Archives de catégorie : Séries

Los Años Nuevos, de Rodrigo Sorogoyen

Série espagnole parue en 2024. On suit Oscar et Ana, deux madrilènes qui se rencontrent lors du premier épisode et réalisent qu’iels sont né.es à un jour d’intervalle : elle le 31/12 et lui le 01/01. On va suivre pendant 10 ans une de ces deux journées, leurs interactions, et l’évolution de leur relation.

J’ai bien aimé. Je ne suis pas trop rentré dans le pilote, mais dès l’épisode 2, j’étais accroché. L’évolution de la relation entre les deux personnages est assez crédible – en même temps on parle de trentenaires européens dans les années 2015-2025, je suis assez clairement dans le cœur de cible – le fait de ne pas avoir exclusivement leur relation à tous les deux mes devoirs aussi les liens qu’ils ont avec leur famille ou leurs amis est intéressant. Le dispositif qui se concentre sur la journée du Nouvel An permet aussi de voir une forme de temps suspendu en dehors du boulot – pas complètement vrai pour Oscar vu qu’en tant que médecin il a des gardes. Et aussi des moments où les gens font le bilan, ou se retrouvent entre proches et discutent. J’ai par contre été un peu déçu par le final de la série, que j’ai trouvé plus conventionnelle que les autres épisodes. En même temps, c’est difficile de conclure de façon originale une histoire romantique.

Recommandé.

Midnight Mass, de Mike Flanagan

Mini-série d’horreur étatsunienne parue en 2021 sur Netflix. Un nouveau prêtre arrive sur la petite île de Crockett Island. Communauté principalement catholique et isolée sur son île reliée au continent par 2 ferrys par jour, Crockett vit en quasi-autarcie, mais dans un déclin permanent depuis des dizaines d’années. L’arrivée du nouveau prêtre va coïncider avec l’apparition de miracles qui vont bouleverser la communauté et son rapport à la foi, mais semble cacher une réalité plus sombre…

La série a été évoquée par une amie au Nouvel An, je l’ai gavisionné sur les premiers jours de janvier. Le concept de base est assez chouette : si on prend littéralement certains points de la Bible et du sacerdoce chrétien, ça donne des trucs assez dark (consommer le sang du Christ, vraiment ?). Du coup confronté à des phénomènes surnaturels inquiétants il est possible de les interpréter comme conformes aux Écritures et que toute une communauté croyante (avec l’aide d’un prêtre un peu charismatique) se dise qu’il n’y a pas de souci avec tout cela. Le côté « communauté en vase clos » aide à cette montée en épingle du truc, sans voix extérieure pour alerter sur le fait que c’est n’imp. Ça m’a fait penser à King Tide, qui a un setup un peu similaire (mais moins le côté « on se raccroche à un mythe existant »).

Les trois perso de « méchants » (le prêtre, Bev et la créature) sont assez réussis, par contre les persos principaux sont des robinets d’eau tiède, vraiment des clichés de perso de série étatsunienne torturés. Y’a quelques trous dans le scénario qu’il ne faut pas regarder de trop près, mais l’ambiance est plutôt réussie.

Nobody wants this, d’Erin Foster

Comédie romantique parue en 2024. Joanne (Kirsten Bell) est une californienne qui gagne sa vie en enregistrant un podcast avec sa sœur, qui parle de sexualité. Noah est un jeune rabbin qui a mis fin à ses fiançailles. Les deux vont se rencontrer et avoir un coup de foudre l’un pour l’autre, par dessus leurs différences culturelles.

C’était une bonne série romantique. La chimie entre les deux persos fonctionne, il y a des rebondissements pas trop clichés, les persos secondaires (les losers siblings notamment, la relation aux parents) sont réussis. Pas une série inoubliable, mais une réussite pour une série de vacances.

EDIT S2 : Toujours aussi efficace. L’histoire avance peu (pour les 2 personnages principaux toute la saison tourne autour de la question de si Joanne va se convertir, ce qui était déjà pas mal le sujet de la S1, même si les intrigues des personnages secondaires avancent davantage). C’est pas évident de faire tenir une romcom dans la durée donc félicitation aux scénaristes pour ça, et en même temps je me faisais la réflexion que pour une série « réaliste » c’est vraiment le plus truc le plus dépolitisé possible (en tous cas dans les trucs que je regarde) : tout le monde est beau et vit dans la lumière dorée de Californie dans de jolies maisons, y’a pas un mot sur la politique (et franchement quand un des points clefs de l’histoire c’est des gens à la fois californiens et juifs, c’est assez étrange de ne parler ni de la politique US ni de celle d’Israël – même historiquement d’ailleurs, le judaïsme n’est abordé que par rapport aux traditions, pas un mot sur la Shoah, c’est vraiment le judaïsme version brightest timeline)

Nero, d’Allan Mauduit et Ludovic Colbeau-Justin

Série française de fantasy produite par Netflix, parue en 2025. L’action se passe dans une région présentée comme le sud de la France mais avec des villes fictives, dans un Moyen-Âge de fantasy. Néro est un assassin au service du consul de la ville de Lamartine. Trahi par son employeur qui le livre à une sorcière, il va devoir se rapprocher de sa fille qu’il avait abandonné à l’orphelinat, et entreprendre un voyage avec elle et d’autres compagnons imposés jusqu’à la ville sainte de Ségur, où l’archevêque pourra leur expliquer pourquoi Néro et sa fille sont poursuivis par ladite sorcière.

La série était initialement une adaptation du roman Gagner la guerre de Jean-Philippe Jaworski. Effectivement, on perçoit la parenté dans les premiers épisodes, avec la position politique du consul de Lamartine et la place de Néro à ses côtés pour réaliser les basses-œuvres. L’œuvre diverge néanmoins assez rapidement, pour ressembler à la formule de The Last of Us, avec une relation de parentalité qui se développe au cours d’un voyage dans des terres désolées.

On est sur de la fantaisie grand public. Exit le Panthéon spécifique inventé par Jaworski pour le Vieux Royaume qui est ici remplacé par la Chrétienté – avec cependant au cœur des enjeux de l’œuvre une hérésie : les Pénitents. Vu la localisation revendiquée dans le sud de la France, ils peuvent évoquer les cathares, mais version war boys de Fury Road, à la fois pour le maquillage blanc et le côté sacrifice de parties corporelles/rapport décomplexé à la mort. On est aussi sur une série qui donne un langage et des postures très contemporaines à ses personnages, malgré l’environnement de fantasy moyenâgeuse. Couplé à un jeu d’acteurs qui fait un peu parfois théâtral, ça peut donner une impression étrange : même si les décors sont très beaux il y a parfois un côté « les figurants traînent en arrière-plan, pour faire leurs petites occupations de figurants » (moins vrai sur les derniers épisodes tbh).

Néanmoins, ce n’était pas désagréable à regarder, le mélange d’influence finit par fonctionner. Si l’errance dans le désert lasse un peu, l’arrivée à Ségur change les décors et les enjeux. Il y a une petite vibe christique aussi bien pour Néro – présenté sans cesse comme un corps souffrant, là pour prendre des coups et encaisser – et pour Perla, qui porte la responsabilité de sauver le monde sur ses épaules. Le tout sur un arrière-plan de changement climatique – l’enjeu principal est une sécheresse persistante qui ruine la région, illustrée par les passages dans le désert, visiblement tournés dans des Corbières incendiées – qui favorise la montée de la pauvreté (les taudis sous les murailles de Ségur) et les conversions religieuses vers le récit eschatologique des Pénitents. Si pas mal de personnages secondaires sont esquissés sous forme d’archétypes, la thématique du changement climatique et celle du poids de la religion rajoutent quand même une petite profondeur.

Recommandé si vous n’avez rien contre Pio Marmaï qui cabotine ni de trop grosses attentes sur les reconstitutions historiques.

Wayward, de Mae Martin

Série étatsunienne de 2025. En 1994, on suit les lignes narratives parallèles d’Alex Dempsey, policier qui vient s’installer dans la ville d’enfance de sa femme qui attend un enfant, et de Leila et Abbie, deux adolescentes envoyées dans un établissement pour enfants difficiles, qui est là où la femme d’Alex a fait sa scolarité, juste à côté de la ville en question.

C’était pas révolutionnaire, mais ça fonctionne bien, on retrouve Mae Martin et Toni Collette exactement dans leurs rôles habituels (personne non-binaire submergée par l’anxiété et leadeuse de secte avec la mère de toutes les resting bitch-faces respectivement), et ça me va très bien (y’a des acteurices que c’est pas la peine de caster à contre-emploi). L’école de Tall Pines est bien caractérisée je trouve : à la fois le côté sectaire et maltraitant pour les enfants, et le fait que les enfants qui y vont sont quand même de base des enfants pas totalement adaptés à la société : ça reste des enfants et ce que leur fait l’école et Evelyn spécifiquement n’est pas acceptable, mais ce ne sont pas des anges pour autant. Le fait que la secte permette aussi à certains de trouver une forme de communauté qu’ils n’auraient pas autrement est intéressant (et on voit assez peu la ville dans cette saison mais de ce qu’on en voit ça à l’air assez idyllique et de n’avoir gardé que les bons côtés du collectif forgé côté école). La réorganisation de la secte autour de Laura (et la façon qu’elle a de réussir à coopter le mouvement en prétendant vouloir en virer les éléments problématiques, mais ça n’a pas l’air si vrai que ça), en parallèle de la récupération de la secte de Weldon par Evelyn est aussi un point intéressant pour montrer comment ces structures survivent aux personnes.

Alien: Earth, de Noah Hawley

Série étatsunienne de 2025, situé dans l’univers de la saga Alien. Quelques années avant les événements du premier film, un vaisseau spatial contenant des oeufs d’alien et d’autres créatures extraterrestres particulièrement dangereuses s’écrase sur Terre. Une mégacorporation récupère le tout et le planque sur une île où elle a un projet de transfert de la conscience d’enfants humains dans des corps robotiques. La sécurité de ce laboratoire de haute sécurité étant inexistante, les aliens s’échappent par les trous dans le scénario et tuent des gens.

C’était franchement mauvais. Y’a zéro tension horrifique, les personnages passent leur temps à faire des choix qui n’ont aucun sens, les mégacorporations sont incarnées par 2 personnes (on dirait des startups dans un incubateur d’entreprises dans le Loir-et-Cher), l’alien peut être contrôlé en lui parlant en alien, y’a vraiment rien qui va.

Undone, de Kate Purdy et Raphael Bob-Waksberg

Série d’animation étasunienne parue en 2019. Je n’ai vu que la saison 1, notamment parce que je voulais voir la dernière série de RBW que je n’avais pas vue (après Bojack et Long Story Short). J’ai été beaucoup moins convaincu que par les deux autres. On suit Alma, qui suite a un accident de voiture, voit le fantôme de son père qui lui demande de venger son meurtre (hello Hamlet) et lui explique qu’elle peut désormais voyager dans le temps pour intervenir sur ce meurtre. Évidemment, du point de vue des proches d’Alma, ça ressemble plus au déclenchement d’une crise de schizophrénie…

Ça parlait (légèrement) de voyage dans le temps, mais surtout de liens familiaux – mais je trouve que c’est pas très original/intéressant : on parle de l’absence du père, de liens conflictuels avec sa mère et de peur de l’engagement, sujet un peu vus et revus. L’animation en rotoscopie est jolie, mais ça ne me suffit pas perso.

Long story short, de Raphael Bob-Waksberg

Série animée étatsunienne dont la première saison est parue en 2025, par le créateur de BoJack Horseman. On suit la vie de la famille Schwooper, une famille judéo-américaine, sur 3 générations, avec des allers-retours dans le temps. On voit surtout la relation entre les trois enfants (durant leur enfance puis une fois adulte), mais on voit aussi des éléments de la jeunesse des parents, de la troisième génération (pas encore une fois adulte, eux-même, mais peut-être pour la saison 2 !). On voit pas mal de moments-clefs : la gestion du décès de la mère de famille, des relations amoureuses ou leur fin, des départs…

Pour le moment je suis pas accroché comme avec Bojack, mais 1 saison vs 5, on attend de voir où ça va aller. C’est une série sympa à regarder et avec un bon potentiel.

Querer*, d’Alauda Ruiz de Azúa

TW viols évoqués

Série espagnole de 2024, en 4 épisodes. Après 30 ans de mariage, Miren porte plainte contre son mari Íñigo pour viols conjugaux répétés et violences psychologiques. La nouvelle fait évidemment l’effet d’une bombe dans la famille, et notamment sur ses deux fils, Aitor et Jon. Les deux vont se positionner chacun en soutien d’un des deux parents dans l’attente du procès à venir. On va suivre l’évolution des personnages entre la plainte de Miren et quelques jours après l’annonce du verdict, 3 ans plus tard.

J’ai beaucoup aimé. Les acteurs jouent très juste et les relations familiales sont crédibles. Mention spéciale à l’arc d’Aitor qui prend le parti de son père, mais réalise peu à peu qu’il reproduit certains de ses comportements notamment en termes de gestion de la colère (et de choix de carrière) et que ça n’est pas ok (fortement foreshadowé par son prénom puisque Aitor à la même racine que aita – papa en basque). À côté le personnage de Jon est adorable, mais un peu trop lisse. Et le personnage de Miren bien sûr est très bien écrit, elle fait une victime imparfaite (elle est âgée, elle est restée 30 ans avec son agresseur, elle prend des antidépresseurs…) mais particulièrement crédible, qui trouve le courage de dénoncer des violences dont les preuves sont très ténues (Íñigo n’ayant jamais levé la main sur elle notamment).

Recommandé.