Vongozero et Le Lac, de Yana Vagner

04/11/2017, Vongozero :
Un roman de science-fiction post-apocalyptique russe. Une épidémie ravage le monde. Une petite bande de banlieusard moscovites tente de rejoindre un lac perdu dans le Grand Nord qu’ils espèrent assez isolé pour pouvoir survivre.

Comme c’est de la littérature russe, tout le monde boit comme un trou. C’est intéressant parce que leurs plus gros problèmes c’est les autres humains (classique) et le froid/la neige. C’est assez sombre, mais ça change de la SF américaine, c’est cool. Après c’est sympa mais pas incroyable, assez terre à terre dans la description du road-trip. Je lirai bien le tome 2 (une fois qu’ils sont arrivés au lac) si j’arrive à le trouver en poche.

20/09/2018, Le Lac :
J’ai donc trouvé le tome 2 en .epub. Comment survivre en plein hiver en Carélie quand on est dans une cabane de pèche sur un lac gelé, sans carburant ni électricité, et qu’on est 11 citadin.e.s moscovites dont 2 enfants, sans expérience de la nature ? Le roman commence juste à la fin du tome précédent, avec l’arrivée dans la cabane de pèche, et raconte comment passent l’hiver, le printemps et l’été. L’épidémie est toujours une menace lointaine, mais le manque de nourriture est une préoccupation bien plus immédiate. Quelques interactions avec d’autres survivants, la difficulté de vivre les un.e.s sur les autres… Je pense que j’ai préféré au tome 1. Il y avait une interview de l’autrice à la fin du livre, où elle disait qu’elle était très contente que la trad française ait réussi à conserver le côté phrases interminables mais fluide à lire qu’elle avait utilisé pour restituer le monologue intérieur de la narratrice, et effectivement ça se lit très bien et on a bien l’impression d’être dans la tête d’Anna.

Tuer Jupiter, de François Médeline

Un polar de politique-fiction. Le livre s’ouvre sur la panthéonisation d’Emmanuel Macron suite à son assassinat. Puis, chaque chapitre remonte dans le temps pour montrer comment on en est arrivé là. Ça commence bien, les premières scènes sont intéressantes, puis ça se perd en route. Déjà par un manque flagrant de politique (y’a pas d’intérêts contradictoires et de lobby d’influence, t’as juste des gens puissants qui décident des trucs.) t puis bon parce qu’en dehors de l’habillage politique-fiction, avec la reprise des noms des personnages connus de la politique actuelle, l’histoire n’a pas un très grand intérêt. Du coup ça marche bien sur les scènes d’émotion nationale du début, moins quand on rentre dans les détails du plan.

De quoi TOTAL est-elle la somme ?, d’Alain Deneault

Multinationales et perversion du droit.

Un livre qui retrace l’Histoire de TOTAL, depuis la fondation de la CPF par l’État français jusqu’à la période actuelle, pour la prendre comme exemple de comment les multinationales se jouent des droits nationaux en utilisant leur présence internationale, au point d’échapper quasi-totalement à toutes les lois et juridictions, tout en développant leur propre vision et application du droit.

C’est dense mais très documenté, très intéressant et un peu flippant. Pour le dire à gros traits, Total hérite de la CPF l’insertion dans des trusts pétroliers, le fonctionnement en oligopole et les ententes entre compagnies sur les prix, et d’Elf l’insertion dans les tous les réseaux d’influence de la Françafrique, Elf ayant représenté à une époque une diplomatie parallèle de la France, avec une confusion des genres assez incroyable (c’est assez révoltant ce qui s’est passé en terme d’asservissement des pays et parodie d’indépendance dans la Françafrique, mais l’histoire d’Elf là dedans ferait une série télé incroyable). Total dit avoir laissé toutes ces pratiques derrière elle, mais sa puissance actuelle est bâti sur les bénéfices qu’elle en a retiré, et l’expertise qui s’est constitué dans la compagnie dans ces domaines n’a pas disparu du jour au lendemain, même si on accepte de les croire sur le fait qu’elle n’est plus directement employée.

Par ailleurs, ce qui continue de façon certaine c’est les pratiques d’optimisation fiscale par les filiales dans des paradis fiscaux, (l’ancien PDG De Margerie ayant même déclaré que TOTAL estimait le taux d’impôt qu’elle devait payer localement pour que ses activités ne rencontrent pas une trop grande contestation et se l’appliquait ! That’s not how taxes are supposed to work.), l’appui sur la puissance française quand ça arrange la firme, y compris pour des interventions armées (Serval et Barkane ont notamment sécurisé l’accès de Total à un champ pétrolier), et la puissance de lobbying, l’armée d’avocats et l’usage des tribunaux d’arbitrage pour faire en sorte au maximum que les lois soient interprétées de la façon dont Total les interprète, voire amendées.

Trondheim 1/2

5 jours en Norvège (j’y suis allé pour le travail, mais comme c’était la première fois que je mettais les pieds en Scandinavie, je me suis arrangé pour passer le weekend sur place en plus). J’ai eu de la chance, j’ai pu être hébergé sur mes deux jours de loisirs par la famille de p4bl0, et bénéficier de leur expérience du pays et de la ville, de leur regard de français sur le pays et de leur voiture pour visiter les environs.

Que dire ? C’est joli mais c’est froid. Y’a pas grand monde qui habite dans le pays, en dehors des limites de la ville ça devient très vite de la forêt sans aucune présence humaine. Le centre-ville avec les maisons en bois est très joli (et calme). On a l’air d’y avoir une bonne qualité de vie.

La Nidelva canalisée
Pont et maisons en bois
What does the fjord say? Ståle Sørensen 2015
Jetée
Façade de la cathédrale
Flêche de la cathédrale de Nidaros
École tout en bois
Engrenages ! (ancien mécanisme d’un palan surplombant les eaux
Voies de train
Bâtiment en béron en réfection

Johan Heliot vous présente ses hommages, de Johan Heliot

Recueil de nouvelles uchroniques ou science-fictives. J’ai été un peu déçu. J’ai bien aimé la plupart des romans écrit par Johan Heliot, mais là j’ai trouvé que ça faisait un peu trop gimmickesque (surtout qu’il traite très souvent les mêmes thèmes/utilise les mêmes personnages, donc au bout de 15 nouvelles c’est assez répétitif).
J’ai trouvé que la nouvelle Le Grand Duc sortait un peu du lot.

Le Combat ordinaire, de Manu Larcenet

Bande-dessinée en 4 tomes de Manu Larcenet.
Un photoreporter qui a un blocage créatif décide d’arrêter de partir aux quatre coins du monde. Il s’installe pas loin de Paris et vit sa vie dans son coin de campagne. Il rencontre une vétérinaire avec laquelle il commence à avoir une relation, il va voir son frère à Paris, il retourne voir ses parents, son père se remettant d’un AVC, il va voir les travailleurs du chantier naval où son père à bossé toute sa vie…
Bref, il vit sa vie de mec issu des classes populaires mais qui en est sorti, confortable en couple mais ayant peur de s’engager plus, dégoûté par la politique mais ne sachant pas forcément quoi faire…
Et c’est vachement bien. J’aime vraiment tout ce que fait Larcenet que j’ai lui de lui pour le moment. Il faut que je lise Le Retour à la Terre encore et j’aurai fait le tour de ses séries les plus connues, je pourrais ensuite attaquer les trucs plus obscurs et les one-shot.

Le Deuxième Sexe, Tome 1, de Simone de Beauvoir

Un peu déçu. On m’avait prévenu que le tome 1 était moins intéressant que le 2 donc je lirai le 2, mais effectivement le 1 est pas génial. Divisé en 3 parties Destin, Histoire et Mythes, le livre présente différents points de vues et données sur les femmes. De Beauvoir passe d’abord en revue les connaissances issues de la biologie et de la psychanalyse, et bon, tu sens que c’est daté dans les deux cas. Elle parle ensuite de la place des femmes dans les sociétés à travers l’Histoire, et pareil, c’est une vision très péremptoire et très de son époque de l’anthropologie. Enfin, la partie Mythe montre les différentes significations et symboliques attachées aux femmes d’un point de vue masculin. C’est un peu long mais j’ai trouvé que c’était la partie la plus pertinente, qui peut se résumer en : « l’Homme se considère comme le centre du monde, les femmes lui présentent une image d’une Altérité et d’un reflet à la fois : en tant qu’altérité on va lui coller toutes les altérités dessus (la Nature en premier lieu, d’où plein de métaphore de la Nature comme une femme et des femmes comme forces naturelles un peu mystiques »), et le signifiant de plein de couples de valeur (jour/nuit, bien/mal…), où l’Homme récupère l’autre et généralement le mélioratif. Comme Reflet, il va être attendu des femmes qu’elles valident les Hommes, les confortant dans leurs choix : l’Homme va les vouloir indépendante mais concédant quand même à l’Homme qu’il a raison à la fin, dures à séduire mais cédant aux avances… (en gros, une imitation de personne indépendante, mais qui finit toujours par valider les choix et envies de l’Homme).
Bref, j’ai trouvé ça un peu long pour ce que ça disait. Après c’est peut-être que c’était fondateur et que ça a été beaucoup repris par d’autres ouvrages et autrices féministes depuis. Ou alors c’est que c’est un point de vue philosophique et que ce n’est pas ce que je recherche dans un essai féministe.

I Kill Giants, d’Anders Walter

Sur la côte des États-Unis, dans une petite ville, une préado vit sa vie dans son coin, avec une famille distante. Sa journée est rythmée par une série de rituels : préparation de potions, vérification et réinscriptions de runes sur des murs et arbres, élaboration de pièges… Le tout pour protéger la ville des géants.

J’ai bien aimé le film, notamment le début, la description des rituels, le quotidien de l’héroïne, son amitié avec la nouvelle venue dans la ville.
Quelques points un peu gérés avec lourdeur : le discours du Titan, notamment, qui fait très préchi-précha, la persécutrice de l’école qui à l’air d’être méchante essentiellement pour le plaisir, la psy scolaire totalement bien intentionné et qui à autant de temps qu’il faut à consacrer à une unique élève.
Le « plot-twist » du film se voit venir de loin mais le but c’est pas vraiment de faire une révélation choquante donc c’est pas très gênant. Mais c’est vraiment pour moi le début du film avec la description des rituels enfantins élaborés, conçus pour essayer d’avoir une certaine maîtrise du monde, que j’ai trouvé intéressant et bien fait.
Le cast très majoritairement féminin du film était une bonne surprise