Archives de catégorie : Screens, thousands of them

Backrooms, de Kane Parsons

Film étatsunien de 2026. Clark gère un magasin de meubles dans une banlieue indéterminée d’une ville étatsunienne, dans les années 90. Un jour, il découvre qu’il peut passer à travers un des murs du magasin et se retrouve dans une enfilade infinie de pièces éclairées aux néons, les backrooms de la réalité. Les backrooms imitent des lieux réels, mais imparfaitement. Et Clark se rend rapidement compte que quelque chose erre dans les backrooms…

J’ai bien aimé ! C’est adapté d’un creepypasta internet, la transformation en film est réussie. La mystérieuse organisation qui étudie les backrooms, la révélation de la nature du monstre qui hante le lieu, l’esthétique generale du lieu, tous les détails sont assez réussis. Il y a une petite métaphore de l’IA avec le côté « copie imparfaite de la réalité ». Le fait que la partie « dans la réalité » du film se déroule majoritairement dans un magasin de meubles, qui est déjà un espace liminaire, est très bien trouvé : le magasin est déjà une version dégénérée d’un vrai logement, le passage dans les backrooms ne fait qu’accentuer ce premier glissement.

Recommandé.

Empathie, de Florence Longpré

Série québécoise parue en 2025. Suzanne Bien-Aimé est une psychiatre qui sort d’une longue dépression. Elle commence un nouveau travail à l’hôpital psychiatrique du Mont-Royal. Au contact de l’équipe soignante, elle va se reconstruire une sociabilité. On va découvrir en parallèle sa vie familiale, les histoires d’une partie des soignants et des patients.

Très réussi. La série traite sur un mode léger des sujets tous sauf évident, et pose un regard nuancé sur la folie et les processus de soin. La représentation de la dépression par les ballerines était bien trouvée. Par contre pas très convaincu par l’installation de la romance entre Suzanne et Mortimer, qui me semble ne pas apporter grand chose à la série, garder une relation amicale aurait été plus intéressant.

Recommandé.

リング (Ring), de Hideo Nakata

Film d’horreur japonais paru en 1998. Quatre lycéens regardent une cassette qu’ils ont trouvé dans leur chambre d’hôtel et meurent une semaine plus tard. La tante de l’une des lycéennes décide d’enquêter sur la rumeur de cette vidéo maudite. Elle la regarde et commence une course contre la montre pour réussir à briser la malédiction avant que sa semaine ne soit écoulée.

Je n’ai pas été très accroché. Je pense que le film souffre du syndrome du précurseur : on a trop revu les mêmes choses reprises, détournées, pastichées. La scène de Sadako qui sort du puits puis de la télé fonctionne bien, mais pour le reste le film n’a pas beaucoup de tension à mon sens, l’enquête des personnages pour comprendre d’où vient la malédiction se faire sur un rythme plutôt chill et avec assez peu de contretemps.

Amour Apocalyse, d’Anne Émond

Film québécois paru en 2025. Au milieu de la catastrophe climatique, Adam essaie de garder une vie normale malgré son écoanxiété galopante. Il gère un chenil, se fait draguer par son employée de 20 ans de moins que lui. Puis un jour il achète une lampe de luminothérapie. La lampe elle même ne va pas beaucoup l’aider, mais il tombe sur Tina, une femme qui vit en Ontario en appelant le SAV. Quand une tempête touche les bureaux du SAV, il décide d’aller la chercher. Les deux vont commencer une espèce de pas de deux, pas vraiment une romance, pas totalement une amitié non plus.

C’était sympa, les personnages sont attachants – particulièrement Adam à l’écoanxiété duquel on s’identifie facilement. La relation entre les deux personnages principaux, même si elle se met en place très vite, semble crédible.

Ready or not, de Tyler Gillett et Matt Bettinelli-Olpin

Film étatsunien de 2019. La nuit de son mariage, Sam est invitée par sa belle-famille à choisir au hasard un jeu auquel jouer avec eux. Elle fait le mauvais choix : cache-cache, mais une version où les protagonistes sont armés et sa belle-famille a jusqu’à l’aube pour la trouver et la sacrifier à Satan.

Le scénario est classique : la confrontation à la belle famille qui se retrouve être un groupe soudé et hostile, la traque dans un manoir. Mais le film utilise bien ces ingrédients de base, notamment avec des personnages archétypaux dans la belle famille mais qui incarnent bien leurs différents rôles. Et évidemment la performance de l’actrice principale en final girl est très réussie, la vibe « mariée en basket » fonctionne bien, sa badassification progressive au cours du film aussi. La variabilité des armes, qu’elles soient de différentes époques ou improvisées permet aussi de renouveler les situations et interactions. Mention spéciale à l’appel en visio depuis la voiture.

Recommandé si vous aimez les thrillers humoristiques et le cache-cache.

Good One, d’India Donaldson

Film étatsunien paru en 2024. Sam, une jeune adulte part en randonnée avec son père cinquantenaire et le meilleur ami de celui-ci. Le fils de l’ami devait venir aussi mais finalement se désiste au dernier moment. Sam est donc coincée entre les deux cinquantenaires. Son père a l’habitude de faire de la rando mais l’autre pas du tout, et surtout la dynamique entre les deux mecs est principalement une dynamique d’agacement mutuel, ils ont des caractères assez différents et on ne comprend pas trop pourquoi ils sont amis à part pour pouvoir bitcher ensemble sur leurs familles respectives. Le père de Sam est compétent en rando mais c’est quand même Sam qui s’occupe de faire le repas, la vaisselle…

C’est assez lowkey et petit budget, mais c’était intéressant à regarder. De beaux paysages de randonnée (mais surtout de la forêt, ça manque de montagnes), une forme de coming of age assez douloureuse (Sam se rend compte que son père est assez nul, et son ami encore plus, sans que ce soit violent et que ça nécessite des TW, juste les deux mecs ne gèrent clairement pas leurs rôles d’adultes).

Hi-five, de Kang Hyeong-cheol

Misfits en Corée.

Film coréen de super-héros paru en 2025. Six personnes reçoivent une greffe d’organes depuis un donneur qui s’est suicidé. Quelques jours après la greffe, des super-pouvoirs commencent à se manifester chez les greffés. Ils vont chercher à se retrouver les uns les autres, certains pour discuter de leur nouvelle condition, certains pour tenter de s’approprier tous les pouvoirs.

C’était chouette, bon film de losers super-héros, les combats sont réussis, très bonne scène de course-poursuite notamment. Le super méchant est assez réussi, le fait d’en faire un leader de secte permet d’avoir de supers décors pour le combat final.

Recommandé.

Carrion, du studio Phobia Game

Jeu vidéo paru en 2020. On incarne une créature mystérieuse et informe, emprisonnée dans un laboratoire scientifique. Au début du jeu on brise notre cage, et on va pouvoir se déplacer dans le laboratoire pour tuer tous les humains sur notre chemin et retrouver la liberté. Au passage on va trouver d’autres conteneurs contenant des parties de nous-mêmes qui vont nous permettre de débloquer de nouvelles capacités.

C’est un plateformeur assez facile puisque notre créature et largement plus puissante que ces faibles humains, même équipés d’armes à feu. La façon dont la créature est animée est très réussie, avec des tentacules et des filaments qui s’accrochent un peu partout autour de nous, nous permettant de nous mouvoir en trois dimensions. Quelques mini-boss sous la forme de méchas pilotés par des humains.

Recommandé, would play a seething and bloodthirsty mass of writhing tentacles again.

The Bear, de Christopher Storer

Série télévisée dont la première saison est parue en 2022, 5 saisons en tout, les deux premières très très bonnes, la troisième simplement bonne. Sans trop en révéler, on suit les vies des personnes travaillant dans le restaurant The Original Beef of Chicagoland. C’est de la restauration rapide, mais le propriétaire-gérant a changé récemment, et vient du monde de la gastronomie, ce qui ne va pas aller sans un certain clash des cultures.

J’ai pendant longtemps fait l’impasse sur cette série, parce que je pensais que c’était une série qui parlait de bouffe, que ça m’évoquait essentiellement de la téléréalité comme Top Chef, et que c’est vraiment pas quelque chose qui m’intéresse (j’aime beaucoup la nourriture, mais ma relation à la nourriture implique de la manger, pas de la regarder à travers un écran). Laissez-moi donc dissiper ce malentendu si vous êtes dans le même cas de figure : ce n’est pas une série qui parle de bouffe. C’est une série qui parle de relations familiales, professionnelles et familialo-professionnelles. C’est une série qui parle de trauma, de vouloir exceller à quelque chose et des sacrifices que ça peut amener à faire. Ça parle de travailler dans un restaurant (duh), avec tout ce que ça implique de tâches qui ne sont pas juste de préparer de la nourriture, de la difficulté d’avoir un restaurant qui tient la route financièrement. Voilà pour les thèmes.

Pour la forme, c’est une série qui prend le temps de caractériser ses personnages et leurs relations. C’est aussi une série qui filme les personnages de très près (passion grain de la peau) et qui montre des personnages épuisés. C’est aussi une lettre d’amour à Chicago, avec une quantité de plans de coupe sur la ville incroyable (et comme tout se passe à Chicago, c’est pas pour situer l’action, c’est juste pour crier « Chicago »). C’est aussi une série avec une super bande-son (à forte composante rock des années 90), très très bien employée pour souligner la tension.

Si certains points de l’intrigue m’ont semblé un peu forcés/trop rapides (le plot-twist de la fin de la saison 1, le changement de posture de Richie après l’épisode Forks), globalement c’est quand même très bien écrit, avec des saisons 1 et 2 qui savent totalement où elles vont en termes d’arcs narratifs. Les épisodes Review et The Bear notamment sont très très réussis et la façon dont ils se répondent, ce qui a évolué ou non entre les deux est très bien exposé. En épisodes davantage one-shot, Fishes (qui sort du cadre du restaurant pour faire un flash-back sur un repas de Noël) et Forks (sur le passage de Richie dans un restaurant gastronomique) sont très réussis aussi. Le fait d’avoir toute une saison où le restaurant est en travaux est aussi assez magistral. La saison 3 perd la compacité d’écriture des deux premières, mais elle prend le temps de creuser les personnages.

Les persos sont tous très bien écrits, avec évidemment le trio de tête Carmy/Sidney/Richie et l’ambiguïté qu’ils ont tous les trois en tant que persos qu’on peut à la fois adorer ou détester – un peu moins Sidney qui est moins flawed que les deux autres, mais aussi les persos secondaires : Marcus, Tina, Ibraheim sont des personnages crédibles, même avec peu de temps d’écran, et dans la famille étendue Berzatto, tous les personnages sont très réussis, que ce soit les tragiques comme Donna ou Mikey ou les comiques comme la famille Fak ou l’oncle Jimmy.

EDIT 2025 : 4e saison

C’est chouette de retrouver ces personnages, mais la série n’a plus trop l’air de savoir où elle va. On a du lore en plus sur le passé de certains perso, c’est cool de voir Carmy évoluer un peu émotionnellement, mais globalement il ne se passe pas grand chose. Le subplot avec Ibraheim est je pense le plus intéressant en termes de développement de l’histoire, mais il est à peine esquissé dans cette saison. Pas très convaincu par le côté huis clos de l’épisode final, je trouve que ça ne marche pas comme façon d’exposer et résoudre le problème. Bref, un peu déçu, je pense qu’il faut une conclusion propre à cette série.

EDIT 2026 : 5e (et dernière) saison

Eh bien justement, dernière saison impeccable. Elle est découpée en 7+1 épisodes, les 7 premiers se déroulent sur une seule journée – du début de la journée à la fin du service, qui suit immédiatement le final de la saison précédente. Le dernier épisode est un coda. Pas de nouveaux personnages introduits (sauf un, relativement mineur et dont on ne saura pas grand chose, Cheese). On voit comment les relations entre les personnages connus ont évolué, là où ils en sont désormais. Toute l’exposition a été faite dans les saisons précédentes (notablement, beaucoup moins de plans de coupe sur Chicago pour laisser de la place à l’histoire), il ne reste plus qu’à dérouler les interactions entre les personnages. On voit la place qu’a pris Syd, l’héroïne secrète de la série depuis le début, ce que Carmy a réussi à lui transmettre et surtout ce qu’elle a réussi à construire en opposition au fonctionnement de Carmy. Comme toujours les épisodes qui se concentrent sur le coup de feu sont particulièrement réussi, ici Foccacia et Caramel. L’habillage musical de la série évolue aussi, pas de rock des années 90’s, on est sur une bande son instrumentale composée pour la saison. L’évolution des relations est notamment marquée par l’absence de New Noise comme chanson qui accompagne le coup de feu.

On est triste de laisser derrière soi les personnages, mais le final est réussi, on a vu leur évolution, l’arrêt de la série se fait à un moment logique (elle couvre toute la durée où Carm aura travaillé au restaurant). Grosse, grosse recommandation, vraiment une de mes séries préférées.

Jim Queen, de Marco Nguyen et Nicolas Athané

Film d’animation français paru en 2026. Lucien est un twink encore dans le placard, qui se consume de désir pour Jim Parfait, un influenceur et gym queen. Il décide de braver le couvre feu de sa mère (et accessoirement ministre de la Santé) pour aller à la BoyzNight, une grosse soirée gay. Il va rencontrer son idole et découvrir les subtilités de la communauté gay et de ses différentes factions. Mais le voyage initiatique de Lucien va être percuté par le démarrage d’une épidémie qui frappe la communauté gay : l’hétérose, une maladie qui transforme lentement mais sûrement les gays en hétéros, compréhension des règles du football incluse. Jim s’avère être contaminé. Déterminer à tout faire pour ne pas perdre son corps de rêve, il embarque Lucien avec lui pour retrouver la piste d’un mystérieux médecin qui détiendrait un vaccin à l’épidémie.

Grosse recommandation ! Le film est très coloré, bourré de références – aussi bien des trucs très grand public que des trucs plus niches de la commu, aussi bien des clins d’œil rigolo que des parallèles avec l’épidémie du sida, sa non-gestion par les autorités sanitaires et la toxicité qui peut régner dans les communautés. On voit venir de loin pas mal de point du scénario qui fait dans le hero’s journey classique, mais le point du film c’est pas l’originalité de la trame mais l’application de cette trame à ce sujet.
Excellente bande de son, superbe animation, recommandé si vous aimez les comédies musicales explicites et les orgasmes prostatiques qui mènent à l’illumination.