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Pour une Histoire des Possibles, de Quentin Deluermoz et Pierre Singaravélou

Essai sur l’intérêt des raisonnements contrefactuels en Histoire. Les auteurs balayent large et discutent aussi de l’uchronie en littérature et de l’intérêt des raisonnements contrefactuels dans d’autres disciplines. J’ai trouvé ça intéressant, après je pense que je manque de base en méthodologie de la recherche en Histoire pour bénéficier pleinement du livre.

En gros, les auteurs retracent l’histoire du concept, depuis ses occurrences chez Thucydide jusqu’à son explosion dans l’Histoire conservatrice anglosaxonne. Ils montrent que même si souvent le concept est présenté comme non-sérieux, il est en fait inhérent à la démarche historique, sous forme de micro-occurrences au cours de raisonnements (dès qu’on considère qu’un.e acteurice historique fait une erreur par exemple, on considère un scénario alternatif où les choses se seraient mieux déroulées pour ellui). Il permet de plus de restituer l’état des réflexions chez les contemporain.e.s de la période où des événements étudiés : pour elleux il s’agissait des futurs possibles, de potentialités à mettre en balance, et cela pouvait donc influencer leurs comportements. Dès lors il n’est pas absurde de s’y intéresser dans le cadre d’une démarche historique.

Les auteurs font aussi remarquer que le raisonnement contrefactuel est une des modalités de raisonnement très couramment utilisé pour mettre en balance des options, au point d’être étudié par la psychologie. Il peut être utilisé pour mettre en balance des options futures, et c’est aussi la base du sentiment de regret. Là aussi, l’ubiquité de la démarche pousse à ne pas laisser cet outil de côté dans le cadre d’une démarche historique.

Par contre il convient de bien délimiter dans les ouvrages d’Histoire ce qui relève des faits, des suppositions de l’historien.ne et ce qui relève du contrefactuel pur, pour ne pas mélanger les genres. Mais c’est déjà ce qui est fait actuellement, avec des phrases d’introduction du contrefactuel, généralement sa poursuite sur quelques phrases (sachant que dans une démarche historique il n’est pas pertinent de s’éloigner du point de divergence) et sa fermeture, avant de revenir au texte historique.

L’autre siècle, de Xavier Delacroix

Recueil de textes uchroniques coordonnés, rédigés par des romancièr.e.s et historien.ne.s, à partir du point de divergence constitué par une victoire allemande lors de la bataille de la Marne. La guerre est finie en 1915, après des accords signés à Yalta, et s’ouvre la période des 30 Glorieuses. L’Allemagne se taille une sphère d’influence en Europe et en Afrique, le Reich de Guillaume II encourage la fondation d’une Union Européenne, la France définitivement amputée de l’Alsace et de la Lorraine compose avec des réparations de guerre, un jeu d’influence se trame dans l’établissement de protectorats et la négociation des décolonisations…

Le côté choral du livre est intéressant. Les historien.ne.s décrivent l’évolution de plusieurs parties du monde dans les années 20 et 30, les romancièr.e.s rajoutent le parcours de divers individus (on n’échappe pas hélas au passage sur la vie d’Hitler, dont tout le monde devrait se foutre). Deux chapitres sur l’évolution culturelle du monde, avec une Allemagne qui manie fort bien le softpower, mais se fait rattraper par la contre-culture franco-américaine.

Ça se lit vite, je recommande.

Écrire l’histoire avec des « si », sous la direction de Florian Besson et Jan Synowiecki.

Recueil de contributions du séminaire du même nom, sur l’intérêt de l’uchronie et de l’histoire contre-factuelle pour les historiens. Parle de l’intérêt politique de l’uchronie et des différentes formes d’uchronies littéraires. Toutes les contributions ne se valent pas mais c’est court et globalement intéressant.