Archives par mot-clé : recommandé

Silencio, d’Eduardo Casanova

Série espagnole vampirique parue en 2025, en 3 épisodes de 20 minutes. Au 14e siècle, 4 sœurs vampires discutent de ce qu’elles doivent faire en ces temps de peste noire : les vampires ne sont pas affectés par la maladie, mais il devient de plus en plus difficile de trouver du sang non contaminé pour se nourrir. De plus, une d’entre elles est amoureuse d’un humain, ça sœur ainé lui interdit de lui révéler qu’elle est une vampire en lui expliquant que quoi qu’il dise actuellement il a la désistera une fois qu’il saura la vérité sur elle. Dans les années 80, la fille de la vampire amoureuse explique à sa mère désabusée et alité quelle est elle même amoureuse d’une humaine. Enfin dans les années 2020, une virologue et une vampire discutent du fait qu’il est désormais possible de vivre avec le VIH.

C’est assez inclassable. On a à la fois une esthétique très kitsch avec des vampires faits pour être repoussants, des costumes du XIVe siècle tout en rubans et fanfreluches, des années 80 en napperons et permanentes, un discours sur le mythe du vampire, un discours sur le VIH (le réalisateur est séropositif, Act up est mis en scene dans la série). Le mélange du tout fonctionne surprennament bien.

Recommandé.

Chicas tristes, de Fernanda Tovar

Film mexicain de 2026. Paula et La Maestra sont deux amies de 16 ans. Elles sont dans la même équipe de natation et elles habitent dans le même quartier. Paula est attirée par Daniel, qui est dans leur équipe aussi. La Maestra le dit a Daniel lors de la fête du Nouvel An, qui va violer Paula.

Le film est centré sur la relation entre les deux amies, et sur son évolution une fois que Paula raconte à La Maestra ce qui s’est passé. On voit les deux filles dans leur quotidien, qui vont alors l’entraînement de natation à leur cours de danse dans la rue où ils traînent chez l’une ou chez l’autre compagnie des membres de leur famille. C’est un très beau portrait d’amitié, on voit les petits riens qui forment leur quotidien, leurs références communes. Les actrices principales sont excellentes, les seconds rôles sont très réussis aussi (mention spéciale au frère de La Maestra). C’est aussi très bien filmé, avec des cadrages qui exploitent les nombreux moments à la piscine avec des scènes sous l’eau, des éléments filmés dans des reflets ou à travers des vitres. Ça met aussi bien en scène l’environnement, avec des plans sur d

Recommandé, avec le TW de circonstance.

Hoppers, des studios Pixar

Film d’animation étatsunien paru en 2026. Pour protéger une clairière dans laquelle elle allait avec sa grand-mère, Mabel transfère sa conscience dans un castor robotique pour persuader des animaux d’aller se réinstaller dans ladite clairière (un mardi classique). Elle découvre un monde animal avec des rois pour chaque classe (et pas pour chaque royaume, de façon assez frustrante) et une coopération poussée entre les animaux qui se partagent un territoire de plus en plus petit. Ses tentatives d’intervention pour protéger la clairière vont pousser les animaux à planifier l’assassinat du maire de la ville, à l’origine du projet autoroutier qui menace la clairière (un mercredi classique).

C’était assez rigolo à regarder. Le côté émerveillement devant la nature et relation entre les espèces dans un écosystème sont plutôt bien rendus, ce qui n’est pas évident dans un film grand public. Les animaux sont totalement anthropomorphisés, mais ça fait partie du côté rigolo du film. Bon, le maire avec son grand projet inutile auquel on peut le convaincre de renoncer après lui avoir montré la vie à travers les yeux d’un castor robot j’y crois pas trop, mais on va dire que c’est la position centriste du film. Les différents personnages secondaires sont plutôt réussi même s’ils n’ont pas beaucoup de ton écran à part peut-être le maire et le castor roi des mammifères. Mention spéciale à Diane évidemment personnage que l’on voit 2 minutes en tout et pour tout mais qui est très très réussi.

Recommandé !

Etty, de Hagai Levi

Série française-germano-néerlandaise de 2026. Adaptation de la vie et du journal d’Etty Hellisum, intellectuelle juive qui a vécu aux Pays-Bas sous l’occupation nazie avant d’être déportée. La série met en scène la vie d’Etty Hellisum mais dans un Amsterdam contemporain : les personnages n’utilisent pas la technologie moderne, mais leurs vêtements, les bâtiments, les modèles de véhicules sont modernes. On voit les conditions de vie des Juif/ves se dégrader de plus en plus avec l’interdiction d’accès aux magasins, puis aux transports en commun, puis l’interdiction de posséder un vélo… Etty fait des choix assez radicaux, demandant à être envoyée dans un camp de transit pour y tenir un dispensaire. La série s’arrête avant l’entrée dans le camp, pour se concentrer sur sa vie à Amsterdam, ses interactions avec sa famille, ses ami.es, son psy qui deviendra son amant… et sur l’évolution de sa réflexion philosophique.

Recommandé, mais sujet un peu dur même si la violence reste principalement en arrière-plan.

A Classic Horror Story, de Roberto De Feo et Paolo Strippoli

Film d’horreur italien paru en 2021. Cinq personnes qui covoiturent dans un camping car en Calabre ont un accident. Elles se réveillent loin de toute route, dans une clairière avec une maison sinistre. Elles vont progressivement être chassées et exécutées par des hommes munis de masques en bois qui agissent pour reproduire un vieux mythe à propos de « chevaliers d’honneur »…

J’ai bien aimé ! On est effectivement sur une trame très classique de film d’horreur, mais très bien exécutée. Le twist de la dernière partie est bien réussi, pas forcément indispensable mais il n’affaiblit pas le début du film et donne une nouvelle direction intéressante. Un peu de gore donc à éviter si ça vous trigger, mais ça reste principalement hors champ. Le côté folk horror marche bien, les espèces de traditions cheloues sont bien mises en scène, avec des hommages à d’autres films (The Wicker Man notamment, un soupçon de The Cabin in the woods)

Recommandé si vous aimez la folk horror un peu classique ! J’ai aussi beaucoup aimé, dans un style assez différent, le suivant de Strippoli, Holy Boy.

Article-invité : Des Paillettes sur le compost, de Myriam Bahaffou

Bon, je ne sais pas si j’ai bien compris les messages féministes de ce livre en acceptant de faire un article pour Machin qui avait la flemme de le faire lui-même, mais passons.

J’ai bien aimé l’essai, que j’ai trouvé agréable et pas trop compliqué à lire (y compris dans un environnement empli de distractions grotesques), sans qu’il soit simpliste pour autant. Les sujets sont traités, pour la plupart, avec le bon degré de profondeur par rapport à ce que je connaissais des éco-féminismes avant ma lecture, et avec pas mal de références pour aller plus loin.

Sans surprise ce sont les chapitres sur le véganisme et notre rapport aux animaux qui m’ont le plus convaincue. Sur le véganisme, l’autrice appelle à ne pas réduire le discours à une question de consommation, ni d’ailleurs à en faire une question morale bourgeoise et blanche uniquement (ce que j’ai tendance, par provocation, à faire, et je reste convaincue que la question morale est importante). Elle ne souscrit pas pour autant à l’idée d’absoudre l’éleveur qui ferait l’effort d’offrir de moins mauvaises conditions (de vie, parce que de mort, vous savez ce que j’en pense) à ses animaux, ou de considérer que les pauvres n’ont aucune responsabilité dans le système carniste. Elle nous invite donc à penser le véganisme comme un véritable changement de paradigme et de rapport aux animaux (ce que, cela dit, plein de vegans font déjà d’après moi), dans une réflexion intersectionnelle et pragmatique qui mêle les enjeux de classe, de race, de genre et d’antispécisme. Ça rejoint aussi une discussion récente avec une amie qui nous expliquait que notre système agroalimentaire n’est absolument pas capable de soutenir une alimentation végétale pour la totalité de la population. Autrement dit, on ne peut pas promouvoir le véganisme sans réflexion concrète sur les changements à apporter à ce système pour que ce soit effectivement possible.

Le deuxième chapitre sur le sujet est plus intéressant à mes yeux car plus côté philo que côté militantisme : elle revient sur les thèses éculées de différence essentielle entre les humains et les autres animaux, et de vie consciente d’un côté et instinctive de l’autre. J’ai notamment beaucoup aimé ce qu’elle dit sur l’instinct : les animaux non-humains s’adaptent à nous, à ce qu’on leur impose, « inventent de multiples formes de survie » et font de fait évoluer leur instinct qui n’est donc pas un jeu immuable de réactions aux conditions extérieures. Je suis aussi d’accord avec l’autrice quand elle affirme que voir les animaux non-humains comme des êtres purs à protéger n’est pas pertinent, et que c’est une façon de s’affranchir de la question compliquée : qu’est-ce qu’on fait, à ce stade, de toutes ces espèces qu’on a domestiquées, sélectionnées, forcées à évoluer selon nos « besoins » ou plutôt nos envies ? Impossible d’ignorer que nos rapports aux animaux sont faits d’histoires mêlées de violence, d’exploitation, d’essentialisation, mais aussi d’amitié. Je trouve cette perspective intéressante car elle fait écho à ce que je pense déjà, par exemple, de mes rapports à mon chat ou aux chevaux que j’aimerais encore côtoyer même si je dois renoncer à l’équitation traditionnelle que j’ai connue jusqu’à mes 20 ans. Pour ma part, je résume donc les choses ainsi : c’est évidemment complexe de déterminer concrètement comment mettre fin, sur le long terme et à grande échelle, à des siècles de domination et d’exploitation et ce serait simpliste et malhonnête de dire le contraire. En revanche, là tout de suite, c’est assez simple de décider de cesser de massacrer des animaux pour le plaisir d’un repas.

Le reste de l’essai m’a moins marqué, même s’il évoque plein d’éléments intéressants. J’ai notamment apprécié la partie sur les espaces en non-mixité et tout ce qu’ils ouvrent comme possibilités. Ce qui a vraiment particulièrement résonné pour moi, c’est quand l’autrice dit avec franchise que dans une situation où des hommes cis sont présents, elle a toujours le réflexe de les laisser prendre en charge « le moindre travail manuel », car elle se sent incompétente et maladroite, et que même avec des hommes bienveillants elle n’arrive pas à s’autoriser à apprendre. J’ai aussi apprécié qu’elle s’élève contre l’idée qui oppose de manière essentialisante les hommes destructeurs et les femmes pacifistes. Je reste convaincue que le système patriarcal, le capitalisme et le spécisme sont liés notamment par leur volonté de domination et d’exploitation (des corps, des terres, des ressources…), et que ce n’est pas du tout anodin que la majorité des chasseurs soit des hommes ou que plus de femmes deviennent végétariennes… mais les idées bullshit de féminin sacré et d’innocence féminine me tenaient jusqu’ici un peu éloignée de l’écoféminisme et je suis donc contente que cet essai m’ait proposé une perspective plus nuancée.

L’essai a aussi quelques défauts, par ailleurs. Certains chapitres présentent des expériences personnelles qui font réfléchir, mais qui sont un peu aveugles à certains biais ou privilèges (par exemple sur la question de la performance de genre et de la beauté, où Myriam Bahaffou n’écrit clairement pas « de chez les moches »). Je passe sur le chapitre sur l’astrologie qui ne m’a pas tellement convaincue de la pertinence de la « place des spiritualités » dans les écoféminismes : ne pas mépriser leur place historique, oui ; ne pas mépriser non plus les émerveillements quotidiens et émotions intenses que notre planète, ses paysages et ses habitant·es peuvent créer, oui aussi. La spiritualité peut représenter un refuge, mais je trouve un peu dangereux de lui laisser une trop grande place dans ce qui est, pour moi, une lutte acharnée pour la survie. Enfin, je trouve aussi le dernier chapitre sur l’écoféminisme et l’État un peu mince : on entre dans les questions de stratégie d’un mouvement, de sa radicalité qui n’est – d’après l’autrice – que peu compatible avec l’accession au poste de député par exemple. Tout ce qu’elle dit est assez juste mais à mes yeux pas super utile pour avancer : oui, Sandrine Rousseau qui félicite Valérie Pécresse c’est pas un move que je soutiens, mais elle reste l’une des voix les plus radicales qu’on entend sur ces sujets, et je pense qu’elle participe à ré-élargir la fenêtre d’Overton un peu à gauche (ou du moins elle s’accroche et en ralentit un peu le mouvement vers la droite). Bref, une fois qu’on a dit que révolution et gouvernement ne sont pas compatibles, que fait-on ? Myriam Bahaffou propose quand même quelques bases telles que le définancement de la police ou « l’arrêt pur et simple de la propagande des lobbys de la viande et du lait » pour créer un « écoféminisme de gouvernement » plus solide que les mesures proposées actuellement. Et elle clôture son essai en évoquant des « guerrières éco-féministes », ce qui, comme elle, me parle plus que de briser le plafond de verre sans remettre en jeu le système.

Merci à Machin, Marion et Béné, nos échanges et vos avis ont nourri cet article !

Liberté, Dignité, Habitabilité, de Baptiste Morizot et Laurent Neyret

Court essai de droit environnemental par un juriste et un philosophe de l’environnement, paru en 2026.

Les auteurs proposent la notion d’habitabilité comme une valeur cardinale que le droit pourrait mettre en avant pour permettre une défense plus efficace de l’environnement. L’idée serait d’avoir une valeur cardinale au même niveau que la liberté, l’égalité et la dignité humaine. Cela permettrait qu’en termes de hiérarchie des normes la défense de l’environnement s’appuie sur un principe de haut niveau plutôt que d’être une défense technique, passant par des éléments comme le Code de l’Environnement (en droit fr) ou le respect de quotas d’émissions carbone.

Les auteurs montrent que les questions de dignité humaine ou d’égalité n’ont de sens que sur une planète qui reste habitable, et que la notion d’habitabilité permet de plus d’étendre les droits humains à une échelle plus large que la seule humanité, en prenant en compte non pas directement les espèces ou les écosystèmes mais bien les relations entre ces derniers. Comme l’égalité, l’habitabilité est une notion relationnelle : elle n’est pas réclamable à l’échelle individuelle comme la liberté ou la dignité mais elle leur sert de socle.

Recommandé.

The Auctioneer, de Joan Samson

Roman états-unien paru en 1976. Dans un petit village rural du New Hampshire, un nouvel arrivant propose de lancer des ventes aux enchères au profit de la force de police. L’insécurité a un peu augmenté dernièrement, les granges et les greniers sont pleins de vieilleries, et les gens de la ville sont prêt à les acheter à des tarifs absurdes parce que ça évoque la campagne. Les habitants acceptent donc les ventes aux enchères, rapidement la taille de la force de police augmente. Et là, les habitants se rendent compte que la contribution vente aux enchères n’est plus vraiment optionnelle. Ils vont devoir donner chaque semaine des objets, qu’ils soient superflus ou nécessaires. Et quand ils n’ont plus d’objets à donner, ça va être les récoltes, puis les terres…

J’ai beaucoup aimé ! L’ambiance qui commence par être relativement innocente et qui présente une communauté rurale fonctionnelle mais qui dérive au fur et à mesure vers quelque chose de plus en plus inquiétant dans lequel le fascisme s’est installé insidieusement est particulièrement bien rendue. L’impuissance des personnages principaux est bien mise en scène, notamment celle de John, qui veut garder son rôle d’homme protecteur de la famille, mais qui refuse en même temps de quitter les terres sur lesquelles il a grandi, et qui donc se retrouve à globalement ne rien faire tout en insistant pour que les autres ne fassent rien non plus pour ne pas lui faire de l’ombre. Le personnage du commissaire-priseur, que l’on voit peu mais qui a une aura quasi mythologique, capable d’influencer tout le monde par son discours, sortie de nulle part, et qui disparaît tout aussi mystérieusement à la fin du roman comme s’il était le diable lui-même et aussi très réussie. Sans être formellement un roman d’horreur, il en a la vibe.

Recommandé si vous aimez la montée lente du fascisme, les communautés rurales dysfonctionnelles, et les ventes aux enchères évidemment.

Backrooms, de Kane Parsons

Film étatsunien de 2026. Clark gère un magasin de meubles dans une banlieue indéterminée d’une ville étatsunienne, dans les années 90. Un jour, il découvre qu’il peut passer à travers un des murs du magasin et se retrouve dans une enfilade infinie de pièces éclairées aux néons, les backrooms de la réalité. Les backrooms imitent des lieux réels, mais imparfaitement. Et Clark se rend rapidement compte que quelque chose erre dans les backrooms…

J’ai bien aimé ! C’est adapté d’un creepypasta internet, la transformation en film est réussie. La mystérieuse organisation qui étudie les backrooms, la révélation de la nature du monstre qui hante le lieu, l’esthétique generale du lieu, tous les détails sont assez réussis. Il y a une petite métaphore de l’IA avec le côté « copie imparfaite de la réalité ». Le fait que la partie « dans la réalité » du film se déroule majoritairement dans un magasin de meubles, qui est déjà un espace liminaire, est très bien trouvé : le magasin est déjà une version dégénérée d’un vrai logement, le passage dans les backrooms ne fait qu’accentuer ce premier glissement.

Recommandé.

Empathie, de Florence Longpré

Série québécoise parue en 2025. Suzanne Bien-Aimé est une psychiatre qui sort d’une longue dépression. Elle commence un nouveau travail à l’hôpital psychiatrique du Mont-Royal. Au contact de l’équipe soignante, elle va se reconstruire une sociabilité. On va découvrir en parallèle sa vie familiale, les histoires d’une partie des soignants et des patients.

Très réussi. La série traite sur un mode léger des sujets tous sauf évident, et pose un regard nuancé sur la folie et les processus de soin. La représentation de la dépression par les ballerines était bien trouvée. Par contre pas très convaincu par l’installation de la romance entre Suzanne et Mortimer, qui me semble ne pas apporter grand chose à la série, garder une relation amicale aurait été plus intéressant.

Recommandé.