Archives de catégorie : Longs métrages

Les Reines du drame, d’Alexis Langlois

Film français paru en 2024. En 2005, lors d’un casting pour Starlette en herbe, Mimi et Billie se rencontrent. Si le punk revendicatif de Billie va rapidement l’écarter de l’émission qui se veut consensuelle, Mimi au contraire avec son image plus sage va être considérée comme un produit bankable. Mais au delà de la suite de l’émission, la rencontre entre les deux chanteuses va être l’occasion d’un coup de foudre entre elles deux, très vite compliqué par la tension entre radicalité (musicale comme politique) et conformisme que les deux . Vont s’ensuivre quelques décennies d’évolution musicales et relationnelles, jamais apaisées.

Globalement, excellent film. La reconstitution de l’ambiance musicale française des années 2005 et 2015 fonctionne bien, à la fois côté mainstream et côté alternatif. Globalement la bande-son est incroyable, avec que des titres originaux, mais qui font d’époque. Il y a des références à la Star Ac (évidemment), Britney, Sexy Sushi (en même temps Rebeka Warrior a contribué à la bande-son), Loana, …
Les deux personnages principaux sont réussis, les seconds rôles aussi (mention spéciale à la meilleure amie toxique et aux deux jurés de Starlette en herbe). Le film adopte tous les codes des films de genre, avec des séquences dont on ne sait pas si elles sont dans la réalité, un rêve, un clip… Il y a des projections de sang, des allées remplies de sac poubelles photogéniques, des lumières rouges et bleues rasantes, tout pour plaire. Le film est fait « par des personnes queers des deux côtés de la caméra » dixit la réalisatrice, et a galéré à avoir des financements, heureusement qu’iels ont réussi à boucler le film malgré tous les vents contraires, parce que clairement grosse reco.

Murder on the Orient-Express, de Sidney Lumet

Film britannique de 1974, adaptation du roman éponyme d’Agatha Christie de 1934. Lors d’un voyage de l’Orient-Express d’Istanbul à Calais, un riche Étatsunien est assassiné de 12 coups de poignards après avoir été drogué. Hercule Poirot, qui était à bord du train, va enquêter pour élucider le meurtre avant que le train bloqué par une congère sur les rails ne soit secouru.

J’ai moins aimé que les autres films de Sidney Lumet que j’ai vu. Je pense que le fait de déjà connaître l’intrigue n’a pas forcément joué en faveur du film, mais par ailleurs je trouve que c’est pas parfait en termes de présentation des indices pour permettre au spectateur de déduire ce qui s’est passé. Les acteurs sont très bon et la mise en scène de Poirot avec sa skincare routine avant de se mettre au lit est rigolote, mais pour autant ça n’a pas totalement cliqué pour moi.

Speak no evil, de James Watkins

Film étatsunien de 2024, remake plus soft d’une version danoise parue en 2022. Un couple d’américains coincés qui ont déménagé à Londres font la rencontre de deux anglais exubérant lors de vacances en Italie. Les anglais les invitent à passer un weekend dans leur maison isolée à la campagne. Sur place, le malaise se fait de plus en plus perceptible, les hôtes transgressant progressivement de plus en plus de conventions sociales.

C’est une forme de reverse-home invasion, qui fonctionne assez bien. Les acteurs sont très bons, notamment celui qui joue Alex, qui réussit très bien à poser ce personnage de mec exubérant qui dépasse les limites, qu’on peut trouver bon enfant mais qui finit par gêner, sans qu’on réussisse à dire au début s’il est juste un peu lourd, ou si vraiment il y a quelque chose qui cloche. Ça illustre bien le spectre entre des comportements juste un peu toxiques et la full-blown psychopathie. La séquence finale de chasse dans la maison est assez inventive, sur un script pourtant déjà vu de nombreuses fois. Une seule décision un peu absurde des personnages (revenir pour le doudou de la fille quand ils se sont déjà rendus compte que y’a quelque chose qui n’allait pas du tout), pour le reste c’est assez cohérent comme décisions. Les personnages des « gentils » ne sont pas particulièrement sympathique et assez lâches, mais ça en fait des personnes plus crédibles que des final girls ultra badass

Redux Redux, de Kevin et Matthew McManus

Just one thing, at a specific place, all at once

Film de genre de 2025. La fille d’Irene a été tuée. Pour la venger, elle voyage d’univers parallèle en univers parallèle pour tuer encore et encore le meurtrier. C’est difficile d’en dire plus sur le synopsis sans divulgâcher certains éléments du film, et je recommande d’aller le voir avec juste ces infos. J’ai vraiment beaucoup aimé. Très belles images, excellent design de machine à changer d’univers, super bande son. Grosse reco.

Hic Sunt REVELATIONES

The Substance, de Coralie Fargeat

Dr. Jekyll and Mrs Carpenter

Film franco-étatsunien de 2024. Elisabeth Sparkle est une ancienne star de cinéma, qui à 50 ans se retrouve mise au banc par un système médiatique qui ne veut que des femmes jeunes. Refusant d’être ainsi oubliée, elle commence à consommer la Substance, un médicament mystérieux qui fait naître une version plus jeune d’elle, Sue. Elle doit passer 7 jours sous chaque forme sous peine d’infliger des dégâts à un de ses corps. Mais rapidement Sue prend de plus en plus de place, et le corps d’Élisabeth se dégrade de plus en plus.

On n’est pas dans le film subtil, tous les personnages sont des archétypes, et s’il y en a qui sont réussis (les actionnaires du réseau télé notamment qu’on voit 30 secondes mais qui donne leur max pour cocher la case « vieillards égrillards »), ça dessert quand même un peu le film. Notamment il devient assez rapidement évident que le problème d’Élisabeth n’est pas qu’elle vieillit mais qu’elle a zéro amis. Pourtant le film ne fait rien pour adresser ce point.

je dirais que le film décolle vraiment dans ces dernières 30/45 minutes, quand il assume vraiment le côté Grand Guignol et le côté body Horror. Là ça devient très bon mais c’est très tardif.

Man Finds Tape, de Paul Gandersman et Peter Hall

Film d’horreur étatsunien paru en 2025. Lucas et Lynn Page ont grandi dans la petite ville de Larkin, au Texas. Leurs parents s’occupaient de tous les sujets en lien avec la vidéo dans la ville, ce qui a conduit les deux jeunes adultes à avoir accès à plein de caméras et à leurs rushs et à travailler dans le domaine eux aussi. Lynn est partie de Larkin, mais Lucas y est resté, et trouve dans la maison parentale une cassette où on voit quelqu’un s’introduire dans sa chambre quand il est enfant, scène dont il n’a aucun souvenir. En creusant, il va trouver d’autres vidéos montrant des événements dont personne n’a souvenir à Larkin. Pire, la visualisation de ces vidéos le fait sombrer, lui et les autres Larkinais, dans une narcolepsie.

Il y a de bonnes idées, et ça fait un film de found footage un peu original puisqu’on a les rushs de différentes caméras montées par Lynn, avec des interviews face caméra de certains Larkinais. Mais il y a aussi des éléments assez fouillis, avec à la fois des personnages très plats et très peu d’explication sur le mystère global – aussi bien sur l’emprise du « monstre » sur la ville que sur la question de l’Étranger et de son rôle. Ça a l’air volontaire de laisser les persos comme les spectateurs dans le noir, mais ça ne marche pas totalement.

Les Immortelles, de Caroline Deruas Peano

Film français paru en 2026. Charlotte et Liza sont deux lycéennes qui vivent dans une ville de la côte d’Azur dans les années 80. Meilleures amies inséparables, elles prévoient de monter à Paris pour se faire connaître en tant que musiciennes. Lisa a un crush sur le prof de sport (Aymeric Lompret), Charlotte cache son homosexualité. Deux adolescences ordinaires, jusqu’à la mort soudaine de Lisa d’un caillot sanguin. Charlotte va devoir réussir à faire son deuil.

Pas très convaincu. Il y avait de bonnes idées comme les séquences de rêve tournées avec une autre caméra et sur pellicule plutôt qu’en numérique. Des personnages des parents sont plutôt réussis, ainsi que la reconstitution des années 80. Mais l’arc du deuil de Charlotte ne marche pas très bien, et c’est aussi l’histoire de la mort d’une femme noire pour faire avancer l’histoire d’une femme blanche. J’ai aussi peu accroché à la musique, surtout la chanson de fin ce qui est dommage vu qu’elle est censé retranscrire les émotions que Charlotte ressent à propos de Lisa.

Exit 8, de Genki Kawamura

Film d’horreur (légère) japonais paru en 2025. Un homme se perd dans les couloirs du métro et arrive dans un couloir qui se répète en boucle. Il doit repérer des anomalies dans la disposition des éléments pour soit continuer à avancer soit faire demi-tour. S’il réussit 8 fois de suite, il sera libéré de la boucle. Le film est adapté d’un jeu vidéo, et ça se voit fortement. L’ambiance « espace liminal » est bien retranscrite, mais bon le scénario reste très mince. La variation de point de vue entre les 3 personnes coincées dans la boucle est plutôt réussie, mais ça reste léger pour en faire tout un film. Le côté horrifique est franchement léger, pas du tout de montée en intensité, en fait on se rapproche plus de la boucle temporelle.

In die Sonne schauen, de Mascha Schilinski

Film allemand de 2025. On suit quatre générations d’habitants d’une grande ferme allemande, entre les années 1900 et 2020. Le film nous balance au milieu de l’histoire sans contexte et c’est au spectateur de recoller les bouts. Les époques sont bien marqués par les vêtements, les coiffures, les objets, mais il faut comprendre seul les liens entre les personnages et les (quelques) liens entre les époques. On suit surtout les points de vue de différentes femmes, dont pas mal ont des destins tragiques, qui se font écho, avec des motifs qui reviennent : les photographies floues, la rivière, la porte de la grange, la chute, l’impression de vivre « pour rien ».

J’ai beaucoup aimé. Le film prend son temps pour poser les histoires des différents personnages, le film est tourné en format 1:1, avec une caméra à focale très courte, ce qui fait qu’il y a souvent pas mal de flou sur les images, avec un plan focal très resserré (voir parfois rien dans le plan focal donc tout de flou), ça fait des images assez particulières et peu classique dans les films actuels. Les acteurs jouent très bien, notamment les acteurs enfants. C’est assez difficile à décrire mais ça réussit très bien à poser une vibe particulière.

Fortement recommandé.

28 Years Later, de Danny Boyle

Film britannique de zombies paru en 2025, dans l’univers de 28 Days Later. Comme le titre l’indique, on est 28 ans après le démarrage de l’épidémie du virus de la Rage en Grande-Bretagne. Spike, un garçon de 12 ans qui vit sur une île au large de la côte, est emmené par son père pour la première fois sur l’île principale dans une sorte de rite d’initiation. Il va découvrir sur place les différents types de zombies – variations qui font très jeu vidéo – mais aussi ce que veulent dire des paysages où la Nature est redevenue sauvage et où on ne voit pas la mer. Il va revenir ensuite avec sa mère, à la recherche d’un hypothétique docteur qui pourrait soigner le mal mystérieux dont elle est affligée.

C’est la première partie d’une trilogie qui se passe sur les îles anglo-normandes 28 ans après l’apparition du virus. J’ai bien aimé certains points, par exemple l’apparence des zombies qui au bout de 28 ans ont un peu des têtes d’hommes des cavernes (hirsutes, habits qui se sont désagrégés, …). Le fait que l’épidémie de zombies ne soit arrivée qu’en Angleterre et qu’il y ait un périmètre d’exclusion tout autour des îles anglo-normandes mis en place par l’OTAN me semble toujours aussi drôle, vraiment le gros point qui me vend ces films. Les paysages sont jolis mais le côté « on ne voit que la campagne » fait un peu solution de facilité pour éviter de tourner des scènes en ville en reconstituant des décors de villes en ruine. Je ne suis par ailleurs pas très fan du montage de Danny Boyle, qui fait un peu épileptique par moments. Par contre très bel usage du poème de Kipling. Je n’ai pas été non plus très convaincu par l’histoire globale, avec cette quête du docteur qui s’avère être en train de monter des petites tours en os mais reste fort affable et sait poser des diagnostics, ni du côté memento mori.