérise la fantasy par rapport à la SF (bon ok, ça et les magiciens). La SF est plus là pour présenter un univers ou des concepts (quand c’est de la SF consciente, celle que je définis pompeusement comme « conjuguant les questions actuelles au futur ». Ceci était une auto-citation assumée). C’est pour ça aussi que les uchronies, quand elles ne relèvent pas juste du gadget narratif, sont aussi rattachables à la SF. Parce qu’elles posent des questions sur l’évolution de nos sociétés actuelles (ou de la façon dont on perçoit l’Histoire. Bon, et parfois aussi c’est juste un péplum avec des dirigeables, mais aussi badass que ça paraisse de loin ça vaut rarement le coup si y’a pas une réflexion derrière.)

Star Wars c’est donc un récit de fantasy somme toute classique. Le génie de George Lucas c’est de l’avoir placé dans l’espace. Les gens n’ont pas des navires mais des vaisseaux spatiaux, et il y a aussi un sacré travail sur le visuel pour intégrer plein de signifiants venant de plein d’origines différentes : religions, empires réels (romain, nazi, britanniques). Mais ça reste de la fantasy dans les ressorts narratifs et dans le focus de l’histoire. Mon ami disait que Star Wars était un space opéra. Pour moi le space opéra présente quand même des personnages qui (déjà ne font pas de magie ni de combats d’épée mais surtout) ne sont pas centraux dans leur monde. Ils peuvent avoir une action mais ils ne sauvent pas la galaxie à eux seuls. Ils sont trop petits par rapport à la toile de fond qu’est l’univers. Et là, je pourrais commencer à argumenter que Game of Thrones n’est pas de la fantasy mais un fantastic medieval opera mais ce sera pour une autre fois.

1 réflexion sur « Pourquoi Star Wars n’est pas de la science-fiction »

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