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Éropolitique : Écoféminismes, désirs et révolution, de Myriam Bahaffou

Essai féministe français paru en 2025.

Myriam Bahaffou s’intéresse à la question du désir – au-delà du seul désir sexuel, pour englober une notion plus large de plaisir et de sensations, d’expérience plaisante du monde. Le désir est à politiser. Le désir sexuel tel que mis en scène dans notre culture est largement capté par l’hétéropatriarcat qui en valorise une version très spécifique. Si on élargit le désir aux enjeux de sensualité et de sensations plaisantes, les questions de relation à la nature et au monde sensible et donc les questions d’écologie sont des questions d’érotisme. La sensualité est toujours une question matérielle la protection de ce monde matériel et de la diversité de la vie et des expériences qu’il permet de ressentir rejoindre la défense d’une forme de sensualité. Le désir n’est ni transgressif par essence ni irrémédiablement au service du néolibéralisme, mais il est compliqué d’avoir une position dialectique entre ces deux pôles, c’est ce qu’elle veut néanmoins porter dans ce livre.

Les discours politique de gauche n’évoquent plus la question du plaisir – comme ça pu être le cas par le passé – on est passé à une gauche qui veut apparaître comme sérieuse et donc gestionnaire avant tout, une écologie perçue comme punitive. Réussir à retrouver un discours du plaisir et de l’abondance (en sortant de l’abondance uniquement matérielle via la propriété individuelle, pour parler de l’abondance des expériences) permettra de faire que les luttes et les espaces de gauche procurent du plaisir, et donc de sortir d’une vision du militantisme et des objectifs à atteindre comme sacrificiels.

Partie 1 : Jouissance partout, liberté nulle part. Psychopolitique du désir-conquête

Féministes et écologistes sont accusés par la droite de ne pas aimer le plaisir. Mais le souci est que le capitalisme et le patriarcat ont déformé le plaisir : la forme de plaisir que ces deux structures mettent en avant est réservé à quelques uns aux dépens des autres, rendu dangereux pour les femmes et les minorités de genre, limité au plaisir médié par l’accumulation matérielle. Le capitalisme prétend valoriser le plaisir en en faisant la promotion via la publicité et la valorisation de ce que l’argent permettrait d’acquérir, mais en réalité il en limite largement l’accès en privatisant les moyens d’y accéder et en ignorant les externalités des formes de plaisir qu’il met à disposition : le plaisir de quelques uns dépend de sacrifices pour le plus grand nombre (organisation de la raréfaction pour créer artificiellement une valeur).

Myriam Bahaffou théorise que la forme de désir promue par l’hétéropatriarcat et le capitalisme est le désir-conquête. Ce désir-conquête fonctionne par séquences répétées de tension / satisfaction de cette tension. On veut quelque chose, on économise (ou on élabore une approche) pour l’obtenir, on l’obtient puis on s’en lasse et on se fixe sur un autre objet de désir. Le plaisir n’est pas disponible pour tous, il se mérite en échange de sacrifices, d’efforts (et réciproquement, une fois les efforts faits il devient inacceptable de ne pas avoir sa dose de plaisir en échange). La chose réelle n’est jamais aussi bien que la chose fantasmée, donc la séquence est répétée ad nauseam. Au vu de la répétition du même, il est nécessaire de chercher des versions toujours plus intenses ou plus fréquentes pour avoir la même dose de plaisir. Dans la sexualité ça se traduit par les conquêtes à répétition, ou la sexualité (ou consommation de pornographie) qui dérivent vers des variations toujours plus hards.

Le désir conquête hétéropatriarcal ne valorise qu’une seule forme de sexualité et d’érotisme, suivant un script ultra-pauvre, avec deux rôles assignés selon les genres perçus. Le premier actif, violent, conquérant, dans le sexe comme dans le reste de ses interactions avec le monde. Le second rôle passif, dans le care. Le désir y est inféodé à la violence, à réussir à outrepasser des résistances, à être le gagnant de l’interaction. Cette mentalité se retrouve aussi dans l’exploitation des ressources naturelles, des êtres vivants non-humains et des écosystèmes : il ne faut pas collaborer et être mutuellement bénéficiaire, il faut obtenir un profit, aux dépens des autres sujets participants à l’interaction. Dans la même logique, les institutions et personnes impliquées dans les projets de colonisation ont toujours reproché aux colonisé·es une sexualité trop libre et trop débridée, qu’il convenait de réguler : la colonisation est notamment un projet de discipline des désirs.
À l’extrême, le désir-conquête se retrouve dans les meurtres de travailleureuses du sexe trans par leurs clients, par l’alignement derrière un leader fasciste qui promet de retrouver un âge d’or (= un âge où les désirs des gagnants seraient satisfaits) en opprimant des minorités (= conquête).

Attention de ne pas tomber dans une essentialisation de tout désir masculin comme désir prédateur (et par rebond voir toutes les femmes qui aiment les hommes comme des femmes aliénées qu’il faut sauver de leur désirs autodestructeur) : on en vient vite à réinventer la posture réactionnaire qui professe que le sexe/désir (d’une catégorie de personnes) serait mauvais en soi.

Partie 2 : Composter l’égo, multiplier les devenir queers

Le régime hétérosexuel veut figer des identités bien définies et immuables : définitions de ce qu sont les hommes et par opposition les femmes, définition de la famille, définition de la sexualité acceptable. C’est par essence un régime conservateur. À l’opposé, la queerness revendique la fluidité, le changement dans les façon de vivre et d’interagir avec le monde.

Les féministes qui revendiquent la féminité peuvent se voir accusées d’avoir intériorisé les dominations. Mais il faut revendiquer de ne pas voir la féminité comme une essence (être une femme) mais comme une performance (adopter une présentation fem). De toute façon, un corps féminin sera toujours scruté, donc autant se présenter comme on veut et dédramatiser la performance de genre. « Squatter la féminité » et rendre visible l’artificiel de la performance en ne performant pas un genre « propre » : aller vers de l’ultra-féminité trash plutôt que la performance qui reste dans le cadre de ce qui est valorisé par le patriarcat. Surperformer son genre assigné peut être aussi dérangeant et subversif que de performer le genre opposé : il n’y a pas que les butchs et les mecs qui mettent du mascara qui contreviennent à l’ordre hétérosexuel, les femmes qui jouent à la bimbo tout en en ayant conscience aussi.

« L’idée d’un désir « humain », humaniste, civilisé, respectable, a été une manière de vider le désir de sa dimension écologique, organique, et de rendre sale tout ce qui était ramené à la terre, au sexe, à la sensualité, en opposant l’amour pur – l’agapé – comme la plus haute expression de la vie dont les animaux et les animalisé·es étaient exclu·es. »

Sortir d’un désir toujours orienté vers une féminité normée, vers la blanchité, vers un script actif/passif. Valoriser le black love, le T4T comme des pratiques des communautés marginalisées qui se réapproprient le désir envers elleux-mêmes plutôt que de souscrire à la haine de soi et l’envie de ressembler à la bonne meuf hégémonique (dans le même temps, ne pas accepter la fétichisation).

Partie 3 : l’expérience au cœur de l’éropolitique

Faire des expériences, au sens de tester des trucs, voir ce que ça déclenche chez nous, accueillir les sensations et être dans le moment présent. Vivre l’expérience pour elle-même et non pour capitaliser dessus. Tenter des trucs inconnus et prendre des risques (Yes day?). Sortir de sa zone de confort. Myriam Bahaffou s’oppose à la culture du consentement balisée point par point, qu’elle qualifie de « politique sécuritaire du trauma », une réponse de protection par rapport au désir-conquête, mais paralysante. L’autrice voit les politiques de l’intersectionnalité comme une façon de sortir des rôles dominant·e / dominé·e : une même personne peut être d’un côté ou de l’autre de ces rôles durant les différentes interactions qu’elle vit, ce qui est une grille de lecture qui aide davantage à progresser et à la réflexivité que l’assignation à un rôle figé de bourreau ou victime. Caveat sur la culture du consentement : pointer ses limites ne doit pas conduire à filer à des free pass à des connards qui agressent : si on a ce cadre en place c’est déjà un progrès par rapport au régime strictement hétéropatriarcal. Ce cadre doit être discuté mais uniquement avec des personnes de bonne foi.

L’usage de la psychologie féministe (à base « d’attachement anxieux » et de « freeze/fight/flee/fawn ») est conçu selon l’autrice par les milieux blancs et bourgeois coupés de leurs émotions, qui ont besoin de les surintellectualiser pour les reconnaître. Il est peu pertinent d’appliquer cette grille de lecture aux minorités sociales et raciales, et de leur demander de s’y conformer, de ne pas faire trop de bruit, et de se renseigner seul dans leur coin sur ces enjeux sous peine d’être excommuniés de la commu. La politique sécuritaire du trauma vise à tout sécuriser et à baliser à l’avance les interactions pour éviter de réactiver les traumas chez celles et ceux qui en ont été victimes. Ça part d’une bonne intention, mais au risque d’empêcher la survenue d’expériences au nom d’une sécurisation par anticipation et d’accepter n’importe quelle réaction de la part des personnes labellisées comme traumatisées (free pass pour faire de la merde à leur tour)

L’autrice énonce ensuite différentes expériences qu’elle a vécu et ce que ça lui inspire, j’ai pris des notes à des degrés inégaux sur les 4 : BDSM, psychédéliques, jeûne, twerk.

Pratique du BDSM : pour Myriam Bahaffou, pas d’intérêt à cette pratique si elle est totalement encadrée à l’avance, c’est une expérience qui doit pousser à dépasser des limites, à expérimenter avec un·e partenaire dans la/lequelle on a confiance, et qui sera capable d’improviser les évolutions de la séance. Accueillir la douleur comme une expérience (côté sub), ne pas juste « jouer à dominer » sans aller trop loin côté dom. Il y a un côté excitant / pervers / empouvoirant à jouer avec des rapports de pouvoir réels et de jouer avec des fantasmes pas forcément idéologiquement clean. Le BDSM qu’elle pratique n’est pas à visée thérapeutique / déconstructrice non plus, c’est une expérience qui vaut pour elle-même, sans externalité.

Consommation de psychédéliques : permet de dissoudre l’égo, de se connecter au monde d’une autre façon et de perdre le contrôle, trois actions qui semblent nécessaires à Myriam Bahaffou pour pratiquer une éropolitique. Il n’est pas possible de diriger un trip, c’est une expérience en soi. Après, faire des trips ne constitue pas une politique (et Myriam Bahaffou met en garde contre la récupération néolibérale de ce genre d’expérience, avec les retraites psy, le microdosing pour libérer sa créativité dans le cadre du taff), mais permet de requestionner ses présupposés, et de tenter de réimporter ce décentrage dans le reste de sa vie et de son action politique.

Le jeûne comme un autre état de conscience modifié : là aussi jouer avec des limites, changer son rapport à l’alimentation, à son corps, à sa productivité. Jeûner modifie le fonctionnement du métabolisme, et permet de manger en pleine conscience plutôt que mécaniquement.

En conclusion, grosse recommandation, le livre est largement discuté dans une série d’entretien avec l’autrice dans le podcast Renverser la table :

Boum Boum – Politiques du dancefloor, d’Arnaud Idelon

Essai français paru en 2025. L’auteur s’intéresse aux enjeux politiques qui traversent les fêtes modernes, particulièrement celles qu’il a fréquentées, ie des fêtes techno en région parisienne dans les années 2000 et 2010.

La fête est une remise en cause de l’ordre quotidien, qui peut avoir une double dimension :

  • Exutoire temporaire permettant de faire accepter l’ordre des choses le reste du temps (rôle du carnaval)
  • Point de départ d’une remise en cause de plus long terme de cet ordre.

Les fêtes sont – ou peuvent être – un moment de reconfiguration des relations sociales, et un temps improductif voir un temps contre-productif si les participant•es s’y épuisent et ont alors moins de ressources pour le reste de la semaine à consacrer à leur travail ou autres activités.

L’esthétique de la fête underground a été récupérée par des lieux tout à fait insérés dans le capitalisme mondialisé. Pire, les grands clubs situés dans d’anciens entrepôts nécessitent des investissements qui ne sont à la portée que de grosses structures. Seul celle-ci peuvent alors mettre en place de tels lieux aux dépens de structures plus petites et locales. Cohabitent alors sous le même vocable de « fête techno » des free parties revendiquant un rejet du capitalisme et des structures qui au contraire sont totalement au service de ce capitalisme et de ses acteurs dominants.

Les clubs capitalistes avec physio à l’entrée vont souvent reproduire les hiérarchies et l’ordre social extérieur au club ne laissant entrer que les personnes privilégiées ou répondant aux normes de beauté. Un bémol cependant : le filtre à l’entrée des lieux de festivités peut aussi servir à permettre une non-mixité et donc la mise en place d’espace safe.

Les free parties peuvent être considérés comme une forme de commun : le déroulé de la fête appartient à tout•es ses participant•es, qui partagent un espace-temps et des ressources (sound system,bouffe, e au, alcool…) et s’organisent pour les gérer.

La fête ou les moments festifs peuvent aussi servir à soutenir les luttes, en permettant une unité des participants et un moment de pause dans les temps plus sérieux de la lutte. Pas seulement les luttes progressistes d’ailleurs.

La Vie solide, d’Arthur Lochmann

Essai paru en 2019. L’auteur, qui s’est formé en tant que charpentier après des études en philosophie à l’université, revient sur ce que la pratique d’un métier manuel et spécifiquement de la charpenterie lui a apporté.

Sans surprise, j’ai bien aimé. Ça parle de la pratique réflexive d’un métier manuel, avec des références à Éloge du carburateur. L’auteur parle du rapport à la matière et de la maîtrise de sa production, où on est en responsabilité de la réussite ou de l’échec de ce qu’on fait. Il parle du travail collectif sur les chantiers, et de la transmission des compétences et connaissances entre charpentiers expérimentés et apprentis débutants, et le fait que ces compétences passent par des connaissances théoriques mais aussi par la pratique de gestes, avec le fait que certains charpentiers expérimentés ressentent une perte de pratique sur certains outils s’ils arrêtent de travailler pendant quelques semaines, à l’instar des musiciens ou des chirurgiens.

Il évoque aussi le rapport au temps que l’on trouve aussi bien sur les chantiers neufs que sur les travaux de restauration, puisque les charpentes construites doivent dans les deux cas tenir des dizaines d’années, et évidemment le rapport à l’espace avec la conception puis le montage de charpentes qui vont définir de nouveaux espaces intérieurs.

Il parle aussi de la relation de ce métier à la tradition et à la modernité avec la mise en œuvre de techniques qui sont restées sensiblement les mêmes à travers les siècles mais aussi l’arrivée d’éléments préfabriqués qui retirent une part de technicité au métier puisqu’on est plus qu’assembleur. Le métier à vivre aussi des connaissances nouvelles sur le comportement du bois qui souvent viennent confirmer des pratiques anciennes non expliquées. L’auteur est bac aussi les différences de tradition entre pays avec certains éléments comme la ferme qui sont considérés comme l’alpha et oméga de la charpente en France et très peu utilisés en Allemagne.

Recommandé si vous aimez bien les métiers manuels.

Flamenco Queer, de Fernando López Rodríguez

Essai sur la danse paru en 2024. L’auteur analyse les évolutions du flamenco par rapport aux questions de genre avec une perspective historique. Il explique que ces questions ont toujours traversé le flamenco depuis sa création en tant que danse structurée, avec l’affirmation d’une identité espagnole par rapport aux invasions napoléoniennes, identité qui se place en réaction par rapport aux Lumières et à leur relation au couple raison/émotions : puisque l’envahisseur se réclame de la raison, l’identité espagnole va affirmer la prééminence des émotions mais puisque c’est prééminent c’est masculin, donc l’émotivité masculine dans la danse va être d’abord valorisé. Puis les choses vont se complexifier avec un couple chant/danse qui va recouvrir un couple homme/femme : on repasse sur un homme stoïque qui joue de la musique, création de l’esprit, pendant que la femme est montrée comme un corps dansant et désirable. Mais depuis les origines ces assignations de genre vont être contestés avec des hommes qui vont danser mais dans ce cas-là ne doivent pas être perçus comme trop désirables – on va valoriser chez eux la technique plutôt que l’apparence – et des femmes qui peuvent chanter ou jouer de la guitare. Les différents contextes de création et de mise en œuvre du flamenco vont valoriser soit des danses de couple soit des danses seules, et vont permettre des danses de couples entre deux hommes ou deux femmes. Les tenues genrée vont pouvoir être détournées et des artistes trans ou travestis vont s’exprimer à travers le flamenco, puisque les questions de mise en scène du genre y sont particulièrement présentes. De plus, le flamenco en tant qu’emblème de l’identité nationale espagnole a été particulièrement impacté par la période de la dictature franquiste, soit que le pouvoir se le soit réapproprié pour consolider ses prétentions à la dichotomie de genre, soit qu’il est été revendiqué par les opposants – intérieurs ou en exil – pour au contraire affirmer une identité espagnole subversive.

Globalement essai très intéressant, sur un sujet quand même assez niche, mais je recommande si vous vous intéressez aux flamenco et/ou aux questions de genre.

La Subsistance au quotidien, de Geneviève Pruvost

Essai de sociologie paru en 2024. La chercheuse est allée en observation sur le terrain et les activités de Florian et Myriam, deux boulangers-paysans qui vivent avec leur fille Lola dans une yourte sur des terres qui leur appartiennent dans un département français non-spécifié (l’introduction de l’ouvrage explique que toutes les personnes et lieux ont été pseudonymisés pour éviter que la focale sur les communautés alternatives présentées ne risque d’attirer sur elles une répression sous une forme ou une autre (sans parler de contrôle policier, l’attribution des terres par la SAFER local aux exploitants agricoles non-conventionnels est déjà assez compliquée). Sur deux séjours de 3 jours, la chercheuse passe à la loupe toutes les activités des deux adultes, mène des entretiens avec eux et de nombreux membres de leur entourage, et mène une démarche d’ethnocomptabilité : elle mesure les temps, les valeurs pécuniaires ou non, les réseaux de relation, les trocs, dons et contre-dons… Le bouquin est composé du récit chronologique des deux séjours reconstitué depuis les notes de la chercheuse, de tableaux d’ethnocomptabilité et d’une partie qui tente de dégager des structures et des éléments généralisables depuis le terrain mené.

C’était très intéressant à lire, la première partie se lit vraiment comme un récit de vie, c’est très abordable pour des résultats de recherche. J’avoue avoir un peu survolé les tableaux (notamment parce qu’ils s’affichaient mal sur ma liseuse, une question de matérialité de l’exemplaire I guess), la troisième partie est aussi assez instructive sur la question de l’articulation luttes frontales/luttes feutrées (NDDL vs des collectifs qui rachètent des parcelles agricoles pour faire du bio pas de supermarché, vendre en circuit direct et vivre dans des yourtes, en gros), l’intrication des activités dans ce genre de mode de vie, la répartition genrée du travail (pas égalitaire, mais largement moins pire que dans d’autres configurations).

Recommandé.

Le Conflit n’est pas une agression, de Sarah Schulman

Essai publié en 2016. L’autrice parle de situation de conflit, ie de divergences d’opinion, de ressenti ou de volonté, qui sont perçues comme des agressions, ce qui fait que la situation escalade. Elle aborde aussi bien des cas interpersonnels que le cas du conflit israélo-palestinien, spécifiquement l’assaut d’Israël sur la bande de Gaza en 2014.

Globalement, je trouve qu’il y a des éléments intéressants, mais j’ai du mal avec le style de l’autrice, et je pense qu’elle prend un peu trop la position « tout le monde peut être de bonne volonté » dans les conflits interpersonnels alors qu’il y a pas mal de situation où des personnes abusent de leur pouvoir assez clairement.

Ses thèses, si je les résume à gros traits : la redéfinition des conflits (deux personnes sont en désaccord et peuvent avoir toutes deux une part de responsabilité dans la situation) en agressions (une personne est en tort) permet de prétendre que des situations complexes sont finalement manichéennes : il y a une personne qui a tous les torts et une personne totalement innocente. C’est moralement plus confortable, on peut repeindre la personne identifiée comme portant les torts comme un monstre qui mérite d’être exclu du groupe. Mais ça ne correspond pas à la réalité et ça ne permet pas de résoudre les situations. De plus, il est tout à fait possible que la personne qui porte la plus grande part dans le déclenchement du conflit soit celle qui manie le mieux le langage de la victimisation ou l’appel aux institutions, et utilise ça pour prendre encore l’ascendant sur l’autre. La position du groupe extérieur ne devrait (quasiment) jamais être de prendre parti, mais de servir de médiation.

Il y a un chapitre très intéressant sur la judiciarisation de la séropositivité par les autorités canadiennes, où des lois rendent criminel le fait d’avoir des rapports sexuels sans révéler sa séropositivité à son partenaire, qu’il y a eu transmission ou non, voire même risque de transmission ou non (selon les pratiques). On est passé d’un paradigme où la sécurisation du rapport était la responsabilité des partenaires (faire du safe sex) a une responsabilité unilatérale de la personne séropositive qui doit révéler son statut, la personne séronégative étant une victime en puissance. L’autrice développe comment ce sujet et l’ouverture du mariage aux couples de même sexe ont permis de retracer une bonne façon d’être queer (séronégatif, aspirant à une famille normée, avec des enfants dont le phénotype pourrait faire penser aux deux parents même s’il est évident qu’il ne sont pas nés de parents de même sexe), vs une mauvaise façon (une identité queer militante, revendicative, ou simplement qui ne vise pas un assimilationnisme aux classes dominantes).

Ça manque quand même un peu de recettes magiques pour moins éviter et mieux gérer les conflits interpersonnels (même si « ne pas démoniser l’autre » est probablement déjà un bon conseil).

Libérés de la masculinité, d’Aline Laurent-Mayard

Essai français paru en 2022. En partant de trois figures de stars qui proposent une masculinité alternative (Timothée Chalamet, Harry Styles et Tom Holland), l’autrice aborde les sujets de masculinité hégémonique, de qui peut se permettre de subvertir les codes, de ce que veut dire performer le genre et de comment fonctionne l’hétérosexualité en tant que système politique. J’ai moins accroché qu’à Post-romantique, peut-être parce que j’avais déjà plus de bagage sur ce sujet spécifique. Mais c’est une bonne approche, et je vous rassure, la conclusion d’ALM est que ses trois exemples sont bien des exemples de masculinité hégémonique, peut-être un peu moins toxique que les spécimens classiques (ce qui est déjà un progrès), et qu’on est dans un phénomène classique de réappropriation par le centre des pratiques de la marge pour se renouveler et se maintenir en place. La révolution féministe n’aura pas Chalamet pour porte-étendard, tout reste à faire, et clairement ni par un mec ni par une star.

Désirer à tout prix, de Tal Madesta

Essai français paru en 2022 chez Binge Audio Éditions. L’auteur revient sur son rapport à la sexualité et sur le fait que ce n’est pas quelque chose de naturel chez lui, mais qu’il n’est pas du tout le seul. Il conteste le fait de décréter qu’une sexualité satisfaisante et épanouie est la norme à laquelle tout le monde doit tenter de se conformer. Cette injonction à la sexualité, même présentée d’un point de vue féministe et sexpositif lui semble servir des intérêts capitalistes (on va vendre une quantité hallucinantes de sextoys, workshops sexo, sexothérapies, applis de rencontres… pour « aider » des gens à se conformer à cette norme potentiellement inatteignable : comme les injonctions sur les standards de beauté c’est un outil très efficace pour pousser à la consommation. On est sur une approche des corps et des trajectoires de vie comme des éléments à optimiser, on se rapproche des théories du biopouvoir de Foucault où ce que l’État et les structures de pouvoir cherchent à contrôler c’est les corps et les représentations mentales des gens) et évidemment hétéropatriarcale, les mecs cishets étant ceux dont la sexualité se rapproche déjà de base de cette norme (sans forcément l’atteindre).

L’injonction à la sexualité épanouie est évidemment renforcée dans le cadre du couple romantique hétéropatriarcal exclusif et cohabitant (le CRHEC, définitivement le concept fil-rouge de mes recensions d’essais en 2025), puisque c’est le flagship du système hétéropatriarcal : le « devoir conjugal » reste un motif de divorce dans la jurisprudence. Cette sexualité est d’autant plus valorisée que c’est celle qui reproduit l’ordre existant en renforçant l’exploitation sexiste et potentiellement en produisant des enfants qui seront élevés dans un cadre normatif.

L’auteur conteste qu’il y ait eu une révolution sexuelle : il s’est agit plutôt d’une intériorisation et individualisation des normes. La contraception par exemple n’est pas forcément une libération : la contraception orale implique une régularité dans sa prise, d’évoquer sa sexualité avec un.e médecin : ce n’est pas un relâchement du contrôle. La contraception permet aussi des corps tout le temps disponibles sexuellement.

Autres façon d’interagir : des foyers non basés sur des relations romantico-sexuelles (colocation, béguinages…), des amitiés, des familles choisies. Autres façons de ressentir du plaisir : des activités physiques non-sexuelles (escalade, course, cirque, autres sports …), du chant, la nourriture partagée, le tatouage (réapppropriation du corps), le contact physique non sexuel…

Le sujet est dans mes thématiques d’intérêt de l’année, pas de grandes découvertes lors de cette lecture, mais les éléments sont bien articulés, on suit bien la thèse de l’auteur, recommandé si vous vous intéressez au sujet.

Foules sentimentales, de Pauline Machado

Essai paru en 2024.

L’autrice analyse comment la structure des grandes villes impacte les relations sentimentales qui peuvent s’y nouer.

Présentation des villes comme des territoires mythifiées (vision de NY ou Paris présentées dans les films, imaginaire qu’on en a depuis des territoires plus ruraux) : la ville est là où les choses sont possibles, où les destins peuvent changer : c’est le château du prince dans les contes de fées, là où il faut être pour rencontrer la bonne personne qui va changer votre vie. C’est une vision assez passive, où l’on attend d’un facteur extérieur (le grand Amour, un événement révélateur, un travail) qu’il vienne bouleverser notre vie. Mais c’est une vision qui est largement propagée dans la pop culture et les romcoms.

La ville est un « vivier de célibataires », où le nombre de personnes dans cette situation permet statistiquement des rencontres multiples et un anonymat : l’usage des applis n’est pas du tout le même en territoire rural qu’en territoire urbain. Cet anonymat permet aussi de se réinventer, de se présenter sous son meilleur jour lors d’une nouvelle relation : on n’est pas précédé de sa réputation. Il y a aussi une prise de risque plus faible quand on peut draguer quelqu’un.e qui n’a pas de risques de recroiser nos cercles sociaux : si ça ne marche pas chacun.e reprend son chemin, pas de gêne pérenne ou de passif. Le fait de vivre entouré d’inconnu.es donne de plus l’habitude d’interagir avec des gens sur ce mode « relation entre inconnu.es qui se recroiseront plus », ce qui simplifie le fait de se lancer dans des échanges avec une dimension de séduction avec ces mêmes inconnu.es (practice makes perfect).

Question aussi du coût de la vie en ville, surtout dans les capitales : incite les couples à cohabiter plus rapidement et à faire durer les relations cohabitantes, même quand elles battent un peu de l’aile, parce qu’il sera compliqué d’assumer le coût de la vie seul.e. En revanche, la durée des transports en plus de durée de travail en moyenne un peu plus longue diminue le temps qui pourrait être consacré à du temps perso et notamment relationnel (encore plus vrai pour les personnes habitant dans les banlieues et périphéries des grandes villes plutôt qu’au centre). Enfin, le prisme productiviste plus présent dans les villes que sur le reste du territoire, peut se retrouver dans la façon d’aborder les relations amoureuses (hustle culture aussi dans le dating). A l’inverse, les couples se forment plus tôt (dans la vie des gens, pas dans la relation elle-même) dans les territoires ruraux, et les gens ont des enfants plus jeunes.

L’autrice détaille un peu les possibilités de romances et relations queer dans les villes, et ce côté oasis de rencontres possibles vs le désert que seraient les campagnes, mais lui tord rapidement le cou : si les villes ont cette image et qu’il y a plus d’occasion de socialité queer explicitement marquées comme telle, les territoires ruraux sont plein de personnes queers aussi, juste moins visibles.

C’était sympa mais on reste dans le travers essai de journaliste, je voudrais un travail plus étayé de mon côté.

Relationship Anarchy, de Juan-Carlos Pérez-Cortés

Essai espagnol paru en 2022, qui parle du concept d’anarchie relationnelle. Par rapport à d’autres ouvrages sur les relations que j’ai pu lire récemment l’approche est assez différente : on est dans une approche qui revendique fortement les apports de la théorie politique, avec beaucoup de références à Foucault, aux penseurs de l’anarchisme et du féminisme (et même un petit passage sur Bertrand Russell). C’est plus exigeant à lire, mais c’est assez stimulant aussi.

Je n’ai pas tant réussi à faire une fiche de lecture bien ordonnée comme pour d’autres ouvrages qu’une prise de notes qui part un peu dans tous les sens, mes tentatives de réordonner tout ça après la fin de ma lecture n’ont pas eu un grand succès ; si ça ne vous rebute pas, lesdites notes ci-dessous.

Si je devais résumer très grossièrement la thèse : étant donné que le personnel est politique, les principes de base de l’anarchie politique peuvent être appliquées aux relations interpersonnelles. Ça implique d’avoir des relations qui rejettent les normes préétablies et les cadres tout faits comme « couple », ou « ami.es », pour à la place laisser les personnes impliquées dans la relation en définir les modalités. Ces modalités ne peuvent pas comporter de restrictions sur ce que font les participant.es à cette relation dans les moments où ils sont en dehors de la relation. Ça implique notamment de ne pas pouvoir exiger de l’autre une monogamie dans le cadre des relations romantico-sexuelles, mais ce n’est qu’un byproduct, pas du tout le cœur de l’anarchie relationnelle, et par ailleurs des anarchistes relationnels peuvent tout à fait décider (pour elleux-mêmes, par pour les gens avec qui iels relationnent) qu’iels veulent rester monogames. Ça implique aussi de pouvoir avoir des relations romantiques sans sexualité, des relations sexuelles sans attache romantique, où n’importe quel autre modèle relationnel auquel les participant.es souscrivent librement.

L’anarchie relationnelle s’attache aussi à prendre en compte les différences de privilèges dans une relation, en affirmant que le modèle du contrat relationnel librement consenti entre deux parties égales est une fiction : certain.es ont plus de pouvoir, et le but n’est certainement pas de se débarrasser des anciens cadres pour permettre aux plus privilégiés d’imposer leur cadre.

Globalement j’en retiens que c’est un modèle intéressant mais avec un haut niveau d’exigence, puisque chaque nouvelle relation doit être discutée et construite de zéro.

L’auteur commence par retracer l’origine du terme (une université d’été anarchiste suédoise pour la première occurrence dont il a trace), sa diffusion dans les milieux anarchistes, l’intérêt qu’il suscite dans différentes communautés (anarchistes, milieu académique, communautés queers). Globalement, l’anarchie relationnelle propose de déconstruire le primat donné au couple romantique hétéropatriarcal exclusif et cohabitant dans les relations humaines, ce qui est d’intérêt notamment pour s’attaquer à l’hétéropatriarcat et à l’essentialisation des rôles genrés, et affirme que les cadres préétablis pour les relations – avec notamment la dichotomie amours/amitiés – sont contraignants et que mieux vaut construire ses propres cadres pour chacune de nos relations (c’est du boulot, mais c’est plus gratifiant à la fin, on retrouve bien là l’approche anarchiste des relations humaines).

L’auteur note l’intérêt des communautés aromantiques et asexuelles (aroace) pour le modèle de l’anarchie relationnelle, en ce qu’il retire à la sexualité son statut d’indicateur de l’intensité de la relation.

Détour historique pour rappeler que l’anarchie ce n’est pas l’absence de règles ou d’organisation, c’est l’absence de hiérarchie : on ne reconnaît pas de légitimité des organisations basées sur des dynamiques de pouvoir inégales. Éléments historiques aussi pour rappeler la misogynie de Proudhon, les apports du féminisme et ce qui est devenu l’anarcha-féminisme et ses points de rupture avec le féminisme bourgeois.

L’auteur ne nie pas que se plonger dans l’anarchie relationnelle est compliqué, ça demande des efforts, y’a pas de script, et faut lutter contre plein d’attentes sociétales qu’on a internalisées. Le but n’est pas non plus de dire que le modèle de l’anarchie relationnelle est meilleur que d’autres modèles qui s’éloignent du CRHEC, chacun·e fait les pas qu’iel peut.

 « Dans beaucoup de formes de relations non-monogames, des traces du modèle hégémonique réémergent, créant une situation de privilèges qui n’est pas remise en question ou discutée. Les accords passés dans les relations amoureuses déterminent les limites et obligations de tou·tes celleux qui les ont acceptés, ainsi que de tou·tes celleux qui pourraient être impliqué·es par la suite. C’est une forme de « dictatures des accords préexistants ». Cette culture du consensus peut justifier des hiérarchies, des privilèges, des prérogatives, des vétos, des dynamiques de pouvoirs… avec la justification que « si c’est consensuel, c’est éthique ». » (translation by yours truly)

Sur les labels de relations :

C’est ok de garder les labels de types de relation (ami·es, amant·es, amoureu·se·x, …) si ça aide à se situer, mais du point de vue de l’auteur ce que veut dépasser l’anarchie relationnelle c’est que ces labels s’accompagnent de règles strictes préétablies sur le comportement à adopter quand on revendique ce label : même si ce sont des règles établies entre les participant·es à la relation (dans le cadre du polyamour par ex) : l’attachement à des règles ou à cette philosophie de vie ne doit pas dépendre de si on se situe dans le cadre de la relation : le care, le commitment et le respect des limites établies collectivement ne sont pas dépendantes du fait de se conformer à un cadre initial, c’est accepté plus généralement.

Cependant, vu que ces labels correspondent à des cadres normés prédéfinis et avec une certaine valeur (le fait d’être « en couple » ou non notamment), on peut passer beaucoup de temps sur la question de savoir si la relation qu’on a peut réclamer ce label ou non (ce qui est d’ailleurs le cas aussi avec le label « anarchie relationnelle », ce pourquoi l’auteur propose de juste répondre aux questions précises qu’on lui poser sur le statut de ses relations avec « je relationne avec les gens d’une façon différente »). De plus, les attentes « classiques » de ce qui se retrouve habituellement dans les relations réclamant ce label peuvent progressivement s’imposer à la relation à laquelle on a accolé ce label même si on voulait en faire quelque chose de différent (internalisation de la norme ou pression de l’entourage).

Rejeter les cadres relationnels préexistants pour à la place avoir des règles self-managées. Reste un socle de règles mais qui sont un peu la règle d’or anarchiste : assistance mutuelle, autonomie responsable, horizontalité, rejet des structures de pouvoirs (apparentes ou dissimulées), souveraineté individuelle dans le choix de s’associer ou se séparer (libre association), pas d’interférence dans les relations des autres et leur fonctionnement sauf pour faire respecter ces principes.

Reconnaît l’apport de The Ethical Slut et des autres ouvrages sur le polyamour, mais note que c’est une approche de développement personnel, souvent psychologisante, et qui fait pas mal l’impasse sur les enjeux structurels et normatifs qui pèsent sur les choix personnels. Note aussi que l’approche récente de ce courant, qui sort de la question pure de « multiplier les relations romantico-sexuelles » pour parler plutôt de « rhizome affectif » est la plus intéressante à ses yeux.

Liens entre l’anarchie relationnelle et la queer theory :

  • Dans l’approche de Foucault du pouvoir, le pouvoir n’est pas exercée de façon unilatérale par un dirigeant sur un peuple avec un appareil répressif, mais passe par un ensemble de normes et de privilèges qui se renforcent les uns les autres et établissent des gradients de gens se conformant plus ou moins à ces normes ==> la famille nucléaire est une de ces normes renforçant la kyriarchie, il y a un intérêt à proposer des façons alternatives de relationner ;
  • Rendre plus fréquentes et visibles ces façon alternatives de relationner permettrait de casser l’insécurité liée au fait de ne pas correspondre au modèle dominant
  • De la même façon que le genre est une performance et non une caractéristique innée, les relations sont ce qu’on en fait et non pas des constructions innées descendues d’un idéal platonicien
  • Ce n’est pas parce que les relations sont des constructions sociales qu’elles ne sont pas réelles et qu’elles n’ont pas un impact sur la vie des gens

L’auteur oppose l’anarchie relationnelle à l’escalator de la relation – et ses dérivés. Son argumentation est que les couples ouverts, les swingers, le polyamour hiérarchique et même non-hiérarchiques aménagent ce modèle d’escalator à la marge mais ne s’en éloignent pas vraiment : les relations sont supposées progresser sur l’escalator, avec la possibilité de plusieurs relations en parallèle qui peuvent (polyamour hiérarchique) ne pas avoir le droit d’atteindre la dernière marche de l’escalator, mais on ne sort pas d’un modèle où on a de plus en plus de droits sur l’autre et devoirs envers lui.

Sur la monogamie, il constate son ubiquité comme référence (avec des variations) et son usage comme élément de contrôle/coercition, mais il insiste sur le fait que l’anarchie relationnelle n’est pas spécialement non-monogame : ça n’est ni suffisant (la non-monogamie peut être coercitive et normée), ni nécessaire (l’AR peut mener à avoir des relations affectives monogames).

Des exemples de présupposés liés à la pensée relationnelle hégémonique :

  • Les engagements les plus importants (parentalité, achats d’un bien immobilier, cohabitation) doivent se faire dans le cadre d’une relation romantico-sexuelle.
  • L’assistance mutuelle entre participant.es à une relation a un caractère différent selon le type de relation
  • Les relations romantico-sexuelles doivent avoir un début et une fin claire (il peut y avoir du on/off, mais il faut savoir où on en est) pour avoir les bons comportements liés à ce type de relation (aussi bien les propositions sexuelles que ne pas faire la bise à sa relation affective ou smacker son ami.e)
  • On peut négocier d’égal·e à égal·e ce que l’autre à le droit de faire de son temps et de son corps quand on n’est pas là, en échange de concessions de notre côté aussi – c’est ok d’avoir ce pouvoir sur l’autre et on peut le négocier en s’extrayant des privilèges interpersonnels.
  • Une certaine perte de vie privée vient avec certains statuts relationnels où l’autre est légitime à vouloir savoir ce qu’on a fait en son absence.

Sur les asymétries de privilèges, l’auteur note que l’insistance sur le fait de ne pas se conformer aux modèles relationnels préexistants et de ne pas nommer la relation peut aussi servir à filer plus de pouvoir à la personne en situation de domination dans la relation – et peut être perçue comme une façon de nier l’importance de la relation, ce qui peut être traumatique. Toujours se poser la question de d’où on parle et comment les choses peuvent être reçues.