Warhol invaders, de Nicolas Labarre

Uchronie française publiée en 2021. En 1968, deux ingénieurs informatiques présentent un prototype de console de jeux à Andy Warhol. Celui-ci va saisir le potentiel de l’objet et le commercialiser. Avec des décennies d’avances, l’informatique personnelle va s’imposer au monde, bousculant la géopolitique internationale, le mouvement hippie/libertaire, les élections américaines…

J’ai beaucoup aimé. C’est une uchronie pour un public de niche, mais je suis pile dedans je pense. Ça parle de philosophie du libre vs systèmes fermés, bulles de filtre et analyse statistique massive, détournement des idéaux initiaux et stratégies commerciales. L’essentiel de l’histoire se déroule en Amérique, mais l’auteur inclut toute une partie en Touraine, ce qui marche assez bien comme décalage du regard.

Grande recommandation, univers original et uchronie technique très bien menée.

The French Dispatch, de Wes Anderson

Film états-unien de 2021. Le film présente cinq histoires, reprenant les cinq articles publiés dans le dernier numéro du magazine fictif The French Dispatch, le supplément sur la France et rédigé en France d’un journal du Kansas. Wes Anderson déploie dans les différentes histoires des visions d’une France correspondant à ses grands clichés, entre cuisine, film noir, révolte étudiante et artistes fous.

Le côté film à vignettes avec des variations de cadrage, de médium, de colorisation m’a un peu fait penser à Kill Bill, dont l’histoire ne part bien sûr pas du tout dans les mêmes directions, mais qui a un peu ce même côté « grosse variabilité du medium ». Il se passe beaucoup de chose dans le film, ça parle beaucoup, les tableaux sont denses avec beaucoup de détails, il demande un effort de concentration à voir. C’était sympa mais le côté vignettes m’a un peu laissé sur ma fin, j’aurai préféré une histoire qui se déploie sur l’ensemble du film, et le côté France fantasmée m’a fait sourire mais sans m’emporter totalement : c’est rigolo d’avoir une espèce de territoire onirique qui est à la fois un charmant petit village et une version over the top du Paris des années 60/70 renommée Ennui-sur-Blasé, mais ça fait pas une histoire pour autant, à mon sens. Dans les influences, je trouve aussi que le descriptif de la ville et toute l’enquête policière à base de nourriture ont un côté très Orphelins Baudelaire, aussi.

J’ai passé un bon moment devant, mais ce n’est pas mon Wes Anderson préféré pour autant.

Présidents, d’Anne Fontaine

Film français de 2021. Nicolas, ancien président de la République de 2007 à 2012, est incapable de se dire que ses années au pouvoir sont derrière lui, et inquiet de la montée en puissance du Rassemblement National. Pris d’une inspiration subite, il part en Corrèze chercher François, ancien président de 2012 à 2017, pour le persuader de fonder ensemble un nouveau mouvement transpartisan qui les remettrai en selle…

C’était assez étrange. Dans le pitch on dirait une fanfic, dans les moyens du film et dans le focus sur les sentiments des personnages plutôt que sur les grands événements aussi. Mais c’est une fanfic qui peut se permettre de débaucher Dujardin comme acteur principal, ce qui donne quelque chose d’étrange. L’imitation de Sarkozy part Dujardin est assez intéressante, mais elle fluctue largement d’un bout à l’autre du film, il ne tient pas du tout le personnage, la gestuelle et les intonations de langage en permanence, ce qui rajoute un peu au côté cheap de l’objet. Après c’était rigolo à regarder : la plus grande partie du film se déroule dans un petit village coupé de tout, on n’est pas du tout sur un commentaire sur les jeux de pouvoirs de la politique réelle, c’est les deux figures des anciens présidents comme deux archétypes de personnes, leurs doutes et leur envie de lumière. Tout se règle entre quelques personnes, les préoccupation du quotidien sont bien plus importantes que les enjeux de pouvoir : il y a des petites phrases et des évocations du passé (qui donne d’ailleurs de très bonnes blagues), mais pas de question sur le rapport de Sarkozy à la justice par exemple, le film est très lissé là dessus. Nicolas est préoccupé par la santé de son ratier de Prague, François joue du saxo à la fête du village, leurs compagnes sont pleine de naturelle et de préoccupations pour la vie des vraies gens, il n’y à pas d’enjeux d’argent ni de vraies questions politiques au delà de « s’unir contre le FN ».

Bref, c’était anecdotique mais agréable à regarder dans l’optique fanfic/étude de caractère, c’était ce que j’y cherchais donc je n’ai pas été déçu.

The Wicker Man, de Robin Hardy

Film britannique de 1973. Un policier débarque sur Summerisle, une petite île au large des côtes écossaises. Il a reçu une lettre anonyme annonçant la disparition d’une enfant sur l’île. Une fois sur place, il réalise rapidement que les habitants suivent une tradition païenne et que la disparue va probablement être sacrifiée aux dieux de la moisson.

J’ai beaucoup aimé. Le scénario a l’air assez basique, il l’est, et vu qu’il a inspiré un bon paquet de films similaires depuis, on pourrait craindre le manque d’intérêt du précurseur. Il n’en est rien, le film étant assez unique par sa manière de mettre en scène et de filmer son sujet. On suit le point de vue du policier, mais alors qu’il réalise rapidement qu’il y a quelque chose de pas très catholique qui se trame et qu’il est révulsé (lui est profondément chrétien), on reste dans une ambiance tranquille, il fait beau, les gens préparent le festival, tout le monde chante (dans le film ou en extradiégétique) – généralement des chansons avec un sous-texte sexuel. On a des petites explications sur les traditions du coin, la caméra s’attarde sur des détails du décor, c’est presque un documentaire. Et du coup même si on suit le policier, on n’est pas vraiment de son côté. C’est le mec relou et rigide qui vient s’indigner de tout, et expliquer aux gens que leur traditions n’ont aucun sens et qu’ils feraient mieux de croire à la résurrection et à la transsubstantiation, des choses raisonnable, elles. Par ailleurs il ne cesse de se réclamer de son autorité de policier alors qu’il est venu seul sur l’île, n’a pas de moyens de communication et dépend des habitants même pour retourner à son hydravion.

J’ai aussi été assez frappé de voir à quel point The Third Day, que j’ai regardé l’année dernière semble être un décalque du film en moins réussi. Il y a vraiment d’énormes similarités entre les deux œuvres, mais avec 45 ans de plus, The Third Day fait largement moins bien que son modèle.

Bref, y’a une ambiance assez unique qui se dégage du film, grosse recommandation.

Broken Earth, de N.K. Jemisin

Trilogie de fantasy publiée entre 2015 et 2017. L’histoire se déroule dans un monde avec une tectonique bien plus intense que la nôtre, provoquant périodiquement des cataclysmes d’ampleur continentale. Les habitants de ce monde se sont adaptés à cet état de fait, certains empires arrivent à survivre aux cataclysmes, mais périodiquement la civilisation régresse, les communications sont coupées, l’hiver volcanique s’installe pour plusieurs années. Parmis les humains de ce monde, les Orogènes disposent d’une affinité naturelle avec les énergies telluriques. Soupçonnés de déclencher cataclysmes, éruptions et tsunamis, ils sont craints et détestés, et ne peuvent survivre qu’au sein d’une organisation qui les réprime et les entraine à la fois, le Fulcrum. On suit Syenite, une Orogène du Fulcrum envoyée en mission avec un autre Orogène, et qui va découvrir un certain nombre de vérités sur le passé de sa planête et son fonctionnement.

C’est une trilogie dans un univers très original et très ambitieux. Jemisin arrive parfaitement à tenir la ligne entre SF et fantaisie, avec des mentions d’artefacts de civilisations disparues avec d’immenses pouvoirs, des Orogènes qui peuvent manipuler les énergies telluriques dans un monde avec de l’hydroélectricité et des routes goudronnées. Une grosse part du bouquin parle d’esclavage, d’impérialisme, de colonialisme, de génocide, sans en faire de la dark fantasy, les thèmes sont lourds mais la mise en scène en est réfléchie et posée. Les personnages sont globalement très réussis, après sur la longueur de la trilogie j’ai trouvé qu’il y avait des gimmicks qui revenaient un peu pour certains (globalement je pense qu’un peu plus d’édition aurait bénéficié au livre). Les questions de liens familiaux, amoureux et amicaux sont aussi au coeur du livre, ainsi que la question de l’éducation, présentée en plein de variantes.

Grosse recommandation si vous voulez de la fantasy qui s’éloigne assez radicalement des tropes habituels. Le premier tome méritait très largement son Hugo à mon sens, je suis moins convaincu pour les deux suivants qui s’ils sont toujours très bien et élargissent encore l’univers, n’ont cependant pas la puissance du premier.

The North Water, d’Andrew Haigh

Mini-série de 2021 en 5 épisodes d’une heure. dans les 1880’s, un chirurgien renvoyé de l’armée coloniale britannique embarque sur un baleinier qui part pêcher dans les eaux arctiques. L’expédition va mal tourner pour plusieurs raisons, et l’équipage va devoir affronter à la fois ses démons intérieurs et les conditions environnementales plus qu’hostiles.

J’ai beaucoup aimé les premiers épisodes – de façon générale j’aime beaucoup les séries sur des bateaux à voile, je pense (cf la saison 1 de The Terror). Moins la seconde partie, une fois que l’équipage a dû abandonner le navire. C’est vraiment le décor du bateau, le côté huis clos que ça permet que je trouve intéressant. Dans la seconde partie, il y a un peu trop de rebondissements dans tous les sens à mon goût, ce qui fait perdre un peu de la crédibilité de la série et des personnages.

Biarritz avec mer agitée

On a eu globalement beau temps sur la semaine, il y a juste eu un jour où la queue de la tempête Aurore est passée sur la côte, ce qui a donné une mer bien agitée. Photos en majorité prises par OC.

Phare de Biarritz
Digue et vagues
Rocher de la Vierge
Montagnes et nuages
pont du basta (le grain de l’image est dû à toutes les gouttelettes en suspension)
Front de mer biarrot

Monts et Merveilles, de Nicolas Texier

Tome 1 : Opération Sabines

Uchronie imprégnée de fantasy se déroulant dans l’Europe de l’entre-deux-guerres. La magie existe dans le monde, mais a fortement reculé en Europe continentale où la science a commencé à la remplacer. Aux Royaumes-Unis par contre, l’usage de la magie est encore bien présente. C’est pourquoi sur les prémonitions d’une augure, les services secrets recrutent un mage et son serviteur pour aller exfiltrer un physicien vénitien qui intéresse fortement l’armée du Nouvel Empire Romain, l’équivalent dans ce monde du IIIe Reich.

C’était assez prenant. Le livre est raconté du point de vue de Julius Khool, le serviteur du mage, le plaçant dans la tradition des aventures de Sherlock Holmes ou de Hercule Poirot, d’autant plus qu’il s’agit d’un ancien militaire. Le mage n’a rien d’un détective hors pair par contre, et c’est à Julius que revient aussi ce rôle. Contrairement au rôle traditionnel du narrateur de ce genre de roman, il se met du coup beaucoup plus en avant, évoquant ses souvenirs de campagnes notamment. C’est un personnage très réussi, j’ai trouvé, et qui porte vraiment le roman.

L’univers est cool aussi, avec une inexistence du christianisme et des explosions, poussant des armées du XXe siècle à des combats à l’épée. Les éléments d’uchronie sont intéressants, l’influence de la magie et des traditions celtes sur l’univers est assez cool. C’est le premier d’une série, j’irai lire les autres.

Tome 2 : Opération Jabberwock

On retrouve le duo Caroll/Julius Khool du tome 1, qui partent cette fois-ci aux Amériques, suivant une piste provenant de feu les parents de Caroll. En jeu, rien de moins qu’Excalibur, l’épée de la légende arthurienne, qui aurait été exfiltré dans les colonies monothéistes il y a plusieurs siècles par ses gardiens, et que l’enchanteur espère retrouver pour aider les Royaumes-Unis dans la guerre qui vient de se déclencher contre le Nouvel Empire.

On retrouve plusieurs classiques de l’image littéraire de l’Amérique : un Massachusetts discrètement lovecraftien, une Chicago remplie de gangsters avec un twist magique, et un western partiellement onirique, vu du côté des nations indiennes, qui semblent dans l’uchronie de Texier avoir bien mieux résisté à l’arrivée des colons blancs. A travers ces trois parties, on voit l’influence de la guerre d’influence autour d’Excalibur, qui a modifié l’histoire des États-Unis et des territoires non-incorporés. Le style reste assez fidèle à celui du premier tome, avec une grande place laissée aux émotions de Julius Khool. Comme dans le premier tome, le duo se voit adjoindre des personnages supplémentaires qui rajoutent des facettes à leurs échanges : un automate construit par le père de Caroll, une chanteuse de jazz indienne avec ses propres objectifs. Le rythme du livre est plutôt réussi, avec des péripéties qui s’enchainent bien (après une introduction un peu lente avant que les événements ne se mettent proprement en branle).

J’ai beaucoup aimé ce tome 2 aussi, plus qu’un dernier avec ces personnages, dont j’attends la sortie en poche avec impatience.