Archives de catégorie : Longs métrages

Mickey 17, de Bong Joon Ho

Film de science-fiction paru en 2025. Pour échapper à ses créanciers et embarquer sur une expédition spatiale vers une exoplanète, Mickey Barnes accepte de devenir un expendable : sa mémoire est scannée en permanence et son corps réimprimé à chaque fois qu’il meurt, justifiant de lui faire faire toutes les missions périlleuses du vaisseau. Ca n’en fait pas du tout un héros aux yeux de l’équipage, plutôt un rat de laboratoire bien pratique. Un jour le processus dysfonctionne et un nouveau Mickey, Mickey 18, est imprimé alors que Mickey 17 est toujours vivant. Les deux versions de Mickey vont tenter de trouver des modalités de cohabitation et de dissimulation alors que cette situation est totalement interdite.

J’ai bien aimé. Ce n’était pas au niveau de Parasite, mais c’était un bon film de science-fiction satirique. Le chef du vaisseau est une parodie de Trump assez réussie (il y a de fortes vibes Don’t Look Up). Pattison joue bien les deux versions de Mickey et leurs caractères radicalement opposés (on est pas sur un niveau de réussite de Orphan Black, mais ça marche bien quand même). Tout est un peu grand guignol, mais on s’attache aux personnages, et les persos secondaires sont tous assez réussis (mention spéciale à Naomi Ackie qui joue Nasha, largement moins one-sided que les autres personnages, et que j’ai trouvée plus convaincante que dans Blink Twice (mais je pense que c’est vraiment une question de rôle et pas d’actrice) : elle est à la fois badass, horny, droguée, charismatique…)

Recommandé si vous avez aimé Don’t Look Up.

Anora, de Sean Baker

Film étatsunien paru en 2024. Ani travaille dans un club de striptease. Elle y fait la rencontre d’un riche héritier russe, Ivan, qui lui demande de venir chez lui. Ivan est incroyablement riche et a tout juste 21 ans, il est trop content de pouvoir coucher avec Ani. Il va l’entraîner dans sa vie hédonistique et lors d’une virée à Las Vegas, lui demander de l’épouser. Mais lorsque la nouvelle de ce mariage parvient aux parents d’Ivan en Russie, ceux-ci sifflent la fin de la récréation pour leur fils. Ani va se retrouver confrontée aux hommes de main des parents, qui vont la forcer à les accompagner à travers New York pour retrouver un Ivan qui a disparu à l’annonce de l’arrivée de ses parents aux États-Unis.

Globalement c’est un conte de fées inversé qui rencontre un film de mafia : Ani, même si elle est réaliste sur le monde, pense avoir trouvé le prince charmant qui va lui faire accéder au monde des ultra-riches (elle cite explicitement Cendrillon quand elle mentionne vouloir faire sa lune de miel à Disneyworld). Mais Ivan va se révéler sacrément défaillant, il est effectivement le prince héritier d’un royaume mafieux, mais qui fuit ses responsabilités. C’est elle qui va devoir errer à travers le pays (=Manhattan) à la recherche du prince soudainement disparu et qu’elle retrouvera sous l’emprise d’un mauvais sort (=totalement torché). C’est lui qui dispose de 3 fées-marraines, sous la forme de Toros, Garnik et Igor (et je pense que c’est tout à fait volontaire de la part de Sean Baker de nous faire rencontrer initialement Toros pendant qu’il a le rôle de parrain lors d’un baptême : c’est à la fois un parrain au sens mafieux du terme et au sens du conte de fée). On a même le carosse qui se change en citrouille avec le vol à Las Vegas en jet privé à l’aller, en classe économie au retour.

Et pendant qu’Ani se croit dans ce narratif de conte de fée, les trois parrains qui l’accompagnent eux savent très bien qu’ils sont dans un film de mafia : ils ignorent les règles, agressent les gens, utilisent la force pour arriver à leurs fins. Ça reste un film « comique » : on est pas sur de la mafia ultraviolente, et ils ont un petit air de pieds nickelés dans leur recherche d’Ivan. Mais le décalage des tons peut être malaisant : ce que Ani vit – à juste titre – comme une agression quand Igor l’empêche de partir et la ligote, pour lui c’est un mardi ordinaire dans les conventions de son monde, et il ne comprend pas qu’Ani soit traumatisée.

Globalement j’ai bien aimé, y’a de la nudité féminine assez gratuite (certes ça commence dans un club de strip-tease, mais il pourrait y avoir la nudité d’Ivan qui contrebalancerait, hors on ne voit qu’Ani nue), mais sinon c’était globalement bien – peut-être un petit peu long – et c’était très bien filmé.

Misericorde, d’Alain Guiraudié

Film français paru en 2024. Jérémy revient dans son village d’enfance pour des obsèques. Sur place, il va loger dans la maison de la veuve, la mère d’un de ses camarades de collège. Ce dernier n’apprécie pas que le séjour de Jérémy se prolonge, imaginant qu’il a des vues sur sa mère. Jérémy va se retrouver au milieu de plusieurs relations de désir asymétriques et va devoir naviguer entre elles.

C’était inattendu, mais intéressant. Les acteurs/actrices ressemblent tou.tes à des personnes normales, le film est tournée en Aveyron, ce qui fait que les paysages m’évoquent ceux du Tarn. On est plutôt sur du cinéma du réel. Mais au milieu de tout ça, Jérémy éprouve ou suscite du désir pour/chez à peu près tout le monde. Jérémy va finir par tuer quelqu’un, et va passer la suite du film hanté par ce meurtre, alors que tout le monde recherche celui qu’il a tué. Le curé du village va rapidement anoncer à Jérémy qu’il sa responsabilité dans la disparition, mais qu’il le protégera par attirance pour lui. Leurs échanges sur le désir et le pardon sont assez réussis, Jérémy s’enfonçant dans l’angoisse alors que le curé est beaucoup plus serein sur ce qu’il convient de faire, moralement et en pratique, suite à ce meurtre.

Little Joe, de Jessica Hausner

Film anglais de 2019. Alice est chercheuse, elle crée des plantes génétiquement modifiées. Sa dernière création est une plante fragile qui demande de l’entretien, mais produisant un précurseur de l’ocytocine, pouvant donc rendre heureuse son propriétaire. Elle va se rendre compte progressivement que la plante fait en sorte d’être disséminée par les gens qu’elle affecte, pour compenser la stérilité génétiquement imposée.

C’était pas ouf. Globalement ce qui se passe est rapidement annoncé par des personnages qu’Alice ne croit pas, puis progressivement elle va accepter cette réalité. En termes de scénario et de rythme c’est assez plat. Par contre c’est joliment filmé (sans être très novateurs en terme de plans, les couleurs sont assez belles, y’a une petite vibe Utopia), et y’a une bande son à base de sons discordants qui est assez originale et appuie bien la tension du film. Mais ça manque vraiment d’un scénario qui tient bien, ce qui est d’autant plus dommage que le point de départ d’une plante modifiant le comportement d’humains était intéressant.

Vertigo, d’Alfred Hitchcock

Thriller états-unien paru en 1958, inspiré d’un roman de Boileau et Narcejac. John Ferguson est un ancien inspecteur de police qui a démissionné quand son acrophobie l’a empêché de poursuivre un suspect et a causé la mort d’un agent. Il est engagé par un ancien camarade de promotion qui lui demande de surveiller sa femme, Madeleine, qui lui semble possédée par l’esprit d’une de ses ancêtres qui s’est suicidée au même âge. Ferguson va suivre Madeleine, et en tomber amoureux, tout en constatant son comportement effectivement très mystérieux.

J’ai bien aimé, de très beaux plans sur San Francisco, un usage du dolly zoom pour représenter le vertige novateur pour l’époque des personnages assez clichés mais qui fonctionnent dans le cadre d’un film noir. Une séquence de rêve avec de l’animation qui était aussi assez inattendue mais très réussie. Ferguson est assez détestable dans la seconde partie du film quand il est obsédé par une femme qui ressemble à Madeleine, mais les deux personnages féminins que sont Madeleine et Midge, même si elles sont pas mal caractérisées par leur amour de Ferguson, sont plutôt réussies.

Recommandé, mais dans l’absolu j’ai préféré Rear Window.

Rear Window, d’Alfred Hitchcock

Film états-unien paru en 1954. Jeff est un photo-reporter habitué aux sensations fortes, contraint de rester chez lui suite à une jambe cassée. Pour se distraire, il observe les voisins dont les appartements donnent sur la même cour que son logement. Le comportement étrange d’un des voisins va le convaincre qu’il a tué sa femme, et Jeff va tenter d’en convaincre un de ses amis qui est détective, mais sa capacité à réunir des preuves alors qu’il est confiné à sa chambre est assez faible…

C’était cool. On épouse totalement le point de vue de Jeff, tout le film est tournée depuis un point de vue qui correspond à la chambre, avec des vues panoramiques ou plus resserrées sur la cour, qui apparaît comme un théâtre devant les yeux de Jeff. À l’histoire principale sur le meurtre se rajoute les histoires qui se jouent dans les autres appartements, la musique est diégétique – fournie par un musicien en train d’écrire une pièce. Y’a du sexisme d’époque avec Jeff qui mate sa voisine (et un point de vue que le spectateur est totalement invité à adopter), mais en même temps deux personnages féminins très réussis, la fiancée et l’infirmière de Jeff, qui vont l’aider dans son enquête. Si Jeff est assez condescendant avec sa fiancée, pour le coup là le film lui donne plutôt tort, parce que même si elle apparaît comme une ravissante idiote par moment, elle est aussi dégourdie et autonome.

Recommandé.

The Brutalist, de Brady Corbet

Film étatsunien paru en 2024, tourné en Vistavision (sur de la pellicule plutôt utilisée dans les années 70’s, donc) et qui dure 3h35 (dont 15 minutes d’entracte). On suit László Tóth architecte juif et hongrois rescapé des camps de la mort, qui émigre aux États-Unis au début des années 50s. D’abord anonyme travaillant pour la société d’ameublement de son cousin puis pour les travaux publics, il retrouve finalement une position d’architecte grâce à un très riche mécène qui va lui commander la construction d’un centre communautaire, un édifice gigantesque que László va concevoir selon le style brutaliste.

C’est un film sur l’Art et les créateurs : si László est montré comme totalement humain, avec des addictions, des côtés insupportables, il est aussi montré comme possédant une vision que les autres n’ont pas et sur laquelle il refuse de transiger. Le film montre aussi la réalité de la création architecturale : les questions de délais, de matériaux, de gestion de chantier, et de cajolement des mécènes (et de ce point de vue là c’est un bien meilleur film sur l’architecture que Megalopolis). László est un personnage complexe, pas très sympathique (il peut être colérique, il a une addiction aux opiacés) mais avec pas mal de traumas.

Vu le titre du film j’aurai bien voulu plus d’architecture brutaliste : on voit finalement assez peu le bâtiment, puisqu’on se concentre sur sa construction. Et vu la durée du film j’aurai été preneur aussi de plus d’éléments résolus ou qui ont un impact : là il y a beaucoup de choses qui se passent et puis on y revient assez peu (c’est très clairement volontaire mais quand même un peu frustrant). Mais à part ça, on se laisse pas mal emporter par le film, il se passe plein de choses, on a largement le temps de voir les personnages se développer et faire évoluer leurs relations (et de détester les connards comme Harry).

Une affaire de famille, de Hirokazu Kore-eda

Film japonais paru en 2018. Un soir d’hiver, une famille trouve la fille de leurs voisins en t-shirt sur le balcon. Ils recueillent l’enfant et lui donnent à manger. Révoltés par les mauvais traitement subis par l’enfant, ils décident de la garder avec eux. Cet enlèvement vient s’ajouter à un mode de vie déjà marginal : ils vivent à 4 adultes et un premier enfant dans une toute petite maison, vivent de vols à l’étalage, d’une pension de retraite et de petits boulots ; et les liens familiaux entre eux sont plus compliqués qu’il n’y parait au premier abord.

J’ai bien aimé, c’était assez posé, l’effet de découverte progressive des relations familiales fonctionne bien, les personnages sont à la fois assez attentifs les uns aux autres et très wtf dans leur relation à la société en général dont ils ne suivent pas du tout les règles.

Recommandé.

Challengers, de Luca Guadagnino

Film états-unien paru en 2023. Art et Patrick sont deux tennismen junior. Élèves dans un internat pour sportifs prometteurs, ils sont extrêmement complices. Ils font la rencontre de Tashi Duncan, une tenniswoman de leur âge extrêmement talentueuse et très belle. Les deux vont tenter de la séduire, initialement de façon non compétitive (une jolie scène de baiser à trois). Mais Tashi est obsédée par le tennis et déclare aux deux amis qu’elle sortira avec celui des deux qui gagnera le match qu’ils ont le lendemain : ce sera Patrick. Mais Tashi se retrouve à Stanford avec Art, pendant que Patrick continue le tennis professionnel. Suite à une blessure grave de Tashi qui la force à arrêter le tennis, c’est Art qui est à ses côtés, et c’est avec lui qu’elle va construire sa vie, devenant sa femme et sa coach. Mais Art n’est pas aussi talentueux que ce que Tashi voudrait qu’il soit pour deux, et elle a encore des sentiments pour Patrick, …

Comme les précédents films de Guadagnico que j’ai vu, je ne suis pas très convaincu : il y a de bons passages, des idées de mise en scène intéressante, une partie de la psychologie des personnages développée est intéressante, mais c’est toujours partiel : finalement on est sur un triangle amoureux très classique, où si les persos masculins sont bien caractérisés, les motivations de Tashi elle-même reste une boîte noire (et l’obsession des deux amis pour elle est assez basique aussi). Le montage qui coupe l’histoire avec des A/R passé/présent la rend artificiellement mystérieuse, alors que c’est finalement assez classique. Certains effets (le cour filmé par en dessous du terrain transparent, le POV de la balle ou des joueurs par moment sont intéressant, mais deviennent rapidement gadget. La musique est beaucoup trop présente et insistante à mon goût.

Bref, du potentiel mal exploité.

Perfect Days, de Wim Wenders

Film germano-japonais de 2024. Hiramaya travaille en tant qu’agent d’entretien des toilettes publiques d’un quartier chic de Tokyo. Il a des semaines routinières, rythmées par son travail, la prise de photos sur la pause du midi, un repas dans une échoppe le soir, le développement de ses photos et un passage au bar le weekend. Il est solitaire mais heureux de sa vie, il lit des livres, écoute des cassettes sur l’autoradio de son van, et fait pousser des jeunes arbres. Le film le suit dans son quotidien où seuls quelques événements imprévus le fond dévier de sa routine : l’arrivée inattendue de sa nièce, une demande de son collègue…

J’ai bien aimé. C’est assez contemplatif, mais on se prend à accompagner Hirayama dans son quotidien et dans le bonheur qu’il prend dans les petites répétitions de la vie. C’est pas mal un film sur la maintenance et la répétition du même, des thèmes qui me parlent. Les séquences de rêve en noir et blanc sont assez réussies dans le fait de montrer des rêves à la fois non-figuratifs et qui reprennent des éléments de la journée ou de ce qu’on suppose être le reste de la vie d’Hirayama.