Tous les articles par Machin

Downsizing, d’Alexander Payne

Une équipe de scientifiques norvégiens trouve le moyen de réduire la taille des êtres vivants d’un facteur 150, permettant ainsi de réduire considérablement l’impact de la vie humaine sur les ressources naturelles. Une dizaine d’année plus tard, un couple d’américain⋅e⋅s avec une vie moyenne décident de subir la procédure, l’équivalent de leur capital une fois miniaturisés leur permettant de vivre avec le pouvoir d’achat de millionnaires, dans une des communautés de luxe pour « petits ». Mais la femme prend peur au dernier moment et refuse la procédure. Après le divorce, le héros se retrouve avec un train de vie bien moins luxueux que prévu et commence à découvrir l’envers du décor : le luxe des petits nécessite tout autant des employés de maison, des gens qui font le sale boulot, des pauvres…

Ça aurait pu être une grosse comédie façon « Chérie j’ai rétréci les gosses », mais c’est étonnamment réussi. Façon hard SF, le film explore les conséquences inattendues de la technologie : usage par les régimes autoritaires contre les opposants politiques, inégalités, transformation d’un moyen de moins peser sur les ressources naturelles en moyen d’augmenter son train de vie…

Mention spéciale au personnage de Ngoc Lan Tran, une opposante politique vietnamienne handicapée qui parle en anglais brisé, sans qu’aucune de ces caractéristiques ne soit utilisée comme une blague ou un ressort comique.

Parc Jean Verlhac

Parc et quartier construits à cheval sur les communes de Grenoble et Échirolles. Grand parc de 20 hectares avec des collines, des pièces d’eau, des équipements sportifs, un lycée. Différents types d’habitations tout autour, avec des grands ensembles sociaux et d’autres constructions à taille plus humaine. Personnellement c’était tout à fait mon type de parc et de quartier, avec pas mal de béton mais intégré dans un environnement naturel.

Arbre et pelouse
Bâtiments
Grand ensemble
Lycée Lucie Aubrac (en réfection)
Grand Ensemble
Immeuble dans les tons de rouge
Immeuble sous un soleil aggressif et massifs de fleurs
Pelouses, arbres, chemins, bâtiments
Tours et carroussel
Profil d’immeuble
Serpent jaune et violet
Lion (Grenoble)
Immeubles anguleux et gris
Petit bâtiment dans la nature
J’aime quand un plan social se déroule sans accroc

Cette photo là ne provient pas du parc, elle a été prise proche de la gare de Grenoble.

Les Bonnes Conditions, de Julie Gavras

Documentaire sur des jeunes de bonne famille qui ont fait leur lycée à Victor Duruy dans le VIIe arrondissement de Paris. La réalisatrice les suit entre 2003 et 2016, avec des entretiens une fois par an, pour voir l’évolution de leur vie et de leur pensée.

Sentiment mitigé. Le concept est intéressant, mais le fait de suivre des jeunes d’un milieu assez homogène, sans remise en contexte, sans comparaison avec des gens venant de d’autres classes de la société, ça fait qu’on ne sait pas trop quoi en penser. Certain⋅e⋅s ont du enchaîner les stages avant de trouver un vrai travail, mais en comparaison avec les jeunes du même âge, c’est normal, c’est plus facile, c’est inattendu ? C’est frustrant de ne pas pouvoir se faire une idée plus précise de ça.
Par ailleurs, j’ai eu un problème de forme sur le fait que la réalisatrice ne sait manifestement pas quoi faire de sa caméra par moment et qu’il y a des zooms et dézooms qui ne servent absolument à rien et qui te sortent de la narration des interviewé⋅e⋅s. Le documentaire aurait gagné à être tourné en plan fixe et mieux pensé en terme de mise en scène/cadrage.

Violence et Insécurités, de Laurent Mucchielli

Court bouquin d’un chercheur de l’EHESS. Écrit en 2001, mais encore tout a fait pertinent et actuel sur le sujet. Ça parle des chiffres de la violence en France et des discours autour de ces chiffres, du problème d’avoir des chiffres qui viennent du Ministère de l’Intérieur qui est un des acteurs de ces chiffres et qui a intérêt à les faire aller dans un sens ou dans l’autre, du fait que c’est des chiffres qui reflètent largement plus des choix de ce que fait la police (de contre quelles activités illégales elle va s’activer) que d’une mesure de la violence en elle-même, des changements de périmètre de ce qui est mesuré, des discours médiatiques tenus sur ces chiffres et de leur instrumentalisation contre en gros 1/les jeunes, 2/les étranger⋅e⋅s 3/les Noir⋅e⋅s et les Arabes. (avec des combos bonus évidemment).

L’auteur dit aussi qu’il y effectivement une augmentation de certains types d’actes commis par les jeunes des quartiers défavorisés qui est mesurable, celle des dégradations des symboles et institutions publiques, ce qui montre une dégradation des relations entre l’État et ces populations, à replacer dans un contexte plus large d’abandon de ces populations par l’État. Une violence qui a une signification politique donc, et pas du tout une « violence gratuite » comme souvent déclaré dans le discours public.

Grosse recommandation

Les Mystères de Lutèce, de Fabien Clavel

Uchronie qui se passe dans une Lutèce où l’Empire romain n’est jamais tombé et où Julien l’Apostat est resté empereur, rétablissant le culte des divinités romaines. Quelques éléments d’arrière-plan intéressants : une brève parenthèse démocratique en Gaule, des tensions entre sécessionnisme et intégration plus poussée dans l’Empire avec un statut de province autonome.

Mais sinon c’était pas bien. L’uchronie n’est pas super bien traitée, le scénario n’est pas épais et fait fort peu sens, les personnages se comportent souvent à tort et à travers et pour couronner le tout, les personnages féminins sont nuls nuls nuls. Zéro épaisseur, toutes des figures maternelles ou des intérêts sexuels.

Ne recommande pas.

La Brigade du Rire, de Gérard Mordillat.

Roman français. Un collectif d’amis issus des classes populaires décide de kidnapper l’éditorialiste de Valeurs françaises (un décalque manifeste de Valeurs Actuelles) et de le forcer à travailler aux 3/8 en tant qu’OS en lui appliquant les mesures « en faveur de la compétitivité » qu’il prône à longueur d’édito.

Le pitch était alléchant mais le livre est décevant. Les personnages dans l’ensemble parlent de sexe ou font l’amour toutes les 2 pages, les personnages féminins n’ont aucun intérêt, et s’il y a des passages intéressants, le livre est quand même très verbeux par rapport à l’action effective.

Pau

Séjour à Pau pour y chercher un appartement, étant donné qu’on m’y a proposé un travail qui commencerait en juin. Premier jour pluvieux et venteux, pas le meilleur début. Néanmoins quelques jolis vues (quelques quartiers bien moches aussi). Il y a un grand prix de formule 1 dans la ville, et à ma grande surprise c’était assez trippant à regarder passer (après ça reste ultra-polluant et une dépense absurde d’argent pour faire des ronds dans des voitures).

Partie du château
Détail du chateau
Vue sur le funiculaire
Collage (MW ?)
Collage (MW ?)

Le Champignon de la fin du monde, d’Anna Lowenhaupt Tsing

Ce n’est pas un champignon atomique, comme le titre pourrait le laisser croire. En fait, le titre est tout sauf clair. Le sous-titre, De la possibilité de vivre dans les ruines du capitalisme est déjà un peu plus explicite, mais pas beaucoup.

Il s’agit donc d’un essai sous une forme intéressante (de courts chapitre, à la limite d’une écriture par fragments par moment), parlant des matsutake, des champignons très prisés au Japon mais qui n’y poussent presque plus. Le livre explore l’écologie des matsutake, les communautés qu’ils forment avec certains arbres (des chênes, des pins), dans des environnements qui ont subi des perturbations humaines. Les questions écologiques sont intéressantes en soi, mais l’essai ne s’y restreint pas, s’intéressant aux trajectoires des forêts perturbées pour voir ce qui a permis de développer un terrain propice aux matsutakes (ou de le faire disparaître), et comment l’Humanité remodèle fortement des forêts, gérées selon des préceptes empiriques, des impératifs de rentabilité, des idées de ce à quoi devrait ressembler une forêt idéale… Et le livre parle aussi de comment les matsutake s’insèrent dans le capitalisme, en tant que produit prisé au Japon mais se développant ailleurs, et surtout en tant que produit que l’on ne sait pas cultiver de façon industrielle : l’insertion des matsutake dans des circuits capitalistes nécessite des travailleu⋅r⋅se⋅s indépendants qui vont à la cueillette aux champignons dans des forêts publiques ou privées, aux US, en Chine, au Japon, en Finlande, forêts qui sont gérées selon des impératifs qui n’ont rien à voir avec les besoins des matsutakes ou des cueilleu⋅se⋅r⋅s… Anna Lowenhaupt Tsing parle d’un capitalisme de captation pour décrire la façon dont des champignons sauvages, la gestion des forêts et le travail précaire, indépendant et individuel des cueilleu⋅se⋅r⋅s est intégré dans des chaînes de valeur standardisées et mondialisées, et le fait  ce genre d’activités précaires intégrées au capitalisme qui se développent dans les « ruines du capitalisme » (ici, les anciennes forêts de production de bois, laissées à l’abandon par des délocalisations dans des pays plus profitables ou rendues inexploitables par une gestion défaillante qui les a épuisées) tendent à devenir la norme du capitalisme plutôt qu’un phénomène périphérique.

Globalement le sujet est très intéressant, après y’a plusieurs passages où je trouve que l’autrice développe des concepts qui restent un peu théoriques, voire limite verbieux. J’aurais voulu plus de développement sur le capitalisme de captation et ses implications à la place.

Liens de Sang (Kindred) d’Octavia Butler

Roman fantastique publié en 1979. Une femme noire de 26 ans vivant en 1976 se retrouve transportée en 1815 sur une plantation dans un État esclavagiste.
Le cadre fantastique en soi est très peu exploré, mais si en soi j’aurais bien aimé que ça parte en mode full uchronie – à la De Peur que les Ténèbres, mais avec la conscience des enjeux sociaux, de race, de genre et de classe que peut apporter Octavia Butler -, je pense que ce qu’à fait Octavia Butler est in fine plus intéressant qu’une uchronie fix-it. Le roman se concentre sur le regard de Dana sur le système de l’esclavage, la place qu’elle peut se faire en tant que femme noire avec une sensibilité du XXe siècle dans ce monde esclavagiste, ses relations avec les différentes personnes, noirs comme blancs, hommes et femmes. Les concessions, renoncements et adaptations qu’elle est obligée d’accepter pour survivre, ses stratégies de résistance. Le style est simple et percutant, les personnages sont très bien construits, le roman est prenant, intelligent et fait réfléchir aux sujets qu’il évoque.

Forte recommandation, et je vais aller lire d’autres trucs de Butler.