Archives de catégorie : Screens, thousands of them

Los Años Nuevos, de Rodrigo Sorogoyen

Série espagnole parue en 2024. On suit Oscar et Ana, deux madrilènes qui se rencontrent lors du premier épisode et réalisent qu’iels sont né.es à un jour d’intervalle : elle le 31/12 et lui le 01/01. On va suivre pendant 10 ans une de ces deux journées, leurs interactions, et l’évolution de leur relation.

J’ai bien aimé. Je ne suis pas trop rentré dans le pilote, mais dès l’épisode 2, j’étais accroché. L’évolution de la relation entre les deux personnages est assez crédible – en même temps on parle de trentenaires européens dans les années 2015-2025, je suis assez clairement dans le cœur de cible – le fait de ne pas avoir exclusivement leur relation à tous les deux mes devoirs aussi les liens qu’ils ont avec leur famille ou leurs amis est intéressant. Le dispositif qui se concentre sur la journée du Nouvel An permet aussi de voir une forme de temps suspendu en dehors du boulot – pas complètement vrai pour Oscar vu qu’en tant que médecin il a des gardes. Et aussi des moments où les gens font le bilan, ou se retrouvent entre proches et discutent. J’ai par contre été un peu déçu par le final de la série, que j’ai trouvé plus conventionnelle que les autres épisodes. En même temps, c’est difficile de conclure de façon originale une histoire romantique.

Recommandé.

Exit 8, de Genki Kawamura

Film d’horreur (légère) japonais paru en 2025. Un homme se perd dans les couloirs du métro et arrive dans un couloir qui se répète en boucle. Il doit repérer des anomalies dans la disposition des éléments pour soit continuer à avancer soit faire demi-tour. S’il réussit 8 fois de suite, il sera libéré de la boucle. Le film est adapté d’un jeu vidéo, et ça se voit fortement. L’ambiance « espace liminal » est bien retranscrite, mais bon le scénario reste très mince. La variation de point de vue entre les 3 personnes coincées dans la boucle est plutôt réussie, mais ça reste léger pour en faire tout un film. Le côté horrifique est franchement léger, pas du tout de montée en intensité, en fait on se rapproche plus de la boucle temporelle.

In die Sonne schauen, de Mascha Schilinski

Film allemand de 2025. On suit quatre générations d’habitants d’une grande ferme allemande, entre les années 1900 et 2020. Le film nous balance au milieu de l’histoire sans contexte et c’est au spectateur de recoller les bouts. Les époques sont bien marqués par les vêtements, les coiffures, les objets, mais il faut comprendre seul les liens entre les personnages et les (quelques) liens entre les époques. On suit surtout les points de vue de différentes femmes, dont pas mal ont des destins tragiques, qui se font écho, avec des motifs qui reviennent : les photographies floues, la rivière, la porte de la grange, la chute, l’impression de vivre « pour rien ».

J’ai beaucoup aimé. Le film prend son temps pour poser les histoires des différents personnages, le film est tourné en format 1:1, avec une caméra à focale très courte, ce qui fait qu’il y a souvent pas mal de flou sur les images, avec un plan focal très resserré (voir parfois rien dans le plan focal donc tout de flou), ça fait des images assez particulières et peu classique dans les films actuels. Les acteurs jouent très bien, notamment les acteurs enfants. C’est assez difficile à décrire mais ça réussit très bien à poser une vibe particulière.

Fortement recommandé.

28 Years Later, de Danny Boyle

Film britannique de zombies paru en 2025, dans l’univers de 28 Days Later. Comme le titre l’indique, on est 28 ans après le démarrage de l’épidémie du virus de la Rage en Grande-Bretagne. Spike, un garçon de 12 ans qui vit sur une île au large de la côte, est emmené par son père pour la première fois sur l’île principale dans une sorte de rite d’initiation. Il va découvrir sur place les différents types de zombies – variations qui font très jeu vidéo – mais aussi ce que veulent dire des paysages où la Nature est redevenue sauvage et où on ne voit pas la mer. Il va revenir ensuite avec sa mère, à la recherche d’un hypothétique docteur qui pourrait soigner le mal mystérieux dont elle est affligée.

C’est la première partie d’une trilogie qui se passe sur les îles anglo-normandes 28 ans après l’apparition du virus. J’ai bien aimé certains points, par exemple l’apparence des zombies qui au bout de 28 ans ont un peu des têtes d’hommes des cavernes (hirsutes, habits qui se sont désagrégés, …). Le fait que l’épidémie de zombies ne soit arrivée qu’en Angleterre et qu’il y ait un périmètre d’exclusion tout autour des îles anglo-normandes mis en place par l’OTAN me semble toujours aussi drôle, vraiment le gros point qui me vend ces films. Les paysages sont jolis mais le côté « on ne voit que la campagne » fait un peu solution de facilité pour éviter de tourner des scènes en ville en reconstituant des décors de villes en ruine. Je ne suis par ailleurs pas très fan du montage de Danny Boyle, qui fait un peu épileptique par moments. Par contre très bel usage du poème de Kipling. Je n’ai pas été non plus très convaincu par l’histoire globale, avec cette quête du docteur qui s’avère être en train de monter des petites tours en os mais reste fort affable et sait poser des diagnostics, ni du côté memento mori.

Midnight Mass, de Mike Flanagan

Mini-série d’horreur étatsunienne parue en 2021 sur Netflix. Un nouveau prêtre arrive sur la petite île de Crockett Island. Communauté principalement catholique et isolée sur son île reliée au continent par 2 ferrys par jour, Crockett vit en quasi-autarcie, mais dans un déclin permanent depuis des dizaines d’années. L’arrivée du nouveau prêtre va coïncider avec l’apparition de miracles qui vont bouleverser la communauté et son rapport à la foi, mais semble cacher une réalité plus sombre…

La série a été évoquée par une amie au Nouvel An, je l’ai gavisionné sur les premiers jours de janvier. Le concept de base est assez chouette : si on prend littéralement certains points de la Bible et du sacerdoce chrétien, ça donne des trucs assez dark (consommer le sang du Christ, vraiment ?). Du coup confronté à des phénomènes surnaturels inquiétants il est possible de les interpréter comme conformes aux Écritures et que toute une communauté croyante (avec l’aide d’un prêtre un peu charismatique) se dise qu’il n’y a pas de souci avec tout cela. Le côté « communauté en vase clos » aide à cette montée en épingle du truc, sans voix extérieure pour alerter sur le fait que c’est n’imp. Ça m’a fait penser à King Tide, qui a un setup un peu similaire (mais moins le côté « on se raccroche à un mythe existant »).

Les trois perso de « méchants » (le prêtre, Bev et la créature) sont assez réussis, par contre les persos principaux sont des robinets d’eau tiède, vraiment des clichés de perso de série étatsunienne torturés. Y’a quelques trous dans le scénario qu’il ne faut pas regarder de trop près, mais l’ambiance est plutôt réussie.

Mootorsaed Laulsid (Chainsaws were singing), de Sander Maran

Film estonien de 2024 (tournage en 2013, 10 ans de post-prod/abandon sur une étagère). Sur une route de campagne, Maria est poursuivie par « a fuckface with a chainsaw », prénommé Killer et rejeton d’une famille de cannibales. Capturée par ce dernier, elle est ramenée dans le garde-manger familial. Son amoureux, Tom, se lance à sa rescousse, accompagné de Jaan, un mec random qu’il a rencontré en chemin. De temps à autre les personnage se mettent à chanter, parce qu’on est dans un slasher mais aussi dans une comédie musicale.

C’est manifestement fait avec de tout petits moyens, et une bonne dose d’humour absurde. Jaan a des vêtements différents à chaque scène, toutes les voitures que les protagonistes laissent derrière eux explosent, les flics sont teubés, il y a une hérisson lesbienne qui rappelle le lapin de Sacré Graal, l’hémoglobine coule à foison. Bon par contre c’est pas toujours très subtil ni très bien joué (sauf la mère de la famille de tueurs, l’actrice habite bien le rôle).

Curiosité intéressante à voir.

Le Royaume, de Julien Colonna

Film français de 2024. Dans les années 90, Lesia est une adolescente corse qui profite de son été dans le village de sa tante, jusqu’à ce qu’un messager vienne la chercher pour l’amener auprès de son père : celui-ci vit en cavale, en tant que figure du banditisme corse. Lesia décide de rester avec lui alors qu’une guerre des gangs en standby depuis un certain temps se remet à faire des morts.

j’ai bien aimé. Le film met longtemps à démarrer, mais on se prend à la relation entre Lesia et son père, avec notamment une scène assez forte où il parle durant un seul long plan de ce qu’a été sa vie depuis la mort de son père et la vendetta qu’il a exercé jusqu’à la naissance de sa fille. Globalement, le film parle du cycle de la violence et de comment le briser ou non. On voit au passage des jolis paysages corses, et la vie des bandits en cavale avec fusillade le matin et baignade dans des jolies petites criques l’après-midi. On voit aussi la bascule de Livia qui au début veut retrouver la vie avec sa tante et les flirts avec son petit ami au village, puis finit par au contraire vouloir rester tout le temps avec son père, et s’implique dans les activités criminelles : ça lui donne le sentiment de faire partie des grands et de fait ce mode de vie qui ressemble à des vacances à l’air assez attractif à hauteur d’enfant.

Recommandé.

My Winnipeg, de Guy Maddin

Film canadien de 2007. Sous la forme d’un documenteur filmé principalement dans un noir et blanc saturé qui évoque les premiers films (cartons de texte compris), Guy Maddin présente la ville de Winnipeg comme une cité à moitié onirique, où les somnambules gardent les clefs de leurs anciens domiciles pour pouvoir y rentrer et où des chevaux gelés dans le fleuve sont devenus une attraction romantique. Il met aussi en scène un reenactement des moments-clefs de son enfance comme le repositionnement du tapis de l’entrée ou la fois où sa sœur a eu un accident de voiture avec un cerf, dans le but d’y trouver les clefs de sa relation à son alma mater, Snowy sleepy Winnipeg. À mi-chemin entre Les Cités Invisibles, The Rehearsal et Dark City, c’est assez inclassable mais très trippant à regarder

Recommandé, surtout si vous aimez l’absurde.

Miss Juneteenth, de Channing Godfrey Peoples

Film étatsunien de 2020. Ancienne miss Juneteenth, Turquoise travaille dans un restaurant de sa petite ville texane. Elle inscrit sa fille Kai au même concours de beauté, voulant qu’elle gagne pour obtenir le paiement de ses frais d’université, elle qu’elle ait une meilleure vie qu’elle. Mais Kai n’est pas particulièrement intéressée, elle préférerait faire de la danse. Turquoise se démène pour rassembler l’argent pour les frais d’inscription, la robe, la caution pour faire sortir de prison son compagnon, mais c’est une course d’obstacles contre la montre…

C’est très sundance dans la vibe et c’est intéressant de voir un film sur une communauté noire et dans une petite ville, c’est pas ce qu’on voit le plus dans le cinéma US, mais pour autant je n’ai pas été bouleversé par l’histoire, relativement prévisible dans ses tenants et aboutissants. Le décalage entre les enseignements du beauty pageant (quelle fourchette utiliser pour le poisson) et la réalité de la vie dans la communauté de nos jours est rigolo – et probablement vrai – mais c’est étrange qu’un concours qui par ailleurs se réclame du devoir mémoriel autour de Juneteenth (le jour où les esclaves texans ont appris l’abolition de l’esclavage, 2 années après l’abolition sur le papier aux US) soit autant en décalage sur des trucs sociétaux par ailleurs.