Lac d’Anglas (1/3)

La seconde fois fut la bonne ! Après un premier essai en août, notre deuxième tentative de randonner autour des lacs d’Anglas, Lavedan et Uzious fut un succès. Grand beau temps, paysages magnifique qui ont bénéficié des premières neiges, ruines industrielles, rythme soutenu, ce fut une excellente randonnée.

Bosquet d’arbres et sommets (pour comparaison avec la dernière fois : photo prise au même endroit)
Muraille rocheuse
Cascade d’Anglas
Vue sur la vallée, vers Gourette. On devine la plaine au loin
Sommet enneigé
Lac d’Anglas, 1
Lac d’Anglas, 2
Vers la suite des aventures…

The Calculating Stars et The Fated Sky, de Mary Robinette Kowal

Uchronie sur la Conquête de l’espace. En 1952, une météorite frappe la Terre au large de la côte Est des USA. L’impact ravage la côte mais surtout, projette des quantités massives de vapeur d’eau dans l’atmosphère, initiant un effet de serre qui pourrait rendre la planète inhabitable sous 50 ans. Un programme spatial international est alors lancé, avec l’objectif d’établir une colonie martienne. Au cœur de ces événements, Anselma « Elma » York, qui travaillait déjà pour le programme spatial américain balbutiant, va faire tout ce qui est en son pouvoir pour que le Corps des Astronautes soit ouvert aux femmes et qu’elle ait elle-même la possibilité de partir dans l’espace.

C’est prenant. Je l’ai lu en une nuit, de 23h à 7h. La narration entremèle les progrès du programme spatial : Elma travaille comme computer au sein du programme et son mari est l’ingénieur en chef qui le dirige, et le combat d’Elma contre la discrimination – des femmes en général, des femmes non-blanches aussi, et contre ses propres angoisses. Le personnage d’Elma est un peu une Mary Sue, mais il est aussi complexe : c’est une pilote, une surdouée des maths (et une geek complête, elle énumére des séquences mathématiques pour se calmer quand elle stresse), elle fait des crises d’angoisse, elle est juive avec une relation fluctuante à la pratique de la religion…
Le roman réussit à développer de nombreux personnages secondaires intéressants, qui permettent de développer les différentes facettes d’Elma :

  • son mari, qui est un peu l’allié parfait,
  • sa nemesis au sein du programme, qu’elle connaît depuis la WWII et qui est un astronaute doué mais arrogant qui jure de tout faire pour l’empêcher de quitter la Terre,
  • ses collègues computer, parmi lesquelles des femmes racisés qui la force à reconsidérer ses propres privilèges (Elma est blanche),
  • son frère qui permet de discuter la jeunesse d’Elma.

il aurait été intéressant que les différentes interactions soient moins du « Emma vs une facette de sa vie » et qu’il y ait davantage de croisements entre les différents aspects de sa vie.
Le roman aurait aussi pu bénéficier d’un meilleur travail d’édition : il y a plusieurs passages redondants qui auraient pu être retravaillés. Ce n’est pas très gênant à la lecture mais on est quand même là « oui oui, j’ai compris, c’est la troisième fois que tu détailles ça »

Deuxième tome : The Fated Sky


Je l’ai préféré au premier. Je pense qu’il bénéficie de ne pas avoir à faire tout le travail d’introduction et de caractérisation des personnages qui est effectué dans le tome 1, mais de plus, l’action est plus resserrée (on se concentre sur la préparation et la participation d’Elma à la première expédition vers Mars). Les personnages sont à nouveau très réussis dans ce roman, notamment sa nemesis (qui n’en est plus trop une), qui est vraiment le personnage le plus complexe du roman.
Voyage sur Mars oblige, il y a aussi moins de scènes de sexe entre Elma et son mari (enfin de scène de « on commence à évoquer du sexe puis on jette un voile pudique »). C’est tant mieux parce que de façon générale les descriptions d’interactions sexuelles apportent rarement quelque chose dans les romans à mon avis, mais en plus ici vu qu’elles sont invariablement décrite avec des analogies avec les lancements de fusée (get it ? Get it? GET IT?) elles étaient carrément reloues.

Je recommande.

My Absolute Darling, de Gabriel Tallent

J’ai beaucoup aimé. Turtle, 14 ans, vit seule avec son père dans une maison se délabrant progressivement, sur un immense domaine en Californie du Nord. Son père est incroyablement charismatique, survivaliste convaincu, il apprend à sa fille le maniement des armes à feu et la survie en milieu hostile. Et surtout, il l’abuse psychologiquement et sexuellement.

Le livre est écrit du point de vue de Turtle, et il est très bien écrit. Sa relation avec son père, l’emprise psychologique qu’il a sur elle, comment ça affecte sa perception d’elle-même, sa compréhension qu’il y a quelque chose de profondément anormal et en même temps ses second-guessing sur ses déclarations d’amour est très bien rendu. Son émancipation progressive de cette emprise, catalysée par la rencontre avec d’autres personnes qui vont lui fournir des modèles alternatifs de relations familiales et le comportement toujours empirant de son père est très bien rendu aussi.

L’autre point fort du bouquin c’est sa description de la Nature et de la relation que Turtle a cette nature. Il y a de très belles descriptions (et je me rend compte que je manque de vocabulaire botanique en anglais).

Grosse recommandation.

Léon Morin, prêtre, de Jean-Pierre Melville

Film de 1961. Durant la seconde guerre mondiale et à la Libération, une militante communiste, Barny, a une conversation suivie avec un prêtre. Commencée avec l’optique de lui montrer que l’Eglise est dévoyée, elle se laisse peu à peu convaincre par ses arguments en faveur de la foi, trouvant en lui un prêtre jeune, moderne, et inspiré par la théologie de la libération le catholicisme social (cf commentaire) plus que par le dogme (et particulièrement beau – il est joué par Belmondo, et sa beauté est un des points abordés plusieurs fois par le film). En parallèle, on voit ses activités de militante communiste et de travailleuse à l’école dans le cadre de la guerre et de la Libération.

Sur le papier c’est intéressant, mais même si l’héroïne est indépendante et active, dans sa relation avec Léon Morin, elle ne réussit jamais à avoir le dessus intellectuellement, et si elle est attirée par lui physiquement, et que c’est intéressant d’avoir un film qui parle de beauté masculine, on a quand même l’impression que ça la handicape et la place en position de faiblesse dans leur relation intellectuelle.

Batman: Hush, de Justin Copeland

Dessin animé Batman un peu raté. Il reprend globalement la trame de l’arc Hush en le transposant dans un univers Batman plus récent (présence de Damian comme Robin notamment).

L’animation est classique, les dialogues sont étrangement cadencés – il y a des pauses entre les répliques des personnages, et le film est un peu réac dans sa présentation des personnages, avec des femmes fortement sexualisées, une insistance sur la romance Batman/Catwoman (je pense que personne ne lit/regarde Batman pour avoir de la romance). Bref, pas convaincu.

Les Sauvages, de Sabri Louatah et Rebecca Zlotowski

Assez déçu. La série commençait bien, j’ai beaucoup aimé le premier épisode, mais ça se perd totalement en route. Le rôle de Marina Foïs est complètement inutile (c’est quand même assez triste de réussir à gâcher Marina Foïs), la série balance très vite toute cohérence par la fenêtre. Ça commence comme une série politique (le premier épisode, donc), ça embraye sur le drame familial, et ces deux possibilités m’allaient, mais ensuite ça part en enquête solo sur la radicalisation par un ancien acteur (dont la célébrité n’est absolument jamais abordée), avec en parallèle… on sait pas trop quoi, le suivi de la directrice de campagne et fille du président, mais dont je serai bien en peine de dire ce qu’elle fait à part constater les événements autour d’elle.
D’ailleurs globalement tous les rôles féminins sont ratés, alors qu’ils avaient installé des trucs intéressants dans le premier épisode, mais à part Marion (Marina Foïs, qui est donc raté pour la raison de servir strictement à rien dans le scénario), toutes les femmes se positionnent par rapport à des hommes en tant que fille mère ou copine/compagne de, sans agenda propre.

Déception donc, mais j’en retiens quelques beaux passages : le premier épisode, donc, l’audition de Krim, le face à face entre Idder Chaouch et Lambofili. Globalement, les scènes de tension, où la série décide de mettre le spectateur mal à l’aise. Mais ça ne suffit pas, elles sont trop délayées. Le personnage d’Idder Chaouch était intéressant aussi, mais en définitive on sort de la série en ne sachant rien de lui. Bonne bande-son par contre, le thème principal (Les Sauvages, une partie des Indes Galantes de Rameau) reste bien dans la tête, et les différentes variations autour pour illustrer les différentes ambiances sont plutôt réussies.

Kallocaïne, de Karin Boye

Roman dystopique datant de 1940. Dans un futur indéterminé, un chimiste de l’Etat Mondial invente la kallocaïne, le sérum de vérité parfait. Le test de la conformité des pensées de tous les camarades-soldats est désormais à la portée de l’Etat…

J’ai bien aimé. L’autrice pose le décor de son état fasciste et militariste avec une économie de moyens qui s’oppose à 1984 où il est décrit avec force détails. Deux pistes narratives sont explorées. D’une part, la décision par le chef de la police de la ville de pousser les autorités de l’Etat a instituer une loi pour rendre l’usage de la kallocaïne obligatoire dans les interrogatoires, avec l’idée que si on ne peut rien cacher, on trouvera bien quelque chose à reprocher à chacun, et qu’il suffit d’avoir le bon juge pour voir orienter les sentences comme on veut, et enfin se débarrasser du processus pénible de la justice (ça reste fortement d’actualité comme réflexion, hélas).
D’autre part, l’arc narratif du narrateur, qui commence comme un parfait rouage de l’état bien répugnant, mais qui décidant d’utiliser son sérum sur sa femme pour prouver son infidélité, découvre d’une part qu’elle lui est fidèle, mais surtout qu’elle a les mêmes angoisses cachées que lui et que peut-être existe-t-il un sentiment de communauté et des relations humaines autres que celles promues et instrumentalisés par l’Etat.

Au Bal des Actifs, anthologie

Anthologie de nouvelles de science-fiction sur le thème du travail, publié par La Volte.
Le niveau des nouvelles était assez inégal. La première, par Catherine Dufour, était très bien. Celle de Kloetzer aussi, qui s’inscrit bien dans son univers habituel et présente une vision un peu différentes des autres nouvelles, en parlant de lutte syndicale et d’allégeances contradictoires. Les autres je les ai trouvées moins intéressantes, moins originales dans les univers qu’elles présentent.